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Full text of "Revue des langues romanes: Traductions norroises de textes francais médiévaux."

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REVUE 



DES 



LANGUES ROMANES 



MONTPELLIER; IMPRIMERIE CENTRALE DU MIDI 

Hame]in Frères 



R^EVUE 

DES 

LANGUES ROMANES 

PUBLIÉE 

PAR LA SOCIÉTÉ 

POUR L'ËTUDË DES LANGUES BOHANES 

D e II 3C i è m e Série 
TOME TROISIÈME 

(t. XI' DE LA collection) 



MONTPELLIER PARIS 

AU BUREAU DES PUBLICATIONS MA180NNEUVE ET O 

LIBRAIRES-ËDlTtUaS 

u iS. gUAI VOLTAIRE, Î5 

H DGCC UCZVII 



^ SOCIÉTÉ 



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^i^'L^Cy-'T^Ûl^ ^i^:^^^'*^^ 



REVUE 



DES 



LANGUES ROMANES 



DIALECTES ANCIENS 



ANCIENNES ÉNIGMES CATALANES 

(XVl' SIECLE (?)) 



En publiant, dans la Revue (no du 15 juillet 1876), un certain nom- 
bre d'énigmes populaires qui ont cours aujourd'hui aux environs de 
Barcelone, j'omis les suivantes, que j'avais trouvées dans un chan- 
sonnier du XV« siècle. 

Elles sont en prose et me semblent avoir un tour plus heureux, 
un fonds plus poétique que les autres. 

Hormis le changement du c en ç et du j en i, j'ai cru devoir main- 
tenir les fautes de Toriginal (pa^a pour pajr^a); les vulgarismes 
orientaux (fent-na pour fent-jie) et diverses inconséquences ou va- 
riantes, de copie (/loôrir etM&nr, finales en n, ou en n/,- etc.j.J'ai ajouté 
quelques, accents. 

Ces. énigmes ont été écrites après coup, probablement au 
XVI« siècle, sur le chansonnier dont je viens de parler. 

M. MlLA Y FONTANALS. 



6 DIALECTES ANCIENS 

Demanda. — Qu'es una co^-îa qui de continuu sona y los 
ostes son muts y tots corren ensemps? — Rbsposta. — Una cosa 
qui sona es la mar j los ostes son los pexos. 

D. — Dolça es la amiga de la vora del mar, la quai fa dois 
cant, y no es de negra color, es misagera de la lengua quan 
los dits fan mouiment. — R. — Es la canya quis fa cerca de 
Taygua, qui no es negra, qui fent-na flautas, sonanantla y 
mouen los dits fa dolca musicha. 

s 

D. — Largua es aportada cuytadament, y es filla de la 
selua, Acompanyada de molta gen, y va per moltas parts, no 
dexan senyal per on pasa. — R. — Es la fusta de la selua de 
ques fan nauilis, qui anant per mar cuytadament acompa- 
nya[da] de molta gen va per moites parts, y no dexant senyal 
per on pasa. 

D. — {Presque toute illisible.) R. — Son las casas, los banys 
hahon esta lo foch dejus qui en lo mig dona gran calor, y no 
danya; esta sens robay los ques banyen nontenen. 
. D. — Yo no so pesada y metse Taigua dins mi, entran dins 



Demande. — Qu'est-ce qu'une chose qui toujours appelle et dont 
les hôtes muets courent tous ensemble ? — Réponse. — La chose 
qui appelle est la mer, et les hôtes sont les poissons. 

D. — Douce est Pamie du bord de la mer, laquelle fait un doux 
chant; elle n'est pas de couleur noire ; elle est messagère de la 
langue quand les doigts sont en mouvement. — R. — C'est le ro- 
seau qui naît au bord de la mer, qui n'est pas noir, qui sert à faire 
des flageolets, lesquels, lorsqu'on y souffle en remuant les doigts, 
font une douce musique. 

D. — [Étant] longue, elle est apportée avec vitesse; elle est fille 
de la forêt; [elle est] accompagnée de beaucoup de monde ; elle va 
par plusieurs pays et ne laisse pas de marque là où elle passe. — 
R. — C'est le bois de la forêt, duquel on fait des navires, qui va 
|ainsi) par la mer avec vitesse, accompagné de bien des gens et 
dans plusieurs pays, ne laissant (aucune] marque là oti il passe. 

D.— — R. — Ce senties maisons et les bains, et ils 

ont aurdessous le feu, qui au milieu donne une grande chaleur, 
laquelle ne nuit pas; il est sans vêtements, et ceux qui. se- bai- 
gnent n'en ont pas non plus. 

D, — Je ne suis pas pesante, et l'eau se met en moi, entrant par 



ANCIBNNBS BNIGMBS CATÂLANB8 7 

mos trauchs * hoberts amagada y forçadament s'en parteix. 
— R. — Es la sponja qui es tbua y no pesa ab los forats uberts^ 
y posanse Faigua dins ella, la fa star pesada y no* s'en va sens 
pembre ^. 

D. — Ninguna figura lies certa, y posadaa la claror sembla 
el sol y res no mostra, sino lo qui es deuant. — R. — Es 
Taspill qui no mostra ninguna figura serta, sino la cosa qui. 
deuant li es posada y es molt clar posât a la claror. 

D. — Quatre germanas corren agualment qui part estan 
posades, y agual treball sostenen, yuna vol aconseguir Taltra 
y no s'alcansen. — R '^ 

D. —[Molts fusts?] de agual forma posats entre dos ger- 
manas per agua[l] compas en cert nombre, que fan las altas 
cosas saber. — R. — - Es la escala la quai mesuradament es 
graonada y bon se munta en les altes parts. 

D.— Fou nat abans de son pare, y engendrât abans que 

mes trous ouverts |où elle reste] cachée, et ce n'est que forcé- 
ment qu'elle s'en va. — H. — C'est l'éponge, qui est molle et qui île 
pèse pas, avec ses trous ouverts; et qui, lorsque l'eau se met de- 
dans, la fait peser; elle ne s'en va pas sans être exprimée. . 

D. — Elle n'a pas de ligure constante, et, mise à la lumière, elle 
semble le soleil, montrant seulement ce qui est devant elle. — 
R. — C'est le miroir, qui ne montre aucune ligure constante, sinon 
la chose qui est mise devant lui, et qui est très-clair [lorsqu'il esl| 
placé à la lumière. 

D. — :Quatre sœurs courent également et en partie sont fixes ; 
elles s'acquittent d'un travail égal, et Tune veut attraper l'autre, et 
elles ne s'attrapent pas */ — R. — 

D. — [Beaucoup de bois?j de forme égale, mis entre deux 
sœurs suivant une mesure égale et en nombre déterminé, qui font 
connaître les choses élevées. — R. — C'est l'échelle, qui a des éche- 
lons* disposés (litt. qui est graduée) as qq, mesure et par laquelle on 
monte aux hautes demeures. 

D. — 11 naquit avant son père et fut en^ndré avant sa mère; il ^ 

^ Trous. On emploie aujourd'hui irau. 

• On peut expliquei'ce verbe par preiner, premre, prembi'e, p{r)em* 
bre, 

' Elle est illisible, mais les quatre sœurs doivent être les baguettes du 
dévidoir, comme les étudiants de l'énigme moderne. 



d DIALECTES ANCIENS 

sa mare, y mata la quartapart del mon y desponsella Tamiga. 
— R. — Es Caym qui nasqué abans que Adam, qui no va neixer 
j engendrât, abans que Eua qui no fou engendrada, j mata Abel 
qui era la quarta persona del mon, j cauâ la terra qui no ère 
stada Canada posant lo en ella. 

D. — Al bosch neix, al prat peix, lo forrer lo fa, la dona lo 
fila? — R. ^N'arbrer* quis fa del fust,la nou de la banya del se- 
ruo, la {sic) arch que fa lo ferrer, la corda que fila la dona*. 

D. — Ni (?) hom ros ni a non ros (?), ni a mon go»». 

tua la quatrième partie du monde et dépouilla l'amie de sa virgi- 
nité. — R. —-C'est Gain, qui naquit avant Adam, lequel ne naquit 
pas et fut engendré avant Eve, qui ne fat pas engendrée, elle, et 
qui tua Abel, qui était la quatrième personne du monde, et qui 
creusa la terre qui n'avait pas été creusée, le déposant (Abel) en 
elle. 

D. — 11 naît dans la forêt, il paît dans le pré, le forgeron le fait, 
la femme le file. — R. — Le manche de l'arbalète, qui est fait avec 
le bois; la noix (de la môme), qu'on fait de la corne du cerf; l'arc, que 
fait le forgeron, et la corde, que la femme file. 

D. — Ni homme roux ni à [homme?] non roux (?), ni à mon 

chien... 



^ Varhrer? Narbrer serait une personnification du substantif, assuré- 
ment bien singulière. 

' Suit une énigme castillane : 

Dbm^nda.. — Vestida nasi mesquina , y ahora desmida me ves, 
yxando(l) làgrimas negras, disendo lo que queren (I. querés), andaodo 
•lejos caminoa, por anxo y por trauôs. — Resposta.. — Es la pluma que 
oase vastida {sic), y aparejada por esceuir la despojan, las làgrimas son 
la tinta en que escribiendo dice hombre lo que quiere, y van las cartas 
por muchas partes. 

On peut voir dans les Trovadores en Espana, pag. 521, note, la version 
complète et correcte de cette énigme castillane, à côté d'une autre en 
ancien provençal, qui a quelque ressemblance avec elle et qui symbo- 
lise Vâme. * 

' Le reste est illisible. 



TROIS FORMULES DE CONJURATION 

EN CATALAN (l397) 

Les anciens registres des notaires contiennent souvent, au 
commencement ou à la an, des notes historiques sur les évé- 
nements de Tannée, des préceptes de morale, d'agriculture, de 
médecine, d'industrie, quelquefois des exercices de style et 
de rimes, ou peut-être tout simplement de calligraphie, et 
enfin des formules de prières et de conjurations, dont cer- 
taines peuvent remonter assez loin. Telles sont peut-être les 
trois formules de conjuration que Ton trouve dans le ma- 
nuel d'actes(du 7 janvier au 17 septembre 1397) de Jean Ornos, 
notaire de Perpignan. On lit au haut du premier feuiUet : 

Va la puta rameyra freyra \ va la put a rameyra, 

et immédiatement au-dessous, en très-belle écriture et de la 
même main que tout le reste : 

Manuale Johannis Ornos notarii publici Perpiniani 
anni nativ, domini m, ccc, xc, septimi. 

Puis, au bas du même feuillet, ce précepte en catalan sur 
.la taille de la vigne : 

« Senyer, si volets podar, havets a fer per la manera qui' s 
» segueix : 

» Primerament, podarets en lo mes de noembre, e si nopo- 
)) dets de noembre, podarets lo mes de deembre, per la manera 
» e forma que dejuses scrit. 

» Gant tendrets x. de la luna, podarets fins a xv. de la dita 
» luna, e dins aquell temps haiats podat : e començara lo po- 
» dador, de tercia fins a la squella : e axi mateix Taltre mes de 
)) deembre dessus dit., s 

Le verso du dernier feuillet contient trois formules de con- 
juration ; mais, comme ce feuillet sert de couverture depuis 
plus de quatre siècles, quelques parties de la troisième formule 
sont presque effacées ; les mots dont il ne reste que des lettres 
ou des signes douteux seront donc mis en italique. Ces do- 



10 DIALEBCTES ANCIENS 

cuments n'ajouteront rien à Thistoire, déjà trop volumineuse, 
des superstitions humaines ; mais leur forme semble nou- 
velle ; on remarquera qu'ils sont écrits en lignes qui ne res- 
semblent guère à des vers quant à la mesure, bien qu'ils pré- 
sentent parfois de simples assonances et même des rimes. Il 
est certain que les finales Christ, Feliu, diu, rahtl, dix, de la 
première formule, ne riment pas dans le texte de 1397, mais 
elles rimaient en catalan avant 1250 : Christ, Feliz, diz, rasiz 
et dtp. 

■ 

Gonjur a faUa^ alias buba* negra 

+ Eu vi .1. bon mal de Jhû X*. 
A mi lo' se dix nostre senyor deu Jhû X*. 
« Su te conjur, de part de Deu e de moss. sent Feliu 
» e per les misses que prevera diu, 
» que aci no metes brancha ne rahil*. <> 
Mor te, mal, que Deu t'o dix. 

Et postea dicatur Pater noster et Ave Maria, et dicantur hec omnia 
tribus vicibus. 

Gonjur de Lobas* 

+ Nostre Senyor e moss. SentP, 
se'n anaven per lur cami, 



^Falsa^ ampoule, tumeur. Il y eut une épidémie de f aises à Perpignan 
en 1383: Comensaren les morts per falsses (Notes chronolog. du Livre 
vert mineur, année 1383). 

^ Bu&a negra : est-ce le bubon pestilentiel? On lit dans une enquête 
judiciaire de 1355: E da dix, que mala febralipuyas dl cap, e huha 
negra! 

^Lo, particule dont il est difficile de déterminer la nature, mais d'un 
usage extrêmement commun dans le catalan vulgaire, et môme officiel ou 
administratif, des XIV et XV* siècles. Il serait facile de citer une infi- 
nité d'exemples qui prouveraient que ce lo est un idiotisme qui n'ajoute 
absolument rien au sens, et qu'il ne s'accorde jamais, m pour le genre, 
ni pour le nombre, avec les sujets ou régimes qui l'accompagnent, ni 
avec le pronom personnel qui le suit ordinairement. 

^Rahily racine. On trouve rasiu en 13^3. rahiu en 1378, rayU, en 1372; 
aujourd'hui rael, et réi en Roussillon. hahil ne rime ni avec diUy ni avec 
cfix; mais, comme à l'origine sa forme était radiz ou ra#à, il pouvait 
rimer au XIII« siècle, avec dUz [diccit). 

> En catalan, llùhat est un Jeune loup, Uoharro un loup (poisson). lop, 



FORMULES DE CONJURATION II 

e encontraren lo lop Lobas. 

— « E on vas. lop Lobas ? » 
se dix Nostre Senyor. 

— ^» \ au a la cassa d'aytal, 

» menjar la carn e boure la sanch d'aytal. » 

— « No fasses, Job Lobas î » 
se dix Nostre Senyor^ 

« Ve-t'en par les pastures 

» menjar les erbes menudes; 

» ve-l'en per les montanyes 

» menjar les erbes salvatges ; 

» ve-t'en a mige mar, 

» que aci no puxes res d^manar I » 

Et dicaiur tribus vicihus, e el Pare nostre, el'Ave Maria, e lo Etian- 
geli de Sant Johan. 

Gonjar a tota nafre 

4- III. bos frares se'n anaven per lur cami, 
e encontraren Nostre Senyor deii Jhù X». 

— « III. bos frares, on anats?» 

— a Anam nos-en al Puig do Sant Johan}, 
» per cullir erbes e flors 

» per sanar nafres e dolors. » 

— u III. hos frares, » [se dix* Nostre Senyor, 
» vos altres vos-en tornarets, 

» que. , ,r, . .n.l.ma, . . non pendrets, 
» ni carn en dissabte no menjarets, 

» ni celât no ho terrets ; 

» e perrets* de la lana de la OMe//a, 

»> e oli de la olive ra vera, 

» e direts en axi : — Nafra, puxes tu cremar, e delir*, 

Lobas ne désignerait-il pas le ioup-garou, ou le loup rabat mentionné 
dans un document du XIV siècle ? Axi com a lops rabats qui degolen 
e roben {Tuglat, dans les Docum. inéd. de P. BofaruU, tom. XUl, 
pag. 99). 

^ Lecture tout à fait incertaine ; les lettres « et n sont seules lisibles. 

*I1 n'y avait rien d'écrit après frares, et les mois entre crochets rem- 
placent ceux que le copiste a sans doute omis. 

i Perrets et terrets, pour pendrets (écrit plus haut) et tendrets. 

^ Le scribe avait écrit deblir, qu'il a barré et remplacé par delir. Peut- 
être faudrait-il boUir. Delir (du latin deler$) n'est guère usité en catalan 



12 DIALECTES ANCIENS 

» e'nfistolar e semar* e puyrir, . 
» com îe aquella que Tangel fe , 
» al costat dret de Nostre Senyor Jhû X*. » 

Diga axi: Santa Maria, Agios, ateos, atanato8,.deu fortis miserere 
nobis . Dicatur Pater ^noster et Aue Ane (sic) Maria^ quod dicatur tri- 
bus vicibus . 

On trouve aussi dans la notule de Guillaume Reynard, no- 
taire de Rivesaltes (1409), deux a/ôarans en latin, dont l'un 
intitulé: Albaranum ad glandulas; l'autre avec ce titre en 
catalan M /^ara bo a febre : qui l'a ni la pert, que tinga aquest 
albara, no la cobre. Ces pièces, sans intérêt, ne contiennent 
que des prières et des invocations à divers saints, saintes, an- 
ges, archanges, etc., et, par la langue comme par la forme, 
elles diffèrent complètement des conjurations de 1397. 

Alart. 



que dans la phrase lo fa delir, a il le fait se tourmenter, se consumer, 
s*exténuer. » Delir existait autrefois avec le sens de a détruire », dans 
le provençal : E per donas aucirre e per efans delir (Chanson de la Croi- 
sade albig., vers 8694), et dans le catalan: Ollimbres te auciura e délira 
sobra terra (Vida de S. Margarida, XIV* siècle; Docum. inéd. de P. Bo- 
farull, tom. XIII, pag. 122). 

^ Semar signifie le plus souvent, en ancien catalan, a se dessécher, dé- 
périr»; mais, dans le catalan du Roussillon, on ne l'emploie aujourd'hui 
que pour exprimer l'ascension de la sève dans les végétaux. 



DIALECTES MODERNES 



GRAMMAIRE LIMOUSINE 



••••- 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



Tom. II, page 186, ligne 13. — J'aurais pu me dispenser d'ex- 
primer un doute. Iln'est pas possible en effet d'admettre abbas 
parmi des rimes en as, la finale de ce mot étant atone. Il faut 
probablement corriger albas, comme je l'ai depuis proposé 
ailleurs. 

387, 1. 10-14. — On peut voir, dans une même page de G. de 
Rossillon {162 de l'édit. Hofmann), les trois formes cha, che et 
chi (ces deux dernières dans le même vers (7572). On trouve 
aujourd'hui cho en Auvergne, co en Rouergue et en Quercy. 
— Des exemples anciens du même affaiblissement en o de l'a 
{an) tonique sont so {sanum) et certos [certas =^' *certanos), dans 
des textes limousins de 1371 et de 1475. 

188, 1. 9. — On peut ajouter chivalier, forme ^qui se ren- 
contre déjà très-fréquemment dans les anciens textes. L'a 
reste dans chavau. 

188, 1. 10. — Ajoutez bounhâ^^ banhâ (fr. baigner)^ les deux 
formes étant usitées l'une et l'autre, mais dans des acceptions 
différentes. 

189, E, 1. 5-6. — ^^11 faut faire une exception pour le bas- 
limousin (contrée de Tulle), qui, au contraire, affaiblit souvent 
en i Xe tonique ou protonique de toute origine . 



* A moins d'indication contraire, la ligne désignée est toujours celle du 
texte, — Dans le compte des lignes on a négligé le titre courant, ainsi que 
ceux des chapitres, sections et paragraphes. — On n'a pas cru devoir faire 
un erraita particulier pour les fautes purement typographiques ; on s'est 
borné à les relever, à leur ordre, parmi les autres. 



14 DIALECTES MODERNES 

189,1. 2 du bas. — Supprimer cultellus, coûté. 

190, note 1. — Supprimer cette note. Kz, en effet, bien qu'on 
ne puisse pas toujours constater le fait, a dû se développer, à 
rintérieur du mot comme en finale, avant la chute de Vs, en 
sorte que la série normale est es^ eis^ ei. II y a lieu, en consé- 
quence, de remplacer dans le texte, ligne 5, les mots « à la suite 
de cette consonne » par « et cette consonne tombe.» 

191, 1. 3 de la fin: « atones. » — Lis. : atone. 

193, dernière 1. — On peut ajouter damandâ, qui se lit déjà 
plusieurs fois dans un document limousin de 1371 {Lim. hist.^ 
pp. 598, 610, 644, etc.) 

198, 1. 1-5 et note 1. — Je citerai, comme pouvant servir à 
confirmer Topinion ici exprimée, une pièce de B. de Venta- 
dour {Quart vei la laudeta) et une autre de B. de Born {Quart 
la novella flors)j où des mots comme fron (frontem)^ port {pon- 
t€m)j respon (resportdet)^ etc., riment avec mort{mundum)., segon 
secundum)^ son {sunt), etc. 

199, 1. 8-9. — Feulka se lit dans un texte de 1463. A côté 
de feulho existé aussi, en haut et bas limousin, felho^ qui pro- 
vient de la forme classique fuelha, par réduction de la diph- 
thongue ne. 

199, 1. 12 du bas. — La langue classique considérait aussi 
comme estreit Va dans cette condition, c'est-à-dire le pronon- 
çait ou. C'est ce que prouvent les exemples sans nombre que 
l'on a de bo{n), so(w), rimant avec des mots tels que chanso{n)^ 
raxo(w), etc. 

202, 1. 20. — Envio ne vient pas directement de envidia. Il 
a été précédé de enveia, où ei s'est ensuite réduit à i comme 
dans mîa-ne(p. 53, 1. 3) de meia-nuech, etc. 

206, 1. 8. — Effacer *refutiare, refusar^ refusa, L'étjmologie 
de refusar est incertaine ; mais ce ne peut être refutiare, 
forme inconnue et invraisemblable. 

208, 1. 4:« requeule. » — Lis.: requeulo. 

208, 1. 5 du bas. — A notre froujâ on peut comparer, en an- 
cien français, aïger =s*œdicare pour œdificare. Yoj.Romania, 
I, 166, 1.''5. 

210, 1. 8: iicaxHs^yi — Lis.: cattius, 

211, 1. 13 : <i*bodma, boueino. » — L'intermédiaire néces- 
saire boirta, dont je n'avais pas remarqué d'exempl^ps, se peut 
voir dans des documents limousins et languedociens du XIV* s. 
Yoj.Breviarid'amor,Y, 17003 (variantes); Limousin historique, 
p. 604. 

212, 1. 14 : « Dans le haut-Limousin. » — Lis. : Dans le haut 
comme dans le bas Limousin. 



aRAMMAlRË LIMOUSINE 15 

, 216,1. 13 du bas. — Ajoutez : ie se réduit souvent à e, en 
haut Limousin, dans les finales en ter, après les chuintantes 
ch et y. Ex. : archer j barger = archier, bergier, formes non- 
tronnaises. 

2lSj 1. 4 .-— Couei peut très-bien être le résultat de la con- 
traction de co ei z={a)co es. Mais je crois plus probable que la 
sérié des formes est celle-ci : (a)co es^{a]co's, (a)cois ; d'oii 
cOueis, couei, par le développement normal d'.pi en ouei (voj. 
p. 46). Cf., dans les Coutumes de Limoges, noys tengut= no es 
tengut et soy assaber = so es a. Un autre exemple de ce déve- 
loppement de Yi devant s, résidu d'es, ainsi affixé, est le sui- 
vant, tiré d'une des nouvelles de R. Vidal {Gedichte der Tr.^ 
II, p. 26, 1. 19 du bas): tota ma rancurays merce^=i. .rancura es. 
Le même phénomène se produisait souvent devant s == se, 
pronom réfléchi. Voy. ci-après l'addition à la p. 179, 1. 8 du 
bas. 

219-220. Syncope. — Ce qui est dit ici est insuffisant et trop 
peu précis. La question a besoin d'être reprise et étudiée de 
plus près et dans un plus grand détail, à la lumière de l'ex- 
cellent mémoire récemment publié par M. Darmesteter sur 
\& protonique en français [Romania, V, 140). 

220, 1. 5 du bas: « Pouvero \(polvera) = pulverem.» — Rem- 
placer le signe =5 par «de.» 

222. Paragoge. — A coumo ajoutez ounte font] et quanet 
(quant) ^ où l'e s'est attaché au t final longtemps après la chute 
de Ve et de To étymologiques de unde et de quando. 

Tom. 111,371,1. 12. — Sur cette influence de la diphthongue 
au, voy. la Revue des langues romanes^ VII, 405. 

372, 1. 12 du bas. — Cette mutation se remarque encore, en 
bas-limousin, dans trounsoT^ " trunca (cf. p. 106, note 1). Elle 
n'a été sans doute immédiate ni dans ce cas, ni dans l'autre, et 
une première mutation de ca en cha a dû précéder. Cf., p. 72, 
1. 5, messan = mechan, etc. On trouve dans Rochegude, blanza 
pour blanca ou blancha; dans Ste Agnès (577), Sansa pour 
Sancha, nom propre . i 

372, 1. 8 du bas : « au bas limousin ». — Lis. : en bas li- 
mousin . 

372, 1. 6 du bas. — Ajouter : Dans mêgtte, b.-lim. mergue 
(petit lait) == allem. molken, la gutturale, tout en changeant 
de degré, reste dure. Mais elle a dû s'amollir en^ pour pouvoir 
produire la-mêzi (même sens), qui appartient au bas-limousin. 
Cf. manso, irounso, Sansa, blanza, qui font l'objet de l' avant- 
dernière note. 

374, 1.7: aecclesia.y) — L'insertion de l'î après c/, dans ce mot 
et dans quelques autres, est ancienne dans la langue. Ainsi 



16 DIA.LBCTBS MODBRNES 

on trouve très-fréquemment ^&>yza, egliet/za, dans des texte» 
limousins et languedociens du XIV* siècle. Citer =» clertcus 
est plusieurs fois dans G . de Rossillon et ailleurs. 

376, 1. Ï8-19. — L'wde seuta et degraulo s'expliquerait peut- 
être mieux par la chute de la gutturale et l'attraction de Vu 
des originaux latins . Même observation pour teule ^tegulum 
p. 70, 1. 4. 

376, note 2. — Lutz et patz sont ici^cités à tort, hetj est 
un développement du z des formes initiales luz et paz ( = /«- 
cem etpacem)^ et nullement le résultat d'une mutation directe 
duc dur de pax et de lux. Voy. là- dessus la ^ev. d, L r., V, 335. 

377, 1. 3 et 10 : a Qurges, gorjo.vi — Lis. : * gurga fgurgesj, 
gorjo. 

377, 1. 4 et 5 en remontant. — Esmai est plutôt le substantif 
verbal d'esmajar. Quant à proubai, il est peut-être plus sûr de 
le tirer de propage (propaginem), par ablation de Ye final, que 
du nominatif latin propago. Rochegude a une forme féminine 
probaina que je n'ai pas remarquée ailleurs. 

379, note 2, dernière ligne : « dont. » — Lis. : où. 

380, 1. avant-dernière. — On trouve des exemples de ces ré- 
ductions dans plusieurs textes anciens, tels que la Chanson de 
la croisade albigeoise^ la Vie de Saint Honorât, Guillaume de la 
Barre. Yoj. là-dessus la Revue des langues romanes, VI, 293. 
— Devant d'autres voyelles (a, o, ou), le parler de Tulle, loin 
de l'éduire ch à i, aime au contraire à le doubler d'une s, en 
sorte que le son total est sts. Ex. : vascho {vastso, comme écrit 
Béronie), bouscko, bouschou. 

Tom. IV, 64, dernière ligne. — Ajouter: Il est devenu^ dans 
guindé, qui se dit pour dinde en divers lieux du Périgord et 
du bas Limousin. 

64, note 2. — Sur cet intermédiaire, pocs, que je suppose ici 
entre post et pois, voy. la Rev. d. L r.,V, 331, note 2. On trouve 
de même prebox ==:prœpositum. En Saintonge, buste se prononce 
buxe. I 

66, note 2. — Des « poésies religieuses » mentionnées dans 
cette note, il en est une, et c'est celle précisément à laquelle 
j'ai emprunté deux exemples, qui n'est pas limousine. C'est 
par inadvertance que je l'ai confondue avec les autres, les- 
quelles appartiennent incontestablement à notre dialecte. 

67, 1. 2. — Enclunhe vient, non de incudem, mais de incudi^ 
cem^ d'où enclutge dans l'ancienne langue. Incudex se lit dans 
les épiirivsùiiaLrx de Julius PoUux, publiés par M. Boucherie, 
p. 166. Cf., dans le provençal moderne, iruge^ qui renvoie à 
*hirudicem et non à hirudinem. 

67, 1. 4 du bas, — ^Ajoutez : Ce développement de t en ts et de 



aRÀMMAlRE LIMOUSINE 17 

den dz se constate aussi quelquefois en haut-limousin. Ex.: 
betsiomen, moucandzier, — Plusieurs textes anciens offrent des 
exemples du dernier de ces phénomènes : ex.: adzorar z=^ ado- 
rar, etc. 

67, avant -dernière ligne. — Ajoutez : Un exemple de ïa 
mutation inverse, mais à Tinté rieur du mot, est senséno = fr. 
sentène, si le ^, dans ce dernier mot, est bien la consonne primi- 
tive. Cf. Servagan =z Tervagarit dans une chanson d'Austorc 
d'Orlac ( Mahn Gedichte, IX). 

69, 1. 11. — Il va sans dire que puesca ne représente pas 
exactement possim {pôxim ). On n'a ici en vue que le radical, 
qui est puesc = pose = pox, 

69, 1. ô du bas. — ^A Tabri de l'influence de IV, s est devenue 
ch dans chàulka = solhar ( *suculare ), et dans pouchâ ( tous- 
ser ), si du moins ce dernier mot est bien le même que polsar^ 
traduit par « valde anhelare » dans le Donat provençal (36 b). 
— C'est ici le lieu de noter que plusieurs dialectes de l'an- 
cienne langue, y compris le limousin, comme le prouvent des 
textes de Limoges et de Périgueux, changeaient souvent Vs 
dure suivant i, particulièrement i engagé dans une diphthon- 
gue, en une consonne probablement identique au ch fran- 
çais, et qu'on figurait 5cA, sh ou ch. Sur sA, vojez un passage 
des Leys d'amors^ I, 62, qui prouve clairement que cette com- 
binaison n'avait pas la valeur d'une s simple*. Les trois no- 
tations, ou seulement deux d'entre elles, sont quelquefois 
employées concurremment dans les mêmes textes, ce qui dé- 
montre leur équivalence. Ainsi les Coutumes de Limoges ont 
ayschiy punischen^ mais plus souvent, par cA, laychen^ poicha^ etc. 
La Croisade albigeoise a creish^ laish, preisha, ishitz^ Saishes, 
à côté de baicha^ ichitz^ Saichag^etc. Un même ms. du Bremari 
à^amqr offre ensemble yshi^ isschauzada, naischensa, ichia^ co- 
noichensa^ etc. Mais ce mélange ne se remarque pas partout, 
et même, là où il a lieu, il y a toujours une des notations qui 
paraît la préférée. — En finale, il arrive quelquefois que les 
deux éléments de sh se transposent ( de là des formes comme 
nayhs, qu'on trouve par exemple, dans les Joyas^ àcQté de naysh 
et de naych ) ou que Y s tombe. Ex. :^ laih^ dih, poih, Foih, etc. 
Ces dernières formes sont fréquentes dans la Chanson de la 
Croisade albigeoise^ texte qui nous offre aussi d'assez nombreux 
exemples d'une autre modification de notre sh final, à savoir 
g : poig, Foig^ etc. Je pense que g dans ce cas, comme h dans 
le précédent, devait figurer un son peu différent de celui du^ 
allemand . 

73, note 3. — Ici et plus loin ( 664, note 1 ), j'ai oublié que 
* Cf. même ouvrage, II, 186 . 



18 DIALECTES MODERNES 

icopulum était aussi représenté en provençal ( escolh^ escuelk ) . 

76, 1. 16 : aGuilhaume. »— Lis.: Guilhem, 

76, 1. 3 du bas — Saumo eisôumâ, au lieu de provenir immé- 
diatement de sa/î;aet de salvarCj comme je le suppose ici, par 
mutation directe de v en m, pourraient n'en provenir que par 
l'intermédiaire de saula et de sàulâ, formes résultant de lamé- 
tathèse du v ( cf. teune = tenuem ) et dont 17 se serait ensuite 
changée en m. Sôulâ n'est pas d'ailleurs une forme fictive . 
Elle existe à côté de sôumâ^ en haut limousin. Cf., dans le 
prov. moderne, maulo = malva, 

78, 1. 16 du bas. — Le provençal moderne dit de même souveta 
(souhaiter), avows (août). Cette dernière forme se trouve déjà 
(avo5^) dans le Petit Thalamus de Montpellier (p, 67)*. Des 
exemples anciens du même phénomène en initiale sont, dans 
le dialecte provençal,t;o = aut ou hoc^ vont =• unde, vora = oia 
{Gloss. occit., S3S a) ^vostav =z ostar y vueills^oculus. — Mention- 
nons encore les formes gasconnes daubus daubussis = dau{s) us 
( des uns, c'est-à-dire quelques-uns ) et ibe (Bajonne) = te = 
ûe = una ( Vn intérieure tombe en gascon ), dans lesquelles, 
selon le génie du même dialecte, c'est b qui s'est introduit au 
lieu de v, 

78, 1.7 du bas. — 11 faut ajouter brundî, forme dans laquelle 
le ^ s'est substitué au^ disparu de grundire, et qui existe à côté 
de rundî^ mais non pas partout avec sa signification première. 

78, 1. 4 du bas. — Autres exemples de g remplaçant v ou 
l'aspiration: ^we/=we^(oc^o) dans diverses parties du Périgord; 
gausarz= ausar (Languedoc et Gascogne ), déjà tel au XIV® s.; 
gabor =ivaporem (Dict. langued., dans un texte du XIV s. ); 
pagur=:paor (dans Jaufre, supplément, p. 168); degorar=, de- 
vorar {Blandin^ ISO); couga=coua^ coar (Languedoc); deguens 
= dehens= dedintz^ goC:===.oCj après un infinitif en a ( bouta-g- 
oc), digamar = diffamer, engouloupa ^envelopper (Gascogne). 
Dans un texte de Béziers du XV*' s. ( Soc» arckéol. de Béz., III, 
163 ), je trouve segon= se on = se non (cf. le mod. soun dans 
sounque, sounco, ci-dessus, p . 332, note 2.) — Au lieu du g, 
c'est c qu'on a dans lacoun = la oun^ fr. là ou ( Espalion ). 

' 79, 1. 5-6. — Il est plus légitime et beaucoup plus natu- 
rel,' dans le cas présent, de supposer que si s'est tout entier 
substitué kui {vi)^ comme flexion verbale, que d'expliquer cette 
mutation par un simple accident phonique. Mais la langue d'oc 
nous offre beaucoup d'exemples certains du changement de 
V en s (z ), ou, ce qui est la même chose, de l'insertion d'un z, 
en place d'un t;, pour obvier à l'hiatus, c'est-à-dire pour rem- 



* Cf. le catalan favos^pr. laors. On dit de môme en Saintongo lavoure 
ssslàoii. 



GRAMMAïaE LIMOUSINE 19' 

placer r aspiration. C'est naturellement dans les dialectes mé- 
ridionaux qu'on doit surtout les rencontrer*. Tels sont pazimen 
(= pavimen, païmen), azounda {abondar, aondar), azourta (fr. 
avorter). D'anciens textes de la Provence et du bas Languedoc 
offrent cî^ezet {créa ), glizeiza (as= glieiza), dezitat [déité\ bon 
et malazur atz^ cavazier ( = cavayer = cavalier ), et même sazer 
pour saber ( Mascaro^ p. 121 ), azer pour aver {Dern, Troub., 
p. 124, 1. 1). L'inverse, c'est-à-dire v remplaçant z, est plus rare, 
mais se constate aussi dans les mêmes contrées. Ex.: cauvo 
(aussi cam\ très-fréquent en Provence pour causo ; de même 
pauva {poser], pérévous (= perezos)^. Des exemples anciens 
sont gramavi ( ■=-qramazi ), juvizi et juzivi ( = juzizi ), devon^= 
dezon = de7'on ( Mascaro^ 114 ), cavet = cazet [ ibid., 134), so- 
var ( Donat prov., 33 ô) == suzar ^. 

7^ se substitue de même à s dur, en Provence encore, non- 
seulement dans melfo, cité dans mon texte, mais encore dans 
plusieurs autres mots, tels que boufin{dé^k dsius Flamenca : bofi, 
V. 4591) = boussiin) ; moufo = moussOy founfoni (cornemuse) 
de symphonia^ fioula (siffler) = sioula (sibilare). L'abbé de 
Sauvages enregistre, dans son Dictionnaire languedocien, 
fourupa et souroupa (sucer, humer), gafei gas* (gué). 

A ces formes modernes on peut joindre bofo (=^osso), qui se 
lit dans la Croisade albigeoise (v. 4017); aifa^ qui est peut-être 
pour aissa, au v. 6620 de Flamenca^ et enfin sofanar = subsan- 
nare^ qui se rencontre au lieu de soanar, dans quelques textes 
(Leys damors^ L 176; Ferabras^ 1401; ff. de la Barre^ 46)'. 

J'ai moins d'exemples du changement de /"en s. Le limousin 
mausso répond au languedocien majofo (Rajnouard : majofa) ; 
mais est-ce bien Vf qui est primitive ? La chose n'est pas dou- 



* Le limousin ou offre pourtant quelques-uns: tel e&i eiblouzi^ qui, à 
NoDtron, traduit éblouir. Mais nous disons eibalouvx, boum^ où le Lan- 
guedoc prononce esbalauziy abauzi. — Cf. dans les patois fran^is bleuvir 
et bleuzir = bleuir. La même substitution se remarque, en initiale, dans 
sounUf qui se dit à Nyons pour ounte (prov. vounte). 

* Les formes intermédiaires cauo, paua, ont également cours, peut- 
être aussi péréous. Dans tous les cas, ce dernier a existé, car on le trouve 
( pereos ) dans un texte cité par Rochegude. 

3 II faut peut-être en voir un autre dans un mot que je soupçonne Ro- 
chegude, qui le rapporte, d'avoir mal lu. Ce mot. imprimé aine ( Gloss* 
occit., 9 a), ne serait-il pas plutôt aive z=iaize ? Rochegude lui donne la 
signiflcatlon, qui convient fort bien à l'eKeraple cité, de « meuble, vais- 
seau, vase, ustensile», et telle est aussi l'une de celles deaize.Voy. la Vie 
de saint Honorât^ p. 181, note 16, et Milà y Fontanals, Poètes catalans, 
p. 17, I. 14. 

* De là gafa et gaza [guéer), tous deux usités. 

^ Je iroMV e pharmapheiUique (sic) dans un curieux document sain- 
tongeais de loi 5 (Extraits du livre des maîtres apothicaires de Cognac. pu- 
bliés par Jules Pellisson, Poitiers, 1875). Plusieurs, dans le même pays, 
prononcent la /oup« pour la «owpe. A Genève on dit de môm& desm^ 
fon, etc. Voy. Hitter, Recherches sur le patois de Genève. 



fO DIAXBGTES MODERNES 

teuse pour les formes gasconnes gersaut = gerfaut, ststolo = 
fistule^ et pour prosemna = prafemna, qu'offrent plusieurs 
textes toulousains du XVI* siècle. En finale, on peut citer (je 
ne distingue plus ici z de 5 ni t; de /) : voutz (volz) pour volv 
dans les Leysd'amors III, 2I0(cant es moutz, Le blatz en farina 
se voutz)^ et, d'après le ms. 5232 de la Vaticane, dans un vers 
de P. d'Auvergne (E volz doutz en amarum), exemples qui 
confirment, en les expliquant, les formes revols et vols ( = re- 
volvit et volvit) de la Croisade albigeoise {^y. 7529 et 8905); cers, 
régime singulier, rimant avec fers, dans la Vie de saint Hono" 
rat^ p. 14, ce qui confirme la même forme hors de la rime à 
la page 10 ; sers = servit dans une pièce de Pistoleta {Lex. i?., 
I, 507, V. 15); sers ==servum dans las Rasos^ de trobar, p. 84 
(citation de P. Vidal) et dans la version de l'Evangile St-Jean, 
publiée à Berlin, en 1868, d'apt»ès le ms. 2425 de la B. N , 
chap. XVIII, V. 10). Cf. dans l'ancien français troz, trois ^ 
truis^ pour trofon truef {de trovei%' rois, mis, pour rof ou rue f 
(de rover) ; pruis pour prof ou pruef (de prover], et au sub- 
jonctif des mêmes verbes, truisse (troisse, trusse), iruist, ruisse, 
ruist ; prustÇVoj. Burguy et Diez, Grammaire, 11,216). J'ajou- 
terais dist {débet) des Serments, si cette leçon était certaine ; 
mais je crois plus probable, avec MM. Burguy et Cornu (i?o- 
mania^ IV, 454), qu'il faut lire dift, 

78, note I, 1. 5 : «virtuel.» — Effacez ce mot. La forme 
vounte existe réellement, en Provence, à côté demounte. 

79, 1. 2 du bas : « pois.)) — Lis. poitz» 

79, 1. 1 du bas. — Le Donat remarque lui-même, p.55 a, à pro- 
pos des mots enoA/z, comme cohtzfcoctus), que «tuit poden fenir 
in oitz^ sicum coitz, voitz.)) On trouve, do^n^ Sancta Agnes^ sapha 
à côté de sapia, et le même texte et d'autres offrent mah = 
mais fmagisj^puh ou pueh=pueis^ fpostj^ fah (factum ou fadt)^ 
lah = la i (Ferabras, 4943^, buh (S. Agnes, 864, mal à propos 
changé en brukj = buis de Flamenca, 7207, etc. Lorsque 1'^ 
se substituait ainsi kVi, Vs ou le t final pouvait tomber, comme 
le montrent les exemples précédents. — Un des emplois les 
plus remarquables de h = i était celui qu'on lui voit dans 
les formes telles que tuh, cargah, garnih, où il représente Vi 
du nominatif pluriel latin, et qui sont assez fréquentes dans 
quelques textes. Voy. là-dessus la Bévue d. L r.,VI, 102. 

407, 1. 4. — Exemples bas-latins du même phénomène : gre- 
gnabit, gregnariolus (voy. Boucherie, Un almanach auX^s,, 
Revue rf. /. r., III, 143). Le fr. grimer, grimeler, doit peut- 
être s'expliquer de même. Voy. encore là-dessus Boucherie, 
Revue, IV, 519. A l'appui de cette opinion vient ce fait qu'en 
Auvergne on dit rimer ( non grimer ) au sens de froncer, rider 
( Mège, Souvenirs de la langue d^ Auvergne, p. 223 ). — Le phé- 
nomène inverse ( rejet du g initial étymologique ) se remarque 



GRAMMAIRE LIMOUSINE 21 

chez nous dans roumeû ( râle : lou roumeû de la mort ), qui a la 
même origine qnegrommeiên. On trouve <îe dernier mot dans 
Montaigne, sous la forme rommeler, et Brantôme emploie rou-. 
meaun qui existe du reste, aujourd'hui, avec roumeler, en Sain- 
tonge, en Poitou et en Berry. 

406, note 1. — La mutation de r en ^ (moins fréquente en 
français que je ne Tai dit ici par inadvertance), et inverse- 
ment celle de 5 en r, se constatent assez souvent dans quelques 
textes languedociens et provençaux du XIV° siècle et de la fin 
dû XIIP. Voy. là-dessus les recherches de M. Paul Mejer, 
Romania, IV, 184, 464, et cf. Bev. d. l. r., VIII,* 238, note 1. 

408, note 2. — A la notice citée, il faut maintenant ajouter 
celle de M. Tabbé Vayssier sur le dialecte rouergat {Rev, 
d, L r., Illi 354), dont quelques variétés pratiquent avec 
constance cette substitution de d k r. J'ai sous les yeux un 
écrit publié en février 1876, à Villefranche-de-Rouergue, où 
je lis : bigneidou^ estloida^ gaide^ traide, heide, — Au reste, je 
considère aujourd'hui comme plus que douteuse la mutation 
que je supposais ici de r en ty dans les formes verbales mm- 
geten, begueten, etc. Cf. p. 280. 

408, note 3. — Supprimez cette note. Putnais, que j'y vise, 
avait aussi la forme pudnais, d'où a pu plus facilement dériver 
purnai. Je mentionne en passant, comme exemple de la muta- 
tion contraire en pareille position, govidnar = govemar, que 
je lis dans un document limousin de 1475. — Une autre forme 
ancienne de putnais est pugnais, qui pourrait aussi avoir donné 
naissance à notre purnai. Cf. rito^ ritou ( cane, canard ) = 
guitOy guitou de la G-ascogne. Guita est dans Rochegude. 

410, 1. 4 et note 1. — On a un exemple de la mutation de / 
en d dans idoula (Tulle), anc. udolar = ululare. Baissa n'est 
pas seulement gascon, comme il est dit dans la note. Cette 
forme est également languedocienne, et on la connaît aussi en 
Périgord. 

411, L 3. — Ajouter: Exceptionnellement, /, au lieu de se 
vocaliser selon la règle, est tombé, après a, dans rampam = 
rampalm ( rameau bénit ou jour des rameaux ), qui est ailleurs 
rampau, L'r tombe de même, en Languedoc, devant la nasale, 
dans Joun =ijomy cari'Salado ■=• carn salado, 

411, 1. 19 : (( on limousin. » — Lis.: en langue d'oc. 

* Je raisonne ici dans Thypothèse que grommeler a rorigine germa- 
nique admise par Littrô. Mais le tout ne pourrait-il pas venir du latin? Le 
fr. du Centre et de TOuest n'a pas seulement roumeler; il a encore, dans 
la môme signiti cation, roumer, rouminer^ qui renvoient directement a 
rumare etruminare. Roumeler (^le rommeler de Montaigne) représen- 
terait alors *rumillare, forme des plus plausibles et d'un* type essentiel- 
lement populaire, et nous aurions dans grommeler un nouvel exemple 
de la prosthèse du g 

2 



«e diâlbctbs modbrnks 

412, note 2. — Notre ancienne langue a eu peut-être aussi 
mmt; du moins c^tte forme se rencontre dans le poëme de la 
Guerre de Navarre, w. 640, 2023. 

414, note 1. — Le Donat provençal (p. 41) excepte baltz (qui 
est notre bal) des mots que Ton peut a virar en autzi^ ; mais 
il excepte aussi cavaltz et gais, et nous disons chavau etjau. 

415, note 2. — On a, à Nontron même, un exemepl pareil 
dans greu de grelh {griUum)^ que Ton aurait dû s'attendre à j 
voir devenir grei. 

416, 1. 1-2.^ — On a peut-être un autre exemple de la même 
mutation ( m en A ) dans brujo ssmyrica (?). Cf« en grec /Sporo; 
ssppÔToc, etc. 

416, 1. 10 : « Sàulâ == sàumâïi. — C'est peut-être plutôt l'in- 
verse. Voy. la note sur la p. 76, 1. 3 du bas. 

416, note 2. — Voy. une autre étymologie (plus probable ) 
du fr. fangCy et par conséquent de notre fanho^ dans les Mémoi- 
res de la Soc, de linguistique, II, 70. 

417, N, 1. 3. — L'étymologie donnée ici de degu (nec unus 
est contestée (Voy. Bomania, IV, 289, note 2). A l'appui, on 
peut citer dostan { Mpntauban et ailleurs ) == nostan {Joyas del 
gay saber, 238), et arda = ama, deux formes anciennes d'un 
même mot. Dans le Forez, on trouve la forme, fc^wn, résultat 
d'une mutation différente, mais moins rare, de ï'n étymolo- 
gique. 

418, note 1, 1. 5: a Vorterbuch .» — Lis.: Worterbuch, 

421, 1. 13-14. — Cm, rattaché ici à granum, a plutôt peut- 
être une origine germanique. Voy. Littré, au mot gru. Il se 
sera, dans ce cas, produit une confusion des deux mots. C'est 
ce qu'indique Vn du dérivé engruna (p. 113, 1. 3 ) = fr. 
égrener, 

422, note 1. — A l'appui de cette explication de trounho, je 
citerai blanha (■= blanca)^ forme que je trouve dans Roche- 
gude, mais que je n'ai d'ailleurs rencontrée, ou du moins re- 
marquée, dans aucun texte. 

423, 1. 10. — Ajoutez à ces exemples besouei ( besonh ), cou- 
douei {codonh]^ louei{ lonh\ que j'ai entendus dans les cantons 
de St-Pardoux-la-Rivière et de Champagnac. Au contraire, 
effacez perpaij que je regarde aujourd'hui comme un exemple 
trop incertain. L'étymologie perponh ou perpoing, où d'autres 
s'étaient aussi laissé prendre (voy., p. ex., Ruben, Œuvres de 
Foucaud,2l^ note 4), m'avait séduit. Mais, si notre perpai peut 
s'y ramener, il n'en est pas de même du bas-limousin porpar^ 
qui renvoie, i^slv porpal, à un porpalh qui serait la source com- 
mune des deux formes. D'un autre côté, perpount, perpouen, 
au sens propre de pourpoint, existe à côté de /)er;?at(= poitrine). 



GRAMMAIRE LIMOUSINE 23 

Tout se réunit donc pour rendre plus que douteuse Tétymo- 
logie que j'avais adoptée pour ce dernier mot, et que je retire. 

423, à la fin. — Ajoutez : Nh^ comme /A, se réduit quelque- 
fois à y. Ainsi entanhâ du bas-limousin est chez nous eniayâ . 
Ce mot signifie «embourber », et je remarquerai en passant 
qu'il nous offre peut-être (en le tirant de fanho) un exemple de 
la même mutation de f{ph) en ^ que Ton constate dans blaste- 
mar = blasphemare. Le contraire se remarque dans le langue- 
docien fanfasti = fantastic. 

650, 1. 7 du bas : « eirisseii.» — Ce mot n'est pas aussi par- 
ticulier que je l'avais cru au dialecte limousin. Du moins ne 
l' était-il pas autrefois, car on le lit (eiressel) dans un trouba- 
dour languedocien ( Daude de Prades). Rochegude le men- 
tionne, mais il en ignore le sens, ce qui peut faire supposer 
qu'on ne le connaît pas aujourd'hui dans le Languedoc. 

651, 1. 21. — Le t; radical du verbe avei tombe même quel- 
quefois, en haut-limousin, à l'imparfait de ce verbe : oyo = 
avio. 

654, 1. 2 de la sous-note : afrar,)) — Lis.: frair. Cette forme 
et les formes semblables, mair, pair^ se rencontrent déjà acci- 
dentellement dans Bertran de Born, et l'on trouve même mai 
(à la rime ) dans Bernard de Ventadour. 

656, 1. 6 du bas. — Cette étymologie de dabouro est proba- 
blement erronée. Voj. p. 308, note 3. 

665, note 1. — La forme banna, ici supposée, se trouve en 
effet (p. ex.: Vie de saint Honorât^ p. 13). Je remarquerai à ce 
sujet que l'assimilation de û? à w, dans le groupe wrf, suivie ou 
non, mais plus souvent suivie, de la réduction à l'unité des 
deuxn ainsi obtenus, est un phénomène très-fréquent dans le 
dialecte provençal et dans le dialecte gascon, surtout dans 
ce dernier. Ex.: segona {S, Honorât, 127 a), redounello^ gran- 
nessa, etc. — Très-analogue est l'assimilation de la même den- 
tale à / dans soullats = souldats, forme usitée dans le Tarn- 
et-Garonne et probablement ailleurs. 

Tom. V, 178, 1. 2 du bas: « qui ne tenta rien nulle part poui 
faire revivre les cas de ces substantifs. » — Ceci serait trop ab- 
solu, si l'on s'en rapportait aux textes écrits. On voit en effet, 
par quelques exemples, que les noms intégrais recevaient parfois 
l'allongement es au sujet singulier. Mais, comme à l'époque où 
ces formes commencèrent à se répandre, la langue parlée 
n'avait plus probablement conscience de la distinction des cas, 
ma proposition, en somme, doit rester vraie. 

181, entre les 1. 14 et 15 du bas, placez ligôt= lugan{lucamts)j 
sans pluriel. C'est l'étoile du matin. 

182, note 2:(( est devenu. «—Il serait plus exact de dire «est 
resté », car la resta se trouve dans des textes, et non passeu- 



24 DIALECTES MODERNES 

lement limousins, du moyen âge. Resto n'a donc pas été em- 
prunté au français ; seulement, à Nontron, sous Tinfluence de 
la langue nationale, il a pris le genre masculin. 

186, 1. 25. — On peut ajouter paura ^=spaor, qui se dit en 
divers endroits. 

187, 1. 14. — Un passage du même ouvrage (II, 62) montre 
clairement qu'au XIV® s., dans les noms dont il s'agit ici, la 
forme du cas sujet (aire) prévalait déjà, comme dans la langue 
actuelle, sur celle du cas régime. 

188, note 2, 1. 6. — Ajouter : Ces formes en ei =€s se ren- 
contrent assez fréquemment dans G\ de jftossiilon. Ainsi /?m, 
marquei, mercei, po^Q^h Agenei, etc. 

192, 1. liapô, )) — Je ne sais comment je n'avais pas re- 
connu dans ce mot l'ancien post, dont les exemples ne man- 
quent pas, et qui vient de pqstis. 

196, 1. 3. —-Ajoutez go (anc. ga) =s vadum, où l'o bref du 
singulier resté au pluriel sans changement, contrairement 
à ce qui se passe dans les autres noms en o bref jJro venant 
d'un a radical, comme mo, crestio, germo. Voy. p. 181. 

437, dernière 1. de la note 2:« as, » — J'ai trouvé, depuis, un 
exemple ancien de cet adjectif au féminin pluriel. C'est dans 
le Recueil de M. Paul Meyer, p. 141, 1. 92: « que sas cober- 
turas de fer foron totasasas. » M. Meyer, à la vérité, corrige 
arsas; mais je crois que c'est à tort. 

439, à la fin de la note 3, ajouter: Au sujet de ces ad- 
jectifs ainsi allongés au pluriel, je noterai que, dans le Quercy, 
le Rouergue et diverses parties du Languedoc, la nouvelle 
flexion es, non -seulement se substitue, mais encore s'ajoute 
souvent à l'ancienne et régulière flexion en s. Je n'ai remar- 
qué cela que dans le pronom el (elses), dans plusieurs adjectifs 
déterminatifs {aquelses, calses, quanses, tanses, toutses, unses ou 
usses ; au féminin, toutsos, ussos)^, et dans deux ou trois sub- 
stantifs {eusses = oculos, pelses = pilos, reizes = reges (le jour 
des Rois)j fiousses =:fila). Dans les mêmes contrées, je vois ces 
flexions prêtées même aux particules, régulièrement inva- 
riables, mais et gis, et au nom composé toupie, qui enjoué le 
rôle. Ex.: Per decouops n'a pas gisses (Villefranche de Rouer- 
gue); touplesses d'autres légats (id.); — H fou maysses de pelses 
grises (Béziers). 

441, n^ 16. — Aux trois adjectifs en aM, exclus! veme^t fémi- 
nins, ici mentionnés, il faut ajouter hringau^ du verbe bringâ 
(sauter, danser), qdi-n'est, à ma connaissance, employé qu'avec 

> Je trouve déjà elses, aquelses et totses, dans des documents languedo- 
ciens de 1465 et de 1501. — Une pièce de môme origine, du commence» 
ment du XVII* s., a lous teusses = lous teus (les tiens). 



GRAMMAIRE LIMOUSINE • 25 

le subst. féminin feûre (fièvre). On dit d'une jeune fille trop 
fringante qu'elle a « lafeiire bringau. » — En haut* limousin, 
l'adjectif viau {•= vilts, comme fiau =filum, etc.), garrde les 
deux genres. Mais on lui donne souvent aussi la flexion fémi- 
nine audo fviaudoj^ en l'assimilant faussement à ceux où au 
provient de aldus^ comme chau . 

443, 1. 21 : « singulier. » — Lis. : masculin. 

444, n° 7. « ors^orso, » — Lis.: or — orso, 

444, n° 8. — Ajoutez : Fer reste encore féminin dans aigo- 
for (eau-forte), qu'on dit aussi, du reste, aigo-forto. 

445, n° 10. — C'est par erreur qr.'il est dit ici que les adjec- 
tifs eiidour—doueiro^ dont il s'agit, ne « correspondent phoné- 
tiquement à aucun type latin. » Ils sont formés sur le modèle 
des adjectifs en torius^ tels que awatonw», mais répondent pour 
le sens, soit à des participes en wrw5,soit des adjectifs enèilis. 
Voy. Diez, Grammairey t. II, p. 327 de la trad. française, et 
Leys d'amors^ II, 60-62. 

450. Pronom de la première personne. — Il faut ajouter 
au paradigme des formes anciennes iau^ dont les exemples ne 
sont pas rares dans des textes de diverses provenances. 

450, note 3. — Après nos autri^ ajoutez : cas sujet; et pa- 
reillement, p. 451, note 2, après vos autri. 

451, note 1. — Supprimez les deux exemples cités dans cette 
note. Le premier, tiré d'une pièce dont je ne puis comparer, 
les diverses leçons, me paraît décidément trop suspect. Quant 
au second, j'ai eu le tort, le trouvant cité dans Raynouard, 
de le transcrire sans le vérifier. Le premier vers est trop long 
et doit se lire : Eveus rnalvostre plazer, ce qui rétablit la me- 
sure et fait disparaître l'invraisemblable anomalie syntaxique 
que j'y croyais voir. 

453, première ligne après le paradigme : « vocalisation de 
Ve. » — Lis. : . . « . de VI, 

454, note 1, 1. 7. — Voy. d'autres exemples, plus anciens, 
de cet emploi de S6, dans la Romania^ IV, 343. 

454, note 2. — Un exemple encore plus ancien de l'emploi 
de il au régime pluriel nous est offert par le v. 2082 de 
G. de Rossillon: 

E coro los ferir elh nostre il . 

455, 1. 13. — J'ai oublié ici ew, qui s'emploie aussi, 
mais plus rarement que àu^ et seulement, comme au mas- 
culin, dans des phrases interrogatives : plôu-t-eû = pleut-il? 
Quant à 6u^ l'expression « qui est sujet et régime », dont je 
me suis servi, pouvant, malgré la distinction faite dans le 
paradigme, induire en erreur, je crois utile de faire remar- 
quer que, en tant que sujet, ou = eu = el, de même qu'au 



26 DIALECTES MODERNES 

masculin, tandis que, comme régime, ce pronom n'est autre 
que Tancien o. Pour les autres formes du pronom neutre, . 
dérivées de Aoc, et qui sont très-nombreuses en langue d'oc, 
voy. la Romania, IV, 338, et V, 232. 

454, note 3. — J'ai, depuis, rencontré trois ou quatre exem- 
ples de /a, sujet, pour e/a, dans des textes anciens de diverses 
provenances. Ils sont recueillis dans un autre travail qui pa- 
raîtra prochainement. 

456, 1, 8. — J'ai oublié ici le pronom se, qui se rédui- 
sait à s (ques= que se). En réparant mon omission, j'ajouterai 
que devant cette s se dével3ppait quelquefois un i (y), même 
après une voyelle atone. Ex. tirés des Coutumes de Limoges : 
quiqueyssia, noys deu pausar . Des textes d'autres provinces 
offrent le même phénomène sur une très- grande échelle . Tel 
est le Breviari d'amor. Parmi les mss. des Troubadours, le 
n» 1592 de la B. N. le présente constamment, Ex. : dompnais 
= dompna se, emperaireis = emperaire se, gensois = genso 
se,\ï est remarquable que ces mêmes textes laisssent en géné- 
ral intactes les ûnales, soit verbales, soit nominales, en as, es, 
os^. Ainsi ela se devient elais ; mais eUxs reste elas, 

455, note. — Le pronom neutre /o, dontil est question dans 
cette note, fut autrefois très-peu usité, et les dialectes qui, 
comme le provençal .et le dauphinois, en faisaient le plus 
d'usage, l'employaient comme sujet*. Aussi ai-je eu tort de 
ne pas l'inscrire comme tel dans le paradigme (p. 176). Au- 
jourd'hui on s'en sert beaucoup en Provence, au moins dans 
le sous-dialecte d'Avignon, que Mistral a rendu classique, mais 
surtout, à ce qu'il semble, comme régime ou attribut. Voy. 
sur ce pronom la Romania, IV, 342. — Dans le Vivarais et le 

* Il ya fort peu d'exceptions. Les moins rares concernent es. Pour os 
j e n'ai qu'un exemple, précieux à noter comme témoignage de l'an- 
cienneté de la prononciation actuelle du pronom nous en bas Languedoc : 
Mas la raso nois fpron. nouis) no sabem {Breviari (Tamor, v. 2514). Il 
en était probablement déjà de môme de «05 et de los. Voy. là-dessus A. 
Roque-FerrirT, l'Article et les Pronoms en langue d*oc [Revue desl. r.,ÎX, 
135) . — A l'égard de as^ on peut citer vays (== vas = vers) dans un 
troubadour de Béziers (R. Gaucelm) et, sans is (devant une consonne), 
ai = as pour als, datif pluriel de l'article, dans la Vie de St Honorât, pp. 
12 et 158. (Cî. dans le môme texte, p. 12, ei santz ^-es{e los) santz) . Men- 
tionnons encore les formes verbales de 2* pers. plur. en ai =05 = ate, 
qui ont été signalées dans G. de la Barre et dans Flamencaf et sur les- 
guelles voyez la Revue des l. r., VI, 292. (Il y en a, si je n* me trompe, 
dans ce dernier texte, un autre exemple à relever; c'est au vers 1548, 
où je crois qu'il faui lire: Pasai, {ai ^d = passez^ dit-il.) 

^ C'est à ce titre qu'on le voit figurer, et je n*dn connais pas d'exemple 
plus ancien, dans ces vers du troubadour provençal Raimoaut d'Orange 
(Mahn Gedichte, n*' 326 et 354) : 

Qui qu'en favelh 
Lo m'es pro belh 
De mon saber. . . 



GRAMMAIRE LIMOUSINE 27 

Dauphinéil conserve son ancien rôle de sujet, sous les formes 
fou, le, h. Pour cette dernière, cf. sa = so, m = «o = (o). 
On a des exemples de la remontant au moins au XV* s. Les 
mêmes formes se retrouvent, et avec le même emploi, dans 
plusieurs variétés des dialectes de la Lombardie et du Piémont. 

456, 1. 13. — Le dialecte gascon fait encore un grand usage 
de ces pronoms affixes^ comme les appelait Raynouard. Vos 
y est, non m, mais hs, réduit souvent à ô (/)), et quelqueifois 
même changé en ^s (cf. cat^ cot=cap, cop): sits platz (Dastros) 
= si vos platz, — L (lo) et Is (/os) s'y vocalisent: hu bin hé 
parlau (id.) = parlar lo (le vin le fait parler). 

457, 1. 9. — Il faut faire une exception pour là sujet, qui, 
comme r article féminin pluriel, élide quelquefois son a. Ex. : 
quart Van = qtmnd elles ont, 

457, 1, 22. — Des textes de la Provence proprement dite, 
du XIV* siècle ou delà fin du XIIP, offrent quelques exemples 
de cette chute du v initial, tant dans le pronom vos que dans 
quelques autres mots {vostre^ volopat^ volontiers), y oj. Derniers 
Troubadours de la Provence^ p. 22; Vida de sont Honorât^ pp. 
120 a et ô, 129, 133 a, 174 b, 186. Dans la chronique biterroise 
de Mascaro (p. 136), on trouve hoiar (== voiar), où v se réduit 
seulement à h, 

459, 1. 7. — Dans la Provence, cal(cau) est employé abusi- 
vement sans article, comme relatif, principalement après les 
prépositions : de quau = de qui^ en eau =: à qui. Usage ancien 
dans ce pays, comme le prouvent les ex. ci-après, tirés de la 
version du Nouveau Testament (ms. 2425) : 

Lo drap de qtuil era centurat. 

(Jean, 13, 5) 
Lo lazer qucd Jhesiis avia resuscitat. 

{Ibid, 12, 6) 

460, 1. 4-5. — C'est par inadvertance que j'ai dit ici que 
quant «comme relatif ne servait qu'au neutre. » La vérité est 
qu'il pouvait servir pour tous les genres et aux deux nombres. 

460, note 1. — Cet emploi de l'article pour le pronom est 
très-fréquent dans la Chanson de la croisade albigeoise. On peut 
voir les exemples réunis par M. Paul Meyer dans le glossaire 
de son édition . , 

460, 1. 2 du bas: «réduites.» — Lis.: réduit. 

461, 1. 3-4. « (7o (ou <?^') n'est jamais employé qu'avec un 
pronom relatif, » — Il y a là une erreur ; j'oubliais que ce s'em- 
ploie très-fréquemment seul avec le verbe dire: ce di, cedisio, 
ce disset-eû, etc. On se sert aussi quelquefois de pa, mais rare- 
ment, par ex. dans la locution pléonastique ce disset-eû ça di, 
qui répond au faineux jat flîeV rfiV-ï7 de nos troupiers. — Je 
noterai, en' passapit, que la forme ce se rencontre déjà, dès 
le XIV" siècle, dàhs des textes du Limousin ou d'autres pro- 



28 DIALHGTËS MODERNES 

viflces, principalement du bas Languedoc. C'est dans le Petit 
Thalamus de Montpellier que j'en ai vu les exemples les plus 
nombreux. i 

460, note 2. — Voy. un autre ex. de quo pour aco dans G. de 
Rossillon^ V. 299 du fragment publié par M . Meyer dans son 
Recueil^ parmi les variantes. 

461, note 2 : « 1589 ». — Lis.: 1389. 

462, note 1. — f/w, dans les deux exemples de saint Bernard 
rapportés ici, est plus probablement une variante orthogra- 
phique de on. 

462,1.21.— Sur le modèle de alcun, cascun, où wnw^ n'ajoute 
rien à la signification ni de aliquis^m de quisque, le dialecte 
languedocien a formé, en ajoutant un à mant, trop, quant, 
tout, les adjectifs composés mantun, tropun, quantun, toutun, 
qui ont respectivement le même sens. Mantun est déjà fré- 
quent dans la Croisade albigeoise eniprose; je n'ai pas des 
trois autres d'exemple remontant au delà du XVI® siècle. — 
C'est peut-être une composition semblable que nous offre 
cilun, qui se lit deux fois dans la Vie de Saint Honorât (pp. 45 et 
88), et qui signifierait la même chose que cil tout seul, c'est-à- 
dire ceux-ci. Ce sens conviendrait fort bien dans les deux pas- 
sages. 

463, note 1. — On pourrait, je pense, sans trop de témérité, 
désigner le littoral méditerranéen, de Nice à Valence, en y 
comprenant les îles voisines, comme le domaine propre de 
cette forme, en France et en Espagne. Elle paraît, dans les 
deux pays, s'être fort peu avancée dans les terres, sauf peut- 
être du côté des Pyrénées. — Les textes cités dans la note ne 
sont pas les seuls qui en offrent des exemples*. Voy. encore 
Un troubadour aptésien, par l'abbé Lieutaud, v. 145; les Der- 
niers Troubadours de la Provence^ pp. 61 et 99; Vie de saint 
Honorât, édit. Sardou, p. 66 (assaventura =a Vaventura)^^, 111 
[que sa dona per ver entuyseguat avia)^ p. 203 a, note 37 (sos 
oes o,sas mans); Nat de Mons, dans un passage cité deux fois 
par les Leys (TAmors (II, 256 et 390) : 

Quar qui so ver te nec 
Lay on dirai deura 



Au nom propre Pons de sa Gardia, rappelé par M. Meyer 



4 Le Lvdus sancti Jacobi en a un troisième au y. 371 .—Je n'en ai men- 
tionné que trois dans Flamenca; mais il y en a un plus grand nombre. 
Pour plusieurs, à k vérité, on peut hésiter entre radiectif possessif et 
Tarticle. — Dans Ste Agnès, le texte qui en a le plus, j en ai compté 19. 
M. Meyer (article cité) en a relevé 14. Voici les cinq autres : 263 : ce nostre 
dieus; 340 : ci maj estât (corrigé cil sans nécessite)*, 824 et 1145 : A! de 
«a..../ (et non adesat comme porte Tédition); 931: ço (s sa), inutilement 
changé en cel. 



GRAMlfAlRB LIMOUSINS 29 

et qui est dans deux mss. (sinon un plus grand nombre), celui 
du troubadour appelé par d'autres P. de la Gardia, on peut 
joindra les deux suivants, que je trouve dans Teulet (n*» 475 
et 800): Oalrics dezAnglada {=de z'Anglada) et W. des Bosquet, 
Ce qui prouve bien que c'est à ipse qu'il faut rattacher ces 
formes de l'article, c'est que, dans de très-anciennes chartes 
de la Provence et du bas Languedoc, où le latin se mêle au 
provençal, on voit souvent cet adjectif jouer le rôle de l'ar- 
ticle, comme ille le fait dans d'autres. Je renvoie aux chartes 
du Mémorial des Nobles de Montpellier, portant les n°» 35, 36, 
a?, 40, 81, iOl, 120, 121, 122, 125, 129, dans l'édition de 
M. Montel [Revrie des langues romanes, t. V et VI). Voy, aussi 
Meyer, Recueil, n®" 45 et 46. 

466, note 1 : «pour&Z, employé». — Lis.: pour del ou rfa/, 
employés. 

469, 1. 6 du bas. — Effacez si. 

473, note 4, 1. 1: — Ajoutez cet exemple tiré d'une pièce, 
languedocienne de 1355 : a tug aquilh ( Joyas del gay saber, 
p. 13). 

475,1.8 du bas. — Quecx, contrairement à ce qui est dit ici, a 
duré longtemps. Il était encore usité au XIV® siècle. LesLeys 
d'amors, tout en le qualifiant de mot estrank, constatent qu'il 
était «acostumat de pausar per cascus, » 

476, Nul, — Il faut ici ajouter, comme équivalent de nullus, 
pen-peino, littéralement pas un, pas une. 

477, note 3 (lis. 1 au lieu de 3. —L'adjectif trop, plur, tropis, 
tropos, existe encore en Languedoc. 

Tom. VI, 177, 1. 3: ii Revista,))— Lis./. Rivista, 

179, note 2: « 51-55.» - Lis.: 36-37. 

179, note 3 : «36-37. » —Lis.: 51-55. 

189, 1. 3. — D'autres formes de cette première per- 
sonne sont soun et sieu, la première propre au languedocien, 
la seconde au provençal. iSouw {son) est déjà très-fréquent dans 
les vieux textes; sieu[siu ), au contraire, y paraît à peu près 
introuvable. Peut-être y en a-t-il un exemple au v. 3362 de 

Flamenca : 

Quar s'ieu am e non 9%u amatz. 

189, note 1. — Sias est la forme constante de cette 2"® per- 
sonne dans la version provençale du Nouveau Testament con- 
tenue dans le ms. B.N. 2425, si j'en juge du moins par ce qui 
a été publié de cette version. 

189-190. — Ce qui est dit ici de em et de etz n'est pas 
exact. Ces formes, dont on trouve de nombreux exemples 
dans Goudouli et dans les poètes ses contemporains et succes- 
seurs, survivent encore e^ diverses parties du Languedoc. 



30 DIALBCTBS MODERNES 

190, note 3. — J'ai rencontré depuis ces mêmes formes (era- 
vam, eravatz ) dans les œuvres de deux troubadours de Béziers, 
Matfre Ermengaud et Bernard d'Auriac. 

Mentionnons encore, à cette occasion, d'autres formes an- 
ciennes dont on n'a que de très-rares exemples, tous relevés 
dans des textes de la Provence, Ce sont siu (j'étais), siam (nous 
étions)^ sias (vous étiez ), siu { ils étaient). Pour siam et sias, 
voy. la Revue des langues romanes, VII, 76, note sur le v. 18 
d'une pièce de Jacme Mote d'Arle. Quant aux deux siu, je 
n'ai encore rencontré ces formes qu'une seule fois. C'est dans 
le roman de Flamenca, v. 4045 et v. 4739, où elles sont con- 
firmées à la fois par le contexte, qui, dans les deux cas, exige 
rimparfait de Tindicatif, par la présence dans un autre pas- 
sage ( V. 6073) de la forme siam (nous étions)^ et enfin par 
cette double circonstance qu'il y a dans le même texte d'autres 
exemples de iu pour ia (ainsi estiu = estia, aux vv. 1315, 3495 
et 6428), et de iu pour to, 3e pers.plur. (Voy. vv. 871, 2020, 
1372, 6437, etc.) -^ 

Cet itnparfait de être existe encore aujourd'hui ; mais je ne 
saurais dire si la série de ses formes est complète, ni quelle 
est l'étendue du pays où elles ont cours. Je n'ai, jusqu'à pré- 
sent, d'exemples que de la première et de la deuxième personne 
du plunel (siam et sias) , et c'est dans une pièce datée d'Alais 
(Gard), et imprimée dans VArmana de Lengado ipour 1876, 
que je les ai recueillis. 

Revenant au siu ( = eram ) du v. 4045 de Flamenca, je re- 
marquerai que cette forme nous offre probablement l'exemple 
le plus ancien delà substitution qui s'est opérée dans le dialecte 
provençal de iu (ieu) à Via classique, à la l'* pers. sing. de 
l'imparfait et du conditionnel. La Vie de sainte Enimie,dont 
l'auteur était de Marseille, a deux exemples de la même fiexion. 
Ce sont les suivants ( Bartsch, Denkmœler, 266, 21-22 ) : 

Ë que as dit ? que ja tenrieu 
Per fantauma si ho auzieu. . . . 

Les félibres n'écriraient pas aujourd'hui autrement. 

191, note 1. — J'ignorais, quand j'écrivais cette note, que 
des formes pareilles à celles que j'y signale ont cours aujour- 
d'hui aux environs de Limoges, sinon à Limoges même . Ru- 
ben, dans la préface de son édition de Foucaud, a côté de /m- 
gueieifuguesso^ mentionne siguei et siguesso, et, en effet, j'ai 
rencontré ces dernières formes dans de récentes chansons li- 
mousines*. Mais on ne trouve jamais rien de pareil ni dans 
Foucaud, ni dans Richard. 

200, 1.1: « comme Toulouse et Marseille » . — Par « Mar- 

* Le Berry dit de môme; je sus z=. je fus; je susse = je fusse (voy. Jau- 
bert, Glossaire ducen^êdela France, p. !^76). 



GRAliMAIRB LIMOUSIKE 31 

seille », le lecteur aura compris que j'entends la Provence en 
général. 11 se pourrait qu'à Marseille même ces formes en gué 
fussent moins usitées que d'autres formes allongées (en ssé). 
C'est du moins ce que semblent indiquer les textes spéciale- 
ment marseillais que j'ai pu lire. 

463, note 1, 1. 4. — Ajouter : Ces formes affaiblies^ ou origi- 
nairement faibles, exiii=i[v)% ne se rencontrent, à ma connais- 
sance, que dans le texte cité dans cette note, dans Boëce (v. 87 : 
servit)^ dans une pièce rimée du ms. lat.3558 B, que je pu- 
blierai incessami^ent, avec les sermons contenus dans le même 
ms.[tenguiiychaiguii^$aubii)y et enfin dans le fragment de mystère 
. découvert àPérigueux, dont j'ai donné dernièrement la 2* édi- 
tion (eichii) *. Tous ces textes sont limousins. La prononciation 
actuelle ne fait, dans ces formes et les pareilles, sentir qu'un 
i, mais très-allongé^ d^ssi^ venguî^ ienguî^ saubî, etc., et peut- 
être en était-il déjà ainsi autrefois. 

463, note 3. — J'ai oublié ici dij usité encore dans la locution 
ce (ou ça) di = dit-il (anc. fr. ce dit), 

465, 1'* col., 1. 7: « esas,)) — Lis. : essa, 

470, 1. 15 du bas : « y, » — Lis. : j. 

473, 1. 14 du bas. — A coufi on peut ajouter, comme ayant 
passé àla2™' conjugaison (inchoative), les deux verbes co^nc/ 
(concidere) et suncî (subcidere) iquelo chalour me councî (m'abat, 
m'accable); lou gran fre lou suncî (le saisit, le transit.) Si ce 
dernier verbe est le même que l'anc. somsir^ il est resté plus 
près de la signification primitive. 

473, 1. 13 du bas. — Outre disei (dises), nous avons encore 
à la 2"® personne du sing. de i'ind. prés, la forme forte dî 
{ssdis '=' ditz]^ usitée uniquement dans la formule interro- 
gative qu^en dî? — A l'impératif, nous avons aussi, outre dijo^ 
une seconde forme, dî (cf. fr. dis) qu'on peut employer isolé- 
ment, mais que l'on joint volontiers à la première d'une façon 
pléonastique : dijo, dî I 

474, note 1. — Cette signification de deidire doit être rap- 
prochée de celle que Tancienne langue d'oc, comme l'ancien 
français, donnait quelquefois à desmentii\ à savoir fausser, 
dans un sens matériel (p. ex. une armure). 

475, n® 9. — Mulgere ^'a pas, en effet, de représentant dans 
Raynouard. Mais on trouve dans le Donat provençalles formes 
mois = mulsit (54 a) eimoutz = mulget{67 à), dont la dernière 
renvoie à un infinitif tel que molzer. 

Tom. VII, 145, 1. 4 du bas. — On a pourtant des exemples, 
même dans de très-vieux textes, de gui tonique à la 1'* pers. 
du singulier. Voy. la note 1 de la p. 463 du T. VI et, ci-dessus, 

* Voy. Revue des t. r., VU, 417, note sur le v. 7 de ce fragment 



fZ DIÀI.BCTES MODERNES 

J['a(Jditioii qui s'y rapporte . D'autres exemples sont a^we dans 
P. Vidal (Ajostar e lassar)^ mentaugui dans Guillaume IX {En 
Alvernha), Cette dernière pièce offre aussi respozi^ autre forme 
affaiblie. 

146, dernière 1. et note 3. — Je crains d'avoir été ici beau- 
coup trop afûrmatif, et je considère aujourd'hui comme peu 
sûre cette explication des formes hega^ molga^ etc. Il est plus 
probable que le ^ y provient, comme dans vengo^ de Vi durci 
de la flexion iam, 

147, n° 8. « Dôur€,)> — On dit aussi doulei, 

• 148, note 1. — D'où vient ?'tWAano, qui est chez nous, comme 
on le voit par cet exemple, le nom de l'arc-en-ciel? Roche - 
gude a alclas^ et le languedocien moderne arcolan. On peut, 
d'après ces formes, conjecturer: P que Yi de notre riclhâno est 
parasite; 2° que ce mot a subi l'aphérèse^ ordinaire en limou- 
sin, de l'a initial. La forme i*égulière et complète du mot se- 
rait ainsi arcfojlano , qui nous représenterait Yalclas ( = ar- 
clans] de Rochegude féminisé. 

148, n* 16. — A la 2" pers. du sing. ind. prés., outre pôdet, 
on a aussi, en haut limousin, la forme contracte pouei. Cf. 
vouez à côté de vôlei, 

149, note 1. — Je n'avais pas sous la main, quand j'écrivais 
cette note, le dictionnaire de Béronie, et mon souvenir de 
l'article auquel je renvoie était resté trop peu précis. Ainsi 
s'explique que le mot « probable » se soit glissé sous ma 
plume. Le fait est que rien ne doit paraître moins vraisem- 
blable que l'explication donnée, non par Béronie lui-même, 
mais par son continuateur Vialle, du dicton dont il s'agit. 

153, 1. 16. — On trouve déjà quelques exemples isolés de la 
1'* pers. plur. du futur en am dans des mss. du XIV® siècle 
{Croisade albigeoise^ Breviari d'amor^ Vie de sainte Enimie, etc.) 

153, note 1. — La forme classique de ce futur éta,ii poirai, par 
vocalisation du d^ comme dans creiraty veirai. Mais on trouve 
aussi, dans quelques textes anciens, porai^ qui est notre pour ai, 

158, 1. 14. — Ajoutez: Les deux participes ;>ewaVn et fenden 
ne reçoivent pas non plus la flexion féminine dans le proverbe 
agricole : luno penden^ terro fenden. Cf. le provençal aigo- ardent 
= eau-de-vie. 

159, 1. 20-21. — Les formes dont il s'agit ici existent au- 
jourd'hui dans le dialecte gascon ; mais il faut se rappeler que 
ce dialecte est, à proprement parler, étranger à notre langue. 

159, 1. 25. — Il faut observer ici que, dans les parties du 
Périgord où la voyelle flexionnelle, à ces trois personnes, est 
a, elle l'est aussi à la 3* pers. du pluriel. Ainsi disseran et non 
disseren. 



GRAMMAIRE LIMOUSINE 33 

159, 1. 3 du bas. — Ajouter : Si rancienne forme de cette 
2* personne s'est conservée quelque part, il est probable qu'elle 
a complètement rejeté son t final, dont on la trouve déjà pri- 
vée, dès le XI V siècle, dans quelques textes, dont le prin- 
cipal est le Breviari cTamor, Ex. tirés de ce poëme : receubts 
(14637), suffris {14639); formieis (14611. suffertieis (14358). On 
remarquera dans ces deux derniers le changement d'ies final 
en ieis. Ce changement a presque toujours lieu, en pareil cas, 
dans le poëme. — Une pièce, probablement limousine, que 
j'ai plusieurs fois citée ( Prière à Notre-Dame, dans la Ro- 
mania, I, 409 ), abonde en formes pareilles, et il n'j en a pas 
une seule en t. Mais tes ne s'y diphthongue pas, comme dans 
le Breviari. Ex.: aguis (3), parties (34), sufferties (51). 

161, 1. 13. — D'autres formes de prétérit, aujourd'hui en 
usage à Toulouse et lieux voisins, offrent b, au lieu de g ou r, 
comme consonne fi.exionnelle. On dit, par exemple, plourèbi, 
plourèbes fplourecj, plourebèm, plourebèts, plourèben, M. le doc- 
teur Noulet, à qui je dois le paradigme entier de ce temps, 
dont je n'avais rencontré dans mes lectures que les personnes 
à finale atone, m'apprend que la 3® pers. du singulier manque à 
la ^érie. On ne- dit jamais ni plourep, ni ploureb. Je ne con- 
nais pas d'exemple ancien de ces formes remarquables, où 
paraît revivre le v des formes latines, et qui pourraient suggé- 
rer une troisième explication des formes en ègui du même dia- 
lecte. De plorevi^ par exemple, pioregui se serait aussi régu- 
lièrement développé que mogui de movi. 

166, 1. 7. — Dans les verbes de la 1'® conjugaison, l'an- 
cienne langue avait, pour ce temps, une 2.* forme plus étymo- 
logique, mais moins usitée, en ara; ainsi semblara [Flamenca, 
3701 ) pour semblera. On en rencontre quelques exemples isolés 
dans des textes limousins du XIV* siècle. 

173, 1. 9. — Le même recul de l'accent se remarque excep- 
tionnellement en portugais, dans les imparfaits pûnha, ,tînha 
oinha. Voy. Diez, Grammaire, trad. franc., II, 178. 

176, note 1. — Il y a un très-grand nombre d'exemples de 
pareils déplacements de l'accent dans la Chanson de la Croi- 
sade albigeoise. Voy., dans la Revue des langues romanes, IX, 
p. 200, la note sur le v. 5002 de ce poëme. 

Tom. VIII, 168, 1. 11 : « Cel i respondero. » — Il faut effa- 
cer cet exemple. La bonne leçon est: E eli respondero, Voy. 
l'édit. de M. Meyer, v. 2915. "* 

164, note 2. — Or ^=i on est aussi plusieurs fois dans la 
Chanson de la Croisade albigeoise. On y trouve également dor 
pour don. Je noterai, en passant, que la mutation de n en r 
qu'on remarque dans ces formes est très-fréquente dans le dia- 
lecte dauphinois, spécialement dans le patois del'Oysans. Ex.: 



34 DIALECTES MODERNES 

ur = uro, sour fsuumj, mour(meum), bourfbonumj, etc. Le lan 
guedocien milhouno offre un exemple de la mutation inverse. 

176, 1. 7. — Le verbe acelâ ( assalâ)^ contrairement à ce que 
j'avais cru, est encore usité. En voici un exemple tiré d'une 
chanson récente : 

Go fai que noù van alai 
Noù assalâ soù lou plai 

D'autres locutions adverbiales formées comme a Vassala sont 
a brassa^ ( fr. à bras-le-corps ) et a fesprê ( fr. à dessein ). A la- 
place de l'ancien de leu^ on dit, à Rochechouart, de legiê (ane* 
fr. de léger). 

176, note 1, dernière ligne. — Locutions semblables usitées 
en Provence et en Languedoc : d'agachoun^ d'escoundoun, d'as- 
setous. 

177, 1. 21,— A daveras^ ici rappelé, on peut ajouter rfa/}fl5 
lentement) et dabadas { en vain). Ce dernier subsiste encore 
en Provence ( de bado ). 

178, 1. 10 du bas. — On trouve en effet, dans l'ancienne 
langue, une locution semblable : casen levan ou levan casen. En 
voici un exemple du troubadour Perdigon: 

E fin joi e lonc desir 
Mi menet levan cazen . 

( Parnasse occUanien^ 115. ) 

181. Sur no mas quant, --Au lieu de quant ou que^ on trouve 
quelquefois de, ce qui confirme mon analyse de notre lo- 
cution, la relation entre les deux termes d'une comparaison 
pouvant s'établir aussi bien par deq^ue par que ou quant (quan- 
tum), Ex.: res mays de veritat pura (saint Honorât, p. 322); 
negus. . . mas d'en Arnaut[T\e de G. de Berguedan). D'autres 
fois, de, au lieu de se substituer à quant, s'y ajoute simplement. 
Ex.: ma5 cant sol de Proensa (Croisade albigeoise, v.. 7072). 
Voj. encore dans le même poème, vv. 140, 2055, 2320, 3268. 

184, 1. 10 : (((co colp),r> — Lis.: co[colp), 

184, 1. 1 du bas. — Ajouter : A'e? remplit même quelquefois 
abusivement le même rôle, par suite d'un oubli singulier de 
sa signification propre. Ex.: pieiqu'un reimecrese=^je me crois 
plus quun roi { Mozobrau, la Lemouzina, p. 77 ). ' 

185, note 2, 1. 2. — • Au lieu de 2589, il faudrait lire 2587. 
Mais cet exemple, et je pense aussi le second, sont à suppri- 
mer. En effet, oil o doit être lu oi lo, où lo est pronom neutre 
sujet, et je ne crois pas aujourd'hui que oî soit l'oeV français, 

* Celte locution existait déjà au XIJI« siècle : 

Penra son marit a brassât 
n -x 1, , ( Breviari d'amor, y 3933) 

Pouyait-on 1 employer aussi, comme aujourd'hui, avec un nom féminin 

bl. miS'Ln'^rP»'' ^T""" ^It^o^ <^ brassât? C'est fort vraSa: 
Di©, mais je n en ai pas la preuve. 



GRAMMAIRE LIMOUSINS 35 

J'y vois simplement un doublet de oc, résultant de la vocali- 
sation du c. 

186, note 3, 1. 2. — Aux auxiliaires de la négation, ici men- 
tionnés, ajoutez mot {motz]^= modum. Ex.:- 

Quant meDZ s'en guarda no sap mot quan los prent. 

( Baëce, 132.) 

On explique cîe mot par muttum^ mais je crois que c'est à 
tort. Voy. là-dessus la Rev. d. L r., 2* série, IX, p. 356, note 
sur le V. 3065 de la Croisade albigeoise, 

187, 1. 7. — Voici deux exemples de cet abus, tirés de tex- 
tes languedociens du XV^ siècle : 

De totz quants son en lo pas misérable 
D*ac|uest mon tristi jamais se trobaria 
Qui recomtes lo gaug inestimable. . 

{k>yas del gay saber, p. 52) 

Et quand los de la dita vila los an vistes venir, se son de res 
esbayts. (Croisade albigeoise en prose ^ édit. Bompard, p. 70). 

190, 1. 13-14, — En Provence et dans le Vivarais, je 
trouve c{qu) employé dans le même cas. Ex.: din-c-un panier^ 
din-C'Un libre, 

191, 1. 12. — Sau [sauv devant les voyelles) se dit aussi en 
divers lieux : sauv aciden = sauf accident, 

195, 1. 15 du bas.— Ves (sous la forme bei) est employé, dans 
la Marche, du côté de FAuvergne, au sens de à ou chez^ qu'on 
lui trouve aussi, sous des formes variées, en Languedoc, en 
Provence et jusque dans le Forez. Exemples anciens de 
cette acception : vas unjuzieu = chez un juif (Meyer, Rap- 
ports^ etc., p. 62) ; va^ Jérusalem = à Jérusalem {Ibid., 64). 

197, ligne 15 : « Ne sai quans. » — Lis. : No sai quans. 

198, 1. 4 du bas. — Exemple pareil dans G, de Rossillon 
(V.6755): 

Ab Girart son Ihi dut trei companho. 

200, ligne 15. — On trouve déjà per tôt aquo\ avec le sens 
de malgré cela^ dans une pièce de Guillaume IX, le plus ancien 
des troubadours: 

'Mas ieu per tôt aquo nom mogui ges 

199, note 3, 1 . 8. — Le dialecte provençal se sépare, sur 
ce point comme sur tant d'autres, du limousin et de la lan- 
gue classique, mais y signifiant à la fois verum et magis. Il en 
était de même autrefois, comme on peut le voir par les textes 
spécialement provençaux, tels que Flamenca^ saint Honorât, 
sainte Agnès, etc. 

200, 1. 10 du bas. — Pdmin se dit aussi, en Limousin, dans le 
même sens, mais, à ce qu'il semble, beaucoup moins que pa- 
mens en Provence. 



36 DULECTBS MODERNES 

202, 1. 2 du bas. — Un exemple plus ancien de quan^ dans 
cette acception, est le suivant, tiré de Jaufre : 

Per pauc non a lo sen perdutz 
Tant fon fels e mal et iratz 
Can Jaufre non era nafra(z. 

Voj. aussi Flamenca, v. 1772, où cant = car, vu que. 

203, 1. 10. — L'explication ici hasardée de de se que 
est à retirer. Cette locution est certainement de sempre que, 
puisque dese {desen, desempre) = aussitôt. Voy. la note 1 de 
la page 311. 

203, 1. 19. — Il faut ajouter, comme équivalent de peique 
(fr. puisque), d^abor que, moins usité pourtant chez nous qu'en 
Provence et qui a aussi, et même plus souvent, sa signification 
propre et normale de aussitôt que. 

205, 1. 3 : « Quoique. » — J'ai oublié l'équivalent le plus 
correct de la conjonction française, qui est tamhe que. Mais 
aujourd'hui on ne s'en sert plus guère. 

205, 1. Idu bas.— Il y a ici une erreur : perso que pouvait, 
en effet, se réduire à per so. Ex. : a e fes lo cor raustir. . . per 
so la domna s'agradava fort de cor de salvaizina. » (Vie de G. 
de Cabestanh.) 

206, 1. 12 du bas: « Vouei. » — Cette interjection existe 
aussi {voui) en Languedoc. En Provence je la trouve jointe, 
comme chez nous (mais sous sa forme primitive), à l'impératif 
de videre : oi-ve I 

207, 1.21. — D'autres altérations de diable sont diatre, 
marjaure ( = malus diabolus). 

208, 1. 1 : « pleit-a-Deul » — Je trouve de même plaît a 
Dieusf dans des textes languedociens du XVIP s. {Théâtre 
de Béziers, pp. 96, 166). 

208, 1. 18. — Ajoutez ourdi, altération de ardi, qui se dif 
aussi. C'est le fr. kai'di = hardiment! courage! — Au lieu de 
anem! on dit aussi quelquefois an! qui n'en est qu'une abré- 
vation. 

208, 1. 19 : dja. » — Cette interjection est mentionnée dans 
les Leys d'amors (III, 36), parmi un certai<i nonlbre d'expres- 
sions elliptiques encore usitées pour la plupart. 

C . Chabaneau . 



POBSIBS 37 

NEMAUSA 

A moun cousin Maurice Faure 



fiho de Pradié! superbo Nemausa ! 
Que sies bello, aubourant subre nosto Esplanado 
Toun front, un di mai pur que se posque lausa , 
Tant Tengèni i'a tra sa divino alenado I 

Pèr t'amira, la niue, quand tout s'es ameisa, 
Lis estello, amoundaut, s'aplanton estounado ; 
Lou jour, Tardent soulèu es fier de te beisa, 
E d'un double trelus sies ansin courounado. 

Pèr rèino o pèr divesso on te prendrié subran, 
A vèire toun regard, toun gàubi soubeiran 
E la serenita de ta tèsto roumano. 

Eto, rèino, la sies ; rèino de la bèuta, 

E divesso tambèn; car, dinsta raajesta. 

De Dieu même aparèis Testampo subre-umano. 

Léontino Goirand, 

Felibresso d'Areno, 
(Provençal. Avignon ot les bords du Rhône.) 

NEMAUSA. 
A mon cousin Maurice Faure 

O fille de Pradierl superbe Nemausa! — que tu es belle, élevant 
au-dessus de notre Esplanade — ton front, un des plus purs que 
Ton. puisse louer, — Tant le génie y a jeté son divin souffle ! 

Pour t'admirer, la nuit, lorsque tout s*est apaisé, — les étoiles 
là-haut s'arrêtent étonnées; — le jour, l'ardent soleil est fier de 
te baiser, — et d'un double rayonnement tu es ainsi couronnée. 

Pour reine ou pour déesse on te prendrait sans hésiter, — rien 
qu'à voir ton regard, ton maintien majestueux — et la sérénité de ta 
tète romaine. 

En effet, reine, tu l'es : reine de la beauté, — et déesse en même 
temps; car, dans ta majesté, — de Dieu même apparaît l'empreinte 
surhumaine. Léontine Goirand, 

Felibresse d'Arène. 

S 



3i POESIES 

L'ALBETO 

A Madoumaiselo Jano 1^. 



Per balis jouns de mai m'en anavi, troubaire, 
Estroupat dins la neit de moun grand pessoment, 
Le cap clin, le cor mut, e, sens i fa moument, 
Dreit en qualquo traucas ount, flac, pouiriô me j aire. 

E, malaut à fagi le mendre gariment, 

Que v'a tout debrembat : muso, patrio, maire, 

Me forobandissiô per mouri bestioment; 

E Tcampestre ero en flous e le soulelh aimaire ! 

Me semblavo segui le Dante espetaclous. 

En caminant de cops entre de gourgs bessous, 

De cops dins un désert ou pr'uno inmenso grevo. 

Quand vous vegeri, roso e bloundoà 'stabousi, 
E, del cap as artels me soutient trefousi, 
Canteri : « moun cor ! Talbeto que se levo ! » 

Agusto FOURÈS. 
(Languedocien, Gastelnaudary et ses environs.) 

KAUBE 
. A Mademoiselle Jeanne W 



Par les beaux jours de mai je m'en allais, poëte, — enveloppé 
de la nuit de mon grand souci, — la tête inclinée, le cœur muet, et, 
sans y prêter attention, — droit à quelque trou profond où, sans 
forces, je pourrais me coucher. 

Et, malade à fuir la moindre guérison, — (comuie un homme) qui 
a tout oublié : muse, patrie, mère, — je m'exilais pour mourir obscu- 
rément, — et les champs étaient fleuris et le soleil plein d'amour! 

il me semblait suivre le Dante étonnant, — en cheminant tantôt 
entre des précipices jumeaux, — tantôt dans un désert ou par une 
grève immense. 

Quand je vous vis,ros e et blonde à étonner, — et de la tête 
aux orteils me sentant tressaillir, — je chantai : « mon cœur î 
(voilà) l'aube qui se lève 1 » Auguste Fourès. 



POESIES 39 



LOU REINARD E LA CIGOGNO 



Un viel Reinard rusât, — va soun toutis, direts ; 
D'acordi, mais aqueste aviô lou let, veirets,— 

E dasjouquiès la malo-pesto, 

Un jour, se voulguent egaia, 

Traco-traco, anet couvida 

Uno Cigogno per fa festo . 
Sul cop, vous apensats qu'aqui se va cruca 
Quauque tros de counil, de piot ; un boun gala ? 
Vous troumpats, bravos gens ; eouneissets pas Tavaro, 
Sens counta que mitouno un gros esperiment. 

Lou rasclet aget simplement 
Un boulhoun d'al e d'iôu qu'apelet cremo raro. 
Sario 'stat que mièch mal se Taviô mes enearo 

Dedins un vase ou quicon de cloutut, 

Ount lou paure aucelas becut, 
De pie ou de pelado, 

Agesse un bricounet pouscut 

Peseouteja'n chic de maissado. 

LE RENARD ET LA GIGOGNE 

Un vieux Renard rusé — (ils le sont tous, me direz-vous; — mais 
celui-ci l'emportait sur ses pareils *, vous le verrez bien), — et 
(les juchoirs la maie peste, — un jour, voulant se divertir, — alla 
tranquillement convier — une Gigogne, afin de faire fête. — Vous 
pensez aussitôt que l'on va manger là — quelque morceau de lapin, 
de dinde; un bon gala? — Vous vous trompez, braves gens; vous ne 
connaissez pas l'avare. — Sans compter qu'il mitonne une grande ex- 
périence. — Le coquin eut simplement — un bouillon avec de l'ail et 
un œuf, et le nomma crème rare. — Ce n'eût été que demi-mal s'il 
l'avait mis encore — dans un vase, un objet profond, — où le pauvre 
oiseau à long bec, — de gré ou de force, — eût pu un petit peu — 
enlever' sa bouchée. — Mais non ; mon gueux achevé — fit couler 

^ Littéralement : avait le bâtonnet. 
• Pocher, pôchoter. 



40 POESIES 

Mais, nani, moun gus acabat, 
Sens cap de vergougno, ni geino, 
Escourriguet la clarinteino 
Dins un grand paro-grais de très pans en carrât. 
S'uno mousco Tero toumbado, 
Cresi pas de menti, s'i sariô pas negado : 
L'unchun ero espandit d'une talo faissou 
Que d'un fui de papié fasiô pas Tespessou, 

Tabès, coumo uno coutralasso, 

La pauro Cigogne badet, 

Dal tems que l'autre tout lupet, 

Sens emplega culiè ni casso. 
La Cigogne, Tel bas, daisset fa lou couqui ; 
Mounetpas souloment. A quinze jours d'aqui, 

Gracieuse, toute rejouïdo, 
Vai trouba lou maraud, que saludo e couvido : 

— « Amé plasé », dis lou Reinard : 

Quand es questieu de fa boumbanço, 

Es rare que siogue en retard, 

Sustout se i'a bouno pitance. » 

A Touro dite, ma;nco pas; 

Sul boun fumet, qu'i mounto al nas, 

Coumplimentejo la mestresso, 

La logo de sa pouUdesso, 

E de plasé, dous ou très cops, 

sa soupe claire — dans une grande lèche-frite de trois pans en 
carré : — si une mouche y était tombée, — je ne crois pas mentir, 
elle ne s'y serait pas noyée. — Le bouillon s'était étendu d'une telle 
façon, — qu'il n'avait pas l'épaisseur d'une feuille de papier. — 
Aussi, comme une nigaude, — la pauvre Gigogne bâilla — pendant 
que l'autre lécha le tout, — sans employer cuiller ni casse. — 
La Cigogne, l'œil bas, laissa faire le coquin; — elle ne murmura 
pas seulement. A quinze joursde là, — gracieuse, toute réjouie, — elle 
va trouver le drOle, qu'elle salue et convie :— « Avec plaisir, dit 
le Renard; — lorsqu'il est question de faire bombance, — il est rare 
que je sois en arrière, — surtout s'il y a bonne pitance.» — A 
l'heure dite, il ne manque pas. — Sur la bonne odeur qui lui monte 
au nez, — il complimente la maîtresse du logis; — il la loue de sa 
poUtesse. — Et, de plaisir, deux ou trois fois. — en voyant du rôti 



POÉSIES 41 

En 7esent dal roustit lou ju daurat que coulo 
E la brumo de fum qUe s'escapo de TOulo, 

Se passo la lengo pes pots. 
Mais à talhounetous s'enmenuco la viando 

Qu'aviô guignado tant friando ; 
Apei dins un jarril loungarut, à prim tôt, 
La Cigogno, en riguent, fa toumba soun fricot. 
Lou Reinard ven ergnous, coumprend que soun vouiage 
Sara blanc : aco's clar, es pagat de retour. 
Tento Testreit furol, mais lou cap de soun mour 
S'anelo, s'espremits e trabuco al passage. 
La Cigogno, dal bec margat de soun loung col, 

Tiro lous gratèus coumo vol. 
L'escanaire de pouls, ras-mouc'^t coumo un blese, 
Las aurelhos sul nas, lacougo pes garrous, 

Al terriè s'entournet furious, 
Sens ave pechugat de car gros coumo un pesé. 

Se las gens troumpats de miech pan, 

Mai d'uno cano vou'n randran. 

A. MïR. 

(NarbonnaJs, Escales et ses environs.) 

le jus doré qui coule — et le nuage de fumée qui s'échappe du pot, 
— il passe la langue sur les lèvres. — Mais à petits morceaux on 
divise la viande, — qu'il avait épiée si friamment; — puis dans une 
cruche longue, à col mince, — la cigogne en riant fait tomber ses 
mets. — Le Renard devient inquiet ; il comprend que son voyage 
■^ sera blanc : cela est clair, il est payé de retour. — Il tente bien 
l'étroite ouverture, mais l'extrémité de son museau — se tord comme 
un anneau, se comprime et manque le passage. — La Gigogne, du 
bec qui est emmanché sur son long cou, — retire les cretons comme 
elle le veut. — L'étrangleur de poulets, sot et confondu*, — au ter- 
rier s'en revint furieux, — sans avoir happé* gros comme un 
pois-chiche de viandes. 

Si vous trompez les gens d'un demi-pan*, — ils vous le rendront 
de plus d'une canne*. 

A. Mm. 

* Littéralement : mouché ras comme une mèche de lampe. — * Pincé. 
'— * Anciennes mesures de longueur. 



/ 



a POESIES 



LI VIÈI 



I flanc escalabrous d'uno auto rancaredo, 

Frejo e fèro e redo, 
Sus un planestèu nus bêlant Tinmènso mar, 
Un vôu de pàuri vièi, pèr noun sai quent azard, 

Un jour se rencountravo ; 
E Tun dins li vistoun de Tautre regardavo . . , . 
E, carga de grand niéu, lou soulèu s'aploumbavo, — 

Dins lou gourg s'aploumbavo. 

Eron touti de vièi, iue d'anchoio, peu blanc, 

Escranca, trantraiant, 
E si regard disien : — « Oh ! que nosto vidasse 
» Fouguè'n van roumavage, uno cativo casso ! 

» Las ! oh ! que sian bèn las 
» De chaucha lou fumié d'aquest mounde marrrias ! 
» Après lou dur coumbat, salut, la santo pas ! — 

» La siavo, santo pas ! » 

Mai, pamens, un qu'avié la voues ben meigrinello, 

LES VIEILLARDS 

Le long des flancs escarpés d'une chaîne de rochers, haute, — 
froide, sauvage et raîde, — sur un petit plateau dénudé, contemplant 
Timmense mer, — une compagnie de pauvres vieillards, par je ne 
sais quelle aventure, — se trouvait un jour ; — et l'un regardait 
dans les yeux de l'autre.... — Et, chargé de grandes nuées, le soleil 
se plongeait comme un plomb, — se plongeait dans le gouffre 
comme un plomb. 

C'étaient tous des vieillards, les yeux éraillés, les cheveux blancs; 
— écrasés, chancelants, — et leurs regards disaient : — «Oh ! que 
notre vie — a été un vain pèlerinage, une poursuite chétivp ! — Las ! 
oh l que nous sommes bien las — de fouler le fumier de ce monde 
mauvais ! — Après le dur combat, salut, la sainte paix! — la suave, 
la sainte paix 1 » . 

Mais, cependant, l'un d'eux qui avait une voix grêle, — s'écria : 



POESIES 43 

Quilè : — « Pèr li piéucello 
» M'èro esquino d'Ercule ! » Un autre : — « Fe de Dieu ! 
)) Avié mens d'esplendour, Tarc-de-sedo d'abriéu 

« Que la roupo de glôri 
» Qu'antan m'agouloupavo en fàci de Tistôri .... 
)) Aro, lou crese ; ai 'sta ren qu'un sot tantalôri, — 

« Un triste tantalôri. » 

Marcave sus li baus ges d'aleto o d'aucèu. 

De flour ni d'aubre bèu, 
Subran un cant mai fier autour di loubo arido 
Vibregè : — « Fau chula la laidour de la vido, 

fiéu d'Adam, d'abord, 
Pèr fin que chour lés pièi la bèuta de la mort !.... 
Ves, milo estello au cèu van durbi sis iue d'or, 

Sis iue flamejant d'or ! » 

MANDA DIS 
Au felibre G. Gharvet, d^Alôs 

Noun es un Narbounés, mai ben uno Cisampo, 
Moun pouèmo que lampo 

« Pour plaire aux jeunes filles, — j'avais jadis une taille d'Her- 
cule ! » Un autre . — « Foi de Dieu ! — il avait moins de splendeur, 
Tarc-en-ciel d'avril — que le manteau de gloire — qui, en face de 
l'histoire, m'enveloppait autrefois.... — Maintenant, je le crois, je 
n'ai été rien qu'un songe-creux, — rien autre qu'un songe-creux!» 
Je ne remarquais sur les roches ni ailes, ni oiseaux, — ni fleurs, 
ni beaux arbres : — tout à coup, un chant sublime, autour des crêtes 
arides. - vibra avec retentissement : — Il faut humer la laideur 
de la vie,— .6 fils d'Adam, d'abord, — afin que vous savouriez en- 
suite la beauté de la mort!... — Voyez mille étoiles qui, au ciel, 
vont ouvrir leurs yeux d'or, leurs yeux flamboyants d'or ! >» 

ENVOI 
An félibre 6. Gharvet, d'Alais 

Ce n'est pas un doux zéphir ', mais plutôt une bise glacée, — mon 
poëme, qni part comme un éclair — te dire aujourd'hui le bon- 

« Littéralement: le Narbonnais, vent d'ouest, en Provence. 



44 POBSIKS 

Te dire lou bonjour aujourd'uei, bel ami ! 

Mai, te pregue, pren-lou ! . . . M'es plasènt souvent, 

Toun Gardoun, ti mountagno, 
E ta grand Pradarié ounte crèis la castagno .... 
Mai la Muso os malauto e boudenflo de cagno, — 

De coumbour e de cagno ! 

William-C. Bon aparté -Wyse. 
( Provençal, Avigaon et les bords du Rhône. ) 



jour, bel ami; — mais, je t'en prie, prends-le !... J'ai en agréable 
souvenir— ton Gardon, tes montagnes, — et ta grande Prairie^ où 

croissent les châtaignes — mais la Muse est malade et pleine de 

tristesse, — de passion intérieure et de tristesse ! 

William-G. Bon aparté- Wysk. 



UN PANTAI 

Se sabiés moun pantai, o douço encantarello ! 
Ere toun Calendau , ères moun Estet'ello ; 
Mountavian cauto-à-cauto ensèn lou mount Gibau; 
Pèr bandi de moun cor li lagno e li trebau, 
Risiés de toui\ bèu rire e fasiés, amarello, 



UN REVE 



Si tu savais mon rêve, ô douce enchanteresse! — ' J'étais ton 
Galendal, tu étais mon Esterelle ; — nous gravissions ensemble et 
doucement le mont Gibâl; — pour bannir de mon cœur les troubles 
et les ennuis, 

Tu riais de ton beau rire et tu faisais, aimante, — évanonir le 



^ Ce frais et beau paradis appelé la Prairie, qui s'allonge vers le midi 
trois lieues durant, céte à côte avec le Qardon. (A. Arnàvibllb.) 



POESIES 45 

Esvanesi lou raau crudèu que me bourrello. 

— (( Vène, me disiés, vène, escarlimpen plus aut, 

Ounte Dieu es soulet, à là cresto di bau. 

Lou sabes ben, parai ? que famé, que t'adore ; 
E pièi sariés jalous ! . . . Oh ! défaut que fai orre ! 
Tame, t'ame, moun bèu, e sèmpre t'amarai. . . » 

Alor, dins un poutoun ardèpt coumo la flamo, 
Mignoto, t'ai douna moun amour e moun amo . . . 
Aubeto, perqué dounc as fini moun pantai ? 

Louis RouMiEUX. 

( Provençal, Avignon et les bords du Rhône. ) 

mal cruel qui me torture. — « Viens, viens, disais-tu ; escaladons 
plus haut, — là où Dieu est seul, à la crête des rochers. 

» Tu le sais bien, cependant, que je t'aime, que je t'adorel — Kt 
puis tu serais jaloux! Oh! le vilain défaut ! — Je t'aime, je t'aime, 
mon beau, et je t'aimerai toujours — » 

. Alors, dans un baiser ardent comme la flamme, — mignonne, 
ie t'ai donné mon amour et mon âme. . . — Aube, pourquoi donc 
as-tu terminé mon rêve.^ 

Louis RouMiEux. 



BIBLIOGRAPHIE 



Anthologie patoise du Vivarais, par Henry Vasghalde. — Montpellier, 

Goulet, 1875; in-8», 48 pages. 

M. H. Vaschalde, à qui la littérature et la poésie populaire dti 
Vivarais doivent, depuis quelques années, de fort intéressantes 
monographies, vient de réunir sous ce titre divers textes rimes 
appartenant au dialecte d'une partie du département del' Ardèche, 
région peu connue. encoî*e des philologues. 

Le plus ancien de ces textes remonte au XIV» siècle. M. V. l'a 
emprunté à Lancelot, qui le publia dans le tom. VII (p. 256) des 
Mémoires de r Académie des inscriptions^ d'après un rituel manuscrit 
du diocèse de Viviers. Ce sont huit vers que prononçait Taumô- 
nier de l'évêque fou, en annonçant les indulgences burlesques de 
celui-ci. 

Le second, de la fin du XVI» siècle probablement, est un frag- 
ment de noël que l'éditeur a trouvé sur la couverture intérieure 
d'un registre de notaire, et qui accuse déjà, d'une manière sen-. 
si b le, presque tous les caractères de l'idiome actuel. 

Une longue épitre rimée de François Valetôn et des extraits 
d'un' poëme de Rouvière, sur un procès burlesque à Villeneuve- 
de-Berg, représentent le XVII* siècle. Le XVIII© n'a que deux 
contes du prieur de Gropierres, déjà imprimés dans V Annuaire de 
r Ardèche. Les fragments de Valeton et de Rouvière étaient jus- 
qu'ici entièrement inédits *. 

La poésie contemporaine est moins pauvre. Elle possède quel- 
ques pièces, parmi lesquelles on peut citer la Chonsou de Jean d^Oou- 
pilieiro el Morgorido de Mounchaouvi, prise, ainsi que le constate 
M. V., kVArmagna cevenoude 1874, sans autres modifications que 
celles qui étaient imposées par la différence des dialectes : 

En onen querre une charjo de broundo, 
De bouoamoti, 



* M. H.V. avait fait connaître, en 1875, les poésies françaises de Valeton» 
qui sont autrement remarquables que ses vers vivarais. Il faut le louer 
d'avoir reproduit Torthographe, d'ailleurs très-défectueuse, de ces deux 
poètes. C'est une règle dont on ne doit pas se départir, lorsqu'on publie 
pour la première fois des textes qui ont un intérêt philologique . 



BIBLIOGRAPHIE 



47 



Sounjave en paou aux uels blus de mo bloundo; 

Sans vous menti. 
Oourio beïla mo vesto de bourretto 

Moua osenou, 
Per un cop d'uel de lo belle d roulette, 

Per un poutou. 
Perquésous pas lou morquis d'Ooupilieïro? 

Sans maïtorda, 
lèou n'en forîo une gronde hériteïro 

Dovonl roouta ; 
L'y beïlorio, per moun présen de noço, 

Un chostelou, 
Dous bèous chivaoux ornissas et corrosso. . . 

Emb' un poutou 

Relevons une erreur légère à la p. 40. La pièce lèou famé est 
une imitation de Bigot, le poëte si plein de verve et de vigueur des 
Bourgadieiro * . Voici le texte de deux strophes du félibre nimois, à 
côté de celui que l'éditeur a donné, d'après une communication de 
M . Ghevé : 



T'aïme mai que yiou, ma Sézéto; 
T'aïme et siei jalous coumo un viel, 
Jalous de ta bouco panléto, 
De tis yeul blu coumo lou ciel; 
Siei jalous dé ti papiyoto, 
Sufis que tocoun toun col blanc ; 
Jalous dou ruban vert que floto 
Sus toun coursagé dé quinze an. 



T'ame mai que tout, Louïsetto I 
Et ne sous joloux coumo un viel ; 
Joloux de to boucho rougelto, 
De tous uels blus coumo lou ciel... 
Sous joloux de to codénetto, 
Suffi que touochetoun couol blonc ; 
Joloux deï riban vert que fretto 
Soubre toun coursé de quinze ons. 



Voudriei, quan lou toèm es bèn nivo, Voudrio quand oven une nèblo, 



Estre lou sourôl per briya ; 
Voudriei estre, quan siès pensive, 

La caouso que té faï pensa 

Voudriei estre tou sus la tèro, 
Pér estre quicon que té plai ; 

Estre ta sur, estre toun frèro 

Bélèou m'aimariès un paou mai. 
{Bourgadieiro, pag. 31.) 



Estre lou sourel per brilla; 
Quand fases to petite bèbo, 

Estre ço que te faï bouda 

Voudrio estre tout soubre terre, 
Per estre tout ço que te plaï ; 
Estre to sur, estre toun frère, 
Beièou m omorios en poou mai I 
{ Anthologie y pag 40.) 



L'imitateur vivarais a seulement interverti quelquefois Tordre des 
strophes et des idées de la pièce nimoise ^. 



* Li Bourgadieiro, poésies patoises. par A. Bigot, 4« édition. Nimes, 
Glavel-Ballivet, 1870, in-12. 

' Quelques observations de détail ; Pag. 8, que Dious-. lisez, avec Lan- 
celot : que Dieus: 13 et 14, V&rtat et veriodié étaient les formes gêné- 



48 BIBLIOGRAPHIE 

On ne peut que désirer la prompte et complète publication des 
poésies de Bouvière et de Valeton, d'Aubenas. Les travaux déjà 
connus de M. V. en assurent d'avance l'intérêt et Texactitude 

A. R.-F. 



Las Monninétos dé Paul Félix, embé la révirado en françés vis-à-vis. 
Aléa, enc6 dé Brugueirolle et Goinp>*, 1876 ; in- 12, 100 pages. 

M. Paul Félix publia en 1873 ses Fados en Cévénos, qui lui valu- 
rent de flatteuses adhésions. On y retrouva, avec autant de facilité 
et plus d'abondance, le dialecte et les formes orthographiques du 
marquis de Lafare-Alais, Tauteur des Castagnados, restées juste- 
ment chères au pays cévenol. 

Ces qualités ne font pas défaut aux Mouninetos, petit poëme men- 
tionné favorablement au dernier Concours de la Société archéologi- 
que de Béziers. L'amusante histoire qu'il raconte, en l'amplifiant 
çà et là, était déjà connue en Provence par une pièce de Gélu.Un 
ancien négociant de Marseille écrit à Pun de ses amis, et le prie de 
lui envoyer deux ou trois singes du Brésil. Malheureusement la let- 
tre qui contient cette demande est si mal formulée, que la con- 
jonction ou {oen provençal) est prise pour un chiffre. Le corres- 
pondant lit donc, non pas deux ou trois, mais deux cent trois 
linges. Son étonnement en est grand: 

— € Dé que diable, Aoudibèr, aro que viou bourgés, 
Vdou faïre, él se digue, d'aquélo mai chandiso ? 
Quàouquo éspéculadou ? Pu lèou une soutiso I 

Pér n'en tira quàouque proufi, 
Es-ti asségura d'avédre iou débi ? 

Es pas prou nèci pér pas véïre. 

Que, sans s'en poudré dispensa, 

I-àoura d'argén à déspénsa 

Bèouco mal que ce qu'on po creïre 7 

ralement employées par les contemporains de Valeton et de Houvière. 
15, au septième vers, ne faudrait il pas lire, pour la mesure: d'un jéire. 16, 
un vers de Valeton: 

Adioau doncqutâ, mon bonon coasi! 

confirme racception particulière que ce dernier mot possède dans la langue 
du Midi, ainsi que je l'ai signalé récemment ( Revue, 2* série. II, 319). 
La pièce où je trouve ce vers est adressée par l'auteur c à son très-cher 
et intime ami, M . du Saut, procureur et advocat, à Aubenas. » 29, dins 
cun beou pour dinc un heou^ forme usitée en d*autres dialectes, dans ceux 
du bas Languedoc et de l'Auvergne principalement. 32, la fable de lo FiUo 
mouquetto présente de nonibreuses irrégularités de versififaiioo. 



BIBLIOGRAPHIE . 49 

Ou bé, vdou-ti mounta uno méinajariè 

Rés que d'aquél bèstiàouj? Quàou di&oussi i-anariè t 

Déntrémén fôou nourl touto aquélo nisado 

Dé singes màou aîsls pér lous assalouda. 

Lous vendra pas tant bien coumo soun chocola. 

Aoudibèr, Aoudibèr, faras quaouquo. baoudrado ! (P. 3-4 ) 

Il fait partir, néanmoins, plus de cent cinquante singes; erreur 
qui, à l'arrivée en France, devient la source de nombreuses et bur- 
lesques aventures, presque partout ayréabJement versifiées. 

L'ortbographe des Mounineios appelle des lùserves formelles, 
et il serait à désirer que l'auteur la modifiât dans un sens meil- 
leur. Il Ta calquée sur celle du marquis de Lafare, laquelle est aussi 
celle du Dictionnaire de M. Maximin d'Hombres et de M.Leyris, 
dans quelques pièces publiées i^slt le Bulletin delà Société scienti- 
fique et littéraire d 'A lais. L'emploi des formes françaises constitue 
le vice de cette orthographe, imaginée d'après le Dictionnaire de 
Sauvages ^ Le savant abbé ne tint aucun compte des règles qui 
avaient prévalu depuis les premiers troubadours jusqu'à la tin du 
règne de I,ouis XI'V*, de celles que l'Aquitaine, le Limousin et la 
Provence avaient le droit de considérer comme naturelles et na- 
tives» Cet abandon, en apparence inexplicable et qu'il ne fut pas, du 
reste, le seul à commettre, peut se justifier par les faits. Les textes 



* L'abus de raccentuation est l'un des caractèrfts saillants de ces or- 
thographes. Le Dictionnaire languedocien de l'abbé de Sauvages, les poé- 
sies de Martin et de Tandon, les éditions faites à Montpellier, par les soins 
du libraire Renaud, de puriste mémoire; 1 s fables limousines de Foucaud 
les œuvres de Desanat et de Pierquin de Gembiouï, sont significatives, 
à ce point de vue. Les accents graves, aigus et circonflexes, les trémas, 
les doubles points, s'y étalent à profusion. Quoique l'on n'eût guère souci 
de la tradition en 1820, les lecteurs s'amusaient parfois de ces exagérations 
puériles, et les œuvres languedociennes d'Auguste Rigaud contiennent 
une épigramme composée à ce sujet. La Mort vient signifier son arrêt à 
Renaud, qui, fidèle jusqu'au bout à ses préoccupations habituelles, exa- 
mine attentivement si quelque virgule n'y aurait pas été omise : 

— « Anén, Renaud (la Mort diguèt', 

» Vous faou parti » Renaud rccnhi. 

- - «Perqué reculas, si vous plèt V 
)> Pér véyré se dlns vostre arrêt 
a Yé manqua pas una Tirgiila. » 

Est-il besoin de dire que, par suite de cette accentuation si compliquée, 
les livres imprimés de 1800 à 1850 fourmillent de fautes typographiques? 

* Ceci est bien relatif, surtout pour le XVII'* siècle. 



50 BIBLIOaRAPHIË 

des troubadours, et à plus forte raison ceux des idiomes populaires 
de la langue d'oc au moyen âge, étant alors presque absolument 
inaccessibles aux lecteurs ordinaires, les poètes et les rimeurs de 
répoque laissèrent tomber peu à peu la vieille tradition romane; 
de là à croire que le XVI® siècle avait vu l'éclosion des dialectes 
actuels et. à créer pour eux une orthographe entièrement nouvelle, 
et surtout entièrement française, il n'y avait qu'un pas. Il fut si 
souvent franchi, qu'à partir de 1820 chaque ville eut ses règles 
particulières, différant des règles de la ville ou de la nuance dialec- 
tale voisine. Heureux encore lorsque le même sous-dialecte ne 
voyait pas surgir deux ou Irriia systèmes distincts ! 

L'orthographe de MM. de Lafare, d'Hombres et Paul Félix *, con- 
stitue donc la variété aiaisienne de ces systèmes à base française, 
que la publication, tous les jours plus active, de textes anciens, et 
les efforts des félibres, des groupes bitte rois et béarnais, font dis- 
paraître à l'heure qu'il est. Il faut souhaiter, je le répète, que la 
prochaine édition des Mouninetos soit ramenée, elle aussi, aux rè- 
gles méridionales. 

De semblables réserves n'enlèvent rien au mérite du poëme en 
lui-même. Les qualités de M. P. F. sont à lui, tandis que le vice 
de son orthographe est le propre de la petite école formée par 
l'abbé de Sauvages dans le pays raiol. \. G. -A. R.-F. 

Traité de la formation des mots composés dans la langue française 
par Â- Dabmbsteter, — Les Composés qai contiennent un verbe 
à un mode personnel, etc., par L.-F Meunier. (2* article.) 

Rectification, -r J'ai dit plus haut( Uo de novembre, p. 271} 
que l'impératif de a frige, a perde^ a fute, était en i. Je m'appuyais, 
en parlant ainsi, sur l'autorité de M. Mircesco, auteur de la seule 
grammaire roumano-française que je connaisse. Dans cet ouvrage, 
en effet, tous les paradigmes des conjugaisons autres que la pre- 
mière et que la conjugaison inchoalive, dont a iubi est le modèle, 
ne présentent que des impératifs en i. Mais M. le docteur Obé- 
dénare m'avertit que les exemples cités par moi ont été mai choi- 
sis, attendu que ces trois verbes ont la même forme pour l'impé- 



' Laquelle est moins compliquée que celle du Dictionnaire languedo- 
cien. Une circonstance technique, le manque de lettres, — de sortes spé- 
ciales, en termes d'imprimerie, — nuisit au succès de Sauvages. Ce qui, 
dans son système, réclamait l'emploi de caractères admis poui* le français 
fut accepté sans difficulté. Ce qui y était contraire demeura ( c'est le cas 
de le dire ici ) lettre morte et sans valeur. 



BIBLIOaRAPHlË 51 

ratif (2« p. s.) et pour l'indicatif présent (3«p. s.). Je dois dono 
rectifier mon assertion, en observant cependant que la réclama- 
tion même de M. Obédénare prouve tout au moins que je lui avais 
posé ma question de manière à n'influencer en rien sa réponse, 
c'est-à-dire que je lui avais laissé ignorer entièrement quelles étaient 
mes idées sur la théorie des composants verbaux. Ceci, pour bien 
montrer qne j'avais pris toutes les précautions voulues en matière 
d'expertise phonétique. M. Obédénare m'a fait remarquer, en ou- 
tre, qu'il y avais trois terminaisons différentes pour Timpératif, en 
dehors de la première conjugaison : e long, e bref, i. Il m'a cité 
comme exemples les impératifs stinge, lat. exslingue;inghUe,\3it. * in- 
gluti; audi (prononcer audzi), lat. aud ; vedi (prononcer vedzi)^ lat. 
vide. 11 a ajouté que, s'il était impossible de donner une règle inva- 
riable* pour la distinction des impératifs en e et en t, vu la fréquence 
des exceptions, il y avait d'autres exemples, absolument certains 
cette fois, qui venaient à l'appui de la théorie que je soutiens, à 
savoir que le verbe premier composant n'est pas à l'impératif. Ces 
exemples sont les sm\3Lnts : Besse-a-prôpe, litl, Vesse-tout-près , ma. 
lotru des plus grossiers, qui n'attend pas, pour se soulager, d'être 
suffisamment éloigné de ses voisins; Plange-ôsse, litt. Pleure-osselets; 
Face-curu-pusca, htt. Fait- cul- fusil, i^ Besse-a-prope, et non bessi- 
a-prbpe. L'infinitif est a bessï, V inàicditiî desse, et l'impératif bessi. 
2» Plange-àsse. Le verbe a plange faiit plangi à l'impératif. On appli- 
que ce surnom aux enfants pleurards qui perdent au jeu des osse- 
lets. 3* Face-curu^pusca. Ce composé grotesque fait partie du dia- 
logue suivant, que se transmettent comme une formule consacrée 
les adeptes du catéchisme poissard: 

Cum te chiama? — Gomment t' appelle s -tu ? 

Sôrbe-zéma. — (Je m'appelle) hume-bouillon. 

Inghite-gfilusca. — Avale-boulette. 

Face-curu-pusca. — F ait-cul- fusil! 

Cet exemple est absolument concluant, comme on le voit, par 
suite de la différence bien constatée de l'impératif /a et de l'indica- 
tif face. Après cela, le doute ne parait pas permis, et l'on peut con- 
sidérer la question, eu ce qui concerne le roumain, comme défi- 
nitivement jugée. A. B. 

* Celte règle, d'après lui, pourrait se formuler amsi : — La finale de 
l'impératif est la môme que celle de l'intinitif abrégé; exemples : a cantà; 
imp. canlÊi ; a audiy imp. audi., a batte, imp. batte; en exceptant, bien en- 
tendu, les verbes à forme inchoative, tels que a iubi^ qui le font en esce, 
H y a beaucoup d'exceptions; telles sont : a vede, vedi ; a plange, plangi ; 
a merge, mergi ; a code, cadi ; a ride, ridi ; a inghUi, inghite, 



CHRONIQUE 



Le bureau delà Société des langues romanes pour l'année 1877 a 
été composé comme il suit: M. B. Gantagrel, président; M. de 
Tourtoulon. vice-président; M. Alph. Roque-Ferrier, secrétaire; 
M. L. Lambert, trésorier; MM. P.-J. Itier et H. Vigouroux. vice- 
secrétaires; M. Ernest Hamelin, directeur des publications . 

Tous les envois imprimés ou manuscrits doivent être adressés 
à M. A. Roque-Ferrier, secrétaire^ rue Raffinerie, à Montpellier. 






La collection philologique et littéraire entreprise, au commen- 
cement de Pan dernier, par la Société des langue romanes^ compte, 
à l'heure qu'il est, deux volumes : Poètes catalans, les Noves ri- 
mades et la Codolada, par M. Milâ y Fontanals, professeur à 
rUniversité de Barcelone, et les Proverbes et Dictons du pays de 
Béam, Énigmes et Contes populaires, par M. V. Lespy, secrétaire 
fçénéral en retraite des Basses-Pyrénées, auteur d'une Gframmaire 
béarnaise fort appréciée des romanistes. 

Le premier demi-volume du Dictionnaire des idiomes romans du 
midi de la France, — dont l'ensemble formera la cinquième publica- 
tion spéciale de la Société, — parM. Gabriel Azaïs, paraît à l'instant. 
Diverses circonstances ont retardé la distribution de la troisième : 
les Ordenansas del Libre blanc, rééditées par M. le docteur Noulet, 
et de la quatrième : les Patois de la basse Auvergne et leur littérature, 
par M.H.Doniol, préfet des Bouchesdu-Rhône, correspondant de 
l'Institut. Ces retards sont près de toucher à leur fin. 

lia collection de la Société s'augmentera prochainement des Auzel 
cassador, de Deudes de Prades, chanoine de Maguelone aux Xll» et 
Xllle siècles. On ne connaissait jusqu'ici que quelques fragments 
de cet intéressant poëme, qui sera publié en entier avec une in- 
troduction, des notes et un^glossaire, par M. Ernest Monaci, pro- 
fesseur à l'Université de Rome. 



* 



La Faculté des lettres de notre ville continue de donner à la 
Société des iijarques d'attention et d'intérêt. Il y a en elles comme 
une tradition que nous voudrions signaler moins brièvement que 
ne le permet le cadre de ces lignes. Nous ne parlerons pas de 
M. Saint-René Taillandier, qui prodigua tant de fois ses encou- 
ragements et ses conseils aux premiers efforts des félibres ; nous 
ne rappelerons pas non plus une mémoire qui nous est chère, celle 
de Cambouliù: nous nous bornerons à mentionner le discours pro- 
noncé en i869, et dans lequel son auteur, maintenant des nôtrer.. 
disait, en constatant l'extension universelle des rechercl^s sur la 
littérature des troubadours et des trouvères : 

« Et, dans notre ville de Montpellier, que le moyen âge avait fait si 
célèbre, si libre et si riche aussi, voyez-en la preuve dans les livres de 



CHRONIQUE 53 

» l'infatigable historien aue vous a donné notre Faculté des lettres ; dans 
cette ville de Montpellier, voici que d'intrépides chercheurs unissent 
leurs efforts pour populariser parmi nous Tétude des langues romanes. 
Je suis heureux de saluer leurs espérances de celte même place où pro* 
lessaitf il a vingt ans, M. Jubinal. à gui notre vieux français doit oe si 
nombreuses et si précieuses publications ; où s'asseyait naguère le dier 
colique dont la fondation de la Société des langues romanes fut le dernier 
effort et le dernier succès. » {Revue, 1"' sériej 1, p. 172.) 

M. Gastet.^, docteur es lettres, chargé du cours de littérature 
étrangère, vient d'ajouter, il y a quelques jours à peine, un nouvel 
anneau à la tradition. Dans sa leçon d'ouverture, consacrée en 
entier à l'exposition générale de la littérature italienne, il a signalé 
rétroite consanguinité qui unit lalanjîue du Dante aux autres lan- 
gues romanes, et spécialement au provençal. M. Gastets a fait con- 
naître l'intention ou il est d'étudier l'auteur de la Divine Comédie, 
avant tout comme poëte, mais en même temps comme philologue, 
et il n'a eu garde d'oublier les vers placés dans la bouche d'Ar- 
naut Daniel au XXV1« chant du Purgatoire: 

Tan m'abbelis vostre cortois deman. 

M. Gastets a terminé sa leçon par des aperçus fort ingénieux sur 
la nature des relations qui existent entre l'objet actuel de son cours 
et les travaux ordinaires de la Société: mais il l'a fait en des ter- 
mes empreints d'une telle bienveillance, que nous ne pouvons les 
reproduire, quelque sincères que soient les remerciements que 
nous lui adressons aujourd'hui. A. E. — A. R.-F. 






Nous avons le regret d'annoncer la disparition de deux périodi- 
ques consacrés à la philologie des langues romanes : le Jahrhuch 
jur romanischeund englische Sprache undLiteratur et la Riviata difilo^ 
îogia romanza^ qui paraissait à Rome depuis quelques années. Le 
Jahrhuch fut le premier recueil spécialement ouvert aux études qui 
sont les nôtres, et plusieurs romanistes français* y publièrent 
des travaux. «La Rivista, dit un juge aussi sévère que compétent', 
» a fourni une carrière beaucoup moins longue, mais qui n'aura 
» pas été sans éclat. C'était un journal bien fait, dont toutes les 
» parties: articles de fonds, mélanges, bibliographie, étaient trai- 
» tés avec un soin égal. Nous sommes surpris, ajoute lajBomanw», 
» de le voir interrompre sa publication au moment où la création 
» de chaires de philologie romane fait espérer, pour cette branche 
>» de la science, un brillant avenir en Italie. » 






On sait que le félibrige compte trois grandes sections ou mainte- 
tenances, celles de Provence, de Languedoc et de Catalogne, les- 
quelles, à leur tour, peuvent se subdiviser en écoles particulières, 
toutes les fois que le nombre symbolique de sept félil)res, au moins. 

' Cambouliù avait dû envoyer au Jahrhuch sa Note sur le Mémorial 
des Nobles. — * flornama, n« d'octobre 1876. 



54 CHRONIQUE 

86 rencontre dans la môme ville et qu'il y a accord entre eux pour 
la réunion et le travail en commun. 

Quatre de ces écoles fonctionnent déjà : ce sont celles de Mont- 
pellier, la première et la plus ancienne, formée le 4 novembre 1875, 
le jour même où les félibres languedociens arrêtèrent les bases de 
Tassociation, devenue à l'heure qu'il est la maintenance de Langue- 
doc ; celle de Nîmes, celle d'Avignon, celle du Forcalquiérois, et 
enfin celle d'Aix, constituée le 21 décembre dernier. 

M. Gavallierest le président, ou caJbiscol, de l'école de Montpel- 
lier; M. Gaidan, de celle de Nîmes ; M. l'abbé Emile Savy, ancien 
archiprêtre de Bône, de celle de Forca]quier;M. A, Mathieu, de 
celle d'Avignon; M. Bonafous, doyen de la Faculté des lettres d' Aix, 
de celle d'Aix, désignée sous le nom de Soucieta deifelibre de Lar, 

L'école du Forcalquiérois publie ses procès-verbaux, ainsi que 
les poésies et les communications de ses membres, dans le Journal 
de Forcalquier, qui, le 7 janvier, avait momentanément changé son ^ 
titre français en celui de Jùumau de Fourcauquié ede sotm arroundis' 
somen ; l'école de Nîmes a pour organe le Dominique, sur lequel 
nous reviendrons bientôt avec l'attention qu'il mérite ; celle d'Aix, le 
Prouvençau^ paraissant deux fois par mois, et que nous louerions 
plus complètement si nous n'y avions trouvé, en tête du premier 
numéro et sous la plume de Mistral, l'éloge de la Revue des langueê 
romanes et des études auxquelles la Société est consacrée *. 

Le Prowoençau aspire à devenir l'historiographe des coutumes et 
des mœurs populaires, des traditions de race, des usages locaux. 
Tel est le rôle que Mistral assigne à ses rédacteurs, dans une lettre 
écrite avec cette admirable égalité de langue et de pensée, cette 
simplicité et cette vérité de style, qu'on ne peut plus que constater, 
tant elle est inséparable de sa prose et de ses vers : 

« Is abord de Galèndo, leulr dit-il, parlasr-nous dounc de cacho-fio, pèr 
Gamava de Carementrant, di cese pèr Rampau, de la bravade pèr Sant- 
Jan, aide la rèino Sabo à la Fèsto-de-Diéu. Parlas-nous dôu tambourin 
di poumpo à l'ôli e dôu vin eue ; parlas-nous di chivau-frus, di faran- 
doulo, dis oaliveto, e pourtas en un mot lou gaiardet di joio. Ë pièi, de 
tèms en tèms, countas-nous quauque tros de l'istôri de Prouvènço, e tenès 
boulega dias lou cor dôu jouvènt lou recaliéu de la patrio. » 

Tel est le but particulier du nouveau journal; mais il en a un 
autre plus général : celui d'appeler à l'idée félibrique ceux qui con- 
servent le culte de leur idiome, ceux qui ont souci du développe- 
' ment de leurs énergies natives. Selon ses expressions, leFrouvençau 
s'adresse à tous les hommes de race d'Oc qui, dans la Gascogne, 
le Languedoc et môme la Catalogne, retiennent pieusement l'amour 
de la langue et du pays; à ceux qui acceptent le félibrige, comme 
à ceux qui le réprouvent, « parce qu'ils ne le connaissent pas, 



* ce A Mount-pelié, avès la Revisto di lengo roumanoy ounte se traton 
scîentificamen touti li questioun d'istôri, de dialèitee d'ourtougràfi relative 
à Doste parla. Eh béni aquélis estùdisoun talamen goustaà Touro d'uei, 

Sue la revisto mount-pelierenco, mau-grat lou serions e Tescarabeuieus 
e si publicacioun, a réussi qu'es pas de dire e comto d'abouna pèr touto 
la Franco e toute l'Europe. » {Lou Pouvençau^ n* du 7 janvier 1877 ) 



CHRONIQUE 55 

* OU, ce qui est plus mauvais, parce au'ils le connaissent mal*. » 
Mettre sous les yeux des lecteurs ae la Eew^e le statut ou règle- 
ment de l'école forcalquiéroise sera compléter naturellement cette 
note et faire connaître en même temps l'organisation intérieure 
des associations félibriques : 

I. Lis amaire de la lengo d'O qu'abiton lis Aup dôu Fourcauqueirés, 
-valent à dire la nauto Prouvenço, e lou debas dôu Daufinat, e que volon 
travaia ensèn à estudia, escriôure o manteni lou parla rouman, s acampon 
en une Soucieta que ie dison Soticieta dôu felibrige dis Àup. 

II. Âquela Soucieta es une escolo dôu teiibrige. Se ie charro pas pou- 
litico, ni mai contre la religioun, la mouralo o li persouno. 

III . Li membre de la Soucieta se partisson en dos tiero : 

' 1* La di Sàci, que coumpren touti li felibre majourau o mantenèire 
qu'ab\^n lou Fourcauqueirés e que demandaran de n'^e;» 

2* Aquelo di Coumpan^ que coumpren tôuti li membre de TAtenôu de 
Fourcauquié que, sènso èslre majourau ni mantenèire, volon pamens 
estudia o sousteni la lengo prouvençalo. 

IV. La Soucieta es gauoejado pèr un counséu, coumpousa di sèt 
Pourcauqueiren que parleron prouvençau i fôsto de Nosto-Damo-de- 
Prouvènço, à sabé : 

Lou Levon de Berluc-Perùssis, felibre majourau, président de F Atenèu; 

Lou Vitour Bourrilloun paire, decan di troubaire dôu Fourcauqueirés; 

L*Alfred Gurèu, de l'Atenèu; lou Carie Descosse, ancianpremiô ajoun, fe- 
libre mantenèire; l'Eugôni d'Ermitànis, ancian maire de Fourcauquié, 
felibre mantenèire ; lou Louvis Maurèu, felibre mantenèire, administradou 
de l'Atenèu ; e mounsen lou canounge Emili Sàvy, felibre mantenèire, 
membre dôu Goumita catouli de Nosto-Damo-de-Prouvenço. 

A mesure que se devinara uno vacanço dins lou counséu, la Soucieta 
elegira un nouvèu counseié o }}riéu, que sara prés dins la tiero di Sôci. 

V. Lou counséu causis, tôuti li cinq ans, un cabiscôu o président, un 
souto-cabiscôu o vice-presidènt, em' un secretàri. Lou cabiscôu e lou 
souto -cabiscôu devon èsse près dins lou counséu ; lou secretàri, dins que 
tiero que signe. En cas d'empacho, lou souto-cabiscôu es remplaça pèr 
lou decan dôu counséu; lou secretàri, pèr lou plus jouve delà Soucieta. 

VI. La Soucieta s'acampo : !• tôuti li très mes en seslho particulàri, pèr 
felibreja en famiho, à taulo, e se se pôu en bastido, dins un lio poueti o 
que remembre quauque souveni patriau ; 2* tôuti lis an, en sesiho pu- 
bliée, lou jour de Nosto-Damo-de-Prouvènco ; 3" tôuti 11 cinq an, en sesiho 
soulenno, au festenau prouvençau de Nosto-Damo, ounte la Soucieta dur- 
bira cado vôuto, un Puè^ o Concours literàri. 

VII. Tout es a gratis dins la Soucieta, franc dôa viôure que cadun 
déura aduerre quand se taulejara. 



Publications en langue d'oc et en catalan; travaux sur la 
POÉSIE provençale, ctc. — La Vie de saint Benezet, fondateur du 
pont d Avignon. Texte provençal du XlIIe siècle, accompagné des 
Actes en latin, d^une traduction française et de notes historiques, criti- 
ques et bibliographiques, par l'abbé Albanès, Marseille, Camoin, 
in-8o. xxi-49 pag. — G. -G. Bonaparte-Wyse : la Cabeladuro d'or, 

* Un second journal vient d'être fondé à Marseille, sous le titre carac- 
téristique du Tron de Vèr. Il paraît tous les samedis, et, à ne le juger que 
par ses deux premiers numéros, il est destiné à fournir une longue car- 
rière de verve et de populaire gaieté. 

* Renouvelé des anciens Puy Noire''Dame. 



56 CHROKlQUi: 

pouèaio prouvençaU) . Mountpelié, Emprimarié centrale dôu Miejour, 
in-8o, 10 pag. (Extrait de la Revue des langues romanes^ no du 15 août 
1876). — Obrador Bennassar: VAlt en Jaume dAragô, romanç 
historièh. Palma de Mallorca, Gelabert, in-8n, 8 pag. — Maspons 
y Labros : Tradicions del Vallès, ah notas comparativas. Barcelona, 
estampa de la Renaixensa, in-12, 102 pages. — Calendari catalâ 
del any \S11 y colleccionat per France^sch Pelay Briz. Barcelona, 
estampa de la Renaixensa, in-12, 148 pag. — Armana de Len- 
gadb (ancian armagna cevendu) pèr lou tel an de Dieu 1877. Aies, 
BrugueiroUe , in-12, 96 pages. — La Lauseto, armanac dal pa^ 
trioto lengodoucian, mitât françés, mitât lengo d'Oc, pèr Van 1877. 
Toulouso, Charles Brun, in-12, 200 pages. — Marius Bourelly, 
Poesia provenzal dedicada à la Asociacion literaria de Gerona, eon 
motivo del oertàmen de 1876. Gerona, Dorca, in-4°, 4 pageç. — 
Alfred Chailan, leis Oousseous sount de hesti. Marseille, Barlatier- 
Feissat, in-i2. — Marti y Folguera, Poesias premiadas à Montpeller. 
Barcelona, Verdaguor.— Joseph Feliu y Couina, lo Rector d-e ValU 
fogona, novela histôrlqua. Barcelona (fait partie de la Bibliothèque 
catalane illustrée, de J. Vinardell). — Bayle (l'abbé.), la Poésie 
provençale au moyen âge. Aix, Makaire, in-8o, vrr-413 pages. 

Mentionnons ici un livre réservé seulement à l'admiration de 
quelques amis : VArc-de-sedo dôu cTiaine verd; Tettigopolis, in-4*, 
16 p., recueil de poésies provençales, anglaises et catalanes, 
adressées par lord Bonaparte- Wyse, Th. Aubanel, V. Balaguer, 
Ludovic Legré, A. Mathieu et P\ Mistral, à M. et à M™» de Seme- 
now. Ce petit chef-d'œuvre typographique a été publié par lord 
Bonaparte- Wyse, et il doit son existence à un séjour de six se- 
maines qu'il fit. en 1876, au château du comte de Séménow, dans 
les environs de la ville des Cigales, c'eat-à-dire Avignon. L'éloge 
des poètes qui ont contribué à le former serait superflu. Quant au 
livre en lui-irême, il ne faut pas hésiter à dire que l'on n'a jamais 
fêté ni plus dignement ni plus délicatement la muse provençale. 

A. R.-F. 



Errata du numéro de décembre 1876 



Due hlillii sagri. — P. 306, lig. 1. Edillii, lisez: Idillii (même rec- 
tification à la première ligne de la page 307 et à la 
lig. 35 de la page 335 — Page 308, lig. 16, irragia, 
lisez : irraggia. 

Les Folies. —P. 318, lig. 4, sa dernière, ZwcjZ; la dernière. -P. 319, 

lig. 7 de la note, i, d'être mécontent, lisez : d'être 
content.— P. 322, lig. 3 de la note 1, me devien per 
lou mens, lisez : me devien (?) per lou mens. 

Le Gérant: Ernest Hamelin. 



MONTPELLIER, IMPRIMERIE CENTRALE ItV MIDI. — HAMELIN FRÈRES 



DIALECTES MODERNES 



i^WW^- 



HISTOIRE LITTERAIRE 

DES PATOIS DU MIDI DE LA FRANCE 



AU XVIU'' SIECLE 



APPENDICE BIBLIOGRAPHIQUE 

Comprenant le catalogue des ouvrages écrits dans les patois du Midi 

de la France, au XVIIP siècle 

{SiHte) 



200. Macariennes (Les), poëme en vers gascons. 
V. Girardeau. 

201. Mailhol. Lettres aux Gascons sur leurs bonnes qualités 
leurs défauts, leurs ridicules, leurs plaisirs, comparés avec ceux 
des habitants de la capitale, etc.; par Mailhol. 

Toulouse, Dupleix etLaporte, 1771,in-12. 

Mailhol était de Carcassonne. Palissot l^a nommé dans sa Dun^ 
ciade, aux notes du second volume. On trouve dans les Lettres 
aux Groscona : Divers couplets patois dont les airs charmans sont si 
connus, pp. 33 et 47 : 

lo Gari jamay nou podi, ni nou boli. . . ; 
2o Pastou, tu té plagnés tout jour.- . . ; 
3o Lou cor que tu m'abios dounat 

Janti pastou, en gatgé . . . ^ 
4o L'autre jour, d'arr'ea cantou. . .; 
5<» Se le cel en nous fourman ... ; 
00 Tendre roussignouiet, 

Que bébés al galet, 

' Ce couplet se trouve, avec des variantes, dans les Obra$ des frères 
Rigaud, 3* édit., 1845, pag. 185. 



58 HISTOIRE DES PATOIS DU MIDI 

Soulomen d*aigueto ; 
Bélomen caniarios, 
Se coumo yeu bébios 
Del jus de la souqueto I 

Le dernier couplet, un des mieux tournés que nous connaissions, 
est resté populaire à Toulouse. Il a été rapporté, avec quelques 
variantes, par Le Brigant, dans ses Elémem succincts de îakmgue 
des Celtes Gromérites ou Bretons, 1* édit., Brest, an VII, pag. 51, avec 
la traduction en breton et en français. . 

202. Margou. Les Ases debastax ou la Sourtido dal seminari, 
fragment de poëme, dans les Lettres à Grégoire sur les patois de 
France, in Revue des langues romanes, t. Vil, p. 118. 

203. Marché (Le) de Marseille, vo lei Doues Goumaires, comédie 
en deux actes et en vers. 

Marseille, Jean Mossy, 1785, in-8. Sans nom d'auteur. 

J'ai avec le même titre une édition de 1821, Avignon, Françoise 
Raymond, in-8. Le fils de l'auteur publia: îeis Doues Coumayres doou 
marca de Marsillo» Comédie en un acte et en vers, arrangée en vaude- 
ville par lefils de Vauteur. Marseille, V« Régnier, 1832, in-8. 

204. Mariagi (Lou) de Margarido, coumédie en un acte, per 
défun Mossu R . . . Nouvello éditien. 

Marseillo, Jean Mossy, 1781, in-8. 

Il y en a eu une réimpression, vers 1820, à Avignon . 

205. Maridage (Lou) de Gamardou. Gomédie Gaillabary en trois 
actes et en vers. 

Manuscrit du XVIII« siècle, qui me vient de Pau. La pièce est 
composée en patois béarnais. L'auteur, Sanguilhem, était clerc d'un 
procureur au Parlement de Navarre, d'après M. V. Lespy, in lilt. 
1859. 

206. Marin (le P. Micbel-Ange). Leis Desastres de Barbakan, 
chin errant dins Avignoun. 

Aix, 1744,in-12. 

D'après M. G. Brunet, Lettre sur les patois, p. 23, et Bory, de 
la Poésie provençale depuis les Troubadours, in VAbeilko prouvençalo 
de 1858, in-12. Le P. Marin (de Marseille) est connu par de nom- 
breux romans ascétiques. 

207. Martin (le P . , de Béziers), auteur de diverses pièces de vers 
V. Bouquet de coniquos flouretos cuêillidos sul Pamasso bitterfois, 

208. Martin (L'abbé Marc^Antoine, de Geilbes) .LaPariido de mar^ 
poèmOj imprimé dans les Pouesios biterrouèsos.'V.ce titre. 



DIALECTES MODERNES 59 

209 Massip (J.-B.). Les vers en patois montalbanais, de 
J.-B. Massip n'ont pas été conservés; nous ne connaissons que 
ceux qu'a publiés M.Théronde Montauge, dans son Esquisse histo- 
rique sur Marc- Antoine de ifo^^t^. Toulouse, 1874. J.-B. Massip était 
le frère de Marc- Antoine. 

« On raconte, ditM.Théron, qu'au retour d*un voyage, Massip 
» s* étant présenté chez un de ses ancien s camarades qui se trouvait 
» absent, commit la méprise de ne voir qu'une servante dans la 
» fille de son ami. Celle-ci en ayant témoigné de l'humeur, notre 
» pôëte lui adressa les vers suivants : 

Bey dit, nou m'en dédisi poun ; 

Oui, bous siès uno gougetto, 
Nou d*aquélos que cado joun , 
S'en ban querrô l'aïgo à l'Ouléto*; 
Nani, nou me suy pas mesprés, 
Vostro mine n'es pas coumuno, 
Lasgougos {sic) de Gypris* soUn très, 
Et pel ségur bous ne siés uno. 

210. Mayer. Lou Retour daou Martegaou, paroudio boufifouno en 
très actes, mesclado d'Ariétos sur d'ers ancians. Representado 
per lei Goumédiens de Marsillo, lou 5 d'Abiou 1775. Par M. Mayer. 

Marseille, Jean Mossy, 1775, in-8o. 

21i.MoLiNrER (L'abbé Jean-François). Pratiquos de debouciu 
qu'un boun Crestia pot mètre en usatge per arriba al Gel. 

Soun estados en usatge longos annados din la parochio de 
Foucardo, al dioucezo de 8. Papoul, quant M* Jean-François - 
Antoine (sic) n'ero' ritou, en 1772. 

Manuscrit autographe de l'auteur. 

Nous devons à Pabbé Molinier des copies des Gatéchismes des 
abbés Dissez et Roches . 

V. ces noms. 

212. Monlaur-Descoubés (Jacques-Marie, comte de). Poésies pa- 
toises inédites du XVIII* siècle. 

Elles se composent de : !<> Ghant de -quinze dizaines, ou cent 
cinquante Ave Maria du Rosaire, etc.; 2o Prière pour le Roi 
Louis XVI ; 3© Gontre un curé jureur, en 1794 ; c'est une chanson 
ordurière; 4® Ghansons ; 5° Noëls. 

Je dois à M. Martin (d'Auch) une copie de ce recueil. 

^ Fontaine de Montauban. 

' Les Grâces, compagnes de Vénus. Gougos est pour goujos. 



60 HISTOIRE DKS PATOIS DU MIDI 

213 MoRBL ( Tabbé ). Gansou attribuada à Tabbé Morel : 

Aou leva de Taourora, 
DiQS un pradet de flous... 

à la suite des Obras coumplètas des ft'ères Rigand. Montpellier. 
1845, in-12, p. 177-179. 

On attribue encore à Tabbé Morel la chanson de la Nourriça en- 
dourmida, publiée par MM. Monte! et Lambert (Revue des langues 
romanes, 1«* série, tom. VI, pag. 552)» d'après deux manuscrits du 
XYIIi* siècle . Cette pièce se répandit très-promptement dans le 
Midi; elle se trouve, dans les Chants populaires du pays castrais 
(p. 32), d'Anachar sis Combes. 

On ne sait rien de positif sur Tabbé Morel. 

V. Regrets de Glimène. . 

214. MoREL (Mathieu). Noël patois. A la suite du Recueil de 
poésies de F. Richard. 

Limoges, F. Chapoulaudf S. D. (X1X« siècle). 

L^éditeur du Recueil cite, en outre, le dialogue de Picau et de 
Piaucau, qu'il dit être de M. Morel, médecin, né à Limoges et mort 
vers 1704. 

2! 5. Naissance (La) du Messie. Noëls nouveaux. 
Toulouse, J. Henry Guillemette, sans date, in-12. 

216. Naissance (La) du Sauveur, ou Noëls nouveaux, en fran- 
çais et en patois. Composés par divers Auteurs, tant Anciens que 
Modernes, sur les Airs les plus connus. 

Narbonne, Décampe^ sans date, in-12. 

217. Nalis (J.-B,). Cantiques, Noëls et autres ouvrages envers, 
partie en français et partie en langue vulgaire de Beaucaire, par 
J.-B. Nalis. 

Arles, Menier, 1769, viii-271 pages. 

218. Nalis. Nouvelle et dernière édition des Cantiques et Noëls 
de Nalis, mis en deux librets comme en deux tomes, Fun tout 
rançais et l'autre tout patois ; il y a à chacun une instruction pour 
fun trésorier des Pénitents, l'auteur ayant retranché de cette édition 
tous ses autres ouvrages ; de sorte qu'il n'y aura rien ici que d'utile 
et d'avantageux pour tout le monde. 

Arles, Mesnier, 4773-1774, petit in-8<», 120 pages. 
Le millésime de 1773 au patois , celui de 1774 au français. 
Une partie des pièces de l'édition de 1769 a été distraite de celle- 
ci, qui en contient cependant de nouvelles. 

219. Nayssanço DBL Mjbssio . Gant jouyous. 



DIALECTES MODERNES «I 

Toulouse, Beuzo J.-P.Roubèrt, sans nom d'auteur ni date, in-12. 

220. NoELs doubles, composez à Thonneur de Tincarnation de 
Jésus-Christ. 

Bordeaux, Jean Lacourt, 8. D., petit in-8o, carré, vélin blanc. 
« 93 pages. Édition fort rare, imprimée à la fin du XVII» siècle.» 
Bibl. patoise de M. Burgaud des Marets, n* 1538. 

221 . NoBL en musico cantat dins la gleyso de Sent Estienne. 
Toulouse, 1702, in-4». 

M. Pierquin de Gerabloux, Hist. litl, des patois, p. 2.29. — Rec, 
d'opuscules y ipSLT M. G. Brunet, p. 130. 

222. NoELs en français et en langue vulgaire, par un religieux 
de Saint-François (le père Roche, récollet). 

Marseille, Brebion, 1771, in-12, 84 pages et 4 pages de table. 

223. NoELS français et provençaux, par le R. P. Roche, récollet, 
auxquels on en a joint quelques autres qui n'oirt jamais été im- 
primés. 

Marseille, Mossy. 1805, in-12, 120 pages. 

Deux autres éditions de ces noëls ont été faites pfir Mossy, en 
1818 et 1829. 

224. Noël mis en Musique par feu M. Giles, Maître de Musique 
de rËglise de Toulouse , et chanté dans la Chapelle de Messieurs 
Les Pénitens Blancs le 8 janvier 1769. 

Toulouse, Joseph Dalles, 1769, in-4®, 4 pp. 

225. Noël mis en musique par feu M. Giles, et en symphonie 
par M. Levens, Maître de Musique de PËglisede Toulouse; chanté 
dans la Chapelle de MM. les Pénitens- Blancs le 1«' janvier 1780. 

[Toulouse.] Sans nom d'imprimeur et sans date; in-4o, 3 pages, 
avec la même vignette que le précédent. 

Le même titre, avec cette seule modification : 
Le 1« janvier 1781. 

226. NoBL mis en musique par feu M. Giles, et en sympho- 
nie, par M. Leuvens, Maître de Musique de TÉglise de Toulouse, 
chanté dans la Chapelle de MM. les Pénitens Blancs le 4« janvier 
1784. 

Toulouse, Joseph Dalles, sans date, in-4*. 
* C'est le même noël que le précédent et le suivant, avec quel- 
ques différences orthographiques. 

227. NoEL nouveau, sur quatre airs différents, divisé en trois 
parties . 

Toulouse, Veuve de F. -S. Henault. sans nom d'auteur et sans 
date, in-12. 



42 HISTOIRE DBS PATOIS DU MIDI 

228. NoBL patois, qui sera chanté dans TËglise succursale de 
Notre-Dame-du-Gamp, à Pamiers, le jour de la Noël, à la Messe 
de Minuit. Mis en Musique à grand Orchestre, par J.-B. Lartigue» 
Professeur de Musique, attaché au Collège de la même ville. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur, ni lieu, ni date. 

229. NoELS ET Cantiques en langue vulgaire de Beaucaire. 
Arles, 1769, in-12. 

D'après M. Pierquin de Gembloux, Hist. litt, des patois, et 
G. Brunet, Lettre sur les patois, 24. 
V. NaUs. 

230. NoBLS nouveaux à la gloire de Jésus naissant, sur les plus 
beaux Airs de ce temps, avec de pensées chrétiennes sur divers 
sujets et sur différents Airs ; et un Cantique nouveau sur le déta- 
chement du monde. 

Par A. C. Sans lieu ni nom d'imprimeur; 1727, in-12. 
Ce recueil n'a que deux noëls en patois. 

231 . NoELs nouveaux à l'honneur de la naissance dû Sauveur 
du Monde. Sur les Airs les plus connus de ce tems (sic). Par 
M. Jean-Joseph C. S. 

Toulouse, J.-H. Guillemette, sans date, in-12. 

232. NoELs nouveaux en Thonneur de la naissance du Sauveur 
du Monde, composez par une jeune demoiselle. 

Toulouse, J.-H. Guillemette, sans date, in-12. 

Ce recueil contient quatre noëls en patois de Toulouse. 

233 . NoELs nouveax (de) en l'honneur de la naissance du Verbe 
incarné. Auxquels on a joint un Noël provençal que plusieurs per- 
sonnes d'esprit ont désiré. Par un prestre d'Agde. 
Béziers, Etienne Barbut, 1712, in-12. 

234. NoELs nouveaux, français et gascons, sur de beaux airs 
connus, pour l'année 1767. 

Bordeaux, veuve Calamy, in-12. 

« 24 pages. Ces Noëls sont différents de ceux qui se trouvent 
» dans le volume de 1740. » 
Bibl. patoise de M. Burgaud des Marets, n^* 1537. 

235. NoELS nouveaux, où l'on voit les principaux points de l'his- 
toire de ce qui a précédé, accompagné et suivi la naissance de 
Jésus-Christ. £n françois et en auvergnat. 

Clermont-Ferrand, P. Viallanes, 1739, in-8o. 

236. NoELs nouveaux, pour estre chantez à la cresche du Sau- 
veur. Sur les airs les plus connus. 



DIALECTES MODERNES 63 

Bordeaux, Pierre Galamy, 1740, petit in-8*. 
« 21 pages. Figure sur bois au verso. Livret extrêmement rare, 
» renfermant deux noëls en patois gascon. » 

BibL patoise de M. Burgaud des Marets, p» 1536. 

237. NoBLS nouveaux sur la naissance de Jésus-Christ, par 
M. Jean-Joseph C. 3. 

Toulouse, J.-H. Guillemette, sans date, in-12. 

238 . NoELS nouveaux sur la naissance du Sauveur . 
Toulouse, veuve J. -P. Robert. Sans nom d'auteur et .sans date, 

in-12. 

239. NoELS nouveaux sur la naissance du Sauveur. 
Toulouse, Séb. Hénault, sans date, in-12. 

240. NoELS nouveaux sur la venue du Messie, par MM. J. J., 
G. S. P. G. 

Toulouse, J.-H. Guillemette, sans 'date, in-12. 

241 . NoELS nouveaux sur les airs du temps, avec une Paraphrase 
sur le Magnificat^ suivie de Cantiques sur les mystères de notre 
sainte Religion, pour les principales fêtes (le l'année. Par un vicaire 
de Gominges. 

1788. Sans nom d'auteur ni d'imprimeur, in-12. 

Ce reoueil n'a qu'un seul cantique en patois toulousain, p. 102, 
Cantique XXVIIl. Sentimens d'un Peccadou pénitent prousternat 
al pé dé l'auta. Sur Pair : Un jour me promenant, 

242. NoELs nouveaux et très-curieux, sur des Airs connus et fa- 
miliers. 

Toulouse, J.-H. Guillemette, sans date, in-12. 

243. NoELs nouveaux sur les plus beaux airs du temps. 
Toulouse, veuve de J. Boude, 1707, in-8o, 8 pag. 

244 . NoELs nouveaux ^k l'honneur de la naissance du Sauveur 
du Monde, sur les Airs les plus gais et les plus connus des opéras 
du Devin du Village et d^Alcijnadure. 

Toulouse, J.-H. Guillemette, sans date, in-12. 
Les opéras cités furent joués en 1753. 

245. NouBELLE PASTouRALE beameze. 

Pau, Jean-Pascal Vignancour, 1763, in-12. 

246. NouBELE PASTOURALE beameze. 
Pau, P. Daumon, impr. deu Rey, 1788. 
Dans Le^y, Diclons^ p. 286. 



64 HISTOIRE DES PATOIS DU MIDI 

247. NouBELLE PASTOURALE beameze. 
Toulouse, Aug. Henault, sans date, m-12. 
Réimpression récente de la même composition. 

248. NouÈ (Le) dàs Bargaîres. 

In-12 (12 pag.), sans nom d'auteur ni d'imprimeur, sans lieu n 
date. 
Il est de Tabbé J. Cazaintre. 
V. ce nom. 

249. NouÉL. Sur Tair: ma tendre musette, 
Revel, Brumas, sans date, in-12. 

250. NouEL de mestre Jean, aTaunou de la nayssenço de Nostre 
Seygne, cantat à Toulouso dins la Parroquio de St-Agousti, le pre- 
mié de Tan 1792. Sur l'ayre de Jean de Nibeh. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur, ni lieu ni date, in-8*. 

251 . NouEL NODBEL, que se canto dins la Parroquio de Sent 
Marti de Flourens [près de Toulouse]. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur, sans lieu ni date, 1 feuillet in-4®. 

252.. Noués de J. £., R. dé S.-P., diouceso de Garcassouno, 
1810. V. Cazaintre. 

253. Nouveaux cantiques spirituels provençaux et quelques- 
uns françois, pour les Missions, Congrégations et Cathéchismes, 
avec l'Air noté au premier Couplet de chaque cantique. Par un 
Curé (lu Diocèse d'Avignon en la partie de Provence, Mission- 
naire et ancien Chanoine de St.-Genies. 

Avignon, François-Joseph Domergue, 1750, in-12. 
L'épitre dédicatoire est signée H. H., curéd'Orgon. 

254. Ornithologie ou dénomination provençale française de tous 
les oiseaux connus en Provence, dans l'ordre alphabétique, par un 
amateur. 

Marseille, Roustan, 1786, in-4o, 8 pages. 

255. Pastiches attribués à Pierre Goudelin par l'abbé d'Ai- 
gnan, dans le Manuscint pour servir à Vhistoire du diocèse et de la 
ville d'Auch. et par M . Dumège dans divers ouvrages : 1° Epitaphe 
de Liris ; 2* A mous amies ; 3o Sounet dictât à la maysou de bilo 
le 3 de may 1641 ; 4® Epigrammo ; 5® Epitapho ; 6® Sounet ; 7® A 
moun bousquet de Sent-Agno. Sounet; 8® Epigrammo ; 9ole Paure 
et l'Home piétadous ; lOo la Biouletto, Chanson. 

256. Pastourblbts nouvels: sur l'air desprumiès Pastourelets . 
Fachis dins l'annado 1722. S. 1. n. a., in-12. 23 pages. 



DIALECTES MODERNES 65 

Bibl. patoise de M. Burgaud des Marets, n* 15S5. 

257. Pastubel. 

V . Quatrième Jivre de l*Enéide . 

258. Pâte (La). BNLEVADB, Pouemo coumiquo. 
Garpentras, 1760, in-12. 

M. Pierquin de Gembloux, Hist. litl, des patois, p. 304. 

Le même auteur a cité, ib., p. 317, Réponse au^ poètes^ auteurs 
du poëme de la Pâte enleyèe. Carpentras, 1741, in-12. Voir ci-après 
le titre complet de la Réponse per dont Diego de Crocrico, etc. 

La Paie enlévade est de Brutinel (eu 1740). Ce poëme a été ré- 
imprimé en 1857, avec d'autres poèmes carpentras siens, dans le 
recueil intitulé : Pouemous Carpentrassiens; Garpentras, Devillario, 
in-12., l'édition originale, extrêmement rare, est de 1740. 

259. Peços nouvellos etcuriousos au sujet d'oou San Parlamen 
de Prouvenço . 

Gardanos, chez Toni-Midas, 1756, in-4o de 8 pages. 
M. Pierquin de Gembloux, Histliit. des patois, p. 304. 

260. Peirol. Recueil de Noëls provençaux, composés par le 
Sieur Peirol, Menuisier d'Avignon. Nouvelle édition, revue et exac- 
tement corrigée par le fils de l'Auteur. 

Avignon, Jean Ghaillot, 1791, in- 12. 

A la suite du recueil de noëls, on trouve: 1» Première chanson : 
sur rinondation de 1755; 2© suite de la relation; 3<> Seconde chan- 
son: sur la Prise do Port-Mahon, en 1756, par le maréchal de 
Richelieu; 4o Troisième chanson: sur l'Inondation de 1758; 5® Pre- 
mier rocantin : sur la Veille de Noël ; 6* Second rocantin : sur le 
Carnaval ; 7® troisième rocantin : sur le Garême. 

La première édition de ce recueil, si souvent réimprimé, serait de 
1740, d'après M. Gustave Brunet, Notices, p. i02. 

261. Peyrol. Recueil de noëls provençaux, composés par le 
Sieur Peyrol (sic), Menuisier d'Avignon. Nouvelle édition, revue 
et exactement corrigée par le F[ils] de PAuteur. 

Avignon, Ghaillot aîné, 1828, in-12, 132 pages, 

262. Pélissié (Romain). Traduction libre des trois premières 
églogues de Virgile en vers patois . 

Gahors, J.-P. Gombarieu, sans nom d'auteur et sans date, in-8*. 

Dans une lettre qui sert de préface à cet opuscule, Tauteur dit 
avoir librement traduit les trois premières églogues île Virgile 
«étant encore au collège de Cahors, en 1775. >» 



66 HISTOIRE DES PATOIS DU MIDI 

263. PELLAs(Le P. Sauveur- André), religieux minime. Diction- 
naire provençal et françois dans lequel on trouvera les mots Pro- 
vençaux et quelques Phrases et Proverbes expliquez en fran 
çois, etc. 

Avignon, François-Sébastien Offray^ 1723, in-4. 

264. Perdrix (Les). Conte. 

Sans nom d'auteur, à la suite de la Henriade de Voltaire^ mise 
en vers burlesques auvergnats ^ etc., p. 141 . 
V. Faucon. 

265. Petits cantiquos sur la naissenço de Nostre-Seigne Jesus- 
Ghrist. 

Toulouso, Beouzo J.-P. Roubert, sans nom d'autenr et sans 
date, in-12. 

266. Petit Catéchisme traduit en langue vulgaire de Toulouse, 
pour rinstruction des enfans et même des grandes personnes qui 
ne sont pas capables de retenir une instruction plus étendue. En 
faveur des pauvres, et particulièrement de3 gens de la campagne. 
Revu et corrigé par plusieurs curés du dioceze de Toulouse . 1748. 

Manuscrit in-8^ de 64 pages. A la suite vient : Exercici fort aïsat 
per augi debotomen la santo messo seloun Tintenciu de J.-C. é de 
la Gleiso. 11 pages. 

267. Peyrot (Claude). Poésies diverses patoises et françoises, 
par M. P** A. P. D. P. (Peyrot, ancien prieur de Pradinas ). En 
Rouergue, sans nom d'imprimeur, 1774, in-8®. 

Édition originale. 

268. Peyrot (Claude). Les Quatre Saisons, ou les Géorgiques pa- 
toises, poëme par M. P. A. P. D. P. Bénéficier à Millau, auteur 
du Recueil de Poésies Patoises et Françoises, imprimé en 1774. 

A Villefranche, Vedeilhé, imprimeur du Roi; à Figeac, Champol- 
lion, libraire ; à Rodez, Vedeilhé, libraire; à Millau, les demoiselles 
Rainaldis. 1781, in.8». 

269. Peyrot (Claude). CEuvres patoises de Claude Peyrot, an- 
cien Prieur de Pradinas, dans lesquelles on trouve les Quatre Sai- 
sons, ou les Géorgiques Patoises ; suivies de plusieurs pièces fugi- 
tives qui n*ont jamais vu le jour. Seconde édition. 

Millau, Pierre Châuson, an XIII et le premier du règne de 
Napoléon; in-8°. 

270. Peyrot (Claude ). Œuvres patoises et françaises de Claude 
Peyrot, ancien Prieur de Pradinas, etc. Troisième édition. 

Milhau, Chanson, an 1810, in-8*. 



DIALECTES MODERNES m 

271 . Pbyrot (Claude). Œuvres patoises complètes de C. Peyrot, 
ancien prieur de Pradinas. Quatrième édition. 

Millau, Garrère jeune, 1823, in-8o. 

Avec un portrait lithographie de l'auteur, accompagné de cette 
inscription : « J.-C. Peyrot, ancien Prieur de Pradinas, né à Millau 
» en 1709, mort à Tâge de 86 ans.» 

Il a paru récemment une traduction française des Géorffiques de 
Tabbé Peyrot, avec le texte en regard: Les Saisons, poëme patois, 
par Claude Peyrot; traduit en vers français, par A. Peyramale. 
Paris, A. Sorbet, 1862, in-12. Imprimé à Tarbes, chez J.-A.Fonga. 

272. PHiLOUsoupmE (La) de Cregori, Sonnet anonyme. Dans 
Um Bouquet prouvençaou, 

V. ce titre. 

273. Plomet. Les Vœux des Patriarches et des Prophètes dans 
l'attente du Messie, Noëls sur les airs anciens et modernes, dédiez 
à MM. les Toulousains. Par M. Plomet, prêtre, chanoine et prieur 
de Téglise collégiale Sainte-Anne de Montpellier. 

Toulouse, Claude-Grilles Lecamus, sans date, in-8o. 
L'approbation de cet opuscule est du 17 novembre 1705. 

274. Plomet. Noèls nouveaux sur les plus beaux airs du temps, 
à l'honneur delà naissance du Fils de Dieu. 

Sans nom d'auteur. 

Toulouse, veuve de J.-J. Boude, Claude-Gilles Lecamus et Jac- 
ques Loyau, sans date, in-8». 
Les approbations sont de 1707 . 

275. Plomet. Le Voyage des Pasteurs en Bethléem, noël en pa- 
tois sur trente-huit airs différents. Enrichi de Notes et de Réflexions 
morales, en françois. 

Sans nom d'auteur. Sans lieu, ni nom d'imprimeur, ni date, in-8o. 
C'est à ce noël que nous avons emprunté l'épitaphe /ridicule [de 
Sara, rapportée dans le premier volume àeV Essai, p, 21 1 . 

276. Plomet. L'Orgueil desfgrands confondu dans la naissance- 
du Messie. Noëls nouveaux, par M. Plomet, Prêtre, Chanoine et 
Prieur de l'Église Collégiale Sainte -Anne de MontpelUer. 

Toulouse, Claude-Gilles Lecamus, sans date, in-8». 
Les approbations sont de 1719, 

277. Plomet. Les Thrésors de Bethléem ouverts à tous Ies;Chré- 
tiens, Noëls nou veaux. |Par,M.| Plomet, Prêtre, Chanoine et Prieur 
de l'Église Collégiale Sainte-Anne de Montpellier. 

Toulouse, Claude-Gilles Lecamus, sans date, in-8°. 
Les approbations sont de 1720. 



68 H18T0IRBS DBS PATOIS DU lADI 

278. Plombt. Le Pécheur secouru par le Libérateur. Noôls nou- 
veaux sur des Airs anciens et modernes^ Par M. Plomet, Prêtre, 
Chanoine et Prieur de TÉglise Collégiale Sainte- Anne de Mont- 
pellier. 

Toulouse, Claude-Gilles Lecamus, sans date, in-8<^. 
Les approbations sont de 1721. 

279. PoBLB MOUNoi (Le) à Mounseignou le premier Présiden . 
V. Seré. 

280. PoBMB en vers patois sur les saintes paroles Dieu soit 
BÈm ; où Ton fait voir les motifs et les avantages qui nous enga- 
gent à les prononcer souvent , et les malheurs de ceux qui les dé- 
daignent. 

Avignon, Joseph Blery, 1780, in-12, 48 pag. Sans nom d'auteur. 
Ce poëme a été réimprimé dans les Variétés religieusesy ou choix 
de poésies provençales avec notes. Aix, Makaire, 1860, in-12. 

281 . PoBMO deou Pero troisiemo deou couletgé de Leytouro, à 
Taounou de las gens d'aquelio bilo. 

Satire contre les Lectourois, suivie d'une soi-disant réponse sous 
le titre suivant: 

Respounso del P . Préfet de Mouissac (appellal le Pero del Pour- 
tail) (sic} que s'erijo en citouyen de Leiytouro. En 1742. 

Manuscrit de ma collection. Entre ces deux pièces de vers, on 
lit: « Le R. P. Laffont, doctrinaire, natif de Leytoure, et recteur du 
>. collège de Moyssac, reconnaissant son portrait dans le poëmo 
» précédent, fit tout son possible pour en découvrir Fauteur. 
» N'ayant pu y réussir, il se vanta d'y avoir répondu. Comme sa 
» réponse ne parut point, le P. Duportail fit le poëme suivant qu'il 
» lui attribua, pour le forcer à produire sa prétendue réponse ou à 
» adopter celle-ci, ce qui fut inutile. Le P. Lafond {sic) garda le si- 
» lence en enrageant. » 

M. F. T. (Taillade ), qui a inséré, d'après mon manuscrit, ces 
deux pièces de vers dans les Poésies gasconnes, dont il est l'éditeur 
(Paris, Tross, t. Il, p. 321 ), s'est mépris sur la fin du titre de la 

seconde ; il a fait imprimer : que cerco en citoyen de Leytouro*, 

tandis que le manuscrit porte que s^erijo en citouyen de Leytouro, Le 
Père Duportail, en effet, simule l'indignation que devait éprouver 
tout bon Lectourois contre l'auteur de la satire. 

Dans la reproduction que M. F. Taillade a donnée de ces deux 
pièces, il en a singulièrement modifié l'orthographe, en la rendant 
plus conforme aux règles de l'idiome gascon. Nos citations repro- 
duisent Uttéri^lement la leçon de notre manuscrit. 



DIALëCTBS MODERNBS 69 

J'ai parlé, dans le premier volume de VEssai, p. 74 et suiv., des 
attaques dirigées contre les Lectourois au XV1I« siècle ; on les 
continuait encore au milieu du XVI11«, comme en font foi les deux 
compositions dont je viens d'inscrire les titres. 

282. Poésies béarnaises. 

Pau, E. Vignancour, 1826,in-8«. 

283. PoÉsios BiTERouÈsos des XVI1« et X VHP siècles, coumpou- 
sados per diverses autous. 

Béziers, Eugène Millet, 1842, in-S'». 

Ce recueil est précédé d'une excellente introduction de M. 8a- 
batier. membre de la Société archéologique de Béziers. 

11 nous donne le 'nom de l'auteur des pièces parues sous le titre 
Bouquetdecauquosfloureto8yeic.,ieF Martin. 

284. PoDRRiBRBS. Auresouu fuuebro de Messiro Cardin Lebret , 
counsillié d'état, premié presiden, intandan de justici, de pouliço, 
dei finanços, doou coumerço, etcoumandan per lou Rey en Prou- 
venço. Prounounçado lou 12 mai 1735, din TEgliso Parroussialo 
de Sant-Laurens , en presenci de Messies Jacques Caries, Rey- 
mound Floux, Jean-Pierre Pons et Louis Loumbard, Proud 'homes 
de Marsillo. Per Messiro Pourrieres, Cura de la Parroisso de San 
Ferreol. 

Marseille, Dominique Sibié, sans date, in-4o. 

285. Poussou (L'abbé) . Noèl s nouveaux, par M.* Pabbé Poussou, 
Prêtre, Bachelier de Théologie. 

Toulouse, veuve de J.-J. Douladoure, sans date, in-12. 

286. Prières et Cantiques spirituels à l'usage des missions des 
Pères de la Doctrine Chrétienne. 

Toulouse, N. Caranove, 1751, in-12. 

On trouve à la suite de ce volume : 

Supplément auxCantiques de la mission des Pères de la Doctrine 
Chrétienne, 12 pages, avec une pagination propre; elles sont rem- 
plies par des cantiques en patois. 

287 . Prodges DE Carmentran (Lou), Goumedio nouvelloet galanto, 
per servir de divertissamen eiz esprits cureoux et galans. 

/>arw, 1700, in-12. 

3runeiy Manuel du Hbr aire . 

M. Pierquin de Gembloux, Hist lia, despatoiSy p. 312, a cité le 
titre suivant de cette pièce : 

Lou Procès de Carmentran, comedio nouvelle et galanto ; Paris» 
1701, p. 24. In-12, à Venasque, chez Crufeux, rue Malpropre, à l'en" 
seigne du dégoûtant, S. D. 



70 HISTOIRE DBS PATOIS DU MIDI 

Une édition sans date attribue cette pièce à M. D *** 

288. Lou Progbz DE Garmentran, comédie. 

Au Bourg» chez P. Gassignol, 1747, in- 16, 24 pages. 
Cette, édition est plus complète que celles qui ont été imprimées 
à A^ignonetà Garpentras. 

289. Proverbes patois (dans les Lettres à Grégoire mr les patois de 
France, publiées par M. Gazier,i?^u0 des langues romanes, 2* série^ 
tom. I, pag. 275). 

290. Proverbes, dictons, noms de plantes et poésies patoises 
( sans indication d'auteur), envoyées à Grégoire par les Amis de 
la ComlittUion de Garcassonne. dans les Lettres à Grégoire sur les 
pa/oû (20 France, publiées par M. Gazier, Revue d^s langues romanes, 
!'• série, tom. VI, pag. 575 à 589 ; VII, 107 à 120. 

291. PujOL (Jean- Jacques ). Gantiques de Gastres, en langue 
languedocienne et française. Nouvelle édition, revue, corrigée et 
augmentée. On a fait en sorte de les composer sur des Airs connus. 

Gastres, J. Auger, sans nom d'auteur et sans date, in-8". 

J -J. Pujol, avocat, né à Murvial le 6 juillet 1733, mourut à Gas- 
tres le 7 mars 1812. M. Magl. Nayral lui a consacré un article dans 
la Biographie caslraise. 

Détenu, en 1793, dans le séminaire, à Gastres, Pujol y composa 
unnoël fort plaisant ; il prit occasion de la nuit de Noël pour met- 
tre en scène bon nombre de ses codétenus, qu'il peignit, chacun 
par un trait plutôt facétieux que malin, mais toujours caractéris- 
tique. M. A. Gombesacité ces couplets, en les commentant, dans 
ses Chants populaires du pays castrais, i%% p. 42 et suiv. 

292. PuYoo (l'abbé de). La Bertat, ou Rèbe de Moussu l'abat 
Puyoo, de la gentille may sou d'Esbarrebaque, seignou de Pontiac, 
sus lous Gentius de Bearn. 

Paris, Lottin l'aîné, 1768. in-12. 

293. PoYoo (l'abbé de). La Bertat, ou Rèbe de Moussu l'abat de 
Puyoo, de la gentilhe may sou d'Esbarrebaque, seignou de Pontiac, 
sus lous Gentius de Bearn. Troisième édition. 

Toulouse, J.-M. Froment, sans date, in-12. 

G'est là un tirage à part, avec une pagination particulière de la 
Bertat, imprimé à la suite des Souvenirs historiques du château de 
Pau, par Latapie, v*e d'Asfeld. 

M. Lespy a publié une reproduction à\xRève de fabhé Puyo (sic), 
dans la Reoue d] Aquitaine, année 1860. Il accuse l'édition de Latapie 
d'être remplie de passages interpolés, ne méritant, conséquem- 
ment. aucune confiance. 



DIALECTfiS M0DBRDE8 71 

294. QuATRiàMB LIVRE DE l*£nèid£ DE YiROiLE, travestî 611 au- 
vergnat. 

Sans nom d'auteur (de Pasturel ), à la suite de la Henriade de 
Voltaire, mise en vers burlesques auvergnats, etc., p. 641 . 
y. Faucon. 

295. Rabissombn des paysans qu'èron à la coumedio. 
V. Baour. 

296 . Ramelet ( Le ) de Naubernad { Arnaud-Bernard | . 
Sans nom d'auteur ni d'imprimeur, ni lieu ni date, in-8*. 

On lit à la page 3 : « Proujet de Tarrengomen d'un Ramelet que 
» se diou fa à Sent-Grupasi [Sent-Grapasi], aquest-annado 1784. 
B (En memorio de Tincoumparable Berduret.) 

La mort de Berduret, qui nous semble avoir été un vrai boute- 
en-train des réjouissances populaires à Toulouse, fut un événement 
pour les habitants de cette ville ; on a célébré ce personnage dans 
des vers, dans des danses improvisées et jusque dans un ballet. 
Nons avons : 

Berduret aux Champs-Elysées, ballet-pantomime en trois actes, 
de la composition de M. Chevalier. Toulouse, Jean- Joseph Doula- 
doure, 1874, in-8o. 
V. Gillet, aux pièces de la Révolution. 

297 . 'Recueil de Cantiques, de Noëls et de divers Chants d'église 
en français et en patois. 

Manuscrit, sans titre, in-8o, de ma collection. 
Le premier noëi porte la date de 1764; les compositions patoi- 
ses sont écrites dans l'idiome de Limoux (Aude). 

298. Recueil de Cantiques spirituels sur les principales fêtes 
et divers temps de l'année, sur les vertus et les devoirs du chrétien. 
2* édition, augmentée et corrigée. 

Avignon, Ofifray, 1712, petit in-8o, 166 pag., précédé de neuf 
feuillets non chiffrés et de trois tables . Il contient 47 cantiques en 
provençal et 81 en français . Je n'ai pu découvrir la date de la pre- 
mière édition. 

209. Regueu^ de Candques spirituels, etc. 
V.Gauthier. 

300. Recueil de Cantiques spirituels à Tusage des missions de 
Provence en langue vulgaire, avec les airs notés à la fin. 

Avignon, J.-F. Domergue, 1734, in-12, iv-280 pages et 107 airs 
notés. 

301 . Recueil de Noëls français. 



72 HISTOIRE DBS PATOIS DU MIDI 

Toulouse, veuve J .-P. Robert, sans date, in-12. 

Ce recueil contient des noëls en français et en patois. 

302. Regubil de Prières et Cantiques spirituels à Tusage des 
Missions des P. P. Capucins. 

Toulouse, D. Desclassan, 1785, in-i2. 

Le même recueil, Montauban, Vincent Teulières, 1785, in-12.. 

303. Receùil (sic) de Prières, Instructions et Cantiques, pour 
les missions. Nouvelle édition, revue et augmentée. 

Avignon, Joseph- Françoi s Offray fils l'aîné, 1735, in-12. 

On trouve dans ce recueil cinq cantiques en patois provençal. 

304. Recueil de Prières de réveillés et de Cantiques, tant en 
français qu'en langue vulgaire, en Phonneur de Notre-Dame des 
Anges, pour l'usage de la ville de Pignans ; le tout recueilli par un 
homme de retraite, occupé à l'éducation de la jeunesse. 

Draguignan, Barthélémy Bus, 1778, in- 12. 

M. Pierquin de Gembloux, Hist. liU. des patois, p. 315. 

305. Recueil de romances historiques, tendres et burlesques, 
tant anciennes que modernes, avec les Airs notés. Par M. D. L**. 

Sans nom d'imprimeur ni de lieu. 1767 et 1774, 2 vol.in-8o. 

306. Recueil des Noëls nouveaux, à l'honneur de la naissance 
dn Sauveur. Imprimé cette année. 

Toulouse, Hérault, sans date, in-12. 

307. Recueil des plus beaux Noëls, soit Français, soit Patois, 
composés par divers Auteurs, sur les Airs les plus connus. 

Narbonne, Décampe, sans date, petit in-12. 

308. Recueil des plus beaux Noëls, soit Français, soit Patois, 
composés par divers Auteurs, sur les Airs les plus connus. 

Narbonne, Décampe, sans date, in- 12. 

Ces deux derniers recueils, malgré leurs titres identiques, con- 
tiennent chacun des Noëls différents. 

{À suivre). Le D'NOtlLET. 



CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 

{Suite) 



XXVI. — l'egua 

1) Quand la mounère n'avait boue, 
Trouba la tsamba de soun ègua: 

— paura tsamba I 
Qu'aia tant batiu la Franca ! 

2) Quand la mounère n'avait boue, 

Trouba la testa de soun ègua: 

— paura testa ! 
Qu'aia tant pourtà. requesta ! 

3) Quand la mounère n'avait boue, 

Trouba l'eschina de soun ègua: 

— paura eschinaî 
Qu'aia tant pourtà farina ! 

4) Quand la mounère n'avait boue, 
Trouba la couèna de son ègua: 

— paura couèna ! 
Qu'aia tant pourtà civyaira ! 

Version de Vorey (Haute-Loire), recueillie par M. Victor Smith, d'après 
Marie Farigoule. 

XXVIi. — i/aset et lou lou 

1) De boun mati se lebo, 
L'aset, daban lou jour ; 
Ses bato et ses brido, 
S'en bai al bosc tout soûl. 

Refrain. 2) Perque tu te lebabes, 

L'aset, daban lou jour ? 



74 DIALECTES MODERNES 

3) Dins soun cami rencountro 
Soun coumpairet lou lou. 
— L'aset, per que te trobi, 
Te^manjarai be, iou. 

4) Nou faras, coumpaire, 
Qu'auras pietat de iou ; 
Soj coubidat à nosso, 
Et i aneren tous dous. 

5) Lou lou monto sus Fase, 
Et dis: Anen tous dous. 
En passan per la bilo, 

Tout lou mounde crido : lou ! lou ! 

6) Lou lou sauto per terro, — 
Ne quitto lous esclots, 
Per ne prene lafujo, 

E courre al galop. 

Le Petit Ane et le Loup. — 1) Bon matin se lève, — le petit 
âne, avant le jour ; — met son bât et sa bride, — s'en va au bois 
tout seul. 

Refrain. — 2) Pourquoi te levais-tu, — petit âne, avant le jour? 

3) Sur son chemin il rencontre — son petit compère le loup ; — 
Petit âne, puisque je te trouve, — je te mangerai bien, moi. 

4) Tu ne le feras pas, petit compère, — car tu auras pitié de moi. 

— Je suis convié à des noces, — nous irons tous les deux. 

5) Le loup monta sur le petit âne, — et dit: Allons-y tous deux. 

— En passant par la ville, — tout le monde crie : Au loup I 

6) Le loup saute à terre, — et laisse ses sabots, — pour pouvoir 
prendre la fuite — et s'en aller au galop. 

Du Périgord. Communiquée par M. le vicomte de Gourgues. 

Cf. Cenac-Moncaut, Littérature populaire de la Gascogne, etc., p. 450: 
VAse et le L&up. 

XXVIII. — LA RUSE DE l\nE 

1) De bon mati, noutre anè, 
S'es prei, mes s'es lev6. 



CHANTS POPULAIRES DU LAMaUBDOC 75 

Vira-lou Tanè ; 
S'es prei, mes s'es levô ; 
Vira-lou dessous. 

2) N'a prei son bat et sa sanglia, 

N'a fiFau bé tout sou. 

3) En son tsami rencontra, 
N'a rencontra le loup. 

4) l'a dit : Faut que te mindze ! 
— fera pas, le loup. 

5) Les gralles soun des noces, 
Lai-s-engniroun tou dou. 

6) L'anè n'ébri la porta, 
Sarra lou loup defô. 

Vira-lou l'anè, 
Sarra lou loup defô ; 
Vira-lou dessous. 

La Ruse de l'anb. — 1) De bon matin, notre âne, — s'est pris, 
mais il s'est levé. — Tourne-le, l'âne ; — s'est pris, mais s*est levé ; 
— tourne-le dessous . 

2) 11 a pris son bât et sa sangle ; — il a filé au bois tout seiri. 

3) En son chemin il rencontre ; — il a rencontré 1ib loup, 

4) Qui lui a dit : Il faut que je te mange ! — Tu ne le feras (dit- 
il), loup. 

5) Les corneilles vont à des noces, — nous irons tous les deux. 

6) L'âne ouvrit la porte, — et de dehors enferma le loup. — 
Tourne-le, l'âne, — et de dehors enferma le loup; — tourne -le 
dessous. 

Version de 8aint-Just-de-Malmont (Hante-Loire), dictée à M. Victor 
Smith par W*" Drevot-Girinon. 



XXIX. — LOU MAMAU 

Siei anà vers ma vesino 
Per me fà gari moun mau : 
M'a dounà per medicino 
De ie mètre un gran de sau. 



76 DULBGTBS M0DBRNB8 

R. ^ Un gran de sau 
Me faimau, 
Me fai coire Ion mamau ! 

Ai ! que lou mamau m'escoi ! 
Ai ! que lou mamau 
Me fai mau ! 

Siei anà vers ma vesino 
Per me fk gari moun mau : 
M'a dounà per medicino 
De ie mètre uno caroto. 

R, — Uno caroto 

Me lou froto ; 
Un gran de sau 
Me fai mau : 
Me fai coire lou mamau. 
Ai ! etc. 

Siei anà vers ma vesino 
Per me fà gari moun mau. 
M'a dounà per medicino 
De ie mètre de giver. 

De giver 

Lou tèn vert ; 
Uno caroto 

Me lou froto ; 
Un gran de sau 

Me fai mau, etc. 

Siei anà vers ma vesino 
Per me fà gari moun mau . 
M'a dounà per medicino 
De ie mètre un artichau. 
Un artichau 

Lou tèn caù ; 

De giver 

Lou tèn vert; 
Uno caroto 

Me lou froto ; 



CHA.NTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 77 

Un pau de sau 
Me fai mau, etc. 

Siei anà vers ma vesino 
Per me fà gari moun mau. 
M'a dounà per medicino 
De ie mètre de caulè. 
Lou caulè 
Me lou tèn drè ; 
Un artichau 
Lou tèn caù ; 
De giver 
Lou tèn vert ; 
Ùno caroto 

Me lou froto ; 
Un gran de sau 
Me fai mau : 
Me fai coire lou mamau. 
Ai ! que lou mamau m'escoi ! 
Ai ! que lou mamau 
Me fai mau ! 

Le Bobo. — 1*"^ couplet. J'ai été chez ma voisine — pour faire 
guérir mon mal. — Elle m'a ordonné pour remède — d'y mettre 
un grain de. sel. 

Le grain de sel — ne fait qu'augmenter le mal, — et le bobo me 
cuit. — Ah 1 qu'il me cuit, — et que ce bobo — me fait mal I 

Dernier : J'ai été chez ma voisine — pour faire guérir mon mal. 
— Elle m'a ordonné pour remède — d'y mettre un chou . 

Le chou — le tient droit; r— l'artichaut — le tient chaud ; — le 
persil — le tient vert; — la carotte — le frotte ; — le grain de sel — 
fait mal, — si bien que le bobo me cuit. — Ah 1 qu'il me cuit ! — 
Ah ï que ce bobo — me fait mal ! 

XXX. — LOUS NOUMBRES 

Un e dous e très e quatre, 
Cinq e sieis e sept e ioch, 
Nôu e dech e ounze e douge. 
Douge e douge vingt-quatre. 



78 



OIALBGTES MODBRNBS 



Les Nombbbs. — Un et deux et trois et quatre, — cinq et six et 
sept et huit, — neuf et dix et onze et douze. — Douze et douze 
vingt-quatre. 

Se dit dans toutes nos provinces, mais seulement parmi les enfants. 

1) Mais ils ne disent pas toujpurs cette éniunération d'une façon aussi 
régulière ; ils la répètent dans bien des cas en intervertissant. En voici 
un exemple, qui nous e^t donné à la fois par M. H. Bouquet, de Montpellier,' 
et M. Etienne Gleizes, d'Azillanet. Elle se chantonne de la même façon : 

Un, dous e très e quatre, , 

Sept e ioch e vingt-quatre ; , 

Un e dous e très et nôu, 
Vingt-quatre e des e nôu. 



aCg-#g1£g 




r^ v M 



Un e dous e très e qua - tre, Lou cou- 




Jff f If jff fir Jt f 



eut te^ { fa • ra bat -tre; Cinq e sièis e béit e 




nôu, Sa- rai ba - tut, a - mai 'iôu. 

Un e dous e très e quatre, 
Lou conçut te fara battre ; 
Gmq e siès e béit e nôu, 
Serai batut, amai Tiôu. 

Un et deux et trois et quatre, — le coucou te fera battre; — cinq et six 
et sept et huit, — je serai battu et dupé. 
De M. Et. Gleizes, d*Azillanet. 

XXXI. — AUTRE 



1. Un, lou bon Dieu. 

2. Pous, lous Testamens. 



CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 



79 



3 . . . Très, la Trinitat. 

4 . . . Quatre, loas Evangelistas. 

5 . . . Cinq, las plagas de fîostre-Segne. 

6 . . . Sieis, lous luns dau Temple. 

7 . . . Sept, las joias de Nostra-Dama. 

8 . . . loch, las Beatitudas. 

9 . . . Nous, lous Anges. 

10 . . . Dech, lous Coumandamens. 

11 ... Ounze, las Estelas. 

12 . . . Do\ige, lous Apôtres. 

Autre. — 1)... Un, le bon Dieu. — 2)... Deux, les Testa- 
ments. — 3). . . Trois, la Trinité. — 4. . . Quatre, les Évangélistes. 
— 5)... Cinq, les plaies de Notre-Seigneur. — 6)... Six, les lu- 
minaires du Temple. — 7)... Sept, les joies de Notre-Dame. — 
8). . . Huit, les Béatitudes. —9). . . Neuf, les Anges. — 10).. . Dix, 
les Commandements. — 11). . . Onze, les Etoiles. — 12)... Douze, 
les Apôtres. 

Quant au dernier, on reprend la môme énumération, en récapitulant, 
mais en sens inverse. 

Sert d'exercice aux petits catéchisants. 

Damase Arbaud. Chants populaires de la Provence^ 1 1, p. 42. en cite 
un fort compliqué. Cf. Ch. pop. de la Bretagne, rec. par H. de la Ville- 
marqué, i, I^p.i: les Séries. 

Des énumérations analogues se disent dans plusieurs jeux, notamment 
dans une sorte de cheval-fondu. V. A. Montel et L. Lambert, Contes po- 
pîUatres du Languedoc, V" fascicule, p. 29. 



XXXII. 



LA SENMANA 



ctCe^^.^^G 




Ai ren - coun-trat m'a - mi - ga, Di - lus. Que 




s'en - a - na - va ven - dre De musc. Di - lus, musc. Re- 



80 



DIALECTES MODERNES 




tor-na - te^ m*a - mi - ga ; Re - tor - na - te que plôu. Re- 




tor - na - te, m'a -mi - ga; Dau pont de Gas-tel-nôn. 
Masc. Émmération Fém. 




Dime - cres, 



Ai rencountrat m'amiga, 

Dilus, 
Que s'enanava vendre 

De musc. 
Dilus, musc. 

Retorna-te, m'amiga: 
Retorna-te, que plôu. 
Retorna-te, m'amiga, 
Dau pont de Castelnôu. 

Ai rencountrat m*amiga, 

Dimas, 
Que s'enanava vendre 
De'nachs . 

Dimas, nachs ; dilus, musc, etc. 

Retorna-te, etc. 

Ai rencountrat m'amiga, 

Dimecre, 
Que s'enanava vendre 
Una lebre. 

Dimecre, lebre ; dimas, nach ; dilus, musc. 

Retorna-te, etc. 



CHANTS P0PULAIRB8 DU LANaUBDOC 81 

Ai rencountrat m'amiga, 

Dijôus, 
Que s'enanava vendre 

De biôus. 
Dijôus, biôus; dimecre, lebre; dimas, nachs; dilus, musc. 

Retoriia-te,:.etc. 

Ai rencountrat m*amiga, 

Divendre, 
Que s'enanava vendre 
De cendres. 
Divendre, cendres ; dijôus, biôus ; dimecre, lebre ; dimas, 
nachs ; dilus, musc. 

Ketorna-te, etc. 

« 

Ai rencountrat m'amiga, 

Dissapte, 
Que s'enanava vendre 
De latas. 
Dissapte, latas ; divendre, cendres; dijôus, biôus ; dimecre, 
lebre ; dimas, nachs : dilus, musc. 

Retorna-te, etc. 

Ai rencountrat m'amiga 

Dimenge, 
Que s'enanava vendre 
De penches. 
Dimenche, penches; dissapte, latas ; divendre, cendres ; di- 
jôus, biôus ; dimecre, lebre; dimas, nachs ; dilus, musc. 

Retorna-te, etc. 

La Semaine. — 1) J'ai rencontré m'amie, — lundi, - - qui allait 
vendre du musc. — Lundi, musc. — Retourne-toi, — m' amie; — 
retourne-toi, qu'il pleut. — Retourne-toi, m'amie, — du pont de 
Gastelnau. 

2) J'ai rencontré m'amie, — mardi, qui allait vendre des navets. 
— Mardi, navets ; lundi, musc. — Retourne-toi, etc. 

3) J'ai rencontré m'amie, — mercredi, — qui allait vendre un 
lièvre. — Mercredi, lièvre ; mardi, navets ; lundi, musc. — Re- 
tourne-toi, etc. 

4) J'ai rencontré in'amie, — jeudi, qui allait vendre-^nies bœufs. 



82 DIALBGTBS MODBRNBS 

— Jeudi, bœufs ; mercredi, lièvre ; — mardi, navets ; lundi, musc. 

— Retourne-toi, etc 

5) J'ai rencontré m'amie, — vendredi, — qui allait vendre — des 
cendres. — Vendredi, cendres; jeudi, bœufs, etc. — Retourne- 
toi, etc. 

6) J'ai rencontré m'amie, samedi, — qui allait vendre des lattes. 

— Samedi, lattes ; vendredi, cendres ; jeudi, bœufs ; mercredi, liè- 
vre; mardi, navets ; lundi, musc. — Retourne-toi, etc. 

7) J'ai rencontrée m'amie, — dimanche, — qui allait vendre — 
des peignes. — Dimanche, peignes ; samedi, lattes ; vendredi, cen- 
dres ; jeudi, bœufs ; mercredi, lièvre ; mardi, navets ; lundi, musc. 
Retourne-toi, etc. 

Version écrite et notée d'après M. Ancette, de Montpellier. Très-popu- 
laire. 

Cf. Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, etc., t. I, 
p. 170: Ai rescourUrat ma mio. — Gastil Blaze, Chants populaires de a 
Provence, Reveiès deis magnaneiris, vendumiciris, ouliveiris, acampas, 
espelis, adoubas, ame accoumpagnament de clavecin, per, etc. : la Se- 
mana. 

Les variantes sont extrêmement nombreuses, attendu qu'on n*esttenu, 
aux mots répétés, qu'à une seule chose : la rime. Voici les principales : 



La version d'Uzès (Gard), communiquée par M. C.-H. Ardouin, donne 
ceci par l'ensemble du couplet : 

Ai rescountrat ma mio, 

Dilus , 
Que s'enanavo vendre 
De fus . 
La lin fin tôu. 



Reviro-te, ma mio; ) , . 
Reviro-te que plôu. > 



que plôi 

Il est à remarquer que les rimes ne sont pas répétées successivement 
avant le refrain, — dtîu5, fust etc., —comme dans la version de Mont- 
pellier, que ce refrain est un peu différent. 

Les rimes données ensuite sont celles-ci : dimars, lard; — dimecre, 
lehre; — dijôiAS, iôus ; — divendre, cendres : ^ dissaptey fato; — dt- 
menche, penche. 



CHANTS POPULAIRlûS DU LAN0UBDOC 



83 



XXXIII. - Autre 




Ran-coun*tre - ri mai mi - o, di - lus, Que 




y^->^-^ 



5 




^ 



s'en a - na - bo yen- dre de flurs, Flurs, flun, dours. Re- 




tour- no- te, mai mi - o ; Re - tour - no - te, que^ plau . Re- 




tour - no -te, mai mi- o; Re- tour- no- te, que plau. 

1) Rancountreri mai mio, dilus, 
Que s'en anabo vendre de flurs, 

Flurs, flun, dours. 
Retourno-te, mai mio; 1 l- 
Retourno-te, que plau. ) 

2) Rancountreri mai mio, dimars, . 

Que s'en anabo vendre de lard, 

Mars, 
Lard, 
Flurs, flun, dours. 
Retourno-te, mai mio, etc. 

3) Rancountreri mai mio, dimecre. 
Que s'en anabo vendre de lebre, etc. 

4) Rancountreri mai mio, dijaus. 

Que s'en anabo vendre calhaus, etc. 



84 DIALECTES MODBR19E8 

5) dibendre, 

de cendres. 

6) dissapte, 

de sables. 

7) .' dimenche, 

de penches . 

8) semano, 

de^lano. 

9) quinzeno, 

de meno. 

10) al mes, 

d'empès. 

11) à l'an, 

d'alhans. 

12) al siècle, 

de cierges. 

Autre. — IJ Je rencontrai ma mie lundi, — qui s'en allait ven- 
dre des fleurs. — Fleurs, flun, dours. — Retourne-toi, ma mie ; — 
retourne-toi, qn'il pleut. 

2) Je rencontrai, etc mardi. 

du lard. 

3) .• mercredi, 

des lièvres. 

4) jeudi, 

des cailloux. 

5) vendredi, 

des cendres. 

6) samedi, 

du sable . 

7) dimanche, 

des peignes. 

8) semaine, 

de laine. 

9) quinzaine, 

du minerai. 

10) au mois, 

de l'amidon. 



CHANTS POPULAIRES DU LANOUEDOC 85 

11) à l'an, 

des glands. 
12) au siècle, 

des cierges . 

Version de Belesta (Ariége), écrite sous la dictée de Baptiste Rouzaud. 

XXXV . — LE MES DE MAI 

• 

1) Le prumiè del mes de mai, 
Qu'embouiarei à mai mio ? 

Uno perdic que-bolo, que bôlo; 
Uno perdic que bolo. 

2) Le segoun del mes de mai, 
Qu'embouiarei à mai mio ? 

Dos tourtourèlos, 
Uno perdic que bolo. 
Etc. 

3) Le très — très pijouns blancs. 

4) Le quatre — quatre canards boulants à Ter. 

5) Le cinq — cinq lapins an terro. 

6) Le sieis — sieis lébres al camp. 

7) Le sept — sept lebriès courants. 

8) Le beit — beit chibals blancs. 

9) Le naut — naut bious cournaus. 

10) Le dèts — dèts moutons bêlants. 

1 1) Le ounze — ounze mousquetaires benount de la guerro . 

12) Le doutze — doutze doumaizèlos, graciousosetbèlos. 

13) Le tretze — tretze bouquets blancs. 

14) Le quatorze — quatorze pai blancs. 

15) Le quinze — quinze bouts de bi. 

Le Mois de mai. — 1) Le premier (jour) du mois de mai, — qu'en- 
verrai-je à mon amie ? — Une perdrix qui vole, qui vole ; — une 
perdrix qui vole. 

2) Le second (jour) du mois de mai, etc. — Deux tourterelles, — 
une perdrix qui vole. 



^ô DIàLBCTES MODBRKBS 

3) Trois pigeons blancs, 

4) Quatre canards volant dans l'air. 

5) Cinq lapins au gite. 

6) Six lièvres au champ. 

7) Sept lévriers courants . 

8) Huit chevaux blancs. 

9) Neuf bœufe cornus 

10) Dix moutons bêlants. 
1 1 ) Onze mousquetaires — venant de la guerre. 

1 2) Douze demoiselles — gracieuses et belles. 

13) Treize bouquets blancs. 

1 4) Quatorze pains blancs. 

15) Quinze tonneaux de vin. 

Cf. J. Bugeaud, Gh. pop. des proviDces de l'Ouest, Il« p. 267 : la Fot 
d'IaUH. 



XXXVI — LOU MARCAT 

1) Ma maire m'a mandat au marcat,— i'ai croumpat un gai. 

Moun gai fai cacaraca I 

2) Ma maire m'a mandat au marcat, — i'ai croumpat una 
poula. 

Moun gai fai cacaraca! 
Ma poula fai couticoutascou ! 

3) Ma maire m'a mandat au marcat, — i'ai croumpat un 
porquet. 

Moun gai fai cacaraca/ 
Ma poula fai couticoutascou I 
Moun porquet fai coui-coui I 

4) Ma maire m'a mandat au marcat, — i'ai croompat un 
agnelou. 

Moun gai fai cacaraca I 
Ma poula fai eouHcùutascou ! 
Moun porquet faî coui-coui I 
Moun agnelou fai mé-mé! 



CHANTS POPULAIRES DU IiANOUBTX)C 87 

5) Ma maire m'a mandat au marcat, — i'ai croumpat una 
flauta. 

Moun gai fai cacaracal 
Ma poula fai couticoutascou/ 
Moun porquet fai coui-couil 

Moun agnelou fai mé-mé ! 
Ma ûauta fai turlututu I 

Le Marché. — 1) Ma mère m'a envoyé au marché, — j'ai acheté 
un coq. — Mon coq fait cacaracal 

2) Ma mère m*a envoyé au marché, — j'ai acheté une poule. — 
Mon coq fait cacaraca I — ma poule couiicoutascùu I 

3) Ma mère m'a envoyé au marché, — j'ai acheté un petit porc 
de lait. — Mon coq fait cacaraca! — ma poule fait couticoutascoul 

— mon petit porc fait coui-coui ! 

4) Ma mère m'a envoyé au marché, — ^j*ai acheté un petit agneau. 

— Mon coq fait cacaraca ! — ma poule fait couticoutascou \ — mon 
petit porc fait coui^coui I — mon agneau fait mé-mé I 

5) Ma mère m'a envoyé au marché, — j'ai acheté une flûte* — 
Mon coq fait cacaracal — ma poule fait couticoutascoul — mon petit 
porc fait com-com I — mon agneau fait m4'mêl — ma flûte fait tur- 
lututu! 

Version du Pouget ( Hérault), très-répandue dans l'arrondissement de 
Lodève, celui de Saint- Pons et le nord de celui de Montpellier. 

Cf. J. Bujeaud, Ch. pop, de l'Ouest, p. 43: Ma mèr' m^envai^-t-au 
marché. — A. Passow, Popvlaria carmina Grœciœre centmis. Lâpsiœ, 
MDCGCLX, p. 210; NANNAPI2MA. 

(A suivre.) A. Montel et L. Lambbrt. 



88 DIALECTES MODERNES 



LA CABRIEIRO 

Se regarde empensat allai, iras la rebieiro, 
Es pèr gâcha Marioun que meno al pasturgau , 
La âalouso à la man, long de la verdo aurieiro, 
Las cabros de soun paire, un troupel fouligau ; 

Es per yeire d'aicî sa graço sens parieiro, 
E soun ana vesiat, e soun biai que fo gau ; 
Es per iei remira sa bèutat plasentieiro, 
Yantado mai e mai per lous cabriès del vau 

Es per mi souvenî qu'embé sa voutz de fado, 
Elo canto souvent la cansou que m'agrado, 
Que, coumo soun parla, Vo pas res de tant dous ; 

Es per saupre s'es pas, elo, apensamentido 
Despiei ier que i'ai ditz : «0 flambo de ma vido! 
Aimo-mi coumo t'aime, e faras un erous ! » 

P. Fbsqubt. 

(Languedocien ; Gologaac et ses environs.) . 

LA GHEVRIÈRE 

Si je regarde pensif au delà de la rivière, — c'est .pour contem- 
pler Marion qui mène au pâturage, — la quenouille à la main, le 
long de la verte orée, — les chèvres de son père, un troupeau fo- 
lâtre ; 

C'est pour voir d'ici sa grâce sans pareille, -* et son aller 
charmant, et sa tournure qui fait plaisir; — c'est pour aujourd'hui 
admirer de nouveau sa beauté agréable, — vantée tant et tant par 
les chevriers du val ; 

G^est pour me souvenir qu'avec sa voix de fée, — elle chante 
souvent la chanson qui m'agrée, — que comme son parler il n'est 
rien de si doux ; 

G'est pour savoir si elle n'est pas soucieuse, — depuis que hier je 
lui ai dit: « O flamme de ma vie. — aime-moi comme je t*aime, et 
tu feras un heureux .' P. Fesqubt. 



LOU GARDA-MAS 



I 



Lou bèu dimenche de Pasquetas, 
A Toura que canta lou gai, 
Taviè de bruch e grand barrai 
Au pichot mas de las Aubetas. 
Auriàs ausit barra, doubri, 
Mountà, descendre, anà, courri ; 
Lou lum cremava, ôs pas de moda ; 
Lous enfantets, qu'en se levant 
An toujour un pauquet de broda, 
E bèucop mai en lous sonnant 
Per lou traval ou per l'escola, 



LE GARDE-MAS 



I 



Le beau dimanche des Petites Pâques *, — à l'heure où lo 
coq chante, — il y avait bruit et grand remue-ménage — au petit 
mas des Peupliers blancs : — vous auriez entendu fermer, ouvrir, 

— monter, descendre, aller, courir; — .la chandelle était allumée, cô 
qui n'est pas d'usage ; — les enfants, qui d'ordinaire, en se levant, 

— ont toujours un brin de fainéantise; — surtout lorsqu'on les ap- 
pelle — pour le travail ou pour l'école, — au lieu de se faire tirer 

1 Le dimanche de Qiiasiiiio<lo. 



90 DIALBGTES MODERNES 

A loga de fa tira-mola, 
De fréta sous pigres iolhous, 
Anavoun, venien de tout caire, 
Pariés à de perdigalhous 
Qu'a pas bandit dau nis la maire. 
Caliè que i'agesse de nôu. 
S'era un jour de semana encara, 
Que vegessen, mema quand plôu, 
Cremà lou lum couma tout ara, 
Ë de barrai e de sagan, 
Fauriè pas res d'espaurugant : 
Dau tems qu'en vila tout soumelha, 
Per la journada ou lou prefach, 
Cade matin que Dieus a fach, 
Se vei varalhà la calelha 
Dins lou vilage ansin qu'au mas. 
Amai que siegue un jour de festa, 
Se lou dissate avien fach resta 
D'endals de fem noun estremats, 
D'esperset brausit ou de grana, 
E que, de pôu de tramountana, 
Vouguessoun proufichà Timou 
Qu'escampa cada matinada, 



l'oreille —et d'essuyer leurs petits yeux paresseux, — [les enfants] 
allaient et venaient de tout côté, — pareils à de jeunes perdreaux 
— que la mère n'a pas chassés du nid. — Il fallait qu'il y eût 
du nouveau. — Si c'était un jour de semaine encore, — qu'on vît, 
même quand il pleut, — luire la chandelle comme en ce moment, — 
et du bruit et du tapage, — il n'y aurait rien de surprenant : — du 
temps qu'à la ville tout sommeille, — pour la journée ou le travail 
à la tâche, — chaque matin que Dieu a fait — on voit circuler 
la lanterne — par le village ainsi qu'à la ferme, — Quoique ce 
soit un jour de fête, — si, la veille, ils avaient laissé dans les 
champs — des andains de foin non encore mis à couvert, — du 
sainfoin desséché ou de la graine, — et que, de crainte de tramon- 
tane, — ils voulussent mettre à profit l'humidité — que répand 
chaque matinée ; — dans ce cas, qu'il soit fête ou non, — on en- 
ferme plus d'une charretée. — Mais je ne vois rien de fauché, — 



LOU GARDA-MAS 9l 

Adounc, que siegue festa ou nou, 
S'embarra mai d'una carrada. 
Mais vese pas res de dalhat, 
Lous fems soun encara sus planta, 
E tant qu'au rîeu raineta canta, 
Soun pas madus; quicon mai i'a. 
Fa que la velha, à la soupada, 
Lou ôl ainat de meste Jan, 
Que mena lou ben, dis : — « Menjan, 
De Mount-peliè deman es ôeira, 
Ë saique aquesta es la permieira 
Que noun Tagen à pachejà. 
leu, i'anarai me passejà 
Sus lou Peirou, sus TEsplanada. 
Tus, Jaquet, venau carretiè, 
Te done touta lajournada; 
Mais dilus siegues matiniè . 
E vous, çai vendrés pas, moun paire? » 
— « Quau ? ieu ! De que ie vendriei faire, 
Boudieu ? respond lou majourau, 
A moun tems, souvenis, patria, 
Lou mas, lou repaus, la familha : 
Fora d'acô, n'ai ges de gaud. 



les foins sont encore sur pied ; — et, tant qu'au ruisseau la gre- 
nouille chante, — ils ne sont pas mûrs. Il y a quelque chose de 

plus. 
11 y a que la veille, au souper, — le fils aîné de maître Jean, — 

qui gère la propriété, dit : — « Voyons, de Montpellier c'est de- 
main la foire, — el celle-ci sans doute est la première — où nous 
n'ayons rien à vendre ni à acheter; — j'y vais, moi, pour me pro- 
mener — sur le Peyrou, sur l'Esplanade. — Toi, Jacques, dit-il 
au premier valet, — je te donne toute la journée; — mais, lundi, 
au moins sois matinal. — Et vous, n'y viendrez-vous pas aussi, 
mon père? » — « Qui? moi! Qu'est-ce que j'y viendrais faire, — 
bon Dieu? répond le maître. — A mon âge, souvenirs, patrie, 
— le mas, le repos, la famille ; — en dehors de cela, rien 
ne me tente. — Ah! si c'était pour acheter bœufs, — mulets, 
moutons ou chevaux, — je ne refuserais pas;. j'y ai du goût. — et 



92 DIALECTES MODERNES 

Ah I s'era per croumpà bouhina, 

Mioletalha, avé, cavalina,* 

Diriei pas nou ; Tai prou lou goust, 

Ë pioi quatre iols fan mai que dous ; 

Mais pas que per ie brandi bralha, 

Aquela, nou, sarà pas vrai : 

Anàs-ie toutes, gardarai. 

Prenès tabé la barbelalha, 

En metent que vogoun veni » , 

Reprend lou viel eme un sourrire. 

Ah ! mous amies ! Pas puléu dire, 

Jamai d'enfants s'endeveni ! 

Zou ! d'un vanc toutes très s'aubouroun. 

Ensemble pregoun, risoun, plouroun : 

— o Voulen i'anà, paire, eme vous; 
Saren ben braves, prenès-nous. » 

— « An ! pioi qu'acô fai vosta tela, 
Un pauquet de paciença : anen, 
De que dises, ma femna Adela ? » 

« — Eh be, tant vôu que lous prenguen I » 



puis quatre yeux valent plus que deux. — Mais rien que pour y 
secouer mes chausses, — celle-là, non; ce ne sera pas vrai. — Allez-y 
tous, je garderai ici. — Prenez aussi les enfants, — si toutefois ils 
y consentent », — reprit le vieux avec un sourire. 

Ah I mes amis, sitôt le dire, — jamais on ne vit des enfants se 
rencontrer d'un tel accord ! — D'un élan tous trois se lèvent, — 
et ils rient, pleurent et prient à la fois : — « Nous voulons venir 
avec vous, père ; — nous serons bien sages, prenez-nous. » — 
«Allons, puisque cela vous fait tant de plaisir*, — un peu de pa- 
tience ; voyons, — qu'en dis-tu, ma femme Adèle?» — « Hé bien, ma 
foi, tant vaut-il que nou? les prenions. » 

^ Littéralement : puisqtie cela fait votre toile. 



LOU GARDA -MAS 93 



II 



E vejaqul per que lou bèu jour de Pasquetas, 
Ta de lum, de barrai au mas de las Aubetas; 
E vejaqui tabé per que lous enfantous, 
Que lous autres matins lou pichot orne aflanca, 
Soun ioi tantbeluguets; per ieu es pas doutous 
Qu'aquela longa nioch, Tajoun passada blanca. 
Maugra'cô lou bonur, qu'en lioc pot tempourà, 
Mema dins lous castels, ounttout es en abounde, 
Que souvent s'enfugis per trevà paure mounde, 
Per segui lou boumian de paurieira assourat 
Lion d'ounte la FourtUna alendrida es enclausa, 
Aquelaiiioch au mas faguet sa brava pausa. 
End'acô lou matin, dessus lou carretoun, 
El que poudriè se jaire ounte portoun couronna, 
— Saique atrouvet aqui la plaça ben milhouna, — 
Embe lous très manits mountet de rescoundoun 
E.ôns au lendeman quitetpas sas pesadas. 



II 



Et voilà pourquoi, le beau jour des Petites Pâques, — il y a de la 
lumière et du bruit au mas des Peupliers blancs ; — et voilà pour- 
quoi aussi les enfants, ^ — que le sommeil* engourdit les autres ma- 
tins, — sont si alertes aujourd'hui; pour moi il n'est pas douteux — 
que cette nuit, ils ne l'aient passée blanche. — Malgré cela, le 
bonheur, qui nulle part n'est stable, — même dans les châteaux, 
où tout est en abondance; — qui s'enfuit souvent vers les pau- 
vres gens, — pour suivre le bohémien accablé de misère, — à l'écart 
de ceux chez qui la fortune est à demeure, — cette nuit, [le bonheur] 
fit au mas une halte assez longue, — et, de plus, le matin, sur la 
petite charrette, — lui qui pourrait prendre gîte où Ton porte cou- 
ronne — (peut-être trouva-t-il là une place meilleure),— avec les 
enfants monta en cachette, — et jusqu' au lendemain ne quitta pas 

^ Littéralement: le petit homme; cest ainsi que l'on appelle souvent 
le sommeil. 



94 DIALECTES MODERNES 

Mais, dautems qu'en caminrisien coumadei fols, 
Ou que, per lou fieirau, arregassavoun d'iols 
Sus toutes lous jouguets, e nTa de milhassadas; 
Dau tems qu'eroun aqui badants, embalausits, 
Pount à foudre prega per faire sa causida, 
E qu'una fes triats, causits e recausits, 
Youdrien lous qu'an fourviat sens laissa sa culida, 
Lou paure garda-mas, qu'era bandit soulet, 
Kenodi desper el Tagantava au galet; 
E per lou permiè cop ie segdet tant estrange, 
Quebelèu d'un pau mai auriè quichat Tirange. 
Pamens àilapartençaaviè seguit countent, 
Sourrisent au cascal de sa genta familha, 
La galejant de fes, sustout en ie venent: 

— « Assa, de Mount-peliè éresès segui la via? 
Vous troumpés pas, pichots, es pas la de Pecais.» 
E la vielha mameta e lou paire e la maire. 

Qu'an encapat soun dire : — « Es acô, s'era vrai ! » 

— « A mens, reprend lou viel, qu'enregués dor Bèu- 

[caire.i 



leurs traces. — Mais, pendant qu'en route ils riaient comme des 
fous, — .ou que, sur le champ de foire, ils ouvraient de grands 
yeux — sur tous les jouets, et il y en a à milliers; — pendant qu'ils 
étaient là, à bayer, éblouis — au point que [les parents] étaient 
obligés de les prier pour qu'ils fissent leur choix, — et qu'une 
fois ces choix faits et refaits, — ils voudraient les jouets qu'ils ont 
écartés, sans [cependant] abandonner ceux qu'ils avaient déjà pris, 

— le pauvre garde- mas, qui était resté seul, — la tristesse à 
part lui le saisissait à la gorge, -:- et, pour la première fois, ce lui 
fut tellement étrange, — qu'il en était sur le point de pleurer '. 

— Au départ, pourtant, il avait suivi content, — souriant au caquet 
de sa gentille famille, — la plaisantant un peu, surtout en lui 
disant : — « Voyons, de Montpellier croyez- vous suivre le che- 
min ? Ne vous trompez pas, enfants; ce n'est pas cçlui de Peccais.» 

— Et la vieille grand'mère et le père et la mère, — qui ont saisi 
sa pensée : — « Oh I par exemple, si c'était vrai I >« — « A moins, 
reprit le vieux, que vous n'alliez vers Beaucaire. » 

' Littéralement ; de presser l'orange, c'est-à-dire de verser des larmes. 



LOU GARDA- MAS 95 

E rire que riras, e lous paures droulets, 
Que coumprenien pas chota as perpaus dau papeta, 
Rîsien be sus soun goust^ mais en faguent bouqueta, 
E, s'agachant Fun Fautre, avien perdut lou les. 
Tal un vol d'aucelous pausats dins la ramada, 
Que de soun rieu-chieu-chieu dessabralloun lou bos, 
S'ausissoun d'aquel tems ressounti quauques cops 
Lous picaments de mans e la gala chamada 
D'un passant fatrassiè, das passerons à ôeu 
S'amoura cop suscop Tallegra cantadissa; 
MaiSj quand lou pas pesuc e la grand bramadissa 
An vermatdins lou lion despioi un pichot brieu, 
Lou cant entrecoupât d'en pus fort recaliva. 
Ansin que lous aucels, lous enfantous de briva 
Reprenoun soun bresiltre que lou rire es siau. 
Entremens lou falet, d'un pas leste e fricaud, 
Lou poulit miôu falet allai davans amalha, 
Brandilhant soun esquilla, aurelha e narra au vent, 
E lou vielhàs n'es fier, sa luria ie counven ; 
Es fier de soun filhôu, qu'entre mans ten la tralha, 
E ie dona bon biais ansin qu'un omenet; 



Et tous de rire, et les pauvres enfants — ne comprenaient pas 
grand' chose aux paroles de l'aïeul. — Ils riaient bien de son air, 
niais en faisant la moue, — et, se regardant dans Fœil, ils avaient 
perdu leur caquet. — Telle une volée d'oiseaux cachés dans la feuil- 
lée, — qui de leur gazouillement ébranlent la forêt, — s'ils entendent 
tout à coup retentir plusieurs fois — le claquement de mains et 
la gaie clameur — d'un passant à la voix bruyante, des oiseaux 
se tait immédiatement la chansonnette joyeuse; — mais, quand le 
pas lourd et les éclats de voix — ont diminué dans le lointain de- 
puis quelques instants, — le chant interrompu reprend plus fort 
que jamais. — Ainsi que les oiseaux, les enfants, en hâte, — re- 
prennent leur gazouillement quand le rire a cessé. — En même 
temps le mulet roux, d'un pas léger et fringant, — le joli mulet 
roux au-devant chemine, — secouant sa clochette, oreilles et na- 
seaux au vent. — Et le vieux en est fier; sa hardiesse lui plaît; — - 
il est fier de son filleul, qui tient les guides en main, et qui, sem- 



9> DIALECTES MODERNES 

Dé sa mouliè, qu'amai ie manque un bon somnet, 
Maugrat sous setanta ans, es escarrabilhada 
Couma un lende, e propeta e ben requinquilhada, 
Pourtant tout soun filhf^-ge e que.ie fai pa'n plec; 
Es fier de soun malhôu, de sa valenta nora, 
Souc dau mas que ten cop au dedins, au defora, 
E t'abaiTis d'enfants garruts e sens endec. 
Tout ce qu'aima es aqui, san, de bona pourtelha. 
Ah î sabès s'es countent, lou viel, e i'a de que ; 
Mema Fourguiol au cor lou bourdouira un briquet. 
E, zou, seguis, seguis tout de long 'de la leia, 
Andant d'un paslaugè de tras lou carretoun; 
Lou ten coutl-couti, maugrat que lande e proun. 
D'aquel frau, soui segu, sens destourbe à la fieira 
Sariè gandit. Ben mai, quand la vielha masieira 
le fai, en sourrisent : — « Çai venes, tus tabé ! 
Quau gardarà lou mas? La pôu. » — «Es vrai, eh be! 
L'ase fique, ma fe, reprend, se ie pensave. » 
E, se gratant Taurelha : — « Anen, vau me vira. 
Que voufi arribe res, au mens ; tus, siegues brave, 
Menaire, e davans nioch dor lou mas fai tira. » 



blable à un petit homme, leur donne bonne tournure; — [il est 
fier] de sa femme, qui, malgré la perte d'un bon somme, — malgré 
ses soixante-dix ans, est dégourdie comme une lente*, propre et 
bien ajustée; — portant sa parure de jeunesse, qui ne lui fait pas 
un pli ; — il est fier de son gars, de sa vaillante bru, — soutien du 
mas, qui met la main à tout, au dedans, au dehors, — et noiirrit 
(les enfants sains et vigoureux. — Tout ce qu'il aime est là, ro- 
buste, en bonne santé. — Ah! comme il est content, le vieux 1 et il 
y a de quoi. — Même un peu d'orgueil remue dans son cœur, - et 
allons, il suit, il suit tout le long de l'avenue, — cheminant d'un pas 
léger derrière la charrette; — il la suit pas à pas, quoiqu'elle marche 
assez vite. — De cette allure, j'en suis sûr, sans encombre à la 
foire — il serait arrivé. Bien plus, quand sa femme, l'habitante du 
mas, — lui dit en souriant : — « Tu viens, toi aussi ? — Qui prar- 
dera le mas ? La peur. » — « C'est vrai ; eh bien ! — du diable, ma 
foi, s'y j'y pensais.» — Et, se grattant roreille: — «Allons! je vais jn'en 

' Comparaison populaire. 



LOU aARDÂ-MAS 97 

— (( Pas pôu ! languigués pas ! » crida la carretada. 
E, prenent à bilhôu, a gagnât la drousada. 

Mais, franc dau carre tiè, que mes sas atenciouns 
A ben garda lou miôu, à lou qu'ailaval resta 
Toutes d'aqui-aqui, de las mans, delà testa, 
Remandoun sous adieus, que rend eme afecioun. 
Mema dins la lionchou, quand Tan perçut de vista, 
Tancat dessus lou to, brandis soun capelàs, 
Cade cop qu'entre miech das aubrasses lous brista. 
E, quand lous vei pas pus, adounc devers lou mas, 
Apensit, maucourat, lou paure s'acamina. 
De marrits pensaments venoun frounzi sa mina, 
Pioi, se parlant tout soûl, couma per camps fasen, 
Lous omes de la terra : — «Ah! sariè ben cosent ! » 
E, d'un revès de man assugant sa parpela: 

— «De bon, que plourariei ? Sieu pa'na coucoumela ? 
Lou miôu es franc, l'enfant es pas desenbiaissat, 

E pioi soun paire i'es per quicon. S'a biaissat 
Quand, plende galhardiè, i'a demandât las tralhas, 
A fach ben ; car, quau deu trevà camins e dralhas 
Touta sa vida, es bon de ie lou metr© enfant 



retourner. — Que rien ne vous arrive au moins ; toi, sois sage, — 
conducteur, et, avant la nuit, reviens vers le mas. » — « N'ayez 
nul souci, ne vous ennuyez pas », reprend la charretée. — Et, pre- 
nant à droite, elle a [bientôt] tourné la croisière. — Mais, excepté 
le conducteur, qui met son attention — à bien diriger le mulet, à 
celui qui reste seul là-bas, — tous, à chaque instant, des mains, 
de la tête, — envoient leurs adieux, qu'il rend avec empressement. — 
Même dans le lointain, quand il les a perdus de vue, — debout sur 
la borne, il secoue son grand chapeau, — toutes les fois qu'il les 
aperçoit au travers des grands arbres, — Et, quand il ne les voit 
plus, vers le mas, — pensif, abattu, le pauvre s'achemine. — De 
tristes pressentiments assombrissent son front; — puis, se parlant à 
lui-même, comme nous faisons parfois aux champs, — les gens de 
la campagne : — « Oh I ce serait bien douloureux 1 » — Et, d'un 
revers de main essuyant sa paupière : — « Vrai que je pleurerais ? 
Je ne suis pas une mijaurée! — le mulet est franc, l'enfant n'est 
pas malhabile, — puis son père est là pour quelque chose. 8'il a 



9è DIALEGTBS MODBRNES 

Dejout lousiols dau paire, en cas que^ se maubasta, 

Siegue aqui per dounà counsels e cops de man. 

Aji,1ous laguis, qu'aviei soun queiiescige...Ah!basta!... 

Anen, que Dieus ou fague e longa e longa-mai I » 

Dis b'acô, mais, dempioi qu'a près la revirada, 

Espinchouna à Tarriès à cade pas que fai. 

Dedins de Tentremiecha agacha en çai, en lai, 

Ce que dis la récolta : — « Au diauca ! la civada 

A pas bon peu ! tron I Te, veja-m'aquel blat ! 

De que se i'es passât ? Lou grel s'engourgouvelha. 

Ai I ai ! que de sauclun ! L'ordi sembla neblat ; 

Encara, vai que trai, la pampa se rouvelha, 

Se passis e per s6u acoumença à âblà, 

Quand vôu mountà lou glop. Mais ve, la barjalada 

Que deuriè s'aboucà... De qu'es aquesta annada ! 

Tout vai estre marfit, s' aven pas lèu d'imou. 

E se lou gran soufris, quicon mai es lou fôure. 

Pas qu'un pichot revès, tout se fariè; mais nou, 



cédé y — quand son fils, sûr de lui-même, lui a demandé les rênes, 
— il a eu raison, car celui qui doit battre sentiers et chemins ^^ 
toute sa vie, il est bon de Vy accoutumer lorsqu'il est jeune, — sous 
la surveillance du père, afin que, si quelque chose tourne mal, — 
il soit là pour donner conseil et coup de main. — Allons, les soucis 
que j'avais sont pur enfantillage. . . Tant mieux! — Allons, et qu'il 
en soit ainsi longtemps et toujours.» — Il dit bien cela, mais, de- 
puis qu'il s'est retourné, — il regarde en arrière à chacun de ses 
pas. — Dans Tintervalle, il donne un coup d'œil de tout côté, — 
pour savoir ce que fait la récolte. — « Ah 1 diable 1 l'avoine — n'a 
pas de vigueur*. Tonnerre ^ I voyez-moi ce blé ? — Que s'y est-il 
passé? Le germe s'entortille.— Bon Dieu I que d'herbes à sarcler ! 
L'orge semble gâtée par le brouillard ; — encore passe quand la 
feuille prend la rouille, — se fane et par terre commence à s'incli- 
ner, — alors que le chalumeau se montre. Mais voyez la barjolade^ 

* Littéralement: n'a pas bon poil. . 

* Jurement populaire, très-répandu- en Provence et dans le bas Lan- 
guedoc. 

' Mélange de vesces, d'avoine et parfois de luzerne. 



LOU GARDA -MAS 99 

La terra jeta fioc. Ah ! qu'es ben lion de pleure ! 
Un aurage belèu per ou tout estralhà ! 
Que se tengue à-n-ounte es!... Que de nieirun quei'aî 
De babotas, tabé ! Paure bestiau, ou vese, 
De luserna faudra qu'aqueste an vous passés^ 
En metent que dalhen lous prats, lous espersets. 
Trista annada qu'auren ! É mai vai, mai ou crese.» 
E barrisca-barr^sca, enfin gandis lou mas, , 
Repoutegant, boumbant au sôu emb sa tricassa, 
Acoutissent lous pouls que venien abramats, 
Seguitsde la cournada. Asavielha chinassa, 
Que vôu lou caressa, manda un bon lava-dent. 
E lous pouls per la cour, e la china en campestre, 
Piaulant e jangoulant, mais en s'encourrissent, 
Semblavoun que disien: —«De qu'a ioinoste mestre?» 
E, toujour brassejant e countuniant soun frau, 
Vai, ven, belèu centcops, de lajassa aupourtau. 
Se tança. Anen, un ris sus sas boucas varalha. 



— qui devrait se coucher?. .Qu'est-ce que cette année-ci? — Tout va 
se dessécher, faute d'humidité ; — et, si le grain souffre, le four- 
rage souffre bien davantage : — une petite averse, et tout pren- 
drait vigueur. Maïs non, — la terre jette le feu. Ah ! qu'il est loin 
de pleuvoirl — un orage peut-être pour tout détruire 1 — Qu'il reste 

là où il est Que de pucerons il y a 1 — Des chenilles aussi I 

Pauvre bétail, je le vois, il faudra vous passer de luzerne cette an- 
née, — en supposant que nous fauchions les prés et les sainfoins. 

— Triste année que nous aurons ! Et plus je vais, plus j'y crois. » 

— A grands pas, brusquement, il arrive enfin au mas, — tempê- 
tant, frappant à terre avec son gros bâton, — poursuivant les 
poulets qui couraient affamés, — suivis de toute la basse-cour. A 
sa vieille chienne, — qui veut le caresser, il envoie un coup sur la 
tête *; — et les poulets par la cour, et la chienne à travers champs, 

— piaulant et glapissant, mais en prenant la fuite/ — semblaient 
dire ; — « Qu'a donc notre maître aujourd'hui? » — Et, agitant tou- 
jours ses bras avec la même ardeur, — il va, vient peut-être cent 
fois, de la bergerie au portail. — Il s'arrête; un rire passe enûn 

1 Littéralement : lave-dent, soufflet. 



100 DIALBGTBS MODflRNBS 

De qu'a vistper aqui ? Pas res, quauqua jougalha, 
D'ortetadins unies, un pichot oustalet, 
Lou bres de la petota e bourdufa e palet, 
A boudre per lou sôu. Devistant sas causetas, 
Lous nègres pensaments an ben lèu derrancat : 
- — « Voudriei dau passeroun avedre las aletas, 
Per saupre ce que fan! » — Pioi, lou front abrouncat: 

— « D'aquesta oura ie soun, franc qu'unamalurança... 
Mais nou, ie soun gandits, quicon m'ou dis d' avança... 
Ai ! quanta journadassa ai à passa, bon Dieu ! » 

La miola, que Tausis, aqui copa soun ôeu : 

— « Brames de languiment, tus tabé, que, la Moura? 
Sariè malauta? Ahbe! mancariè pas qu'acô. 
Anen... acô's pas res. » E, couma Tes, dau cop, 
Arriba, apalha, estrelha, amai siegue pas d'oura. 
D'aqui vai à la jassa aubourà lou bestiau 

Que chauma, e pioi clafis rasteliès e galera. 

— « De que mai, s' ou dis. Ah ! la counilha qu'espéra : 
Aurés vosta mourra da. Ara, àieu! A perpaus. 
Quand soun d'ouras, veguen, avans d'alandà Tarca. » 
Disent acô, sourtis, enrega soun regard 



sur ses lèvres. — Qu'a-t-il vu par là? Rien, quelques jouets, 

— des herbes dans un tesson , — une petite maisonnette , — le 
berceau de la poupée, et toupie et palet — pêle-mêle par terre. En 
voyant ces petits objets, — les noirs soucis ont bientôt pris la fuite : 

— « Je. voudrais du moineau avoir les ailes, pour savoir ce qu'ils 
font. » — Puis, le front penché : — « En ce moment ils sont ren- 
dus, à moins qu'un malheur, . . — Mais non, ils y sont, j'en ai le 
pressentiment.... — Ah! quelle longue journée j'ai à passer, bon 
Dieu! » — La mule, qui l'entend, l'interrompt: — « Tu braies 
parce que tu t'ennuies, toi aussi, la Noire? — Serait-elle malade? 
Eh bien 1 il ne manquerait plus que cela.— Allons!., ce n'est 
rien. » — En même temps, et tout à la fois, — il donne à manger, 
répand la litière, étrille, quoique ce soit trop tôt ; — de là, il va à la 
bergerie éveiller le bétail — qui repose, ensuite il remplit râteliers 
et galère. — « Quoi encore ? dit-il. Ahl les lapins qui attendent : — 
vous aurez votre part! A moi maintenant. A propos, — quelle 
heure est-il? Voyons, avant d'ouvrir l'armoire. » — Disant cela, il 



LOU GARDA-MAS 101 

Amount dins lou vetit drech devers lou roc que marca: 
— «Koumbra sarra lou suc. Es dech manca lou quart. 
Pas mai qu'acè? Qu'es longa, aquesta matinada? 
Per gagna tems, anen faire boulhe Talhada. » 



III 



Dos ouretas après, quaud a taulejat proun, 
Sus lou nègre tauliè qu'oumbreja una trelhassa, 
Lou viel vai s'assetà. Dins la bêla sasoun, 
Per faire soun somnet, voulounta aquela plaça. 
Au cant dau roussignôu, qu'alin dins la param 
Cade an cai ven cabi soun niset sus lou ram ; 
Au varalhà galoi d'un vol de giroundelas, 
De la prima embaumada anounciairas fidelas, 
Mandant as quatre vents lou noum de Jeuse-Crist, 
Tout en pourtant la joia e la becada au nis ; 
Au chieu-cbieu ruste e fier dau passeroun trafiaire, 



sort et dirige son regard — là-baut, dans le nord, sur le rocher qui 
marque : — « L'ombre se rapproche du sommet, dix heures moins 
un quart. — Rien que cela; comme cette matinée est longue! — 
Pour passer le temps, allons faire bouillir la soupe. »• 



III 



Deux heures après, quand il a tenu table assez longtemps — sui* 
le noir banc de pierre ombragé d'une grande treille, — le vieillard 
va s'asseoir. Dans la belle saison, — pour faire son sommeil, il 
aime cette place. — Au chant du rossignol, qiii là tout près, dans 
l'enclos, — tous les ans vient bâtir son petit nid sur le laurier; — 
au va-et-vient joyeux d'une volée d'hirondelles, — du printemps 
embaumé fidèles messagères, — jetant à tous les vents le nom de 
Jésus-Christ, — tout en portant la joie et la béquée au nid; — au 
pépiement rude et fier du turbulent moineau; — au bourdonnement 



103 DIALECTBS MODERNES 

Au brounzin de Tissam varalhejant per Taire 

En requista dau mèu amagat dinslas flous 

Das aubres dau jardin, dau jaussemin dau pous, 

Couma Tenfant aubres qu'au cant de sa bressaira, 

S'escrafa pau à pau sa bebeta fougnaira 

E s' endourmls plan-plan, ansinlou viel masiè, 

Au cant das aucelous d*aiseta se preniè, 

Aublidant, tout lou long de sa douça dourmida, 

Lou lassige dau cor, lou trigôs dQ la vida 

E malicia de tems^ qu'es belèu lou coudons 

Qu'apoudesa lou mai sus lous travalbadous ! 

Aquel jour, per repèut, tout ce qu'amoun zounzouna, 
•Voulastreja, e boundina, e fusa, e viroulhouna, 
Tout ce qu'aiçaval pieuta, e bresilha, e cloussis, 
Causissien, auriàs dich, sous pus bêles moucis. 
Jamai lous abelhous, dins sous monta- davala, 
Avien fach ressounti tant fort brounziment d'ala. 
Era un entendement? Se pot, mais lou bèu tems 
Ferabe per quicon, carde tout lou printems 
Avian pas belèu vist tant bêla matinada, 
Seguida de tant linda e cauda tantossada; 



de Tessaim se mouvant au milieu de l'air — à la recherche du miel 
caché d9,ns les fleurs — des arbres du jardin, du jasmin qui cou- 
vre le puits, — comme l'enfant au berceau qui, au chant de sa ber- 
ceuse, — voit disparaître peu à peu sa boudeuse petite moue, — et 
qui s'endort doucement, ainsi le vieux garde-mas — s'assoupissait 
au chant des oiseaux, — oubliant, tout le temps de ce sommeil, — 
la fatigue du corps, le tracas deJa vie — et la dureté des temps, 
qui est peut-être le fardeau — le plus lourd à porter pour les travail- 
leurs [des campagnes]. 

C3 jour-là, par surcroît, tout ce qui là-haut bourdonne, — et 
voh , et murmure, et s'élance, et tourbillonne; — tout ce qui pépie 
ici-jas, et gazouille, et glousse, — avait choisi, aurait-on pu dire, 
ses plus beaux morceaux. — Jamais les petits des abeilles, 
dans leurs évolutions, — n'avaient fait entendre d'aussi forts 
bruissements d'aile. — Était-ce avec intention? Cela se peut, 
mais le beau temps — y était bien pour sa part ; car de tout le 



LOU GARDA-MâS 108 

Jamai noste ciel blave era estât tant seren, 
E de la trçlhaen flou, jamai sus lou terren, 
Aviè tant negrejatToumbrassa fresqueirousa î 
E lou viel es aqui d'assetoun e sounjous, 
Sus soun pitre pelut lous dous brasses en crous : 
Quoura cuga plan-plan sa parpela imourousa, 
Quoura alanda d'un cop soun iol negràs e vieu, 
Quand mola ou que reprend lou galoi rieu-chieu-chieu 
Ou que das passerous s'auboura la batesta. 
Dins aquela entremieja agacha aiçai,alai, 
A bel ime, au travès dau trelusent dardai; 
Seguis lou parpantels qu'amoun dins la ginesta, 
Sus lou trucs rascallats, sus lou teulats roussels, 
Sus Tacrin das parets de las blancas masadas, 
Fouligaudejoun, fan de sauts, d'escarlimpadas 
E de viravôuts, pioi lous laugès farandels. 
Au grat d'un ventilhou, tant rede que Tideia. 
Adieu la farandouna e Tardenta bourreia ! 
Ara soun Tavalanca andant d'amount, d'aval; 
•Mai de forma cambiant, dins lous aires poussejoun. 
Ou s'espouscant per sôu, regiscloun, beluguejoun, 



printemps — il ne s'était pas vu peut-être une aussi belle mati- 
née, — suivie d'une aussi sereine et chaude après-midi. — Jamais 
notre ciel bleu n'avait été aussi serein, — et de la treille en fleur 
jamais sur le sol — la grande ombre, pleine de fraîcheur,. n'avait 
paru si noirâtre'. — Et le vieillard est là, assis et rêveur, — les deux 
bras croisés sur sa poitrine velue : — tantôt il ferme doucement sa 
paupière humide, — tantôt il ouvre son œil noir et brillant, — toutes 
les fois que le gazouillement cesse ou recommence, — ou que les 
moineaux entre eux se livrent bataille. — Dans cet intervalle, il 
regarde çà et là, — sans intention, à travers le brillant éblouisse- 
ment; — il suit les rayonnements qui là-haut, dans les genêts, — 
sur les monts dénudés, sur les toits roux, — sur la crête dés murs 
des blancs hameaux, — gambadent, font des bonds, des glissades 
— et des tourbillons , puis les légères farandoles, — au gré du 
moindre vent, aussi vite que la^pensée. — Adieu la farandole et 
Tardente bourrée! — ils sont maintenant Tavalanche allant en 



104 DIALECTES MODERNES 

Gouma un revès maienc as dégoûts de cristal. 
A força de guinchà, de faire parpantela, 
Desper eles, sous iols se soun cugats: es près ; 
Ë cants e parpantels, noun vei, noun ausis res. 
Ara i'a quicon mai que treva sa cervela : 
Es lou tour das pantais, lous parpantels dau som. 
Soun aqui roudejant àFentour de soun front, 
Gouma au davans dau brusc roda Tissam qu'issama. 
Bresilhàs d'aise, aucels; Moura, plan-planet brama; 
Anesses pas au mens destourbà soun repaus, 
Car lous fousques pantais an près, despioi bon pau, 
De la realitat la forma vertadieira. 
LaJssàs-lou pantaisà de sa vidassa entieira; 
Loumoument d'ara esbe, de segu, soun pus bèu: 
Gâchas coussi sourris. Tabé, quante tablèu 
A soun ime vesent de longa se debana ! 

Sariè, ma fe, pecat de lou derevelhà! 

A. Langlade. 
(Languedocien. Lansargues et ses environs.) 



haut, en bas; — changeant de forme encore, ils poudroient dans 
les airs, — ou, s'égrenant sur le sol, ils rejaillissent, étincellent 
[ensuite] — comme une averse de mai aux gouttes de cristal. 
A force de fixer et clignoter, — ses yeux d'eux-mêmes se sont fer- 
més : il est endormi, — et, chants et éblouiesements, il n'entend 
plus rien. — C'est autre chose à présent qui hante sa cervelle : — 
c'est le tour des rêves, les éblouissements du sommeil ; — ils sont 
là, tourbillonnant autour de son front, — comme autour de la ru- 
che tourbillonne l'essaim qui essaime. — Gazouillez mollement, 
oiseaux; la Brune, braie bien doucement; — n'allez pas au moins 
interrompre son repos, — car les rêves incertains ont pris, depuis 
quelques instants, — de la réalité la forme véritable.— Laissez-le 
rêver de sa vie entière ; — son rêve d'à présent est bien certai- 
nement le plus beau. — Voyez comme il sourit! Ausisi quel ta- 
bleau — en son intelligence se déroule longuement ! — Ce serait 

péché, ma foi, que de le réveiller. 

A. Langladi;:. 
(A suivre.) 



BIBLIOGRAPHIE 



Die Gatalanisohe metrîsche Version der siebea weisen Meister 

VON ÂDOLF HUSSAFIA. 

J'avais oublié,quand j'ai rendu compte ici dernièrement (tom. X, 
p. 311) de cette importante publication, que les LeyséPamora font 
mention à\x Roman des sept sages et en donnent môme une analyse 
sommaire. Une note , rencontrée ces jours-ci parmi mes papiers, 
m'a remis le fait en mémoire. Comme il n'est pas sans importance 
pour notre histoire littéraire, et que je ne le vois pas signalé dans 
le Grundriss de M. Bartsch, il me paraît utile d'y appeler Tatten- 
tion. Voici le passage des Leys (III, 290) : 

« Tôt le romans dels .vij. savis procezish aperpauc peraquesta 
figura (le paradigme), quar, can le filhs del emperador foc jutjatz 
à penjar per Temperador son payre, cascus dels. vij. savis lo dis- 
distriguec un jorn que no fos pendutz, ab un ysshemple que li 
dizia cascus per esta forma : « Si pendes aquest efan, ayssi t'en 
prengua coma aï borgnes de son lebrier » ; e pueys venia Taltres 
e dizia : « Si to filh fas penjar, ayssi t'en prendra cum fe ad aytal 
baro de son austor.» La Emperayzitz \ quar volia mal a son filhas- 
tre, filh del enperayre, cant era la nueg am so marit, desfazia tôt 
can li savi havian fag e dig de jorn, am d'autres ysshemples quel 
fazia et aduzia a son prepauzamen, pel contrari d'aquels dels phi- 
lozophes, per que l'efans fos pendutz. Enpero Dieus finalmen lo 
gardée, si que l'enfans romas coma denan e ela foc despessada. » 

Ce passage ne saurait sans doute suffire à prouver l'existence 
au XI V® siècle d'une version provençale des Sept Sages; mais on 
avouera qu'il favorise singulièrement l'hypothèse, déjà â priori si 
vraisemblable, qu'une pareille version a dû en effet^exister. Le nom 
à'aitstor donné à Poiseau qui, dans le poëme catalan, est un per- 
roquet (papagay), et une pie dans les diverses rédactions fran- 
çaises ^, est dans tous les cas à remarquer, comme un trait dis- 
tinctif de la version (provençale ou non) que l'auteur des X€y« avait 
en vue. G. G. 

* Nouvel oxomple de z^srr, à joindre à ceux qui oût déjà été recueillis* 
^ C'est du moins ce qu'indiquent les sommaires donnés par Leroux 
de Liûcy, au-devant de celle qu'il a publiée. 

8 



106 BIBLIOGRAPHIE 

Recueil d'anciens textes bas-latins, provençauz et français, accom- 
pagnés de doux glossaires et publiés par Paul Meyer (2« partie,ancien fraa- • 
çais). — Paris, F. Vieweg, libraire-éditeur. 

La Revue des langues romanes a déjà annoncé la première partie 
de cette importante publication. Cette fois, nous nous bornerons à 
une courte mention, attendant, pour en faire un compte rendu 
plus détaillé, que les deux glossaires annoncés aient paru, ainsi 
que les textes de prose. Malgré l'absence de cet important com- 
plément, ce recueil est immédiatement utilisable*, surtout pour 
les professeurs, qui ont ou, pour parler plus exactement, qui au- 
ront à initier de jeunes étudiants à la connaissance de notre an- 
cienne langue. Les textes dont il se compose ont été soigneu- 
sement contrôlés sur les originaux mêmes, ou tout au moins 
reproduits d'après les meilleures éditions. Les variantes et les 
}eçons corrigées sont indiquées en note : précaution destinée à 
faciliter le contrôle réclamé par l'éditeur lui-même et à exciter l'at- 
tention de l'élève et du maître, Tun demandant à l'autre la raison 
du choix fait entre les différentes leçons. La variété, en même temps 
que la multiplicité et la suffisante étendue des morceaux choisis, 
excitent et soutiennent l'intérêt du lecteur. A tous ces indices, on 
reconnaît un savant doublé d'un professeur expérimenté, et l'on 
peut recommander son œuvre en toute assurance aux amis des 
études sérieuses- Je remercie M. Paul Meyer d'avoir tenu compte 
de quelques-unes de mes observations relativement au texte du 
Saint Léger ^ et d'avoir bien voulu les mentionner dans ses Addi- 
tions et corrections. Je profite de cette occasion pour lui signaler 
une rectification au texte de Sainte Eulalie, que j'ai insérée dans la 
Hevue des langues romanes (2« série, 11, no 10, pag. 220), mais qui 
a paru sans doute trop tard pour qu'il ait pu en tenir compte, à 
supposer toutefois qu'il la trouve fondée : je veux parler du v. 5, où 
je lirais noni avec le ms., c'est-à-dife no'ntss non inde. Littéra- 
lement : elle n'en écoute, elle n'écoute pas pour cela. 

A. B. 



Li Garbounié. — Ëpoupèio en XII cant (traduction française en regard), 
par Félix Gras— Avignon, Roumanille, 1876 ; in-8% 335 pages. 

Stendhal écrivait de Givita-Vecchia, le 8 juillet 1841, à l'un de 
ses amis de Paris : « Plût à Dieu, au milieu de l'ennui actuel^ qu'il 
nous arrivât un bon livre écrit en auvergnat ou en provençal! » 

Le gracieux et profond philosophe de V Amour eût été ample- 



BIBLIOGRAPHIE 107 

ment satisfait, s'il avait cru devoir exprimer, de nos jours, le môme 
vœu. 

Après Mireille, après Calendal, un poëme vient de paraître 
auquel il serait assurément trop modeste de ne donner que la 
banale qualification de « bon livre. » La magnifique légende des 
Carbounié est un véritable che^-d'œuvre, dont l'auteur a conquis, 
d'un coup, à côté des maîtres du félibrige, et, on peut le dire sans 
exagération, dans la pléiade des grands poètes, une place d*bon- 
neur. 

M. Félix Gras a mis, en guise de frontispice, une épigraphe de 
trois vers qui est une admirable définition du vrai patriotisme et 
und réponse péremptoire à ceux qui accusent les félibres de sépa- 
ratisme : 

< Ame moun vilage mai que toun vilage, 
» Âme ma Prouvènço mai que ta prouvinço, 
B Ame la Franco mai que tout l » 

m 

Les Carbounié du mont Ventour sont de pauvres gens ; mais, 
chez eux, la nature parle son vrai langage. Habitués à vivre au 
milieu des mélèzes et des sapins, fiers et libres comme les aigles 
et les vautours qui planent sur leurs tètes, ils pensent simplement 
et s'expriment franthement. L'argot des bouges et des prisons, les 
sentiments artificiels, ne sont pas leur fait : 

Aqui lis ome n*an fa pacho 
« Qu'emé l'ounour; soun pastre o valent carbounié. 9 

Parmi ces braves gens^ il en est un, plus intrépide que tous les 
autres , Réginel , que tente Pamour des aventures^ là soif de Tin- 
connu. Rien ne peut le retenir, pas même Pardente passion qu'il 
éprouve pour une fille des montagnes, la blonde Annonciade, dont 
la douce physionomie apparaît, dans le poëme, comme une vision 
enchanteresse : 

Darrié li nègri barricade 

Que fan li naùtis embancado 
Recuberto de pin, de mêle emé de lieu, 

Fourèst d'ome e de loup peuplade, 
Greissié lou bèu jouvèntque cante. Franc li niéu, 
Lis aiglo, lou ferun emé li tron de Dieu, 

Que passon, volon, restountisson, 
E franc lis iue que Tabarrisson, 
Lis iue d'uno chatouno, eu oounèis degun mai. 

Paslresso 

N'a pa'nca senti Tamaresso 



108 BIBLIOGRAPHIE 

D'aqiieâto malo vido. moun Dieu ! segur noun. 

Just un dimenche après la messo 
Reginèu ie faguè, per rire, dous poutoun. 
D'Ado unciado la chalouao porto noum. 

Elo es bloundo coumo uao estello, 

E coumo en touti li pièucello, 
Sus souD visage ièu s'acampo la roujour. 

Soun un pau fôro, si prunello, 
Coume 11 de tout gônl qu*es na dins lou Yenlour ; 
Sa bouco es ôudourouso, es dau rousié la flour. 

Les instances de son vieux père SllTrein sont aussi impuissantes 
que les prières d'Annonciade : elles touchent son cœur, mais n'é- 
branlent pas sa volonté. Il part à la tombée de la nuit. Sa des> 
cente à travers les escarpements, au bruit d'une épouvantable 
tourmente qui ne se tait que pour laisser entendre les hurlements 
des loups affainés, émeut et donne le frisson, tant la description 
est saisissante 1 

Dintre 11 pelelin 

Lis argelèbre, li badasso 

En vai, subran lou baus s'estrasso 
E chimarro lou cèu à vint cano d'autour. 

Dins Tasclo negro coumo aurasso, 
Ta n draiôu que 11 loup traiicon en plen jour. 
Tant lou rode es marrlt, espaveniable e sour. 

Entre que riniro dins lou founze, 

Ausis, dirai, coume leu vounze 
De l'auro dôu revès que boufo dins li lieu, 

ben d'un liuen clouchié 11 brounze 
Tôutis à brand. Malur ! que sara, Segne Diéul 
L'enfant dôu mount Ventour cren degun, sarnibiéu ! 

On juge, dès ce début, que Félix Gras est un peintre de premier 
ordre : s'il montre la nuit, la tempête et le mystère imposant des 
solitudes, ses tableaux sont d'une originalité fantastique qui rap- 
pelle les compositions de Gustave Doré. S'il met, au contraire, sur 
sa palette, les couleurs roses de Tàurore ouïes teintes cendrées du 
crépuscule, on croirait voir un paysage de Corot ou de Français, 
auquel la nature provençale aurait ajouté sa forte empreinte. 

Mais il n'y a pas seulement des pâtres et des charbonniers 
sur le mont Ventour, il y a aussi des brigands, grands assassins 
et pillards de troupeaux. Oursan,' l'abominable Oursan, leur chef, 



BIBLIOGRAPHIE 109 

est devenu, par ses crimes et par sa force, la terreur de tout lo 
pays. Heureusement, il a rencontré un adversaire digne de lui, 
Réginel, qui a juré de détruire la redoutable bande, dont il est 
craint et détesté. 

Au temps oiï j'étais encore enfant, on se réunissait, en groupe, 
sur l'un des bancs de la Chaussée d'Alais, et, là, le meilleur nar- 
rateur racontait à ses camarades, attentifs et terrifiés, Thistoire 
d'un certain Jean de VOurs le Bourru. En lisant le beau livre de 
M. Félix Gras, en retrouvant, à chaque page, les exploits surhu- 
mains de Réginel, on pense involontairement à ce héros des tra- 
ditions populaires. 

Dès le premier chant; la lutte homérique commence. Les bandits, 
dans une caverne enfumée, comptent, sur une table rouge de vin, 
au milieu des ricanements et des cris, le produit de leurs rapines . 
Bonne occasion d'exterminer cette perverse engeance I L'entrée 
du repaire est couverte de chaume ; le vaillant charbonnier y met 
le feu. Oursan et ses estafîers sortent vainqueurs, mais humiliés, 
de cette épreuve. Ce n'est, d'ailleurs, que le commencement des 
rudes combats qu'ils vont être obligés de soutenir. 

Les douze chants du poëme sont consacrés, à travers de char- 
mants épisodes, à célébrer les dou^e travaux de l'Hercule provençal 
Réginel. 

Au château de Saint-Lambert, oii brille, comme une éclaircie, 
un délicieux tableau d'intérieur, dans la cabane du garde forestier, 
riante autant qu'est sombre la forteresse, aquelo grand carcasso, 
basiido de péiro negraeso, Oursan cherche vainement à se venger. 
A Gastel d'Amourier, Réginel, au cours de son tour de Provence, 
se joint avec succès à une battue contre les loups, non moins 
dangereux pour les troupeauiç que les brigands. C'est pendant la 
chasse qu'il rencontre une amoureuse délaissée, Zia, qui, sans 
triompher du souvenir d'Annonciade, lui rappelle ses serments 
avec une éloquence passionnée : 

Mai au fort de la chapladisso 

E dintre rorro bramadisso, 
Une voues melicouso aplanto lou jouvènt, 

Que tre l'ausise desenlisso 
E chauriho alucant dôu biais que la voues vèn 
— Regiaèu, elo dis, de léu noun te souvèn ? — 

E, trepejant sus ii cadabre, 
Mai paie e mai fre]o que mabre, 
Zia, la belle chato, arribo en jusqu'à-n-éu 



110 BIBLIOGRAPHIB 

B d*à geinoun au founs dôu vabre, 
Li bras dubert, ansin dis : —Valent Reg^nèu, 
Me fagues pas mouri I L'autre an, pôr Sant Miquèu, 

M*as proumes toun amour : c Ma belle, 

Zia, ma blanoo paloumbello, 
Me disiès, sout la touno, en me beisant lou front, 

Lou jure davans lis estello ! i 
E piôi toun juramen n'es esta qu'un afront 
E me rouigon 11 car, vuei, ti poutoun tant bon. > 

Devourissès-me, bèstis aulo t 

Ensuco-me d'un cop de gaulo, 
Car iéu siéu uno loubo, e moun cor afama 

Vôu toun amour, vôu ta paraulo 

Renègo Anounciado e vogues plus l'ama, 

E fai clanti la niue coumo un loup desmama. 

Par ces ardentes supplications, elle ne peut fléchir son cœur 
comme le fléchira bientôt, hélas ! la belle et \oluptueuse Mionnet, 
la moissonneuse de Faraman, où, avec les gavots, témoins de la 
lutte dans laquelle a mordu la poussière le Coriace de Monteux, il 
est venu se louer pour le fauchage des champs de blé. Cette der- 
nière scène d*amour est une perle poétique, d'un réalisme qui 
n'exclut ni la grâce, ni.la délicatesse. Comment Réginel pourrait-il 
demeurer insensible? 

c Ai! ail moun Diéul d' Anounciado 

1 Elo a la taio aligourado, 
1 Mens lou fèr, si dous iue trason lou même uiau, 

1 Es dous rai d'une escandihado, 
1 Dous degout d'aigo lindo, es dous bèu espigau I 
1 Es uno caio alègro em' un 4èr perdigau I 

Malgré cette séduisante ressemblance, il hésite encore; mais les 
arguments de Mionnet deviennent de plus en plus pressants et, à 
la fin, irrésistibles : 

Tè, la vaqui, ma man 1 

Se de moun amour te mesfises, 
Tè, moun front; tè, mi bouoo l— Ë levant si diamant 
Boundon si mameloun rousen e tremoulant. 

(C meraviho \ encan ! o fru beea sus la jitello ! Pouloun, o pan de 
Vamol » s'écrie Réginel enivré et vaincu. 

Après la faute, r horreur de sa conduite lui apparaît dans toute sa 
noirceur. La chasteté d'Annonciade, contrastant avec les ardeurs 



BIBLIOGRAPHIE lU 

d&Mîohnet, le rend honteux à lui-même. Ilfdit, tout confus, loin de 
Faraman. Hercule rougit d'avoir aimé Omphale. 

Mais il n'a pas seulement trompé sa fiancée : Réginel a oublié 
en même temps sa haine contre Oursan, qui, lui, prépare une hor- 
rible revanche. Le bandit n'ignore pas que le bien suprême de son 
terrible adversaire est la jeune Annoneiade, que l'absence de celui 
qu'elle aime tient inquiète et tourmentée à Verdolier, cette oasis 
des cimes du Ventour. Quel plus cruel châtiment pour Réginel que 
Pexilèvement et la profanation de son amie, le meurtre de ses pa- 
rents, l'incendie de son village ! Oursan et ses maufatan rient 
comme des démons d'avoir imaginé une telle vengeance. L'exé- 
cution du hideux projet ne se fait pas attendre : la nuit venue, la 
bande s'apprête à fondre sur le malheureux hameau des charbon- 
niers, au moment où 

Nosto poulido Ânounciado 

S'èro déjà desabihado. 
Fasié soun proùmié som. Pèr li brin e li brand 

Dôu vent, la chato ère bressado. 
Que sounjavo? Noun sai : sabe qu*à chasque istant. 

En sourisènt trasié de poutoun'mé la man* 

Ë fore de sa camisolo 

Avien sourti de nosto drolo 
Li poulit sen ardit, qu*avien si mameloun 

Ghascun une rousenco auriolo. 
De la luno es ansin aurioula lou front blound, 
Quand passe eilamoundaut darriô 'n clar nivouloûn. 

Après une montée pénible, bien autrement hérissée d'obstacles» 
que celle du char des comédiens errants du Capitaine Fracasse, les 
vauriens, Oursan en tête, envahissent le village et répandent par- 
tout le meurtre et la flamme. La lutte contre les charbonniers, aidés 
de leurs chiens de garde, est gigantesque : à la faveur d'un stra- 
tagème, ceux-ci mettent en fuite les assaillants. Annoneiade est 
sauvée comme par un miracle, mais son père, le vieil Antonin, 
est emmené prisonnier par les bandits. . . 

Ah I quand le pâtre Blas apprend à Réginel l'affreuse nouvelle, 
comme le fils de SifiFrein exhale son désespoir en plaintes amères. ! 
Gomme le remords lui brûle le cœur ! Comme il regrette son infidé- 
lité ! Gomme il maudit Mionneti Gomme il se repent de ses desseins 
aventureux i Combien il eût préféré vivre tranquille, au milieu des 
charbonniers, uni à sa bien-aimée Annoneiade ( Il part rapide 
comme Téclair, et jure de mériter son pardon par l'extermination 



112 • BIBLIOGRAPHIE 

d'Oursan et de ses complices. Cette dernière phase de la lutte 
contre les bandits du Yen tour est tracée de main de maftre, avec 
une énergie et une promptitude qui expriment, d'une façon saisis- 
sante, Tardeur impatiente dont Réginel est enflammé. Accompagné 
d'une vaillante escorte de pâtres, à laquelle un vieil et pittoresque 
ermite a fourni de précieuses indications, il va traquer les brigands 
dans leur repaire. Oursan, se voyant perdu, imagine un coup de 
trahison, qui se retourne contre lui-même. Réginel l'atteint et le 
terrasse : 

Reginèu, eirissa, 

le mande de revès soun bouis e tant fourça, 

Que lou cop ie descabucello, 

La teste à ras de si parpello ! 
Soun sang nègre, aboundous, fumo e s'escapo à flot. 

E s'escampihon si cervello 
Dessubre sis espalo e detsubre lou ro. 
Angin souto la font Taigo verso déu bro. . . 

Es estendu subre Tesquino 

E rangoulejo sa peitrino. 
Alor, dintre la mar lou soulèu que vei tout 

Se trais. Tant lèu, Tescnresino 
S'alargo dinslou plan, sus li mount e pertout, 
E dins li nègre lieu ii machoto fan choul 

Le vieil Antonin est délivré; la bande d'Oursan est amenée 
captive au milieu des acclamations des charbonniers, et le poëme 
finit sur l'heureuse impression de calme que laisse, après les orages 
continuels de l'action, Punion d'Annonciade et de Réginel, que le 
vértérable ermite du Ventour bénit en ces termes : 

Au noum de Dieu, vous benesisse l 
Au noum de Dieu, iéu vous unisse t 

I 

Que la pas dôu Segnour siègue sèmpre emé vous ! 

E que, pèr^coumble de délice, 
Vegués crèisse en venu vôstis enfant noumbrous, 
Avans que fagués viàge au mounde tenebrous l 

Le désir de ne pas suspendre l'intérêt toujours croissant qui 
s'attache aux aventures de l'héroïque charbonnier ne nous a per- 
mis que de signaler d'une manière générale les remarquables des- 
criptions qui étincellent à chaque page du poëme. 

Nous nous reprocherions de ne pas en faire connaître au moins 
une, celle d'une radieuse matinée de juillet, entre tant d'autres qui 
ne mériteraient pas moins d'être raentionnéss: 



BIBLIOGRAPHIE 113 

L*eigagno lus sus li léulisso, 

Li passeroun, dins la sebisso, * 

BequetoD li poumeto, e dins li camp de blad. 

Lis esparset e li panisso, 
S'auso piêuta lacaîD. Au founs dôu grand valat 
Lou riéu claret, claret, noun cesso de souscla. 

Pamens subre li plus aut moure, 

Bèu coumo un cavaiin au courre, 
En niflant de niéu d'or s'enauro lou soulèul 

Sa creniero de rai, i roure, 
I mount, i plan negras largo lou lum tant lèu 
B boundo esbléugissent dins Tareno dôu oèu. 

Alor, emé sa voues mistlco , 

La naturo entouno un cantico. 
Es li senglut dôu rièu, la capeludo amount. 

Lou son de l'eissado que pico. 
Lis ordre di bouié : Tauro emé si viôuloun 
Fai Tacoumpagnamen, tout vai à Tunissoun , 

Pièi acoumenço la cigalo, 

Negrihouno que s'encigalo 
I proumiê rai que béu au souleias d'estiéu. 

Ë zf'n / zin I zin l fai di cimbalo, 
Ë ni manjo ni bèu. Pecairelo I elo viéu 
Ren que pôr entonna li lausenjo de Dieu. 

Le poëme de M. Félix Gras, il faut le répéter en terminant, 
est, à nos yeux, un véritable chef-d'œuvre. Il marque, ainsi que 
le faisait observer M. Armand de Pontmartin, une tendance nou- 
velle dans l'école des félibros, une brillante évolution vers une sorte 
de romantisme provençal. Les vers du poëte de Villeneuve-lez- 
Avignou n'ont pas tous l'admirable régularité, presque classique, 
de l'illustre maître de Maillane; mais leur allure, parfois désor- 
donnée, libre de frein et dédaigneuse du mors, n'en est pas moins 
d'un puissant caractère. 

La presse parisienne, comme celle des départements, a fait 
aux Carbounié un accueil chaleureux, dont \a. ^ Société - des langues 
romanes a d'autant plus le droit d'être fière, qu'elle a été la pre- 
mière à proclamer les quaUtés de cette épopée provençale, en la 
jugeant digne, au Concours philologique et littéraire de 1875, de la 
plus haute de ses récompenses. 

En suscitant de telles œuvres, le félibrige prouve incontestable- 
ment qu'il est loin d'avoir épuisé la sève qui a produit tant de re- 
marquables poètes. Uno avulso, non déficit aUer. 

Maurice Faure. 



114 BIBLIOGRAPHIB 



L'Idéb latins dans quelques poésies en espagnol^ en langue d'oc et en 
catalan. — O. Bringuier: A las raças latinas, hrinde, p. 71 du Con- 
cours philologique et littéraire de Vannée 1875, in-8", 182 pages. — Pèço 
conronnado à Fonrcauquié, p. 33 du Libre de Nouesio-Damo de 
Prouvènco; Fourcauquiô, Massoun, 1876, in-8o, lxxx - 232 pages. — 
Gaut : Loi Houro. dramo entres ate e en vers; Àis-en-Prouvônço, 
1875, in-12, 96 pages. — F. Piscueta : Oda & la nnioii de las razas 
latinas {las Provincias de Valence et Mercantil vàlenciano, n*' du 
29 juillet 1876).— Reventos: A la rassa Uatina; Barcelona, 1876,' in-8% 
16 pages. —Harius Bourrelly : Poesia provenzal dedicada à la Asocia- 
tionde Gerona, con motivo del certamen de 1875; Geroua, Dorca, 
in-4*, 4 pages — Le même, Poesia provenzal, etc., con motivo del 
certamen de 1876 ; Grerona, Dorca, in-4*, 4 pages ^ 

Au moment où M. de Quintana priait Mistral de fonder en son 
nom le prix qui doit récompenser en 1878 la meilleure Chanson du 
LatiHy ou la conception d'une poésie commune par le sujet, les sen- 
timents et la mélodie à ceux qui, en Europe, en Asie, en Améri- 
rique, partout où les vicissitudes du' passé, la colonisation pacifique 
ou la conquête les ont jetés, se reconnaissent les fils de la vieille 
langue de Rome; au moment, dis-je, où ce prix éveillait dans la 
pensée des Catalans et des Provençaux le vague instinct d'une 
confédération future, la perception d'une sorte de Latium plus 
vaste et plus populeux que Tancien, Octavien Bringuier écrivait 
ces beaux vers, les derniers de sa vie déjà gravement et irrémédia- 
blement atteinte : 

c Roumans, faguen pas qu*un ! Son toutes fraire e serre, 
Ë gara qu'à quaucun de nautres ie maucore ! 
Sevoulèn ici garda iou timou dau. vaissèu 
Que Talé dau bon Dieus passeja en miè Iou mounde. 
De traval e de pas se voulèn nostre abounde, 
Seguen ce que tenièn lous litous : un faissèu ! 

Le hrin4e qui Jious fournît cette strophe admirable et le prix 
fondé par M. de Quintana sont la traduction la plus nette d'une 
pensée qui, depuis trente ans déjà, préoccupe les esprits en deçà 



(1) On rencontre encore Texpression de la môme idée dans une dédicace 
languedocienne M Mièchjour, placée en tête d'un livre étranger à la des- 
tination de la Revue : le Fédéralisme, par Louis-Xavier de Ricard; Paris, 
Sandoz, 1877; in- 12, xxx- 302 pages. 



BIBLlOaRAPHIE 115 

et au delà des Pyrénées. A demi-politique pour les uns, purement 
littéraire pour d'autres, elle s'acheminait peu à peu vers une forme 
qui lui permit de saisir l'imagination poétique et, par celle-ci, Pima- 
gination populaire. Ses antécédents sont très-divers. En 1845, par 
exemple, un livre que l'on attribua à Lamartine ' et qui était dû 
à un des plus célèbres professeurs de la Faculté de médecine de 
Montpellier, le docteur Lallemand, pronostiquait l'établissement 
d'une grande confédération où l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la 
France et la Belgique, auraient pris place, avec Marseille comme 
siège du congrès xbergallitale des néo-latins. En 1874, le cinquième 
centenaire de Pétrarque appelait à Avignon, autour de la mémoire 
du poëte qui contribua tant à la renaissance des lettres grec- 
ques et latines, les quatre poésies française, provençale, italienne 
et catalane. Et cette dernière particularité ressortit tellement, 
que M. de Quintana put, sans surprendre personne, faire 'appel 
à Punion des trois nations qui participaient à la fête, et affirmer, 
dans un langage empreint d'un énergique lyrisme, que, « si les 
vents froid du Nord revenaient glacer le foyer d'une nation méri- 
dionale et dessécher l'herbe qui croit sur les tombes de $es aïeux, 
ils reculeraient effrayés devant l'éclat de la race romane réunie.»» 
Un an après, le 12 septembre 1875, une inscription en langue d'oc, 
placée par l'archevêque d'Aix dans l'église de Forcalquier, appe- 
lait en ces termes la protection de la Vierge, non pas seulement sur 
la Provence; mais sur la race latine tout entière : 

TrELUS PÀBADISBN PB LA GRAGI DIVINO, 

La PKOavÈKço t'aubodro, g Maire, aqubst palai ; 
Dessus noubstg Prouvènço b la baçg latuvo 
Largues ta gragi longo-mai I 

« 
Et cette manifestation, à laquelle la présence de Roumanille, de 
Mistral et d'Aubanel, ajoutait une signification particulière, devait 
se continuer le lendemain par la représentation du drame des 
Mouro, A la peinture de la Provence secouant le joug des Sarra- 
sins, l'auteur, J.-B. Gaut, avait mêlé des épisodes et des détails 
inspirés de ce que j'ai nommé plus haut l'idée latine. Ludwig de 
France, Sanche d'Aragon, les principaux barons des deux côtés 
des Alpes et des Pyrénées, suivis de leurs vassaux, contribuaient 
à la défaite des Maures. Dans la dernière scène, après le triomphe, 
on les voyait tirer leurs épées et former entre eux une ligue indis- 



* Le ffoc/iyo/i. Lallemand Tavait signé d'un pseudonyme grec qui. était 
l'exacte traduction de son nom. 



116 



BIBLIOGRAPHIE 



Sanghb 



IjUDWIG 



soluble. Ils juraient que cette ligue serait durable ot que le inonde 
l'entendrait. ^ 

Gaoburjo : Vuei ]a Prouvènço emé la Franco 

Pachon uno eterno alianço. 
Sanche d'Aragoun, ièu te dieu 
Que li aura plus de Pirenèu , 
Sèmpre; Jaufret de Ventimiho, 
Nouesto Prouvènço e l'Itallo 
Saran souerre. Pople latin, 
Luse à peno voueste matin. 
Mai me senti meravihado , 
Prcvesènt vouesto escandihadp 

Pèr la Vièrgi n'en fau proumesso, 
Viéuren, mourren'en s'embrassant. 

Au noum dôu Crist\ au noum dei Sant, 
Toujour, per apara ta tèsto, 
Prouvènço, aurai Tespaso lèsto. 

Pople latin, tôutei juren 
Que de longo s'ajudaren. 

*Mé lei vouestro crousanl ma lamo, 
Jùri pèr Dieu e Nouesto-Damo 
Que nouesto pacho se tendra, 
Ë que lou mounde l'entendra. 
(Ttron Wttfet leisespaso e lei crouson,) 

Vitèri, nous a ri ta facho î 
Mouro dôu Miejour o dôii Nord, 
Lei fraire latin en fa pacho 
Pèr restanca vouéstei desbord. 
Car an tôutei mémo cresènço 
Même brôs, freirous parauli. 
Franco, Espagne, Itàli, Prouvènço. 
Ensèn poudren jamai mouri ! 



Jaufrkt 



Gdihrn 



FOLCOACRE 



Il est rare qu'avant d'éclater entièrement, avant de prendre con- 
science d'elle-mènie dans la pensée des hommes, une idée ne se soût 
pas lonî^temps agitée parmi eux, n'ait pas préoccupé confusément 
leur esprit. Cette conception si grande d'une trêve de Dieu, non 
plus partielle, mais complète, entre les fils d'une même race, cette 
alliance à toujours de nations qui, en maintenant leur indépen- 
dance intérieure, se rendent communs les périls et les luttes exté- 
rieures de chacune d'elles, n'est pas au fond une idée nouvelle 
dans l'Europe méridionale . Non pas qu'elle y ait été formulée de 
cette manière, mais parce qu'elle y a existé tantôt àrétat de germe 



BIBLIOGRAPHIE 117 

obscur el mal défini, tantôt à l'état de conception de conquérant, 
un moment réalisée par la force : Tempire à moitié franc, à moitié 
latin de Gharlemagne, celui de Charles-Quint, la suprématie exer- 
cée par Louis XIV, lorsque r£spagne et les Indes entrèrent dans 
le domaine desBourbons; le fameux pacte de famille auXVIII» siè- 
cle ; et à rorigine, mais dans un lointain et sous une forme trop 
violente pour qu'elle soit aujourd'hui sensible à l'imagination des 
masses, la domination de Rome enserrant sous les mêmes mains 
les populations gauloises de TEspagne, des Gaules, de l'Italie, de 
l'Helvétie, des rives de l'Adriatique, de la Dacie et de l'Asie*: tels 
sont les principaux anneaux politiques d'une idée qui tend à jouer 
un rôle prépondérant dans les deux renaissances catalane et pro- 
vençale. 

Traduiledans le langage de la poésie, elle ne pouvait prendre que 
la forme idéale et philosophique, ou bien la forme épisodique, qui 
résume et concentre sur un fait, sur un homme, que celui-ci s'ap- 
pelle Arthur, Roland ou le Cid, les aspirations d'un peuple ou d'une 
race déterminée. Dans la Marche d\irlhui\ le héros celtique, le mi- 
racle de l'épée, le chef des batailles de la Gornouailles, l'être mysté- 
rieux dont Id face rayonne quand la mêlée commence, qjjand tout 
s'agite autour de lui, Arthur, dis-je, est représenté menant au com- 
bat une armée qui chemine déployée sur le sommet des montagnes, 
et, aussitôt qu'on l'entend approcher, aussitôt qu'on la voit, de toutes 
parts, le cri de guerre s'élève avec joie, réclamant cœur pour œil, 
tête pour bras et mort pour blessures, jusqu'à ce que les vallées 
disparaissent sous le sang, jusqu'à ce que les braves tombent per- 
cés dans le combat ^ . 

C'est encore dans le chant danois d'Ëwald, le roi Chrétien lY, de 
la dynastie des Oldenbouig, qui, debout près du mât élevé, au mi- 
lieu de la fumée et du tourbillon, frappe avec tant de force qu'il 
brise le crâne et le casque du Goth. «Fuyons, s' écrie-t-il, fuyons tant 

* Souvenirs auxquels M. Bourrelly fait vraisemblablement aUusion dans 
ces vers : 

Se lei raço latino, antan, ëion unido, 
Fau que, lei rejoagnent, li dounen mai de yido; 
La forço es dins Tunien, e li a ni mor, ni moani 
Que pouscon aplanta Vidèio, quaud se founde 
Dins la testo dci pople, c va de mounde en moanâe 
Desempiëi lou trelus en jusque lou trcMuonat. 

[Poesia provenzal con motivo del Certamen de 1876). 

S La Vtllemarqué, Barsaz Breiz, 6* édition, 1807, p.49. 



118 BIBLIOGRAPHIE 

que nous pourrons fuir. Qui pourrait résister à Chrétien de Dane- 
mark Aans le combat? » 

Mais Niels Juel * voit aussi le tumulte de labataiHe. et lui encore 
déploie le pavillon rouge, et, comme Chrétien IV, il frappe à coups 
redoublés sur les ennemis : «Fuyons, s'écrient-ils de nouveau, 
cherchons un refuge où nous cacher. Qui pourrait résister à Juel de 
Danemark dans le combat ^ ? 

Et, dans le chant breton, après le récit de la marche d'Arthur sur 
les montagnes de la Cornouailles, après la narration de Tenthou- 
siasme qu'elle excite, les fidèles du roi entonnent ces deux stro- 
phes, qui sont en opposition directe avec la dure loi du talion, énon- 
cée bien haut un moment auparavant : 

c Si nous tombons percés dans le combat, pous nous baptiserons avec 
notre sang et nous mourons le cœur joyeux. 

» Si nous mourons comme doivent mourir des chrétiens et des Bretons, 
jamais nous ne mourrons trop tât I » 

Dans le chant d'Ewald, au contraire, la conclusion, moins direc- 
tement amenée, est empreinte de la mélancolie nuageuse com- 
mune à certains poètes de la fin du siècle dernier : 

c Toi qui mènes à la gloire et à la puissance, route de Danemark, mer 
lourde et sombre, reçois ton ami qui marche sans crainte, qui méprise le 
périlf qui est fier comme toi dans le bruit de l'orage; mer lourde et sombre. 
A travers le tumulte des vents, la bataille et la victoire, conduis- moi à 
mon tombeau! » 

Mais si cette forme est éminemment vivante et animée; si elle a 
l'avantage d'entrer sans le moindre eôort dans Pesprit, elle présente, 
en revanche, lorsqu'il ne s'agit plus d'un peuple particulier, mais 
d'une race tout entière, de grandes difficultés au poëte. On com- 
prend combien il est rare de rencontrer un ifait historique qui inté- 
resse également cinq ou six nations. Il faut donc chercher, dans l'his- 
toire de l'une d'elles, un fait susceptible d'être accepté par toutes 
les autres, qui représente fidèlement leurs aspirations communes, 
qui permette enfin de faire jaillir des entrailles du sujet cette 
conclusion, ce cri d'enthousiasme que la présence d'Arthur provoque 
parmi les Bretons, lorsque le désir de la guerre et des combats 



V Amiral danois qui remporta plusieurs victoires navales* 
8 Chants popidaires du Nord, p. 249, traduits par X. Marmier; Paris, 
1842, in-l2. Je ne cite que ces deux chants, l'un populaire, l'autre d'ori- 
gine savante, afin de ne pas multiplier mes exemples, et je néglige 
forcément la question, étrangère à mon sujet, des retouches subies par les 
Barzaz Breiz 



BIBLIOGRAPHIE 119 

les a réunis. L'époque moderne, avec les divisions et les rancu- 
nes qu'elle soulève, ne pouvant guère convenir, le poëte est pres- 
que toujours rejeté vers la période à demi barbare, à demi héroï- 
que du christianisme, entre les agitations qui suivent l'écroulement 
de Tempire romain et la prise de Gonstantinople par Mahomet II. 
Telle est la pensée, à la fois savante et populaire, spontanée et 
réfléchie, qui semble avoir enfantée les ifouro de M. Gaut, mais 
que les auteurs des poésies qui nous restent à examiner n'ont 
guère soupçonnée. Lecôté direct de leur sujet, le côté patriotique, 
si l'on pouvait se servir de cette expression, et souvent même le côté 
purement actuel, les en a écartés. L' Evangile annonce que les 
apôtres sont le sel de la terre. Développant cette parole, M. Piscueta 
dii aux nations latines, dans une ode espagnole qui, lors des fêtes 
du sixième centenaire de Jacme I®»*, lui mérita le prix donné à cette 
occasion par là ville de Montpellier * . 

« Vous êtes la source d'harmonie qui inonde la race humaine. Vous êtes 

«la fleur du désert qui embellit la désolante solitude; l'oiseau qui, de son 

chant harmonieux et doux, fait connaître & la nuit que le jour approche. 

Vous êtes le prophète saint des grandes idées qui élèvent au-dessus de la 

terre l'esprit de l'homme et qui rinciinent à rechercher le ciel *.i> 

Et toute la pièce, du reste fort remarquable, de M. Piscueta, est 
comme le cri d'orgueil de la race romane opposant aux autres races 
ses grands hommes, ses lois, ses découvertes, sa mission civilisa- 
trice, rappelant que Tun de ses hls pénétrait le secret des mouve- 

i Les fêtes du centenaire de Jacme ont été le motif de manifestations 
où les idées latines ont joué un rôle très-considérable. La principale fut 
l'envoi d'une adresse aux chrétiens d'Orient. On était alors au plus fort 
de Tindignalion qu'avaient» soulevée ei Europe les massacres de la Bul- 
garie et de la Bosnie. M. do Quintaua, qui en eut la généreuse pensée, lut 
aussi à Valence et à Barcelone un chant entièrement inspiré de l'idée 
latine. Au jugement de ceux qui l'ont entendue, cette pièce est une des 
œuvres les mieux réussies de la poésie catalane : 

2 Caal es del aniTersû 
Bl espirita Diou,de dondemana 
El raudal de armonias que lo inunda, 

Lo sois Yosotras de la raza linmana. 

Sois la flor del desierto que embellece 
La abromadora soledad; el aye 
Por cnyo dulce y armonioso canto 
Que se aproxima et sol la uoche sabe. 

Sols el prof eta santo 
De las grandes ideas que del suelo 
Elevan el espiritu del hombre 
tJn pauto mas para aoercarle al cielo. 



120 BIBIvlOGRAPHIE 

ments du ciel, tandis qu'un autre « retrouvait un monde caché 
sous les ondes »; énumérant avec complaisance les termes de l'éter- 
nelle épopée, « dont le chant prit naissance à Carthage et retentit 
dans la Lybie;que l'Asie écouta prosternée au pied des autels, 
l'Amérique dans les bois»; qui résonna plus tarda Lépante et, trois 
siècles après, en Egypte, laquelle, au milieu « des tombes de la 
mort », vit enfin luire « un signe de gloire et de liberté. » 

Le même sentiment caractérise encore la belle pièce de M. Re- 
ventes et lui inspire ce cri magnifique, renouvelé du livre deJosué, du 
Carmen sœculare d'Horace et d'une légende moitié celtique, moitié 
chrétienne, sur la mort de Saint Patrice, l'apôtre do l'Irlande : 

Para ta via 
Oh Sol, y engendra un dia 
Que sia etern per liumenar ma glôria ! 

(Prépare ta voie, — ô soleil, et engendre un jour — qui soit éter- 
nel pour éclairer magloire!) 

La poésie de M. Marias Bourrelly, dédiée à V Association liiléraire^ 
de Girone en 1875, présente, sous des idées plus foncièrement féli- 
briques, une conclusion de même nature. Les souvenirs histo- 
riques, les traditions du passé, manquent à ses strophes, inspirées 
surtout de l'ancienne union de la Provence et de la Calalogne.C'est 
parce que le même soleil, qui fait éclore la fleur symbolique des 
pervenches,mùrlt aussi le raisin sur les coteaux d'Oporto et grandit 
les arbres à fruits d'or, le citron, Torange et la grenade, des deux 
côtés des Alpes et des Pyrénées ; c'est parce que ces deux grandes 
barrières ont été percées par la main de l'homme, et que la même 
mer ouvre ses bras « aux trois sœurs romanes»; c'est presque par 
des raisous économiques, que le poète chante la fédération future 
de l'Europe méridionale, et, faisant appel.au mot de Charles Quint, 
annonce à la fin de ses vers le futur « Empire du soleil * » : 

Deis Aup ei Pirenèu, se nouésteis encountrado 
Per aquôleis emparro èron desseparado, 

Avèn iraaca leis Aup emai lei Pireoèu 

Quand auren raproucha lei très souerre roumano, 
Coumo lou Gapoulié nous v'escriéu de Maiano, 
Auren TEmpèri dôu soulôu. 

' Gomme celle de M. Reventes, la conclusion de M. Bourrelly, Tin vo- 
cation de M. Gras au premier chant des Carbounié, la Cansoun dôu soulèu 
de Mistral, et bien d'autres exemples qu'il serait inutile de mentionner ici, 
accusent, dans le midi de la France et en Catalogne, une préférence évi- 
dente à regard des métaphores et des formules qu'un mythologue qua- 
ifierait de solaires. Tout cela se rattache par bien des côtés aux idées 
d'union latine. 



BIBUO0RAPHIB 121 

Qu'arrivera«t-il de cette idée, dont il est permis de douter, mais 
dont personne ne contestera l'élévation véritable ? Une confédéra- 
tion embrassant sous le même lien fédéraiif les nations et les colo- 
nies latines de TEurope, de TOcéanie et des deux Amériques, doit- 
elle entrer dans Tordre des prévisions historiques de notre temps? 
Nous n'avons pas à l'examiner dans la Revue des langues romanes. 
En touteautre occurrence, la conclusion d*un esprit très-perjspicace 
et très- distingué nous inclinerait à répondre par l'affirmative : « Les 
faits de ce genre, disait M. Gaston Paris, à propos du prix que ve- 
nait de fonder en 1875 M. de Quintana, ont plus d'importance qu'on 
n'est communément porté à le croire. Les politiques au jour le jour 
peuvent en sourire, les hommes qui mènent le monde ne les dédai- 
gnent pas. Combien on en trouverait de semblables,, ignorés, mé- 
connus ou compris par quelques-uns seulement, à l'origine des 
plus grands événements de l'histoire contemporaine M » 

Alph. Roque-Ferrier. 



Sermoùn prouvençan prannounça dins la glèiso catedralo de Fonr- 
cauquié, lou 12 setèmbre 1875, pôr M. l'abat Pau Tebris. Fourcau- 
quié, Masson, 1876; in-8% 26 pages 2. 

Le mouvement provençal ne se borne pas à des études théoriques 
ou archéologiques sur la langue populaire: il veut ressusciter l'usage 
des idiomes qui se perdent, même chez les habitants des campa- 
gnes, et il aspire à réussir par des efforts» émanés plutôt de ce 
qu'on a appelé les classes dirigeantes que des classes dirigées. 
On ne pourrait, sans témérité, affirmer d'avance que ces eiforts 
resteront stériles. Après une renaissance poétique qui marquera 
dans l'histoire littéraire du XIX® siècle, voici venir de sérieux essais 
en prose. La Sociélé des Langues romanes , qui, en 1875, a été la pre- 
mière à donner des prix à des travaux semblables, ne peut qu'en- 
courager ces tendances. 

En même temps, et plus peut-être que Talmanach et le journal, 
l'éloquence de la chaire est un des plus puissants moyens de difi*u- 
sion du langage qui existent Mais combien trouve-t-on encore de 
ministres de la rehgion qui parlent au peuple en son idiome ? Los 
habitants de certains villages regarderaient souvent de mauvais œil 

' Journal des Débats, n" du 13 avril 1875. 

2 Ce sermon a été réimprimé dans ioa Libre de Nouesto-Damo de Prou- 
vènço; Fourcauquié, Masson, 1876, in-8^ 

9 



Iti BIBLlOGRilPHlB 

le desservant qui leur prêcherait eu «patois», et se refuseraient 
peut-être à laisser établir une habitude à laquelle ils attribuent, 
bien à tort, un caractère d'infériorité sociale. 

Le Sermoun prouvençau prononcé à Forcalquier, le 12 septembre 
■1875, par M. l'abbé Paul Terris, lors des fêtes religieuses et litté- 
raires'qui accompagnèrent l'inauguration de la chapelle de Notre- 
Dame-de-Provence, réalise une tentative heureuse en sens con- 
traire . 

Le nombre des sermons sur la Vierge étant infini, il semblait 
difficile d'en composer un sur un plan nouveau. Aussi doit-on fé- 
liciter M. l'abbé Terris d'avoir choisi une division si naturelle que 
tous ses lecteurs peuvent croire qu'ils l'auraient eux-mêmes trouvée, 
alors qu'il en est personnellement l'auteur. C'est là de l'art véri- 
table. 

Dans son premier point, pour nous servir du terme en usage, 
M. l'abbé Terris examine ce que la Vierge a fait pour la Provence. 
Ce thème place sur ses lèvres l'arrivée des Saintes Maries et des 
premiers disciples du Christ sur les rives méridionales de la Gaule. 
L'invasion des Barbares du Nord lui fournit l'occasion de rappeler 
que, grâce aux travaux et aux prédications des évêques et des doc- 
teurs provençaux, de Césaire notamment, de Vincent et de Salvien, 
tous trois enfants du monastère de Lerins, l'arianisme, ce crestia- 
nisme dément de mita, comme il l'appelle, ne put s'implanter en 
Provence. Enfin, par un vrai tour de force dans un discours pro- 
noncé devant les felibres successeurs des troubadours, ne reculant 
pas devant une situation des plus délicates, il n'a pas craint de 
remonter à la guerre des Albigeois et de faire l'éloge du vainqueur 
de la bataille de Muret, livrée, singulière coïncidence, le 12 sep- 
tembre 1213, six cent soixante-deux ans, jour pour jour, avant le 
Sermoun prouvençau de Forcalquier. 

c Sian vuèi au donge . de setèmbre : date memourablo ! L'a vuèi, siei- 
cent-seissanto-dons an, sus lei ribo de la Garouno, douas armado èron 
en présence. D'un coustat, lou rèi d'Aragoun Pèire, Pèire lou grand, se 
voulès, ilustre orne de guerre, qu'en escrachant lei Mouro veniô de se 
curbi de glèrl, urous s'aguesse toujour mes sa valènto espaso au servlci 
de la justlci e de la verita; de l'autre un orne qu'avié atamben un couer 
de lioun e un bras de ferri, e de mai la fe d'un grand crestian. Pèire 
d'Aragoun, à soun coustat, vesié bataia belèu proche cent lïiilo omeS 

Simoun de Mount-fort n'avié qu*uno pougnado, vue cent E, ço que 

bessai s'èro plus vist dempuei lou tôms dei Maccabéu, lei vue cent aguèron 

* Ce nombre pourrait, croyons-nous, soulever de sérieuses objec- 
tions. 



BIBLIOGRAPHIB 1S3 

resoun dei cent milo, e lou Miejour de la Franco siguè deliéura de la 
dôutrino dei nouvèu SQitatonr de Manès.» 

» E vous cresigues pas, M. F., qu'aquello grando querelloque faguèi 
ailasl escampa tant de sang e amoulounè tant de rouino, fuguesse sonla- 
meni uno chicano d'escoulan. La dôutrino dei nouvèu Maniqueian, dôu- 
trino, tant sutilo qu'un moumen, à siècle passa, avié sedu lou grand Sant 
Agustin éu-meme, anavo pas soulamen à rencontre de quàuquei rode 
dôu catechime, coume d'ùni^ se reimaginon, mai enjusqu*ei foundamento 
treboulavo la famiho e la soucieta civile en coundanant lou sant mariàgi, 
en desplaçant la respounsabilita mouralo de l'orne, e en fasent d'un 
Dieu même Tautour dôu pecat. 

» O felibre de Prouvenço, meis ami e mei fraire, vous qu'avès atuva 
lou fue de voueste engènl à r.imour dôu sôu patriau e de la religien de 
Youéstei reire, n'i'a que vous dison qu'es lou Papo, qu'es la Glèiso au 
siècle tregen qu'amoussèron dins de riéu de sang nouesto literaturo na- 
ciounalo. La literaturo, mai quand respond à sa mission, quand enauro 
Tamo de vers Tamour de l'etarno bèuta, que l'amo mai que la Glèiso, 
elo que dôutems de la grand negadisso deis envasien barbaro, la gardé à 
l'oumbrlno ôfi sei mounestié, la rescaufè dintre sei bras e la sauvé per de 
tems puserous, elo qu'à l'ouro d'aro» es la proumiero per la bouco auto- 
risado de seis ilustre Evesque, à benesi vouéstei couronne e à saluda 
Taubo de vouesto resurreicieu? Noun b'es pas la Glèiso qu'a amoussa 
Qouesto literaturo. Âilas I au siècle tregen s'amoussavo proun touto sou- 
lelo; avié adejà que trop perdu la boueno draio per se n'en teni qu'au 
culte de la car; n'avié quasi plus qu'à bada-mouri d'inanicien e fauto 
d'idèio, car lois idèio, ve, leis idèio, aco's Tôli qu'afourtis e manten uno 
lengo. Uno lengo que sert à vesti de liereis idèio, s'esvalis pas coume 
uno fremeto souto lou sabre d'un soudard.» ' 

La victoire de Muret et le succès définitif de la cause française 
portèrent, cependant, un grand coup à la littérature des trouba- 
dours. La langue d'oc et la langue d'oil avaient jusque-là divisé la 
France en deux régions à peu près égales. A partir de cette date, 
la seconde supplanta peu à peu la première, en y introduisant des 
altérations nombreuses. Quant aux conséquences politiques de la 
guerre des Albigeois, on est forcé de reconnaître qu'elles furent, 
après tout, salutaires pour la France , puisqu'elles maintinrent 
Punité nationale, menacée, dès son berceau, par la formation pos- 
sible d'un grand duché d'Aquitaine ou même d'un nouveau royaume 
de Théodoric. Innocent III et saint Dominique, qui avaient pour 
objectif une autre unité, n'avaient probablement pas prévu le ré- 
sultat final dont la France profita. 

Après avoir consacré son premier point à indiquer ce que la 
Vierge a fait pour la Provence, M. Terris emploie le second à 
exposer ce que la Provence lui a rendu, et, à ce propos, il énu- 



124 BIBLIOGRAPHIE 

mère la longue liste des saints et des hommes illustres que cette 
province a donnés à la France. Il voit enfin dans le nouveau 
sanctuaire l'acte' authentique, le monument sacré qui conserve- 
ront dans la postérité le souvenir de ces précieux échanges. Le 
développement de cette idée forme le troisième et dernier point 
de son sermon. 

La citation reproduite est suffisante pour donner une idée du 
dialecte dans lequel M. Terris a écrit. Ce n*est pas le doux lan- 
gage des bords du Rhône, que Mistral a immortalisé ; c'est le dia- 
lecte de la région montagneuse de la Provence, celui qui se parle 
entre Marseille, Aix, Salon, Apt, Digne, Nice et Toulon*. Il nous 
paraît un peu dur au premier abord. Les formes oue au lieu de o 
{couer pour cor)^ ien au lieu de ioun (inàniden pour inanicioun), 
semblent sortir avec peine des lèvres. Mais c'est affaire d'habi- 
tude. Il n'est pas de langue qui ne finisse par être agréable quand 
elle est bien maniée et qu'elle est mise au service d'une idée aussi 
élevée que l'union, dans une même solennité, de l'amour de la reli- 
gion et de celui de la patrie. 

A. Espagne. 



Là Poésie provençale hors de la Provence. - AMoansegne Dubreil, 
archevesque d'AYignoiinj eme un tablèu pinta de la Vierge dicho 
« Jardiaiero » ( d'après Rafaëu ), en souveni dôu bautisme benastra 
de moun enfantoun Napoleon-Estello j [pèr G. -G. Bonaparte- Wyse]. 
Plymouth, printed by I. W. N. Keys and Son [1876]. In-4o, 6 pages. 

L'idiome que consacrèrent les troubadours eut, au XI* et au XI1« 
siècles, la singulière fortune de devenir la langue littéraire du 
Midi. Adopté dans toutes les cours de la féodalité languedocienne 
et provençale, à Toulouse, à Montpellier, à Garcassonne, à Aix, 
bienvenu des princes aussi bien que du peuple, son extension ne 
fut pas limitée aux provinces méridionales de la France ; la haute 
Italie, PAragon, la Catalogne, eurent leurs troubadours, et, près 
de Giraud Kiquier, de Peyrol d'Auvergne, de Rambaut de Va- 
queiras, les biographes placent Boniface Galvo, de Gènes; Serveri, 
de.Girone, et Ferrari, deFerrare; Sordel fut originaire du Man- 
touan et Barthélémy Ziorgi, de Venise; Aligliieri lui-même, au 
vingt-sixième chant du Purgatoire^ place dans la bouche d'Arnaut 

^ Circonscription linguistique donnée par ['Armand prouvênçau de 
1856. 



BIBLIOGRAPHIE 125 

Daniel huit vers écrits dans Ja langue naturelle du troubadour 
limousin. Le « cantar provensalés », que l'empereur Frédéric I*' 
mettait au-dessus de tout autre, était bien alors la poésie préférée 
des cours de l'Europe, et nulle faveur n'était égale à la sienne. 

Un des principaux caractères de la littérature des félibres sera 
celui d'avoir fait revivre quelque chose de cette universalité de la 
littérature des troubadours. Le haut et le bas Languedoc, les 
Gévennes, la Catalogne et enfin l'Irlande, ont, en effet, comme 
autrefois P Aragon et l'Italie pour le limousin, donné des poètes 
à l'idiome d'Avignon. Nous avons vu M. Gabriel Azaïs composer, 
à Béziers, des œvres provençales qui ne le cèdent ni en mérite, 
ni en correction linguistique, à la partie languedocienne de ses Ves- 
prados de Clairac *. On doit à M. Gharvet, d'Alais, A-n-uno estello*^ 
Sursum corda*, lou Pont dôu Gard*, etc.; à M. Clair Gleizes, d'Azil- 
lanet, li Mulatié de la mountagno Negro^, Menerho^ et VOuliéu, 
donné en 1874 diMMusée d'Arles"^; M. Paul Barbe écrivait lou Conse 
de la mar^y et, à leur exemple, MM. Justin Herrisson*, de Bé- 
ziers; Antonin Glaize, de Montpellier *<*, Paul Gaussen, d'Alais *^ 
publiaient à la fois et des vers languedociens et des vers proven- 
çaux ; le poëte catalan Victor Balaguer, amené en Provence, il 
y a dix ans, par le contre-coup des agitations de son pays, es- 
sayait de faire prévaloir parmi nous les assonances catalanes : la 
inort de Beziès, la Bataio de Murei, Au bord dôu Bose^ furent les 
fruits de cette tentative, malheureusement restée jusqu'ici à l'état 
d'exception unique *'2, On entendait M. de Quintana adresser, en 
1868, aux félibres réunis à Saint-Rémy, le sonnet suivant, qui a 
tout l'élan de pensée du Dies irœ de Montgri et de la Cansô del 
comte d'Urgell : 

* Elles ont été publiées à la fin des Vesprados de Clairac. Avignon, 
Roumanille, 1874^ in-l6. 

^. 3. « Voyez les Armana prouvençau de 1865, 1868 et 1869. 

s Armana prouvençau, 1870, pag. 95. 

6 Ibid. , 1871, pag. 61. — ^ Le Musée, 1873-1874. pag. 275. 

«/btd., 1876, pag. 43. 

9 Ounte vas, fiheto, dans ï Armana prouvençau der 1864, pag. 43. 

. loifoun jardin, dans TJrm.de 1875; Margarido, dans celui de 1876. 
Celui de 1877 contient encore de lui une pièce charmante, adressée à 
M. Achille Mir. 

1* Les poésies provençales de M. Gaussen se trouvent dans le Domi- 
nique, de Nimes ; celles en languedocien, dans VArmagna cevenôu, 

1* En môme temps que la Morto vivento, ces trois pièces ont été pu- 
bliées par ï Armana prouvençau de 1868. La collection des poésies com- 
plètes de rauteur en renferme un plus grand- nombre. 



126 BIBLIOGRAPHIB 

ProuTÔDço ! retournan i t^rro peirenalo 
E Tadiéu de ii violo espiro dias mi bras.. . 

A reveire 1 Espandisse, aro, ii flour coumtalo 

I poutoun dôu soulèu, au bonur de la pas. 

Fau segre lou destin, o nacioun prouvençalo 
Vers lou libre avenl lando que landaras I 
De toun engèni pur t*eiiaurant sus lis alo, 
Tu lou oor, la vertu, l'amo retrouvaras. 

Alor, dins lou côu blu, lou mounde pourra vôire, 
Reprenènt sa voulado e sa glôri e si crèire, 
Prouvônço e Gatalougno unido per Vamour. 

Amo de moun pais, amo de nôsii reire. 
Qu'as aussa dins Ii siècle uno talo grandeur, 
Dardaio dins lou popie, i cant dôu troubadour. 

C'est, enfin, à un fils de Tlrlande, passionnément épris de Tidiome 
d'Avignon, que l'on doit les Parpaioun blu, lou Cantico de santo 
Estello, la Cabeladuro d'or, œuvres dont le mérite littéraire est dou- 
blé par une science consommée du rbythme poétique et une con- 
naissance delà langue d'Oc bien rare hors du pays où elle est parlée. 
Ces qualités, nous les retrouvons au même degré dans quelques 
strophes composées par le noble félibr.i à l'occasion du baptême 
de son fils, et envoyées à Mgr. Dubreuil, archevêque d'Avignon. 
Elles accompagnaient une reproduction de la Belle Jardinière de 
Raphaël. 

O mèste 'n Gai-Sabé, Mounsêgne d'Avignoun, 
Me dindon dins Tauriho à travès mar e mount, 
Coume subre 'n clar lise uno lindo armounio. 

De moun car Avignoun 

Xiis antique trignoun : 
£ bêle jour e niue, di plan de ma patiio. 
Sus ta glèiso di Dod^, l'aut image qu'esbriho, 

De la Vierge Mario I — 

Te mande sens façoun este tablèu pin ta, - 
Pounlife amistadous, o Pouèto mitra ! — 
De ia Grande Patrouno, en bono souvenônço 

De i'enfantounet na 

( Qu*as tant bon bautisa ) 
Au dous mes de Mario, entre Rose e Durônço I... . 

On sent à l'harmonie des vers, à la coupe de la strophe et à la 



s 



Àrmana prouvençau, 1869, p. 91. 

Mgr Dubreuil est maître es jeux floraux. 



BIBLIOGRAPHIE 127 

disposition de ses rimes, que l'esprit de Tauteur s'est reporté sou- 
vent vers ces règles du gai savoir que les grammaires romanes 
appelaient jadis les Lois d'amour. Mais le noble félibre ne s'est pas 
borné à en étudier les savantes et parfois bizarres prescriptions; il 
les a revivifiées par d'heureux emprunts, des combinaisons nou- 
velles et cependant déjà consacrées. Aussi est-ii juste de dire que 
personne n'a plus contribué que lui à étendre et à justifier le paral- 
lélisme poétique qui existe entre la littérature des félibres et celle 

des anciens troubadours. 

Âlph. Roque -Ferrieb. 

Qnatre Almanachs en langue d'oc en 1877. — Armànà prouvènçau pèr 
lou bel an de Dieu 1877, adouba e publica de La man di felibre; en Avi- 
gooun, Roumanille, in- 12.. 112 pagesS— Galsndari gatala del any 1877, 
col-leccionatperF, Pelay Briz; Barcelona, estampa delà Benaixeosa, 
in-12, 148 pages. — Armana db Lengadô (anciaa Armagna cevenôu) pèr 
lou bel an de Dieu 1877; en Aies, BrugueiroUe, in-12, 96 pages. — La 
Lausbto, Armanac dal patriote lengodouciab, mitât francés, mitât 
lengo d*oc, pèr l'an 1877; Toulouso, Charles Brun, in-12, 200 pages. 

Jj Armana prouvençau compte aujourd'hui vingt-trois années 
d'existence. Grâce à M. Roumanille, il a depuis longtemps con- 
quis en Provence, et surtout dans le Gomtat, quelque chose de ce 
beau rôle de livre du foyer, gardé jadis avec un soin si pieux, que le 
père lisait à ses enfants pendant les journées d'hiver et de neige, 

* M. Roumanille a fait de Y Armana prouvençaUt vers le milieu du mois 
de décembre 1876, un deuxième tirage qui difière sensiblement du pre- 
mier. Voici le texte des pièces ajoutées : 
P. 39. lou Porio^isto ( lou Gascarelet ). 

— 40. Z)0 profundis, poésie provençale (Paul Gaussen). 

— 45. Cantico de santo Estello ( Bonaparte- Wyse), réimpression du 

cantique imprimé avec la musique. Avignon, Prévôt [1876], 
in-4*, 4 pages. 
— . 47. Brinde à la Jouvenço nimawenco , poésie languedocienne 
(A. Arnavielle). 

— 60. V Armana prouvençau, sonnet en provençal d'Aix (Fr. Vidal). 

— 70. La Cansoun dôu mes de mai, gracieux dire rhythmé qui existe 

à Montpellier sous la forme suivante: 
Au bos de FAlzouna, i'a un plan ; — sus aquel plan i'a très au- 
bres ;— sus lou pus naut, i'a 'na bran(^ ;— sas la branca, i'a 
cent fiolhas ; entre las fiolhas, très flous ;'entr6 las flous, un 
nis; — dins lou nis, i'a 'n iôu; — dins Tiôu, un aucelou. 
Quand la tremountana bufa, Taucelou canta e dis : 
Soûl dins rièu,— Tièu, dins lou nis, — lou nia, dins las flous,— 



]«H BIBLIOGRAPHIB 

et. dans les pages duquel il puisait cette sorte d'histoire à demi tra- 
ditionnelle, à demi légendaire, que Mistral a résumée de main de 
maître au début du quatrième chant de Calendau. La publication 
de M. Roumanille a*donc un droit chronologique qui lui permet de 
figurer en tète de cette étude ; indépendamment de ses titres litté- 
raires, elle a aussi sur les autres almanachs en langue d'oc l'avan- 
tage de renfermer un contingent plus considérable de contes, de 
proverbes et d'indications de poésie populaire d*un intérêt in- 
contesté. 

Trois notes sont à signaler dans la partie philologique de IMr- 
mana prouvençau : H Noum di nivo, Dounacioun de cors et li Mot en 
AIRS e en adou. 

£n langue d'oc — et c'est là ce qui constitue sa principale ri- 
chesse vis-à-vis du français littéraire — presque tous les accidents 
du sol, tous les phénomènes extérieurs, ont un nom particulier, 
emprunté la plupart du temps à la forme et à la disposition des 
objets qu*il a pour mission de représenter. Lorsque, par exemple, 
les nuages ferment tout à fait l'horizon, on les désigne sous le nom 
de &ârm (remparts), et ceux plus petits qui fottent au-dessus, 
sous celui de iourrello (tourelles) ; lorsqu'ils se présentent avec un 
certain nombre de tourelles et de remparts réguliers, on les ap- 
pelle castèus ou châteaux ; si, enfin, l'arc-en-ciel vient à apparaître 



las flous, dins las fiolhas , — las fiolhas, sus la branca, - la 
branca, sus Taubre, — Taubre, sus lou plan, — lou plan dau 
bos de TAlzouna * . 

— 71. La Mort de Saboly^ sonnet provençal (M. Frizet). 

— 72. Aigo e sotUèu, poésie niçarde ^ César Sarato). 

— 77. Lou Comte Ugoulin^ fragment de la Divine Comédie, traduit en 

vers par V. Lieutaud. 

La deuxième édition, ayant le même nombre de pages que la première, 
ces additions y ont été intercalées au moyen de divers retranchements 
parmi lesquels : p. 33, li Paraulo de J. Roumanille i fèsto de J, Reboul; 
48, lou Pichot parpaioun, poésie provençale de feu Gh. Oupuy, de Car» 
pentras ; 47, Dounacioun de cors ; 67, Dos Carto de visito ( Tabbô Cour- 
tois et Fréd. Mistral); 68, lou RenairCf de Castil- Blaze, poésie empruntée 
au recueil des œuvres provençales de Castil-Blaze, Dumas, J, Reboul, 
Glaup et Poussel : Un liame de rasin. Avignoun , Roumanille, 1865, 
in-12 ; 72, Moun rampau (Louis Bard) ; 77, li Mot en airb e en adou, etc. 



I M. Montel en publia pour la première fois une yersion presque semblable, Rtvue des 
langues romanes, 1'* série, t. n, p. 309. 



BIBLIOGRAPHIE l» 

au-dessus, il forme lou pont de Sant-Bernat, Yarc de^Sanl Martin^ ou 
ïarc de Sedo, en Provence; Vecla, Varcolan, ou tout simplement Var^ 
quel^j en Languedoc et en Rouergue*. 

La deuxième note renferme la formule des paroles de mariage 
de Raymond de Glandèves avec Baptistine de Forbin, en 1468, et 
celles de Sanche de Mayorque avec la princesse Marie, fille de 
Charles II. Ces formules n'étaient pas particulières à la Provence, 
et les rituels des anciens diocèses du midi de la France en con- 
tiennent de semblables qu'il serait utile de réunir et d'étudier*. 

Li mot en aire e en adou rappellent une règle encore usitée dans 
a langue des proverbes et des dictons populaires, mais que les né- 
cessités et les caprices de la rime font trop souvent oublier aux 
poètes modernes. Elle repose sur cette distinction que les termes 
en aire expriment l'action simple, et ceux en adou l'action ordinaire 
et accoutumée ; le jougaire est celui qui joue, et ]ejotAgadou celui qui 
joue avec passion : 

A la porta d'un jougadou, 

Tantôs joia, tantôs doulou. 

Les terminaisons en adou marquent également la faculté de pou- 
voir et d'agir en une chose déterminée, comme aussi le lieu où Ton 



* M Mistral avait déjà donné, dans les notes du premier chant de 
CalendaUf le glossaire de la terminologie géographique en Provence. e|, 
dans VArmana de 1872, celui des noms vulgaires des étoiles. L'utilité de 
pareils travaux n'a pas besoin d'être démontrée, les vocables spéciaux man- 
quant presque toujours dans les dictionnaires actuels de la langue d'oc. Je 
demanderai la permission de rappeler ici que des vocabulaires particuliers 
du labourage, du jardinage et de la culture de la vigne, ont été inscrits 
par la Société sur le programme du Concours de 1878. 

^ Dans le tome lîl, p. 130, de son Bulletin, la Société archéologique et 
historique du Périgord vient de publier celle du rituel de Périgueux en 
1509. 

D'après les. Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du 
monfile, de Banier et Lemascrier, 1741, in-fo, II, 144, Je Rituel du même 
diocèse, en 1536. contient la formule des paroles que le prêtre adresse 
aux fiancés après que les fiançailles sont achevées : c Or, beysas-vous en 
nom de maridage que sera, si a Diou platz, et que longament, quand y 
serés, y puchias demourar. Amen »; et il donne à boire aux fiancés en 
faveur du futur mariage. 

Toutefois M. Fourteau, bibliothécaire de la ville de Périgueux, & qui 
j'avais demandé de vouloir bien rechercher ce texte, n'a pu le découvrir 
dans aucun des trois rituels qui sont à la Bibliothèque de cette ville (lettre 
du 10 mars 1877). 



190 BIBLIOaRÂ.PHIB 

fait cette chose ; Vaucèu vouladou est Toiseau qui peut prendre son 
vol ; lou fil maridadou, le jeune homme en âge d'être marié ; le lava- 
dou^ l'endroit où Ton lave, etc. 

Lou Vindôu Purgatbri,VAse en^^ty a, bouffonnerie à l'adresse des 
gens des Martigues ; li Riche e H Paure; la Vaco dôu rèi Reinié, doivent 
être signalés parmi les anecdotes populaires. Jan-cerco-la-pàu — 
avec son vieux château en ruines, sa porte de fer, ses toprelles han- 
tées par les chauves-souris, sa vaste cour remplie de statues et de 
vases brisés, de plantes de mauve et de fenouil ; sa cheminée de 
laquelle des membres humains tombent toutes les nuits ; avec son 
vieux baron condamné à rester enseveli jusqu'à ce qu'un homme 
sans crainte vienne le délivrer de l'enfer — est un véritable conte, 
très-counu dans le Midi et narré avec beaucoup de verve et d'esprit 
par M. Anselme Mathieu. La classification des proverbes météo- 
rologiques devrait servir de modèle à tous les collecteurs de dictons 
et de formules populaires. 

Tel est VArmana de cette année, au point de vue de la science 
et des études de poésie rustique. Les pièces composées par MM. F. 
Gras» Roumanille, A. Mathieu, Louis Roumieux et Bonaparte- 
Wyse, forment sa principale parure littéraire ; mais, en dehors de 
ces vers signés de noms consacrés depuis lontemps par le succès, 
il en est d'autres fort remarquables, et parmi eux un tableau de 
genre du plus grand mérite, la Partido ei bocho de Charles Poney. 
Rien de mieux réussi que la peinture de ce jeu tellement cher aux 
Provençaux, qu'il a enfanté parmi eux des clubs spéciaux, aussi 
bien et quelquefois « mieux administrés, dit le poëte, que le gou- 
vernement » : 

Lei mascle de la ville, aquélei d'en bastido, 
A la plueio, au mistrau, au frech, à la calour, 
Soun pertout aligna pér la gaie partido, 
E mancarien pulèu un rendôs-vous d'amour l 

• 

Âqui de la Prouvènço estudiarés lei tipe : 

Foueço brun, quàuquei rous, de blanc comme un lançôu, 

Gadun es abrama, que chique vo que pipe, 

E, pèr resta pus libre, an mes la vôsto au s6u. 

N'a de piastra, de gus, de long coumo une orsiero, 
De court coumo un toupin, de maigre, d'entripa 
Qu'ei^ si clinant, soun ventre escoubo la pôussiero 
E que suson de riflo. — Aquéli tiron pa. 

Darrié la bocho, n'a que fan de sau de cabre, 
D'àutrei rèston planta rede coumo un piquet. 



BIBUOGRAPHIB 131 



N'a que Tuei vous fa p6u, tant la ooulôro l'abro I 
D'àutrei que toujours rien sènso saupre perqué . . . 



I Un cerco la planuro, un autre lei restanco ; 
Se juego mau, qu saup tôutei lei tron que dis ? 
Es jamai lou tiraire, es loubouen Dieu que manco !. . . 
E juro à fa trembla lei sant dôu paradis. 

Parmi les autres pièces, on peut signaler : la Pesco miraclouso, 
conte de Louis Roumieux, à placer sur la même ligne que sa tra- 
duction de Jarjaio au Paradis \ la Remenibranço dôu Pont dôu 
(?ord, de Tavan, magnifique opposition de l'œuvre des hommes, 
imposante et presque éternelle par sa masse, mais toujours infé- 
rieure à l'amour, œuvre de Dieu ; deux beaux sonnets de M. Monné : 
lou Ban et H Fiança de Mazières ; la Marrido coumparesoun de 
M. Gabriel Azaïs, et enfin le sonnet de M. Frizet sur la statue 
de Puget cachée dans un coin du jardin Borély, à Marseille: 

Alor faudra toujour que l'afrount dôu vulgàri 
Assaje d'escafa la glôri di gigant, 
Que Tartiste divin laisse la plaço au càrri 
De la ruso eurichido e dôu vice arrougant I 

O Puget I es pas proun que lis abouticàrl 
E li marchand darut de ta Marsiho antan 
T*agon fa la bramado, e coucha foro barri 
Per i'avé semoundu toun travai de Titan I 

Bncaro après sa mort fau que Puget s*escounde l 

T'avien mes au mitan de ta vilo ; mai lèu, 

Tan di : — Deforo, artisto l e que Tor nous inoundo 1 — 

Eh bèn ! assolo-te : n'as plus pèr bas-relèu 
Di fiho e di fourban lou troupelas inmounde, 
Mai visages la mar, lou soulèu e lou mounde I 

Deux poésies représentent, dans V Armana, ayec la finale fémi- 
nine de Montpellier, le langage de cette ville. La première est inti- 
tulée la Lona; la deuxième est une épitaphe composée par M. Adel- 
phe Espagne , membre résident de la Société, pour la tombe d'un 
médecin, le docteur Favre,,mort en 1874, à l'âge de quatre-vin^çl- 
cinq ans : 

A passât escur sus aquesta terra, 

Ounte das malauts era lou soulàs. 

Se lou mounde grand lou counouissien pas, 

Dau paure toujour soustetla misera ! 



1 



IdSt PBRIODIQUBS 

Ara e^ près de Oieus, e moun cor espéra 
Qa*es mai festejat amoant qu'inçabàs. 

Heureux ceux qui, en des temps troublés comme les 'nôtres, 
appellent et méritent de telles épitaphes* ! 

(A suivre,) Alph. Roque- Ferribr; 



.*V\/\/V>- 



PERIODIQUES 



Romania, 20. — P. 417. G. Nigra, La poesia popolare iialiana. 
L'auteur divise la poésie populaire en trois classes: la poésie récitée 
(devinettes, jeux d'enfants, etc.); la poésie c/iant^e, et celle qui 
tient le milieu entre les deux autres (berceuses). Il ne s'occupe que 
de la poésie chantée proprement dite et la subdivise en deux sec- 
tions, comprenant l'une, les chants narratifs; l'autre, les chants ly- 
riques {stramhotti et stornelli). Chemin faisant, il redresse Terreur 
de ceux qui confondent, à l'exemple des frères Grimm et de quel- 
ques aiitres savants allemands, les ritornelli et les stornelli. Les 
principaux résultats de cette ingénieuse et intéressante étude sont 
que la poésie narrative est propre à l'Italie supérieure, la poésie 
lyrique à l'Italie inférieure, que, en Espagne comme en Italie, on 
doit distinguer, et, dans les deux pays, d'après les mêmes carac- 
tères, les idiomes celto-^romans des idiomes purement italiens et 
purement castillans, les premiers usant plus que les seconds, et 
dans une proportion infiniment plus considérable, des désinences 
tronquées ou oxytones (ce que nous appelons désinences masculi- 
nes ). Gette observation très-importante concorde avec celle de 
notre confrère M. de Tourtoulon, qui divise les langues romanes ou 
néo-latines en trois grands groupes, selon qu'elles emploient 
d'elles-mêmes, et non par voie d'emprunt, la désinenceproparoxy- 
tone ( sdrucdolo, en italien, esdrujulo, en espagnol), ainsi que la 
paroxytone et l'oxytone, ou ces deux dernières seules, ou simple- 
ment la désinence oxytone. Au premier groupe appartiennent les 

* On me pardonnera de passer à côté de la pièce Pêr Nosto^Damo de 
Mount^Serrat, de Mistral, sans la mentionner. J'espère en faire bientôt 
l'objet d'une note spéciale. 



pémODîQUBâ 133 

dialectes, populaires d'une partie de l'Italie centr^ile, toute l'Italie 
méridionale et la Sicile, et les pays de langue castillane ; au se- 
cond, intermédiaire géographique et phonétique des deux autres, 
mais bien plus considérable qu'eux comme étendue et comme 
chiffre de population, appartiennent la France méridionale, le Por- 
tugal avec la Galice, Valence avec la Catalogne, la Suisse romande, 
toute l'Italie supérieure et la lointaine Roumanie, que je n'hésite- 
rais pas à y joindre, malgré ses pseudo-proparoxytons. Le troisième 
comprend les pays de langue d'oïl, c'est-à-dire la France centrale et 
septentrionale, et la Belgique wallonne. On sait en effet que, dans 
ces provinceSj^our la prononciation vraie, celle du peuple, toute 
dernière syllabe accentuée est oxytone, même quand elle s*appuie. 
sur ce que nous appelons e muet; cet e atone final étant absolument 
muet, et ne servant qu'à indiquer que la consonne précédente doit 
s'articuler. Les faits constatés par M. G. N. fournissent, en outre, 
lie nouveaux moyens de contrôle quand il s'agit de reconnaître la 
provenance de tel ou tel chant populaire. Ainsi «quand une ro- 
mance espagnole, ayant le caractère populaire, offre des désinences 
oxytones alternant avec les paroxyiones, on peut régulièrement 
conjecturer qu'elle a une origine étrangère et qu'elle est venue 
en Castille par l'intermédiaire ou des provinces voisines à dia- 
lectes non castillans, ou de la Provence, ou du Portugal». Gomme 
on le voit, l'ethnographie, autant que la linguistique et la littéra- 
ture, peut faire son profit des observations aussi neuves que déli-' 
cates et bien déduites de M. G. Nigra. P. 445, M. G. N. ne paraît 
pas tenir assez de compte de ce fait, que le mouvement poétique 
inauguré par les troubadours a pris naissance, non pas dans 
la Provence proprement dite, mais dans le Limousin, à une des 
extrémités, et non au centre du domaine celto-roman. [A. B. P. 
45(i-463. A. Morel-Fatio, Fragment dwn conte catalan, traduit du 
français. Morel-Fatio a publié d'après le manuscrit espagnol 154 
(itnc. 7696 ; feuillets 62-68) de la Bibliothèque nationale, écrit 
à la fin du XV* siècle, un fragment assez étendu d'un conte 
catalan qui est littéralement traduit du conte français. Du roi qui 
voloit fere ardoir le filz de son seneschal, publié par Méon {Nou-^ 
veau Recueil, t. II, p. 331). D'après l'éditeur, et nous sommes de 
son avis sur ce point*, ce morceau « ne paraît pas antérieur au 
« XV* siècle (p. 463).» Il ajoute que « le travail du Gatalan ano- 



Mly a cependant certains mots, tels que lig (lignée), ujat et autres, 
qu'on ne trouve guère que dans Dez Glot et d'autres textes antérieurs 
au XV* siècle. 



m PERIODIQUB6 

La traduction n'est pas dans tous les cas littérale, car le français 
porte : aina m fet bane seulement. Le texte catalan paraît corrompu 
et la traduction littérale serait : Ans ne fa horesa aolament, 

13. PunyiTy dans le sens du texte, existe encore aujourd'hui en 
catalan. 

24. Un eximpli vos camtare e noy vull larguar. M s. laguiar. » 
Morel. 

C'est à tort que la leçon du manuscrit n*a pas été maintenue, car 
Zafi^tiar n'existe pas en catalan et il faudrait tout au plus alongar ou 
aZargar. Lagui « paresse », laguios « paresseux», et laguiar a traî- 
ner en longueur», sont très-usitésen catalan aux XI Vo et XV* siè- 
cles : En cars que en assofossets négligent e laguios (Revue des lan- 
gues romanes, 1875, p. 380) dans un texte de 1397; no^spot laguiar 
en 1390 (ibid,, p. 368); — easso perresno leguiets eom sia perillen 
la triga, en 1403 On lit dans la Chronique du roi Pierre IV : car 
fort desplaya al infant en Père, com tant se laguiava lo Jiomenatge 
quena dema ferlodiirey de Mallorques (édition de la Chron . de 
Miqnel CarboneU, f» 123). 

« 165. Lo E^eavalca e anassen al bosch si quart. » C'est la tra- 
duction littérale du français ; et, comme siquart est écrit en un mot 
dans le ms., M. Morel ajoute : « Le traducteur catalan n'a évidem- 
ment pas compris. » Le traducteur a parfaitement compris et tra- 
duit en bon catalan, et siquart n'est qu'une inadvertance du copiste. 

« 196. EU sen entra dins la caseta e assechseen lo fe e fo vyal e 
»» cansat ehac fam. — Vyat^ fatigué d'avoir marché. » Morel.— 
Cest can^a^qui signifie « fatigué »; vyat n'est pas catalan, car aviat 
signifie « guidé, mis en voie. » Il faut lire uyat (prononcer ujat, 
comme dans mengarets et menyara, 258, et deyti 199). Ujat signifie 
« ennuyé, trempé de sueur », et a été remplacé par suât, 299, 
par le traducteur lui-même : e ell qui fo molt suât e las. On en 
trouve de nombreux exemples dans Dez Clôt : foren molt lassais 
e hujats per la mar quiHs havia treballats (cap. 31) ;lurs cavalls 
eren lassats e hujats que no podien anar (cap . 49) ; e fo et rey hujat 
e colorât del sol qu'il hoc tochat (cap. 105, etc.)- Dans la Pacio du 
XIV« siècle, publiée par P. Bofarull (Docum, ined.j t. XIII, p. 
148) : cor lasse evjade era eper gran dolor no podia anar, et d'au- 
tres exemples pag. 143, 147, etc. Le BXihstAniif hujament se trouve 
dans la version catalane du Breviari d'amor (Recueil de P. Meyer, 
p. 125, 1. 6) : no per huiamentque agen, pour le provençal non que 
sian trop trebalhat. Autres exemples (}ans Ramon Lull . 

« 287. Lo donzellfeu desencohlar los cans e feu cridar ehaucar e 



PÉRIODIQUES 137 

vengren fortment corrent e cridant envers lo cabiroL E locabirol qui 
viu los cans e hoy los auchs, fo moU lauger e messe en fuyta, 

M. Morel propose de corriger auchs par aucells. Il est bien ques- 
tion plus haut d'oiseaux et de chiens de chasse, mais les auchs 
« entendus » (hoy) par le chevreau ne peuvent être que les cris 
pour exciter les chiens que l'on avait fait cridar e ahucar ; auchs 
est par conséquent un substantif dérivé du verbe ahucar, et il faut 
le maintenir. 

312. E après se anaren colgar e îermile feu li lit de fe e de unpoch 
de houa, 

« Boua, dit M. Morel, français boue ? » Ce mot a pu en efifet être 
pris du français , mais, daas ce passage, lé sens de « boue » est 
aussi inadmissible en français qu'en catalan, et il y a probable- 
ment une faute dans le manuscrit, pour brouâ, qui signifie en ca- 
talan «débris de brancha^je ou de jardinage, broussailles. *> C'est 
le seul sens qui puisse convenir ici. On lit dans un état d'appro- 
visionnements d'une place forte en 1373 : item reebe nii. quintars 
d'ayls ab la bipassa. Ce mot était encore employé au XVl» siècle 
avec le sens de « ronces, broussailles. » Ain^ique dans beaucoup 
d'autres mots catalans, ïs entre voyelles s'est d'abord changée en 
aspiration et a fini par disparaître, car una brua (prononcer broua), 
provenant de brossa = broha = hroua^ désigne encore aujourd'hui 
en Roussillon une « haie de broussailles. *» On pourrait donc cor- 
riger boua en broua dans le texte. 

Malgré ces erreurs et ces fausses interprétations, il faut encore 
une fois recommander rintalligente et réellement remarquable édi- 
tion donnée par M. Morel. Ce texte, transcrit à la fin du XV^ siècle, 
porte en effet des traces de modifications que l'on ne trouve guère 
avant cette époque, et entre autres les pluriels masculins en o* : 
on peut les attribuer au copiste, mais la traduction remonte peut- 
être un peu plus loin que l'époque qui lui est attribuée par l'édi- 
teur, car on y remarque des expressions peu usitées après le mi- 
lieu du XlVe siècle, et même quelques-unes que nous n'avons 
trouvées nulle autre part. Par exemple, le substantif oreg : 1. 303. 



^ Ou trouve déjà brossa eu 978 : m ipsa broza comitale. La Chronique 
de Pierre IV (liy. lll. ch 32) écrit broces. Mais 1'* a déjà disparu en 
KoussilloQ, en 1330: Johannes sa Broha (cartulaire de la Roca); dans 
un règlement ruial de 1378; en broha, h&n regera qui sia entre dos blats-, 
dans un règlement de 1372 : ne en lo dit rech no agen a mètre brues ne 
negun altre empatxamant per que lo dit rech se rasas, renouvelé en 1380 
avec la leçon broa. 

10 



138 PERIODIQUES 

ells sen anuren ènirar desobrel riu per deporlar e per vaher laygua 
e per haver oreg, Haveroreg peut se traduire par « prendre Tair, 
se distraire » et, si nous osions le dire, « flâner ». On trouve le 
verbe seulement, avec le même sens : orejar, posar al ayre, dans 
le Dictionarium Aîitonii Nebrissensis, pag. 78, — Alart.] — P. 466. 
P. Meyer, les Manuscnls des Sermons français de Maurice de Sully. 
L'évêque de' Paris, Maurice de Sully, a joué un grand rôle com- 
me prédicateur dans la France du moyen âge. Le recueil de 
ses sermons a eu Thonneur d'être transcrit dans presque tous les 
anciens dialectes de notre pays. En raison même de la popularité 
dont elles ont joui et de l'influence qu'elles ont dû exercer, ses 
œuvres méritent donc d*être éditées avec ce soin intelligent qu'on 
apporte depuis quelques années, chez nous, à la restitution des 
vieux textes français. C'est pour faciliter cette tâche à ceux qui 
voudront s'en charger que M.. P. Meyer [a composé le présent 
travail. «Le but que je me propose actuellement, dit-il, est de pré- 
parer les voies à une édition des sermons de Maurice de Sully, en 
signalant les manuscrits qu'on en possède, et en indiquant, dn 
moins dans une certaine mesure, leur valeur relative. » En compa- 
rant minutieusement les différentes versions d'un même passage 
(Anecdote du religieux à qui Dex doua veer, e ' demostra aucune 
chose de la beauté, de la doçor e de la joie quHl estoe (réserve) a 
ceusquHl aime), il a constaté que les textes, qu'il a pu consulter, au 
nombre de quinze, se répartissent en deux groupes dont l'un, le 
groupe A, offre une leçon plus pure. On doit espérer que Maurice 
de Sully trouvera bientôt un éditeur qui saura mettre à profit les 
savantes indications de M. P. M. — P. 488. Mélanges: 1« R pour 
S, Z à Beaucaire. Constatations nouvelles de cette particularité 
phonétique dont le domaine paraît s'être étendu de la rive droite 
du Rhône à la Catalogne et dont il semble qu'on ne retrouve plus de 
traces après le XlVe siècle (P. M.). 2° De quelques modifications 
phonétiques particulières [au dialecte bas-normand. Quelques-unes 
des particularités signalées par M.C. Joret se retrouvent dans le 
patois saintongeais, notamment d, / mouillés = jyw et ^, et eu ^=ui. 
M. G. J. ait explosibles au lieu de explosives. Y a-t-il nécessité de 
modifier sur ce point la technologie grammaticale ? 3* Une particu-- 
larité du patois de Queige (Savoie). Cette particularité, st=. ch fran- 
çais se retrouve dans le patois de la vallée de Beaufort, V. Patois 
de la Tarentaise par Vabbé Pont, p. 138. — P. 494. Comptes rendus . 
—P. 500. Périodiques . On y remarque la réponse de M. P. Meyer 
à M. Ascoli. Elle n'est ni bien claire ni bien convaincante. — 
P. 50 8. Chronique. A. B. 



PERIODIQUES 139 

Bulletin de la Société des anciens textes français, n«« 1-4; 

Paris, Firmin Didot, 1876, in-8®. — De ces deux fascicules, le pre- 
mier ne donne que des détails purement administratifs et laliste des 
membres; le second, beaucoup plus considérable, contient, putre 
des détails du même genre, une étude étendue du tns. 189 de la bi- 
bliothèque d'Epinal, par M. F. Bonnardot.Ce ms. qui est un recueil 
de mélanges latins et français en vers et en prose, et qui est intéres- 
sant à plus d*un titre, avait été l'objet d'une description par trop 
sommaire et véritablement insuffisante dans le Catalogue des mss. 
des bibliothèques des départements (t. III, Epinal, no 59). M. F. B., qui 
en a bien apprécié Timportance, Ta étudié avec le plus grand soin. 
Voici quelques observations que j*ai faites en lisant cet utile et sa- 
vant travail. P. 65. J'ai remarqué dans unms. de Montpellier une 
autre édition de la même plaisanterie rimée sur les trompes ^ égale- 
ment accompagnée d*un dessin. Malheureusement j'ai égaré mes 
notes et je me rappelle seulement que le premier distique est le 
même, mais que le premier vers du. second diffère de celui que 
cite M. E, B. Au Ueu de quant les vivans s'extirperont, qui repré- 
sente un non-sens, le ms. de Montpellier donne quand les humains 
s' amenderont y ce qui est bien meilleur. N® 64. Tioche = theùtisca 
se trouve aussi dans le Pseudo-Turpin. « Si vit en dormant on 
cel voie tote estelee: Si raovoit de la mer de Frize, e s'en alot 
parentre tioche terre en Lombardie », ms. 124 (fonds français, 
fo \xo^ Ire col.) Le n» 71 doit être rapproché de notre Fragment 
d'anthologie picarde {Revue des langues romanes, t. III, p. 325), qui 
donne une leçon meilleure. Même rapprochement pour les n®» 75, 
76, 77 {Revue des langues romanes, p, 324), pour le no 80 {ibid.^ 
p. 325), pour le n© 81 {ibid., p. 324), no 103. La locution de léger, 
que M. F. B. accompage du point d'interrogation, signifie « à la lé- 
gère, trop facilement.» Même n', 1. 6, je lirais deçot a= de subtus, 
dessous. Le sens serait donc « seigneur de Greniscet sous Lon- 
dres.» A B. 

Revue historique de l'ancienne langue française^ pu- 
bliée- sous la direction de L. Favre. Champion, quai Malaquai6,15, 
à Paris. — ^ Premier numéro d'un recueil mensuel qui pourra être 
utile, et que son prix peu élevé (15 fr.) rend facilement aborda- 
ble au commun des lecteurs. Puisque j'en suis à parler de la partie 
matérielle, j'ajouterai qu'il est à désirer que les autres fascicules 
soient mieux cousus et que le collage de la première feuille n'em- 
piète pas sur le texte de la seconde. Une publication comme celle- 



140 PERIODIQUES 

ci doit oflrir un miaimuu d'avantages, sans lequel elle n'aurait pas 
de raison d'être : c'est de fournir aux travailleurs des textes inédits 
ou devenus rares. Quant aux généralités qui ne font pas avancer 
la science, il faut les laisser de côlé, à moins qu'on ne veuille s'a- 
dresser aux commençants, à ceux qui ne connaissent pas encore 
la philologie française. Dans ce cas, il faudrait renoncer auxabon- 

r 

nés qui sont plus au courant de ce genre d'études, car il est im- 
possible de contenter à la fois les uns et les autres. Or le présent 
numéro présente cet inconvénient. Ainsi, à qui peut servir la dis- 
sertation intitulée Formations de la langue française^ si ce n'est 
aux lecteurs très-peu familiarisés avec nos études romanes ? Heu- 
reusement nous avons, pour nous dédommager, un texte déjà 
édité et devenu rare, VEslUement au vilain (p^ 18-30), une chanson 
en patois poitevin, et le commencement d'une, réédition du Glos- 
saire ff^ançais de Du Gange (4 pages). Voici quelques notes re- 
cueillies en lisant le premier texte. L'éditeur aurait dû numéroter 
les vers.-'V. 21, je ne sais pas ce que signifie ce vers maudreni 
Vasamhlée, qui du reste est trop court d'une syllabe, et je ne vois pas 
comment on peut le traduire par « ils maudissent leur union. » 
V. 50, civos est bien traduit par oignons, Qi ceci me rappelle que, 
dans mon Fragment d'anthologie picarde ( Revue des langues rom,^ 
t. 111, p. 3*20), j'avais mal compris ce mot, dont je faisais un ad- 
jectif et que je dérivais d'un type ûclii cibosus -.Y . 213, lisez prûnz 
gaies (jaiies) e menues, V. 214, lisez Force s' eV (si elles) sont 
fendues. V. 230, porchast est le subjonctif de pourchasser = re- 
chercher, et ne doit pas se traduire psiv pourceaux . V. 254, que veut 
dire bust? Nous souhaitons bonne chance au nouveau-venu. 

A. B. 



Hevista de archivos, bibliotecas y museos. Ano VI, nùm. 19- 
22. — Manuel Milâ y Fontanals. Antiguos Tratados de gaya ciencia. 
Notre savant confrère analyse brièvement dans ces quatre articles 
neuf traités, écrits pour la plupart en catalan, sur la grammaire et 
apoétique. Les huits premiers sont contenus dans un même ms., 
conservé à la bibliothèque nationale de Madrid. C'est une copie, 
exécutée au siècle dernier, de celui que possédait la bibliothèque 
des Carmes de Barcelone, et qu'un incendie consuma en 1835. Le 
ms. du neuvième appartient à la bibliothèque de l'Escurial. Je vais 
les énumérer rapidement, en résumant pour chacun les renseigne- 
ments fournis par M, Milâ. 

]. Mirall de trobar par Berenguer de Noya. Traité de l'alphabet, 



PBRTODIQUBS lil 

des figweg, des vices de diction (barbarismes etc.) et des couleurs 
(fleurs) de rhétorique. Œuvre d*un auteur probablement catalan (on 
Ta cru galicien), indépendante des Leys cPamors et peut-être anté- 
rieure. 

II. Règles d'en Jofre de Foxa. Ouvrage composé « per mana- 
ment del noble e del ait en Jacrno rey de Sicilia (1285-1291)», dans 
le but d'enseigner « lo saber de trobar » à 'ceux qui « no s'entenen 
en gramatica », les règles de trobar (comme il les appelle) de Raimon 
Vidal ne pouvant être parfaitement comprises de ceux qui ne savent 
pas « la art de grammatîca.»— P. 316 a^\. 11 du hsis, pranga doit^ 
je pense, être corrigé ^ertony a. 

m. Règles d'en Ramon Vidal,Yersion catalane de lasrasos de trobar 
qui contient de plus que les ms. provençaux un traité des genres 
poétiques. Ce traité n'est point une copie de la partie correspon- 
dante des Leys damors.mdX^ ce n'est pas non plus, probablement, 
l'œuvre de R.Vidal. 

IV. Compendi de Castelhou. Abrégé de quelques-uns des traités 
qui composent les Leys d'amors, fait à la demande de Dalraau de Ro- 
caberti, fils du vicomte du même nom. M. Milà a déjà parlé plus 
longuement de ce traité dans son beau livre de las Trovadores en 
Espana, aaquel il renvoie (pp. 478-9)*. 

V. Doctrinal de cort, par Teramayguis de Pisa, L'ouvrage est en 
vers, et, à en juger par le court extrait du commencement que re- 
produit M. Milâ, imité de celui de R. Vidal. Les six vers de la fin, 
rapportés également, rappellent l'aventure bien connue de Richart 
de Barbezieux, telle que la raconte la biographie de ce troubadour, 
contenue dans le ms. xli-42 de la Bibl. Laurentienne 2. Peut-être 
font-ils partie d'un récit de cette romanesque aventure . Il serait 
intéressant de le vérifier. — P. 330 6, eseratz signifie, je pense, in- 
sérés ( mots eseratz ensemps = mots insérés ( construits ) ensemble) . — 
Z)e»«ite c^mar / je corrigerais deiats (debeatis). 

VI. Doctrinal de «roèar, par Raimon de Cornet, glosé ou corrigé 

* Johan de Gastellnou fut aussi poëte, comme on le sait aujourd'hui, 
grâce à M. Mila. Voy. la Revue, X, 231 Notons en passant, ce que M. Milà 
paraît avoir ignoré, que plusieurs des pièces contenues dans la 3* partie du 
chansonnier de Sarragosse, qui renferme les poésies de Gastellnou, se re- 
trouvent dans un ins. de Toulouse et que M. Noulet en a publié quelques- 
unes, par exemple la chanson de Bernart de Panassac. Voy. Mémoires 
de VAcadémie des sciences de Toulouse, 1852, pp. 85 et 404 ; 1860, p. 1. 

2 Publiée dsînsV Archiv, fur Studium der neueren Sprachen,.^ tom. l, 
p. 253. Cf., dans les Cento NoveUe antickej celle qui est intitulée: D'una 
noveUa che avvenne in Provenza alla corte del Po. 



142 PÉRIODIQUES 

par Johan de Castellnou. M. Milà n'ajoute ici que peu de détails 
à ce qu'il a déjà dit du même commentaire dans ses Trohadores, 
479-80. M. Noulet prépare depuis longtemps une édition complète, 
de R. de Cornet, Il est fort à souhaiter qu'il publie en môme temps 
les gloses de son acerbe critique. 

VII. Las Flore del gay saber, par Chtillem Molinier, Abrégé des 
Leys damors, « En cuanto a las materias, dit M. Milâ, y a su orde- 
naciôn, creemos poder asegurar que son las mismas enlasLeys y 
en este resûmen ». L'ouvrage est en vers. Dans l'extrait du com- 
mencement, transcrit par M. M., un point d'interrogation attire 
l'attention sur le mot haveca^ qui rappelle une des gloses du Donat 
provençal \ « Bavecs, baveca — quod de fcudle moveiur^ », sur la- 
quelle on peut voir les observations de M. Tobler dans la Remania, 
II, 341. Ici haveca est verbe et le sens en paraît être* c^an^e, ce qui 
s'accorde assez bien avec la glose du Donat. Peut-être est-ce plutôt 
estime^ juge (au propre ^è«e). Rochegude donne à havec le sens de 
romaine, et rien n'est plus mobile que cet instrument •. — Dans le 
même extrait ( p. 345 h, v. 1 ), quil te netho me paraît devoir être 
corrigé quil te nech o. Pour l'expression tenernech, voy. Mussafia, 
Die Catalanische Version der siében weisen Meister, glossaire, au mot 
nech. — C'est sans doute par méprise que l'adjectif t?oton (p. 346 a) 
a été marqué du signe du doute. Cf.. Raynouard, V, 561 5^ n» 4. 

Vltl. Diccionari, par Jacme March. C'est un dictionnaire de 
rimes, dans lequel on trouve aussi une table d'homonymes, com- 
posée par l'auteur dans le but de faciliter les puériles combinaisons 
de rimes équivoquées, si à la mode au déclin du moyen âge, et 
qyi a pour nous aujourd'hui, selon la juste remarque de M. Milâ, 
une réelle valeur grammaticale et iexicographique. P. 347 a, au 
milieu de la colonne, il faut lire : « Rims apellat equivochs, ah 
equiy que es egual, e vôxi que vol dir veu. . » P. 347 6. : «cbada: 
laya? » Corr. layra. Voy. la Bévue, V, 354, 1. 2-5. — P. 348 h. 
1. 25, le premier diu est à supprimer. Ce doit être une [faute d'im- 
pression. 

IX. Torcimany (= fr. trucheman), par Luis de Averso, Ouvrage 



t P. 45 b. Dans Tédit., baveca est mis après le tiret et imprimé en ita- 
liques, comme un mot latin. C'est une faute évidente. 

> One troisième explication (et c'est peut-être la meilleure^ est suggérée 
par une note de M. Alart {Revue, Y. 317), de laquelle il résulte que bavec 
est aussi le nom d'un instrument en fer servant à marqu(?r. Baveca, dans 
le texte rapporté par M. Milâ., pourrait alors se traduire par imposCy ap- 
plique. 



PERIODIQUES 1^3 

dans le genre des Leys d'amors, qui lui ont, en partie du moins, 
servi de modèle. Il est précédé d'un long prologue et terminé par 
un dictionnaire de rimes. L'auteur explique pourquoi il a écrit en 
catalan, dans un passage curieux, Jbranscrit par M. Milâ, et qu'on 
nous saura gré de reproduire : 

« lo nom servesch en la présent obra, per II raons, dels len- 
guatjes que los trobadors en lurs obras se servexen : la primera es 
com prosaicament lo présent libre jo pos, e en lo posar prosaich 
no ha nécessitât a servir se dels lenguatjes ja dits, pertal com no 
son diputats de servir sino en obras compassadas ; l'altra raho es 
que si jom servia d'altra lenguatje sino del catala, que es mon len- 
guatje propi, he dupte quf? nom fos trobat a ultracuydament, car 
pus jo son catala, nom dech servir d'altra lenguatje sino del meu.» 

Je ne terminerai pas ce compte rendu du très-intéressant et 
très-instructif travail de M. Milâ sans appeler l'attention de mes 
lecteurs sur la mention qui y est faite, dans une note, d'un frag- 
ment, récemment découvert, d'un poëme provençal sur les croisa- 
des. Ce poëme serait-il celui auquel fait allusion Guillaume de 
Tudèle (Y . 29) ? ; Serait-ce un rifacimento de l'œuvre perdue de 
Grégoire Bechada? La publication du fragment signalé par M. Milâ, 
que nous appelons de tous nos vœux, permettra peut-être de ré- 
pondre à cette double question. G. G. 
• 

Rivista di fllologia romanza. Yol. II, fasc. III et lY. — 
P. 129. T. Braga.iSo&re apoesiapopularda Galiza, — 144. H. Suchier 
Il Ccmsioniere provenzale di Cheltmham, Nous avons ici la table en- 
tière. M. Suchier promet pour un autre article des extraits du ms. 
11 serait bien à désirer que parmi ces extraits figurât ce qui, de la 
pièce no 12, manque dans les Gedichte de Mahn, — 173. N. Gaix. 
Studi etimologici. Les mots étudiés sont laggareÇemc. fr. laier), 
girej sgommtare, strappazzare, bettola, gnocco, loja. — 177. N. Gaix. 
Article important sur le Contrasto di Oiullo dAlcamo^ à propos de la 
nouvelle édition qu'en a donnée M • d' Ancona et qui reproduit fidè- 
lement le ms. du Vatican. — 193. Giuseppe Ferraro. Saggio di 
canti popolari raccolH a Pontelagoscuro (provincia di Ferrara ) . — 
221. A. YVesselofsky. Un capitolo d Antonio Pucci. M. YV. repro- 
duit ce capitolo d'après l'édit. de M. Garducci, et signale les ana- 
logies qu'il présente avec la première partie du fabliau français 
du Chevalier à Vépée,— 228. N. Gayx. Étymologies de Eipentaglio, 
arbuscello, <igio, assettare, cantimplora. — 232. Bihliografia, — 244. 
Periodici, — 250 • Notizie. Quelques lignes attristées de cette 
chronique ( pag. 251 ), que nous avons lues avec le plus grand re- 



144 PERIODIQUES 

gret, annonçaient déjà la nouvelle, conârmée depuis par un pro- 
spectus venu d'Allemagne, que la Rivista était forcée d'interrom- 
pre sa publication. Nous souhaitons ardemment que cette interrup- 
tion ne 'soit que momentanée," et, en remerciant nos vaillants 
confrères des cordiales félicitations qu'ils nous adressent, nous 
joignons nos vœux à ceux qu'ils forment eux-mêmes, pour que 
l'exemple donné par notre Société excite en Italie ( comme dans 
tous les autres pays romans ) une féconde émulation *. 

G. G. 



Il Popugnatore. Anne IX.IDispense 4», 5» et 6* — P. 3. Luigi 
Gaiter. La Mitologia e la prima cantica délia Divina Commedia. 
Article écrit à propos d'un essai de M, Luciano Sissa (Treviso, 
1875) sur le même sujet. — 16 et 273. Storie popolari inpoesia sici- 
liana, riprodotte sulle stampe de secoli XVI, XVII e XVIII, con vote 
e raffronti da Salvatore Salomone-Marino , Suite : Storia nova di 
quantupati unfrusteri a parti strana (Palermo, 1665) ; lu Stupendu 
e maravigliusu sttccessudi dut inf ilici amantimilanisi (Pdilermo, 1695); 
Contrastu ridiculusu chifa un s/razusu eu rHavaru (Palermo, 1697); /s- 
tjovia nova e ridiculusa hella d'iniendiri supra lu cuntrastu di la sog- 
gira eu la nora (Palermo, 1710). — 25. Luigi Razzolini. Squarci con 
alquante varianti délia Divina Commedia di confronto alla lezione 
adottata dagli Academici délia Crusca . Suite et fin. — 74. Imbriani, 
Natanar II, lettera a Francesco Zambrinl sul testa del Candelaio di 
Giordano Bruno, Suite et fin. — 90. Francesco di Mauro di Pol- 
vica. Un codice cartaceo del XIV secolo inedito, contenentele opère 
minori de fraie Domenico Cavalca, Suite et fin. — 105. Nicola Ma- 
ria Fruscella Piccarda dé* Donati. Essai critique sur ce personnage 
de la Divine Comédie. — 128. Achille Monti. Il Petrarca vi- 



* Accanto a questa egregia istituzione ( la.. Société des anciens textes )t 
non meno floridamente si svolge in Francia la Société pour V étude des 
langues romanes. Senza dire délia sua Bivista, che da trimestrale si è 
fatta ora mensile, ed è divenuta un vero archivio indisjî^ensabile per lo 
studio dalla Francia méridionale, questa Società ha recentemente posto 
mano anche ad altre publicazioni per lequali sempre più si renderà 
benemerita délia ûlologia neolatina... Ne essa si limita a questo solo, 
ma col promovuore frequeati concorsi e coU *istituire premj ed altre 
ricompense, mantiene sempre vivo un movinento che ispira le più belle 
speranze. S'abbiano quegli egregi le nostre felicitazioni e i più cordiali 
augurj , e voglia il cielo che il loro esempio valga a suscitare in Italia 
una nobile emulazione ! 



PERIODIQUES 145 

sita Roma neWanno 1337. — 164. Licurgo Gappelletti. Michelangelo 
Buonarroii. Notice biographique et littéraire. — 197. Vincenzo di 
Giovanni Alcuni esempli da un codiçe siciliano del secolo XFV, Une 
fable (r A ne et le Petit Chien) et trois légendes pieuses intéressantes 
comme échantillons du dialecte sicilien au XIV» s. — 203. Luigi 
Calori r délie Guerre giudaiche di Giuseppe FlaviOy volgarizzamenlo 
del huon secolo ridotto a piu sana lezione. Notice suivie d'un extrait 
de ce texte. — 211 et 300 Gurzio Mazzi. // Burchiello, Saggio di 
sludi sulla sua vita et sulla sua poesia, — 247 et 376. Caroiina 
Coronedi-Berti. Novelle populari bolognesi. Suite et fin. — 297. Li- 
curgo Gappelletti. Commento sopra la nona novella délia 5* gior- 
nata del Decamerone. G'est la fameuse et touchante nouvelle du 
Faucon, — 382. Bibliograiia. 

G. G. 



Bulletin de la Société historique et archéologique du 
Périgord. Tom. III (1876). — P. 130. Gurieux extrait du Rituel 
de Périgueux de 1509, relatif à la cérémonie du mariage. Je le 
reproduis ici afin que nos lecteurs puissent le comparer à l'extrait 
analogue du formulaire provençal, publié dans YArmana prouven- 
çau per 1877, p. 47 ^ 

SEQUITDR MODUS NUBENDl IN ROMANTIO 

Vir vocet mulierem, respondeat mulier : Que vous plats f 

Dicat vir : Hiou me donne a vous per vostre bon et leal espoux etmari 
per paroulas de présent^ en la faça de saincta mayre esgleysa. 

Respondeat mulier : Et hiou vousrecebe, 

Eo modo mulier vocet virum et respondeat vir : Que vous plats f 

Dicat mulier : Siou me donne a vous per vostra honna et lealla 
espousa etfemna per paroulas de présent, en la faça de saincta mayre 
esgleysa . 

Respondeat vir: Hiou vous en recelé. 

P. 167. G. Bussière. La Légende du connétable de Bourbon dans les 
campagnes du Périgord. Ghant populaire recueilli à Borges, dont la 
traduction seule est publiée. G'est une autre version, écourtée vçrs 
la fin, de celui qu'on peut lire dans la i?owama, 111, 100, n® 14. Le 
duc de Biron, véritable héros de ce chant, est devenu," par une 
étrange méprise, Cadet de Bourbon, ou Bourbmi tout court dans la 

* Cf. aussi, Revue, VIF, 43, l'extrait rapporté par M. Alart, de racte de 
mariage de Sanche de Majorque avec Marie de Provence, extrait que 
VArmana prouvençau (loç. oU,) reproduit en partie. 



146 PERIODIQUES 

version périgourdine. —P. 2i5. Alcide Duverneuil. Un noel péri- 
gourdin. Composition assez longue (276 vers), qui n'a aucun carac- 
tère populaire. C'est probablement l'œuvre d*un ecclésiastique. Le 
cahier qui la renferme porte la date de 1757 et a été trouvé parmi 
les registres paroissiaux de l'état civil de la commune de Condat, 
près de Brantôme. Il y a de Tindécision dans l'orthographe, et la 
langue n'en est pas très-pure. C. C. 



Mémoires de TAcadémie des sciences, belles-lettres 
et arts de Glermont-Ferrand, tome XYl (47<^ volume de la 
collection des Annales). Clermont, Thibaud, 1874. — 101-334. 
Bouillet, Description archéologique des monuments celtiques^ romains 
et du moyen âge, du département du Puy-du-Dôme. Travail con- 
sidérable et important. Parmi les indications qui peuvent intéres- 
ser les é.tades romanes et les recherches sur les traditions popu- 
laires, nous signalerons celles qui suivent : 121 «Sur le chemin de 
Chanat (commune de Durtol) existe une espèce de pierre bran- 
lante appelée Rei de la Pila, Roi de la Pile, mais qui ne parait pas. 
authentique : c'est un jeu de la nature. » 121-122 « Entre les puys 
de Pourcharet et de Montillet, une petite montagne porte le nom 
de la Fée; elle est appelée en patois Suquet de la Fachineire, Les 
bergers disent qu'il n'est pas prudent de tenir les troupeaux sur 
cette montagne après le coucher du soleil; qu'ils y sont fascinés, en- 
sorcelés.» 123. M. B. reproduit ime incription funéraire du XIII« siè- 
cle, en langage d'Auvergne, déposée aujourd'hui au musée de 
Clermont : 

Anno DOMiNi m: ce: lxx: x : kl: septeb: o. b. 
DE Sabanaco de Catus 
' Tu q'la vas : TA-BOCA : glauza : guar 
da: est: r.oRs: quaisi : repauza : tals : 
Co TUiEST : EiEU : siFUi : etu : seras, tals : 
C6 lEU : sur : di : pat : nt eno : te : nui* . 



* A rapprocher d'une des peintures de l'église d'Ennezat (XV^ siècle) 
signalée par M. B. 214. Un ange contemple, un cadavre d'un air de 
compassion. Une banderolle est entre les mains du cadavre ; on y lit ces 
vers: 

Prya pour moi qui me reguardes 
Quart tyel seras quat que tu tardes 
Fais bien tandis que tu vis 
Quar après la mort n'auras aulz amis. 



PBRIODIQUBS 147 

Dans un travail sur le Patois de la baisse Auvergne et sa littérature 
qui constitue la quatrième publication spéciale de la Société des 
langues romanes^ M. Henri Doniol en donne une traduction qui nous 
semble plus plausible que celle de M. B. 128. « Le petit puy de 
Chateix supportait un château appartenant à Waiffre, duc d'A- 
quitaine ; ce château fut incendié en 761 par Pépin. Au milieu des 
attérissements descendus de la montagne, on trouve beaucoup de 
grains de blé calcinés, de seigle, de fèves, de haricots, etc., ce qui a 
fait donner à ce lieu le nom de Grenier de César, 145, «Le puy de 
Prechonnet, très-remarquable sous plusieurs points de vue, a une 
roche branlante, un rocher druidique, une grotte des fées et une 
légende sur les fées changées en chauve-souris. » 158. « Près le 
hameau 'de Mont-la-Gôte existe une roche branlante, appelée Roche 
branîaire, la plus belle de TAuvergne. Elle inspire encore aux 
habitants de la terreur et du respect: les uns. . . disent que c'est 
la Sainte^ierge, en filant sa quenouille, qui l'a apportée de fort loin 
dans son tablier ; d'autres assurent qu'elle se balance sur un gros 
tourillon d'or, et que des jeunes gens du voisinage résolurent un 
jour de la renverser ; mais à peine l'avaient -ils touchée que le 
ciel s'obscurcit et qu'une nuit profonde enveloppa tout le pays. 
Depuis on la respecte.» Des traditions à peu près semblables exis- 
tent encore dans le département de l'Hérault. 222. Près du hameau 
de Château-Gaillard, on montre sur un monticule, les ruines... du 
château de la comtesse Brayère. Dans le ruisseau qui coule au bas 
existé une cavité circulaire, où Ton dit que la comtesse faisait 
précipiter les enfants pour les laver avant d'en faire sa nourri- 
ture*». 227. A Pionsat, une cjrosse pierre de granit est nommée 
Peirra de la Fada. 232. A Saint-Etienne-des-Ghamps, un dolmen 
possède la même appellation. 233. A Villossanges, il y a un Roc de 
las Fadas: c'est une grosse pierre de granit. «Au-dessous de l'étang 
de Vergne-Labaysse existe le Banc de las Fadas, Banc des Fées, 
espèce de dolmen. » 262. Maison des Fades désigne, près de Lu- 
desse, les traces d'un édifice à plusieurs compartiments. 266. « Au 
sud-ouest de Montaigut, sur la rive droite de la Gouze, une route 
creusée dans le granit porte le nom de Chami de las Fadas, 
296. A Job est la Roche de 'la Volpie, sur laquelle les fées eurent 
un temple où elles opéraient des miracles. On ajoute qu'à certaines 

L'auge, au contraire, tient une légende avec cette inscription : 

Refrarda la grant pityé de natnre hninayne 
Commet vient à destruction et^ forma vilayne. 

* Voyez encore sur Natarie, dite la comtesse Brayère^ p. 235 et 247. 



148 PÉRIODIQUBS 

époques de Tannée on entend, dans la nuit, les chants d'une ber- 
gère filant sa quenouille au sommet de la roche. Diane avait, dit-on, 
un autre temple à Pierre-sur-Haute. Les habitants des montagnes 
voisines jurent encore par Dia/io neiro, Diane la noire. 278. A Saint- 
Martin-des-Olmes, on doit visiter.... la roche AeJarissein, dite 
Saut de la Puceïle, parce qu'on y voit l'empreinte des quatre fers de 
la mule qui portait une jeune fille, laquelle s'élança d'un seul bond 
du village de Ghaumis sur le rocher de Jarissein ( d'après les Chro- 
niques du LwradoiSf p. 382).302. AGrandrif, les gens disent qu*une 
chèvre d'or a été ensevelie dans l'intérieur del^ Grotte de la Chèvre. 
Ils ont une grande vénération pour elle. « Si un animal de cette 
espèce meurt de vieillesse dans le pays, on met encore quelques cé- 
rémonies pour sa sépulture.» 308. Les environs de Ghambon, très- 
boisés et sauvages, possèdent, dit M.B., de nombreuses légendes: 
la Pierre de Gargantua^ V Homme de fer, la Fontaine qui dénonce. 308. 
A Fournols, une voie romaine assez bien caractérisée se nomme le 
Chemin ferréy et sur d'autres points le Chemin de la reine Marguerite . 
— 636-646, Planât. Note archéologique sur le grun deChiniore, Grun, 
dans quelques sous-dialectes d'Auvergne, signifie montagne, puy, 
sommet granitique. M . P . a découvert sur celui-ci des vestiges 
d'antiquités annonçant l'existence d'une ville depuis longtemps 
disparue. Il conjecture que ce fût làl'oppide des hommes de Chiniore, 
dont les Coutumes d'Auvergne de Prohet et de Chabrol mentionnent 
assez longuement les franchises. « De nos jours, dit-il, on ne voit 
sur ce ténement aucune agglomération importante ; ce ne sont pas, 
sans nul doute, les rares métairies qu'on remarque aux flancs de 
la montagne qui ont motivé la création de ces droits et privilèges.» 
La légende s'est aujourd'hui emparée du grun de Ghiniore, et l'on 
raconte que la ville qui y était bâtie a été engloutie dans un ma- 
récage . 

A. R.-F. 

Jahrbuch fûr romanische und engliséhe Sprache und 
liitteratur. T. XV (3^ et dernier de la nouvelle série). — P. 1 . J.-G. 
Mattes. Sur lesmss. de Renaut de Moniauban conservés en Angleterre , 
et particulièrement sur le ms, Hatton, 42, dont M. M. communique 
un long fragment. — 33. Gustave Meyer. Mois romans dans le dia- 
lecte de Chypre au mogen âge, — 57. Garoline Michaelis. Étymologies 



* Nous avons, dans le département do l'Hérault, au delà da Lavérune 
près Montpellier, lou cami de la reina Achileta ou Chileta. C'est une an- 
çiepue voie romaine, dédignée autrefois sous le nom de viel camï roiumieu. 



PÉRlODIQUËiS 149 

romanes. — 65. Franz Scholle. Les Àssoiinances en a, ût, an, en, dans 
la Chanson de Roland. — 82. Grœber. Les Serments de Strasbourg. — 
90, Hermann Suchier. Gorreclions à la table des poésies des trouba- 
dours, de Barlsch. — 133, 267 et 407. François Haefelin. Recherches 
sur les patois romans du canton de Fribourg. — 198. Hermann 
Rœnsch. Élymologies romanes, — 201. Gessner. Esse comm^ auxi- 
liaire du verbe réfléchi en français, — 229. Koschwitz. Compte 
rendu du Traité de la formation des mots composés, par M. Darmes- 
teter. — 244. Adolf Tobler. Compte rendu de l'édilion des Enfances 
Ogier, donnée par M. Scheler. — 393. U. Lùcking. Sur le Chant de 
Sainte Eulalie. — 397. F. Liebrecht. Compte rendu du recueil de 
M. Pitre: Fiabe, novelle e raecorUi popolari siciliani, — 445. B. 
Schaedei. Fragment de la Chanson de Hervis, Provient de la bibl. 
grand-ducale de Darmstadt. — 450. F. Liebrecht. Sur le Décaméron. 
—452. Bibliographie de l'année 1874. C. G. 

A.Fchiv fur das Studium der neueren Sprachen und Lite- 
raturen. LVI. — P. 11. Adolf Kressner. Très-courte notice sur 
la chanson de geste dî'Airaeride Narbonne^ suivie d'un long extrait 
(1, 500 vers environ) d'après le ms. 24369 de notre Bibl. natio- 
nale. La partie du poëme imitée par "Victor Hugo dans Aymerillot, 
ce joyau des petites épopées, est comprise dans ledit extrait. P. 17. 
Aufage du ms. est mal à propos changé en sauvage. C'est un mot 
bien connu, si Tétymol. en est incertaine. P. 29, Yoi(m, La cor- 
rect., indiquée par l'avant-dernier vers de la p. 31, était non voient, 
mais voit aie. Même p., on a corrigé à tort ot {il y eut) en ont. 
P. 49, qu ^eurent; lis. queurent (courrent). On pourrait relever d'au- 
tres fautes; la ponctuation aussi laisse à désirer. — P. 51 . Adolf Kress- 
ner. Epigrammes {françaises) du XF/« s, tirées d'un ms. de la bibl. 
de Lausanne, Ces epigrammes se trouvent dans un ms. des œuvres 
de Marot, ce qui n'est pas une raison suffisante pour les lui at- 
tribuer. L'éditeur y incline cependant, trouvant qu'elles sont tout 
à fait dans la manière du poète de Cahors. C'est de quoi tout le 
monde ne tombera pas d'accord. — P. 155-186. Publication précédée 
d'une courte notice, par le D"" Bunte, d'un ms. du XVI* s. de la 
bibl. de Wolfenbûttel qui renferme « les fabuleuses histoires de 
la poétique astrononiye de très excellent orateur Igine (Hygin), 
translatées de latin eh françois pour la récréation de très noble et 
illustre prince François de Vallois, comte d'Angoulême, etc., par 
Robert Frescher, maistre es arts et bachelier en théologie. » Ce 
n'est pas, au vrai, une traduction ; l'auteur, surtout après les 
premiers chapitres, s'écarte parfois de son original et l'abrège 



150 PERIODIQUES 

sensiblement. P. 160 et 166, on a imprimé lais; p. 171 et 176, 
leizetleis, qui n'ont aucun sens, au lieu, je pense, de ladite, ledit, 
représentés probablement dans le ms. par des abréviations qu'on 
aura mal résolues. P. 161, Vune au rouste de Vautre. Corr. au 
cousté, 170, emieioupa de pouldre ; lis. enveltmpa, L'édit. propose 
emmitoufla/ 173, avis que je meurs ; lis. ains que je meure. Il y a par 
ci par-là d'autres passages ou corrompus ou mal lus. — PP. 186 et 
281. Charles Marelle. Contes et chants populaires français , Suite et 
fin. Ces deux articles sont consacrés tout entiers aux chants po- 
pulaires. Travail intéressant, d'une lecture très-agréable. Un peu 
moins d'art peut-être — ou d'artifice — dans la mise en œuvre des 
matériaux, avec plus de précision dans l'indication de leur prove- 
nance, n'aurait pas été un mal. — P. 241. R. Mahrenholtz. 
Molière et la comédie latine, — P. 343. F. Brinkmann. Etudes 
métaphoriques {suite) . Cet article traite delà chèvre, du mouton et 
du pourceau. G. G. 



Le MuséCr Revue arlésienne, historique et littéraire, 

3e série (année 1876), n»" 1 à 9. — Mémoires de. Bertrand Boysset, 
contenant ce qui est arrivé de plus remarquable, particulièrement à 
Arles et en Provence, depuis m ccg lxxii jusqu'en m cccc xuir, copiés et 
enrichis de notes et de pièces justificatives par moi, Laurent Bonne^ 
mant, prêtre de la ville d'Arles, en 1772. P. 1-3, 12-13, 17-20,25-28, 
43-45, 49-53, 57-61, 66-69. La partie éditée, à l'heure qu'il est, est 
presque partout rédigée en langue provençale. La valeur historique 
et philologique de cet intéressant mémorial sera ultérieurement 
appréciée dans la Revue. Dès aujourd'hui, cependant, on doit re- 
mercier M. Fassin d'en avoir entrepris la publication. — Recueil de 
plusieurs choses mémorables arrivées en la ville d'Arles durant les trou- 
bles de la Ligue, extraictes d'un livre de raison de Louis Ramette, 
dans lequel, parmi les mémoires de ses affaires domestiques, il a inséré 
les choses susdites, selon qu^ elles sont arrivées de temps en temps. ( La 
description desquelles est faite avec un langage barbare entre le pro- 
vençal et le françois, que nous avons réduit en meilleurs termes, sans 
toutefois en altérer le sens (note du copiste qui signe à la fin : de Re- 
batu), p. 9-12, 20-23, 28-31, 33-35. Document curieux. Si ce livre 
de raison existait encore, il serait peut-être utile de le publier. — 
Notices biographiques, Jean-Baptiste Goye, p. 45-48. Reproduction 
de la notice placée en tête de l'édition des œuvres de Goye, donnée 
en 1854 par /eu Frédéric Billot. Les poésies de Goye sont assez 
connues. Voyez par exemple, Noulet, Histoire littéraire des patois 
du Midi, Revue, l'« série, VII, 182-183. Quelques fautes typogra- 



LE SIBÔB DE TOULOUSE 151 

phiques sont à relever dans la notice de M. B. : Belland de la Bel- 
landière et Toussaint Gras, p . 47, lisez : Bellaud de la Bellaudière et 
Toussaint Gros, L'édition de M. Billot reproduit celle de Mesnier, 
d'Arles, en 1829, laquelle, malgré son titre, est loin d'être com- 
plète. Un poëme inédit de Coye se trouve, en eflet, dans un des 
ms. de la Bibliothèque de Nimes; il a pour titre : VEsvanouissament 
de Phœbus ou VEsclipse dou soleou en 1706. Son mérite littéraire est 
au-dessous du médiocre . — Cansoun nouvello sur leis désastres que 
la villo d\irle et son terraire aneyssugaper Vinnoundacioun dou Rose 
en Vannado 1755, p. 54-55. Complainte provençale en seize couplets 
de six vers. En terminant ce compte rendu, il est à propos demen- 
tionner la médaille d'argent que, dans sa session d'Arlesj la, Société 
française d'archéologie a décernée au Musée. Cette distinction, dont 
le principal honneur revientà M. Fassin, n'était que justifiée. 

A. R.-F. 



Le Siège de Toulouse et la Mort de Simon de Montfort 

Poursuivant le cours de ses études sur le midi de la France aux 
Xll* et XIII* siècles, M. Henri Delpech a exposé dans une troi- 
sième conférence, faite à Montpellier le 26 février, le siège de Tou- 
louse et la mon de Simon de Montfort en 1218. 

M . H . D . nous avait précédemment montré la littérature des 
troubadours, promenant dans toute l'Europe ses sirventes et ses 
chansons ; poUssant d'abord une société à demi barbare ; la rédui- 
sant, malgré elle, à accepter la supériorité de l'intelHgence sur la 
force physique ; y atténuant, plus que partout ailleurs, les inéga- 
lités de la naissance par l'admission des troubadours, quelle qu'eût 
été leur extraction, dans l'intimité de princes et de seigneurs très- 
attachés à leurs privilèges. Heureuse cette httérature si, dès la fin 
du XI1« siècle, elle ne s'était laissée aller à une licence et une 
afféterie que dépassaient encore les . tendances générales de cette 
époque 1 Ce n'est pas dans les pays de langue d'Oc qu'il fallait 
chercher alors cet esprit d'ordre et de sagesse qui caractérise les 
mœurs d'une race virile. Amollie par le luxe, par la prospérité de 
son commerce, par sa richesse, provenant d'une viticulture très- 
étendue, cette société en était arrivée à un relâchement de mœurs 
extraordinaire. 

Dans un milieu ainsi composé, les idées albigeoises devaient ai- 



n» LB SIÉGB UE TOULOUSE 

sèment trouver des défenseurs et des adeptes.Tout le Midi n'accepta 
pourtant pas les doctrines nouvelles. Il était naturel que l'Eglise 
réagît à son tour contre ce mT)uvement anormal, qui menaçait la 
civilisation non moins que le christianisme, et qui se compliqua 
plus tard, vers la fin de la guerre, d'une certaine rivalité entre le 
Nord et le Midi. Le rôle de Simon de Montfortn'a pas été expliqué 
de la même façon par tous les historiens, sans doute parce qu'il 
ne s'est pas développé, dans la succession de ses actes, avec un 
caractère bien tranché d'unité et de logique. On doit savoir gré à 
M. H. D. d'avoir éclairé d'un jour nouveau cette grande et énig- 
matique figure. Partout vainqueur dès le début, soutenu par un 
esprit très-pénétrant et très-déhé, Montfort n'affecta pas immé- 
diatement ces tendances à la domination personnelle qui le com- 
promirent sur la fin. Grâce à des dispositions admirables et aussi 
à l'étrange présomption de ses adversaires, il remporta la bataille 
de Muret, où il sut culbuter un ennemi infiniment plus nombreux. 
Mais, avant même cette bataille, l'Église avait mis des limites à son 
ambition. Comblé d'honneurs, ébloui par l'importance des services 
qu'il avait rendus, Simon de Montfort ne tendit à rien moins qu'à 
devenir l'unique souverain du Midi, disposant à son gré des apa- 
nages, et appliquant à son intérêt personnel le but religieux et 
social de la croisade. M. H. D. nous a montré les populations 
s'éveillant alors et oubliant leurs dissensions intestines pour se 
liguer contre l'ennemi commun. Tant que les Gascons et les Pro- 
vençaux furent rivaux, Simon de Montfort resta le maître. Quand 
ils surent unir leurs efforts, le vainqueur de Mui:et fut perdu. 

Un plan du siège de Toulouse, remis à chaque auditeur, facili- 
tait les descriptions du conférencier. Nous ne reproduirons pas les 
éloges des organes de la presse locale sur Part infini avec lequel 
ont été présentées ces savantes déductions; M. H.D. nous a dépeint, 
comme l'aurait fait un témoin oculaire, les émouvantes péripéties 
du siège de Toulouse, supporté avec tant de courage par les habi- 
tants de tout âge, de tout sexe et de toute condition ; l'inondation 
des bas quartiers de la ville ; la reconstruction de ses remparts 
sous le tir des machines de guerre ennemies; l'approche delà gatle 
de Simon de Montfort et sa destruction saluée par les assiégés 
de ce cri de raillerie héroïque, que la Chanson de la Croisade albi- 
geoise nous a conservé : 

Fer Dieu na falsa gâta jamais no preadretz ratz ^ ! 



1 Histoire en vers de la croisade contre ks Albigeois (Cansos ds la gbo-- 
zâda gontr bls brbgbs dalbbgbs), édition Fauhei; Paris, 1837, iQ-4", 
vers 8,213. 



LES RÉUNIONS DU PELIBRIGE 153 

On sait que Simon de Montfort fut tué d'un coup de pierre qui. 
selon rénergique expression du poëte, rutleignit à la tète, là où il 
fallait : 

Ë venc tôt dreit la peira lai on ara mestiers. (Vers 8,451.) 

M. H. D. a décrit le jeu du mangonneau et d'autres machines de 
guerre en usage au XllI"» siècle, en homme qui les a vus fonc- 
tionner au château de Pierrefonds, où Ton en conserve des spéci- 
mens pour faciliter l'élude du moyen âge. 

A. ËSPAQNE. 



LES REUNIONS DU FELIBRIGE 

A AIX ET A MONTPELLIER 



Des trois grandes sections ou maintenances qui se partagent le 
félibrige, deux, celles de Provence et de Languedoc, ont tenu leurs 
assemblées annuelles au commencement de Tannée 1877 : la main- 
tenance de Provence, à Aix ; celle de Languedoc, à Montpellier. 

La réunion d'Aix, annoncée d'abord pour le 14 janvier et ren- 
voyée ensuite au 28, a été présidée par M. Théodore Aubanel. Elle 
comptait trente adhérents environ, parmi lesquels, MM. Mistral, 
Anselme Mathieu, Alphonse Tavan, de Berluc-Perussis, Vidal, 
Marius Bourrelly, Eugène Tavernier, Frizet, Bonafous, Auguste 
Verdot, Astruc, Guillibert, Legier de Mesteyme, Ch. Descosse, etc ; 
MM. Roumanille et Félix Gras n'avaient pu y assister, par suite d'un 
deuil de famille très-récent. Il en a été de même de M. Gaut, à 
peine convalescent d'une maladie qui a mis un moment ses jours 
en danger. 

M. Aubanel a prononcé son discours d'ouverture avec cette élo- 
quence sympathique, large et colorée, pleine de mouvement et 
d'inspiration lyrique, que connaissent ceux qui l'ont entendu au 
centenaire de Pétrarque et, deux ans après, à Forcalquier. Les pro- 
grès du Midi, a-t-il dit, sont incessants depuis trente ans, et le féli- 
brige doit n'avoir d'autre tâche que celle de les agrandir et de les 
accroître. Comparant ensuite la langue provençale à une statue pré- 
cieuse échappée aux outrages des Barbares dans les ruines d'une 
des vieilles arènes méridionales, il a encouragé les félibres non-seu- 
lement à la relever et à la replacer sur son piédestal d'autrefois, à la 
restaurer et à la remettre en gloire, mais encore à l'animer et à lui 
rendre l'esprit et la vie : 

« Coume aquélis estatuo de maubre qu*avèn atrouvado dins nôsti vièiis 
arenOy debaussado, routo, aclapado de la man di Barbare, la lengo prou- 

11 



154 LES REUNIONS 

vençalo èro jasènto au s6a, matrassado, espôutido, oublidado, elo, la 
rèino, la fado de tant de siècle flôri, de tant de troubaire li mai famous. 
L'avèn aubourado, Festatuo 1 Piousamen avèn barra si plago e sarci lis 
estras de sa raubo blanco- La divesso, aro, ve-l'aqui tourna sus soun 
pedestau, sèmpre sourrisènto e jouino, plus belle e plus enauranto que 
jamai 1 Regardas l. . . . Acô 's giand e bèu, cerlo ! eh bènl es pasproun I..- 
Aquéu maubre fre, fau que s'enûoque I A.quelo estatuo, fau que s'anime 1 
Âquelo grando morto, fau que revive coume antan 1 . . . . » 

Et cette comparaison était poétiquement juste. Les mille idio- 
mes de notre pays ne sont-ils pas, à autant de titres que les monu- 
ments du sol y les restes mutilés et souillés , si l'on veut, mais 
vivants, de ses annales, les témoins de sa vie historique et de ses 
luttes passées? M. Aubanel insista sur la nécessité de retremper 
le Midi dans la grandeur et la beauté de sa langue, de rattacher ses 
fils à leur village, à leur province, « comme le lierre à la terre 
nourrice. » Et il termina son discours par une conclusion d*un tour 
aussi poétique que la comparaison que nous venons de citer: 

« Au bèu tôms de la flouresoun de nosto lengo, un troubaire, que s'èro 
crousa, revenié de Palestine. Avié, dins lou désert, fa l'amistanço d'un 
leiouni e la noblo beslio, fidèlo e douço, lou jour de la partéhço seguiguè 
sounmèstreenjusqu'au veissèu. Mai lou capitàni noun vouguè embarca 
Teste esfraious, e lou troubaire mountè souiet sus la ratamalo. Quand lou 
leioun se veguè à Tabandoun sus lou ribeirés, e lou veissèu que saliuen- 
chavo. . . tout d*un vanc, d'un bound terrible, se Jitô dins li flot, e nadè à 
la seguido. 

» Messies, l'amour de la Prouvènço vau bèn Tamistanço d'aquéu chi- 
valié. La Prouvènço se gandis vers lou trelus, vers lou triounûe : jiten- 
nous à la bello eisservo, dins lou boulegamen felibren, e seguiguen, àtra- 
vès lis erso sereno o tempestouso, lou veissèu prouvençau l » 

M, de Villeneuve-Esclapon lut ensuite son rapport sur l'orga- 
nisation de la maintenance de Provence, depuis la réunion de 
Sainte-Estelle, à Avignon, et il le fit précéder de quelques détails 
sur l'organisation du félibrige. Nous allons les résumer d'après le 
Prouvençau d'Aix* : 

Les félibres se divisent en trois catégories : les majoraux, les 
mainteneurs et les correspondants. Les premiers sont au nombrç 
de cinquante, et leur réunion, qui se nomme Consistoire, régit l'en- 
semble de rassociation.Elle prend toujours le bureau triennal dans 
son sein, prononce la dissolution d'une école ou l'exclusion de ses 
membres, nomme les maîtres en gai savoir et se renouvelle, enfin, 
en choisissant toujours les majoraux parmi les mainteneurs, qui, 
eux, peuvent être en nombre illimité. Les correspondants sont les 
membres étrangers au midi de la France. 

^ Le FrouvençaUt n^ du 4 février. 



DU FBLIBRIGE 155 



^association elle-même est partagée en trois grandes sections 
ou maintenances, qui comprennent: sous le nom de Provence, tous 
les pays de langue d'oc situés le long de la rive droite du Rh<)ne ; 
sous celui de Languedoc, ceux qui sont situés, sur la rive gauche ; 
sous celui de Catalogne, le comtat de Barcelone, avec Valence et 
les îles Baléares. Chaque maintenance se divise en écoles, qui sont 
la réunion des félibres d'une même ville. 

En tète de la maintenance est un syndic, nommé par le Con- 
sistoire, et deux ou trois vice-syndics avec un secrétaire, nom- 
més par tous les membres. En tête de l'école se trouve un ca- 
biscol. Sur la demande qui en fut faite à M. Àubanel, la réunion 
provençale approuva les statuts des quatre écoles de Forcalquier 
{FelibredeisAup)f d*Aix {Felibrede Lar), de Marseille (Felibre de la 
mar) et d'Avignon (/ou Flourège), Elle désigna ensuite ses vice- 
syndics, MM. J.-B. Gaut et Marins Bourrelly, ainsi que son secré- 
taire, M. de "Villeneuve-Esclapon. 

La question des dialectes locaux fut soulevée par M. Fr. Vidal, 
qui soutint avec force leur utilité et fit ressortir la variété et la grâce 
qu'ils apportaient aux productions de l'esprit d'une nation. Sçn 
argumentation fut appuyée par Mistral et par M. Bonafous, qui 
invoquèrent à l'appui les idiomes de l'antique Hellade et ceux 
existant aujourd'hui dans la péninsule italique, ainsi que l'éclat et 
les aspects imprévus qu'ils avaient donnés à la littérature de ces 
deux pays, La réunion se rangea à l'opinion de M .Vidal. 

M. Vidal appela ensuite l'attention de l'assemblée sur l'oppor- 
tunité qu'il y aurait à s'occupejr des fêtes dela(7/ian5ondu Latin, que 
la Société pour Vétudedes langues romanes prépare depuis longtemps, 
et qui coïncideront avec le bimillénaire de la fondation d'Aix-en- 
Provence parle proconsul romain Gaius Sextius. 

Cette proposition, pour laquelle nous tenons à reriiercier spé- 
cialement M, Fr. Vidal, fut très -favorablement accueillie. L'as- 
semblée délégua l'école aixoise des félibres de Lar en ce qui touche 
le bimillénaire. Le savant directeur du Musée, M. Emile Fassin, 
qui est aussi adjoint à la mairie de la ville d'Arles; MM. Clair. 
Gleizes et Marins Girard, de Saint-Rémy, doivent étudier ce qui 
devra se faire à Arles et à Saint-Rémy pour les fêtes delà Chanson 
du Latin. Les propositions de ces Commissions seront soumises à 
l'assemblée générale du félibrige, le 21 mai prochain *. 

Telle a été, dans ses traits principaux, la réunion de la mainte- 



1 Nous empruntons la plus grande ' partie de ces indications au 
Mémorial d*Aix, n"» du 4 février. 



156 LES REUNIONS 

t 

nance de Provence. Celle de la maintenance de Languedoc s'est 
tenue à Montpellier, le dimanche des Rameaux. La veille, c'est-à- 
dire le 24 mars, la Société des langues romanes avait invité les 
félibres à une séance extraordinaire, à l'hôtel de ville. Cette 
réunion était fort nombreuse et fut consacrée par moitié à la poé- 
sie et à la philologie. M. Charles de Tourtoulon communiqua 
d'abord le résumé des observations qu'il avait recueillies sur les 
lieux mômes touchant les limites de la langue d'oc en France et 
dans la Suisse romande. Il s'attacha à constater qu'à partir du 
point où s'arrête la grande carte qui accompagne son rapport à 
M. le Ministre de l'instruction publique, cette limite se dirige vers 
l'Est jusqu'aux environs de Bourg ; qu'elle remonte de là vers le 
Nord-Est à travers les départements de l'Ain, du Jura etduDoubs, 
pour aboutir à Bienne, en Suisse, redescendre par Morat, Fri- 
bourg et Sierre, en s'in fléchissant un peu vers l'Ouest, à la hauteur 
de Lausanne. D'après M. de Tourtoulon, la presque totalité de la 
Suisse romande appartient à la langue d'oc, et le français n'y est 
qu'une langue importée. 

.Celui qui écrit ces lignes donna lecture d'une étude critique sur 
l'idée latine dans quelques pièces en langue d'oc, en espagnol et en 
catalan, composées depuis le Concours de Montpellier, où Bringuier 
avait porté un brinde à l'union future de tous les peuples de lan- 
gue romane *. 

La poésie ne pouvait manquer d'avoir, dans cette séance, des in- 
terprètes dignes d'elle. M. A rna vielle lut d'abord sa belle ode A la 
memorio de F. Camhouliû^ insérée dans VArmana de Lengadb de cette 
année, mais écrite en 1870. Quelques-unes de ses strophes, — 
celles surtout où il disait que Gambouliù n'avait pas eu la consola- 
tion de voir « la croissance de l'arbre qu'il avait planté », — émurent 
profondément les membres qui, ayant connu de près le fondateur 
de la Société, savaient quelle foi et quelle ardeur de conviction et de 
confiance il apportait en toutes choses. 

Perqué la Mort escarioto, 
Gambouliù ! tant ièu t'ajassè dins soun clau ? 
De Taubre qu'as planta n'as pas vist l espandido ; 

N*as pas couneigu lou soûlas 

Qu'endor lou lauraireque, las, 
Oau sèti pairoulau, la jouncho au sèr gandido, 

Vei sa famiho degourdido 
E gaio, qu'es Toustau prouspère. . . Noun,ai 1 lasl 



Voyez plus haut, page 114. 



DU FELIBRIGB 157 

D'ouro t*a près la mort. Mes n*ri près qu'un cadabre ; . 

Ëlo dau cor nous a pas près 

Toun souvenl ; sempre i'es fres. 
Dau tems escrafarèl pot courre lou grand vabre. 

Sempre toun noum, o mèstre fabre ! 
Lusira sus toun obro, à soun frountau de grès ! 

M . Louis Roumieux lut deux morceaux d'un genre différent, mais 
qui furent, eux aussi, vivement appréciés. Le premier avait pour 
titi^e lou Sdu d'Aniounieio, et traduisait admirablement une circon- 
stance des derniers moments de la felibresse de Beaucaire*; la 
seconde était une épître badine en vers latins, français et proven- 
çaux, d'une très-spirituelle facture. M. Fourès dit ensuite le Troum- 
beto^, et M.Gaidan lou Rigau^,ai\\égonQ d'un sentiment si exquis; 
MM. de Villeneuve-Esclapon, Antonin Glaize, Desjardins et Gros, 
lurent aussi diverses pièces de vers. 

Mais le grand succès de cette séance était réservé à M. Laurès, de 
Villeneuve-lez-Béziers; deux fragments de ses Set Pecach capilals 
de las fennos de la campagno^ et la Malautiè de la vigno, publiée déjà 
en 1855 dans le Bullelin de la Société archéologique de Béziers, furent 
accueillis avec une faveur marquée . La Malautiè de la vigno avait, 
grâce au phylloxéra, repris un intérêt d'actualité, et l'un des mem- 
bres présents rappela qu'il avait entendu, en 1869, une sorte de 
rapsode ambulant déclamer cette pièce sur les bords du Rhône, 
en plein pays provençal. De combien de poètes modernes pourrait- 
on en dire autant^ ? 

Plusieurs dames, parmi lesquelles M"« de Ricard et sa sœur 
Mlle Wilson, Mlle Léontine Goirand et MUe Mireille Roumieux, la 
gracieuse filleule de Mistral, assistaient à cette séance. M ii« L. 
Goirand, dont on n'avait pas oublié le beau sonnet A Nemausa 
(Revue, numéro de janvier 1877), voulut bien dire quelques vers 
d'une touchante et délicate poésie. 

La réunion de. la maintenance se tint le lendemain. Selon 
l'usage, elle eut lieu à table et dans les salons de l'hôtel Biscarrat. 

1 M"* Antoinette Rivière, de Beaucaire. Ses poésies ont été publiées sous 
ce titre: H Béluga d'Antounieto de Bèu-caire; Avignon, Aubanel, 1865; in-8% 
326 pages. 

* Armanac de la Lauseto, 1876, pag. 161 . 
•^ Armaîiaprouvençau, 1876, pag. 71. 

* Imprimé en 1858 par Tauteur. Béziers, Millet; in-8% 36 pag. 

5 M. Laurôs va réunir ses poésies en un. volume, qui sera publié à Mont- 
pellier sous le titre suivant : lou Campestre. Nous prenons la liberté de 
lerecomn.ander aux lecteurs de la Bévue. 



158 LES RÉUNIONS 

Avec Mistral, arrivé dans la matinée du 25 mars, elle comptait 
MM. Louis Roumieux, chancelier dufélibrige; Gantagrel, président 
de la Société des langues romanes; Achille Mir, Camille Laforgue, 
J. Gaidan, Amavielle, de Villeneuve-Esclapon, Goirand, le docteur 
Roux, Laurès, le docteur Charles Coste, Boucherie, Auguste 
Fourès, de Ricard, Antonin Glaize, le colonel Fulcrand, Ch. De- 
loncle, Frédéric Cazaliç, directeur du Messager agricole; Ernest 
flamelin.le docteur Elphége Hamelin, Desjardins , Albert Cha- 
banier, Clair et Etienne Gleizes; Simil, Boucoiran, Rettner, etc. 
Le syndic de la maintenance, M^ de Tourtoulon, prononça le dis- 
cours d'ouverture, et, dans un langage qui était un modèle d'aisance, 
de mesure et de facilité, définit le rôle des écoles félibriques et la 
nécessité de maintenir intactes les formes constitutives de chaque 

dialecte : 

» 
c Dins aquel Miejour qu'a mema lenga, i*a mai d'una parladura ; l'a 

ce que lous savants apeloua de dicUeites, e n'aven prou de diferents 

dins nostra mantenença. Tout aqueles parlas an lou drech de vieure, 

toutes podoun demanda sa plaça jout nostrecel azurenc, au lum que Dieu 

alargo i mounde^^ que dona à la natura la vida, e à quauques ornes la 

força, l'engeni e l'inmourtalitat. 

B Noun i'a tant pichot vilage das Aups ou das Pirenèus que noun âge 
lou drech de garda sa parladura naturala ; e série pas embé nautres lou 
que voudriè faire contre quanta langage que siegue ce qu'aven reprouchat 
à d'autres de faire contra la langa d'O tout^ entieira. 

9 Que degus noun vengue dire aicl qu'un parla es pus poulit oii pus 
lourd qu'un autre. Se chasque aucèu trovo soun nis hèu *, chasque aucel 
tamben trova bèu lou cantà de soun nis, lou cantà de sa maire. Es per 
que dins chaque endrech pogue estre estudiat, caressât e aussat en gloria^, 
aquel cantà dau nis, aquel parla dau brès, que lou counsistori felibrenc 
coustituîs las escolas ... 

9 Mes una cscola pourrie, couma se dis, tira trop Tacatage de soun 
constat; es aicl que la mantenença ven, couma soun noum ou fai veire, 
mantene à la fes l'endependençia de chaque parla e l'unitat de la lenga 
felibronca... 

» L*unitat es pas Tunifourmitat ; una letra de mai ou de mens chanja 
pas lou founs e l'engeni d'una lenga; e quoura sera entendut que ce que se 
prounouncia la mema causa, s'escrieu la mema causa dins touta la terra 
d'O, que lasparaulas (relevan quaucas unas, e n'i'a pas gaire) soun las 
memas dins toutes nostras prouvencias, eme un vesti diferent, quoura 
aco sera ooumprés, veirés pareisse mai que mai la forta unitat jouta la 
genta varietat de nostra lenga. .. 



1 Yera de l'invocation de Félix G-ras au premier chant des Oarboumé, 

2 Proverbe populaire, devenu la devise de M. Roomienz. 

3 Allusion à des vers bien connus de Mirèio . 



DU FELIBRIGB 159 

» Avès vist aquelas tapissariès coussudas e trelusentas, toutas mir- 
galhadas d'or e de coulous : lous iols n'en soun enclausits; mes, quand 
n'avès vist un tros grand couma la man, avès tout vist: es toujour la mema 
figura, toujour la mema flou, toujour lou même aucel estampât de pan 
en pan, sens que i'ague suulament un pount de mai ou .una ralha de 
mens. Aco*s ce qu'apeloun l'unitat, lous que mauparloun de nostra lenga, 
acè's ce pus bèu que pogue cabi dins soun esprit. 

» Mes anàs aicl proche, dins aquelas salas ounte Fabre, Valedeau, 
Goilot e nostre amie regretat Alfred Bruyas, an amoulounat lous trésors 
de la pintura ; regardas ce que s'apèla lou Mariage de sarUa CaUtrina, de 
Verounese ; las Femnas d'AJgè , de Delacroix, e digàs-me se dins aqueles 
tablèus i'a'na figura parieira à'na autra figura, iVn trach parié à'n autre 
trach; e digàs-me, pamens, se vesès pas sus aquelas telas una amirabla, 
una resplendenta unitat. 

1 Ac6*s Tunitat que nous faigaud... « 

Le discours de M. de Tourtoulon terminé, M. Arnavielle donna 
lecture de son rapport et proclama les noms des main teneurs, au 
nombre de cent-vingt environ . On remarqua parmi euif trois dé- 
putés et deux membres de V Académie française. 

MM. Achille Mir, de Carcassonne ; Laforgue, de Quarante; Ghas- 
tanet, delà Bachellerie. furent réélus à Punanimité vice-syndics de 
la maintenance. M. Albert Arnavielle fut aussi réélu secrétaire. 
Leurs pouvoirs seront valables pendant trois ans. 

Les statuts des écoles de Nimes, d'Alais et de Montpellier fu- 
rent ensuite approuvés par la réunion. L'école de Nimes porte le 
nom de Soucielà di felibre de la Miougrario; celle d'AIais, de Soucieta 
dasfelihres gardounenes /celle de Montpellier, de Parage, qui mérite 
une explication préliminaire. 

Par le mot de parage^ on désignait souvent, auxXll® et XIII» siè- 
cles, Tensembledela civilisation chevaleresque, les vertus, les avan- 
tages, les manières d'être, qui en étaient à la fois la conséquence et 
le signe. Le parage exprimait encore la noblesse, non pas unique- 
ment et simplement celle de race, mais celle qui consiste dans 
la culture de l'âme et de Tesprit, qui se^ manifeste par la courtoi- 
sie et la générosité *. Telle est l'acception qu'il revêt fréquemment 
dans la Chanson de la croisade. Et Tauteur de la geste tend par- 
tout à la développer et à l'agrandir. Il s'efforce de relever la 
haute idée qu'il en a, en dépeignant presque l'état du Midi «comme 
un état idéal de joie et d'allégresse, comme un monde où tout est 

i Cette définition est textuellement empruntée à l'introduction que Fau- 
riel plaça en tète de V Histoire de la croisade contre les hérétiques albi- 
geois. Paris, 1837; in'4% lxi-lxu. 



10 LES REUNIONS 

vie, splendeur et lumière; comme un vrai paradis, car c'est le mot 
qu'il emploie, et ce n'est pas une fois, et par hasard.... c^est sé- 
rieusement.... pour ne pas rester trop au-dessous du sentiment 
dont il est plein*. » 

Le préambule du Parage reproduit en grande partie la définition 
du felihrige, telle qu'elle futarrètée, d'abord par Roumanille et Mis- 
tral, à la suite des Jeux floraux d'Apt,en 1862, et telle qu'Aubanel 
la développa aux fêtes de Forcalquier, en 1875: 

I. 

a Lou felibrige, y est-il dit, es establit par airior de garda lou parla 
rouman, sa libertat e sa volha naturala ; lou felibrige es gai, amistadous 
e frairenau, pie de simplessia e defranquessia. 

» Ten en ferme perpaus lou cbale de soun brès nadalenc, de la França 
e de la terra iatina. 

» Soun vi es la bèutat, soun pan es la bountat, e soun cami la veritat. 

» A lou sourel par regalida, tira sa sciencia de Tamour e fisa en Dieu 
sa prima espéra >. 

9 Sarva soun odi per ça qu'es odi, aima e recampa ça qu'es amour. 

IL 

« En causa d'aqual prefach eper fin qu'es pas soulament felibre aquel 
que se capita troubaire e que oanta, mais tant ben lou que sap lou noum 
(las sants, das princes edas ornes de Prouvença, lou que se sentis grandi 
davans l'obra dau Puget, ou que tresana au raconte de la vida de Mount- 
calm, de las vitorias de Sufren ou de la mort d'Assàs ; aquel que sus la 
peira, per lou cant ou la parladura, enaura mai que mai lou chale de 
soun brès nadalenc, de la França e de la terra Iatina s. 

» Lous set Mounl-pelieirencs que se rencountreroun de cor lou quatre 
denouvembre mila ioch cents setanta cinq^ s'acordôun per estituïr una 
escola felibrenca que sarà dicha lou Parage. .... » 

Le Parage choisit quarante-neuf membres dans Montpellier et le 
même nombre dans les dialectes qui rappellent le mieux sa langue 
naturelle. Les sept félibres qui,composent son bureau sont tou- 
jours de Montpellier. Ses^ membres s'assemblent sept fois par an, 
dans l'un ou l'autre de leurs sept lieux félibrins qui sont, dit le 
Statut : 



* Fauriel, Histoire de la croisade^ etc., p. lui. 

« Voyez l'ancien statut du félibrige, Armana prouvençau, 1863, p. 108. 

8 Voyez le Discours prononcé par AubaneFà Forcalqiiier, p. Î6. 

'*Les fdlibros languedociens se réunirent à Montpellier, le 4 novembre 
1875, et y fixèrent les premières bases de l'association qui forme, à Thenre 
actuelle, la maintenance de Languedoc. 



DU FÉI.IBRIOB 161 

c LMlia de Magalouna, lou pioch de Sant-Lonp, la pineda de Mount- 
ferriè, lou pioch de Sant-Glar, à Seta ; la bauma de las Doumaiselas, lou 
bos de Pechaboun e la barouniè de Lunel.» 

Ces lieux de réunion ont été choisis à dessein dans les limites 
du sous-dialecte de Montpellier. 
Le statut du Parage se termine de la manière suivante : 

' m. 

« Estent que la parladura mount-pelieirenca es clara, franca e naturala, 
e que la voulen mantene à toujour clara, franca e naturala, degus se pot 
seire dins lou Parage, se noun a lou ferme perpaus d'escrieure mai que 
mai la leuga de Mount-peliè e de n'acreisse l'espandiment e la fourtuua. 
Parieirament degus se pot seire dins la tieira das quaranta-nôu socis 
causits en fora de Mount-peliè, se noun escrieu una parladura que re- 
trague, couma una sorre retrais sa sorre, la parladura dau Parage de 
Mount-peliè. 

Après le vote des trois statuts de Nimes, de Montpellier et 
d'Alais, deux subventions furent accordées par la maintenance: 
)a première, à Técole de Nimes, pour le journal qu'elle publie sous 
le titre de Dominique^; la seconde, à celle d'Alais, pour VArmana 
de Lengaddf devenu sa propriété particulière. 

Une discussion s'éleva ensuite touchant Tidiorae à employer dans 
les actes officiels de la maintenance. Le syndic dit, avec raison, 
qu'il devait être pris de préférence dans la province de Languedoc, 
afin que l'on ne fût pas exposé à changer de dialecte toutes les fois 
que des maintenances nouvelles seraient créées dans le domaine 
de la maintenance actuelle. Le cévenol et le toulousain ayant été 
écartés sans opposition, M. de Tourtoulon proposa qu'une sorte 
de partage fût établi entre le montpelliérain et un des idiomes qui 
possèdent l'o à la désinence du féminin. M. Mistral se leva alors et 
lit remarquer que la question ne pouvait être tranchée par le vote, 
attendu que le dialecte du chef-lieu de la maintenance ét|iit naturel- 
lement le dialecte officiel de celle-ci. 

Le tour des brindes était arrivé: M. de Tourtoulon reçut à ce 
moment une dépêche de M. Aubanel, ainsi conçue : 

A travès li piano estellado, 
Salut en touto la taulado 1 
l>e pouëslo plen moun got, 
Brinde au sendi de Lengadè I 

Le syndic de Languedoc répondit, lui aussi, par un télégiamme 
* Cette publication doit prendre bientôt un autre nom. 



162 LBS REUNIONS 

en vers. Une seconde dépèche de félicitations fut également envoyée 
par M. Maurice Faure, le secrétaire de la Cigale^ de Paris. 

M. de Tourtoulon ayantbu ensuite à Mistral, celui-ci répondit 
par ces paroles admirablement inspirées et qui allèrent de suite, il 
faut le dire, au cœur de tous les assistan : 

c Au nount dôu felibrige. porte un salut d'ounour à-n-aquelo drudo 
terre que, soute noum divers de Narbouneso, de coumtat de Toulouso e 
de Lengadô, a toujour ûeramen auboura dins li siècle soud engèni latin, 
soun esperit rouman, sa voio renadivo. 

> Terro de Lengadô, portes loii plus bèu noum qiVuno patrlo ague 
pourta : lou noum éu-mème de ta lengo I 

> Âquéu noum naciounau, clar coume toun soulèu, rapello sèmpre à 
tis enfant qu'an uno iengo siéuno ; e tout orne dôu pais, tout ûêu digne 
de tu, rèn que d'ausi toun noum, o Lengadô 1 es fourça de rendre oumage 
à la soubeirano lengo qu'es estado ta meirino. 

> E vaqui perqué, Messies, eici sias tant noumbrous e tant afeciouna 
pèr manteni la causo. 

> Gramaci tous avèngue de la part di Prouvençau, de la part di Limou- 
sin, de la part di Catalan e de tôuti aquéli que subre la Ûguiero, la ta- 
marisso e l'oulivié, entèndon canta la cigalo 1.... » 

Et le toast de M. Mistral se terminait ainsi : 

« Avans de m'asseta, vole apoundre à moun brinde, uno santa pre- 
ciouso. Beve, Messies, au sendi majourau de vosto mantenènço : à Moussu 
lou baroun. Garle de Tourtouloun, aquéu savent atravali, aquéu flame 
patriote qu'a counsacra toute sa vide à releva lou sentimen de nosto na- 
ciounalita, d'abord en publicant la vide dôu rèi Jaume, e pièi en recer- 
cant e retrouvant emé bonur, desempièi eilalin lou ribeirés de TOucean 
jusque peramoundaut licounglasde la SouidSo,ii rare naturale de noste 
empèri literàri,de noste.empèri naturau I 

Au cours de son brinde, Mistral avait dit que le midi de la France 
avait eu l'heur de rencontrer une idée qui, au-dessus des luttes de 
• l'humanité moderne, embrassait les gloires du passé, les ardeurs 
du présent et les rêves de Pavenir, une idée d'honneur, d'amour et 
de paix, qui ferait de son sol le lien central de la race latine. Le 
toast du président de la Société des langues romanes marqua davan- 
tage, s'il est possible, l'idée dont M . Mistral s'était inspiré: 

c Damas e Messies, 

» Brinde à la familha latina, que s'espandls sus la terra benesida dau 
seurel. 

Seguet ela qu'aget lou. suprême eunou d'alucà lou lum de la civilisa- 
cieun e de la sciencia au fougau sacrât de TEvangeli, e que Ta manten- 
gut toujour trelusent e trioumflant. Que garde sa nobla missioun; qu'ou- 
blide pas que deu luchà contre un enemic pouderous, jalons de sa gloria 
de vint siècles. 



DU FÉLIfiRTaE 163 

> Brinde à respandiment e à la vitoria finala de nosta raça; brinde à 
sa fidelitat à las leis que fan las naciouns vertadieirament libras, grapdas 
e urousas ! 

» LoDga-mai ! » 

D'autres hrindes furent ensuite portés par MM. Roumieux, Albert 
Arnavielle, Antonin Glaize, Boucherie, Ghabanier, Simil, Clair et 
Etienne Gleizes, etc. Des pièces de poésie et de prose furent lues 
par MM. Achille Mir, Auguste Fourès, Deloncle, le docteur Gh. 
Goste, Gros et Desjardins. Un toast en vers de M. Laforgue, adressé 
à la fois à MM. Mistral, Azaïs et Arnavielle, fut d^autant plus remar- 
qué, que M. Gabriel Azaïs n'avait pu venir à la réunion de la main- 
tenance. L'auteur des Vespradoa avait été retenu à Béziers par un 
deuil qui n'était pas seulement un deuil de famille : la mort de son 
frère Bruno Azaïs», le poète facile et populaire, mais trop rare depuis 
lors, de la pièce sur l'inauguration delà statue de P. -P. Riquet en 
1838, et probablement aussi des vers charmants A m'amigo, qui 
ont été imprimés à la suite* . La réunion accueillit par de vifs ap- 
plaudissements cet hommage rendu à l'infatigable travailleur qui, 
à un âge oiî le repos s'impose aux organisations les plus actives, 
donnait au Languedoc, dans les Vesprados de Clairac, le premier 
recueil de poésies qu'il ait eu à opposer à la Provence; continuait 
la publication du Breviari damor de Matfre Ermengaud, cette 
curieuse encyclopédie delà science méridionale au XIII« siècle, et, 
en éditant le i)tcfionnatr6 des idiomes du Midi, trouvait encore le loisir 
de préparer un choix de poésies provençales et languedociennes 
que nous n'aurons pas, il faut l'espérer, à attendre trop longtemps. 
Le toast de M. Boucherie fut écouté avec .la même faveur que 
celui de M. Laforgue. Il était écrit en saintongeais et constituait 
un plaidoyer très-spirituel en faveur du français d'abord, et ensuite 
de ces « pauvres patoës qui ne sont dière méchant, et qui vêlant 
tant seurement coume le charbounier été les maîte chez eux^. » Par 
quelques mots d'un excellent languedocien, M. Boucherie s'était 
inutilement excusé d'apporter des paroles de langue d'oil dans 
une réunion presque exclusivement composée de Méridionaux. 

« 01 est in patoès qui n*en vaut benn in aate. Il est vrioge, il est seurge 
et pu doux que de la brèche, sultout quanta cl est noû jennes filles qu^ 

1 Bersés dé très nuénços. Béziers, Granier, 1839; in-8*, 42 pages. C'est 
à Bruno Azaïs que M. Mistral a dédié sa pièce lou Vin de Bachelèri. 
Voyez les Isdos d'or^ pag. 436. 

^ Le texte de ce toast a été revu et corrigé par M. Marchadier (de 
Çlognac), un de oos meilleurs santonisants. t A.. B.) 



164 LES RBUM10N8 DU FÂLIBRiaB 

le parlant. 01 at meiame des peursoune dîne grande éduque qui disant, 
sais pas s'ol est vrai et vous ou crérez si vous vêlez, 

Que, dans le Paradis, Adam et sa fumelle 

Btle bon Gniealitoat parliant en saintongenë. 

» Ce qu'o y at de sûr et çartain, ol est qu*ol est tieû patoès que parlait 
Françoôs peurmier. Et ol est bein demage queCougnat, là voure il est né 
naissut, séje pas venut, peur la meinme occasion, la capitale de la 
France, rapport qu*astoure je parlerions teurtous le saintongeoès. Mais le 
bon Guieu zou a sans doute pas velut, et aneut o faut pu z'y penser. 

> Et peux ça près, peur vous dire le définiment, o ne nous dépi&it poin, 
pusque Gougnat a pas poîut ète le mftite, qu'o séje Paris. J*avons poin 
oublié que tiélés gens de la partie dau Nord nous avant rendul maisd'in 
sarvice, et qu'il avant teuijou été au tail avant les autes et tieuquefoé 
tous seuls, en le temps que tiélés des étranges pays veniyant p6ur nous 
teurcher querelle. Est-ou pas zeûx, avec Charles Martià, tout au proche 
de Potiers, qu'avant si beun écarbouillé tiélés Moricot, autrement dit 
tiélés Sarrazin, que toute la partie dau Midi n'en était ennangëe, et que 
le plein mitan de la France allait z-y passer litout ? Est-ou pas tiélés dau 
Nord qu*avant si bein veurluté les Allemands à Bouvines ? Est-ou pas 
zeux, au ras d*Orlians, coumindé qu'il étiant peur la fameuse Jeanne Dar, 
qu'avant coumincé à arouter les Anliais ?. . . . 

> Eh voué 1 voué don I tiélés là qui, parlant la langue de voué (langue 
d'oil) avant fait honneur à noute pays; et, coume disait tié brave pésanne 
de Jeanne Dar, « il avant été au danger, ol est be de jusse quM sejant à 
la gloére. » Ce qui vint au meinme de dire que, pusqu'o faut à n'iu 
meinme pays ine meinme langue, tieuques-ins meinme n'en veudrlant 
iue seule peur le monde entier, ol est be de jusse que n'en choésisse la 
langue dau Nord. Mais, si je li quittons prenre la pu bonne place, o n'est 
poin adiré pour tien que je garderons reun peur nous autes 

» Ah ! la grand misère ! si n'en non le prend, noute patoès, je seron de 
nosjor pu bon à reun : seron coume ravéuille qu'a peurdut son bâton. 
Goument fron-)i peur nous entende ? Les filles se fourcherant de nous 
aute: a dérant que je chanfroésons. Et noû bétiaire, sauf voûte raspet, 
noû paure bétiaire, je peur on pu nous faire comprenre peur zeûx qui ne 
quenoussant, bonne gen, que le saintongeoès. Et je peuvons peurtant pas 
les envoyer à l'école, quand meinme o deurail nous coûter reun. L'est 
peur le cot que les instituteur dé riant qu'il avant déjà prou de bètes à 
éduquer. 

» Qu'o séje don ine affaire beun entendue. .J'apprenron le français 
comme je peurron, mais sans renoocier, la meinme chouse. à noute ja- 
brail saintongeoès, maugré qu'i séjant bein près parents. Et je continue- 
rons de le parler, de le chanter et meinme de le jurer in p' tit chichot — 
foutiquette — quaote les dames z-y serant pas. » 

Cette relation serait incomplète si nous omettions un brin de qui 
devait être porté à la mémoire d'Octavien Bringuier et que l'heure 
avancée ne permit pas d'entendre. Il appartient à M. Gaidan, de 



CHRONIQUE 165 

Nimes. Quoiqu'il n'ait pas été prononcé, nous tenons à l'insérer 
ici, et surtout à remercier son auteur du souvenir qu'il gardait à 
notre excellent et regrettable ami. Les paroles de M. G aidan étaient 
dignes du poète que la Société ne pourra oublier, et encore moins 
remplacer: 

« A l'arderous e melicous felibre qu'enaure lou parla de Mount-pelié 
e adoumè de tant de bellis e fortis obro noslo lengo d'Ol 

> Es au miô de soun prefa e à l'ouro qu'entamenavo emé soun noble 
ami e fraire, noste valent sendi Carie de Tourtouloun, de marca li rare 
de noste parla, que la mort lou raubè pèr lou manda, roumiéu de l'en - 
fenif dins 11 mounde de Famo que n'an ni rare ni counûn. 

» Â-n-aquéu bèu troubaire que viéu, pèr eilamount, dins la pas e 
l'amour- e dins la liberta qu'amavo tant 1 

» À la memôri d'Outavian Brenguier t » 

Alph. Hoqub-Ferrier. 



■O—s^CZ 



CHRONIQUE 



La Sociale des langues romanes a prorogé au l*' août 1877 le 
délai d*envoi des pièces de poésie destinées au Concours du Chant 
du Latin. 

Elle croit devoir rappeler, à cette occasion, les tefmes du pro- 
gramme publié en 1875 : 

a Les concurrents devront considérer cette pièce, dont la lon- 
gueur ne doit pas être bien considérable et pour laquelle le cata- 
lan, le provençal, la langue d'oc, le français et toutes les langues 
romanes sont admis à concourir, comme une sorte de chant de racSy 
pouvant, au moyen de traductions sur le même rhythme, devenir 
commun à tous les peuples qui parient un idiome dérivé de l'an- 
cienne langue de Rome. 

» Ils auront, en outre, à indiquer d'une manière précise lalangue 
ou le dialecte employés dans leurs compositions. » 

Les manuscrits du Glianl du Latin (avec la notation musicale, si 
les auteurs le jugent à propos) devront être adressés /"ranco, avant 
le délai précité, à M. le Secrétaire de la Société pow V élude des 
langues romanes, à Montpellier. 

Nous sommes heureux d'apprendre aux lecteurs de la. Eevue que 
M. Manuel Milà y Fontanals, professeur à l'université de Barce- 
lone et président de l'Académie des sciences et lettres de cette 
ville, vient d'être nommé grand-croix de l'ordre de Cbarles III. 
Cette distinction, que le. gouvernement espagnol accorde très-rare- 
ment, dit, mieux que nous ne saurions le faire, en quelle estime les 
travaux de notre collaborateur sont tenus à Madrid et dans le 
monde savant. 



106 CHRONIQUE 



* 

« m 



M. Alfred Bruyas, membre libre de la Société, chevalier de la 
Légion d'honneur, est mort à Montpellier le !•' janvier 1877. Son 
nom, désormais inscrit sur la liste aes plus généreux i)ienfaiteurs 
de notre ville, avait dans le monde artistique une légitime célé- 
brité. En relation et en correspondance suivies avec tous les pein- 
tres de notre temps, M. Briiyas était un amateur des plus distin- 
gués ; il avait acquis un grand nombre de tableaux et d'objets d'art, 
au'il a légués au musée Fabre. Il a complété sa donation par celle 
(l'un choix de livres sur la peinture, la sculpture et les arts du 
dessin. Ces collections nouvelles ne déparent pas le fond des 
Fabre, des GoUot et des Valedeau, pour le musée proprement dit; 
des Alfîeri, des Auguste de Saint-Hilaire et des Flottes, pour la 
Bibliothèque. A. £. 






L*al^ondance des matières nous force à renvoyer à l'un des plus 
prochains numéros de la Revue une note sur les trois premières pu- 
blications^ spéciales de la Société, le compte rendu du Dominique 
de Nimes et l'étude de M. Antonin Glaize sur les Jsclo d'or, de 
Frédéric Mistral. 



* « 



Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que la Ri- 
vista difilologia romanza va reparaître avec le concours de l'Uni- 
versité de Rome. Nous souhaitons le meilleur succès à la publica- 
tion de^M. Ernest Monaci, et nous ne doutons pas qu'elle ne con- 
tribue aussi efficacement que par le passé à la prospérité des 
études philologiques en Italie. 






On a consacré, le 14 décembre dernier, l'église du grand sémi- 
naire de Fréjus, et célébré en môme temps le centième anniver- 
saire de la fondation du Séminaire, laquelle eut lieu en 1776. A 
cette double cérémonie, la poésie provençale et la poésie française 
avaient été admises à concourir sur le même pied d'égalité. M . le 
chanoine Paul Terris y a porté un brinde à Mgr Jordany, dont 
nous citerons quelques strophes, fort heureusement trouvées: 

Zôu ! turten lei got, s'eicô vous pôu plaire. 

léu vous pouerte un brinde à vous, Mounsegnour. 

Avias samena tout de long dôu jour, 

E tout Gusarènt menavias l'araire : 

E vèici que Dieu, mestre dôu jardin, 
Qu'a larga Teigagno, e l'aire, e la vido, 
Vous douno aujourd'uei do fa la culido; 
Voueste vespre à voua semblo un bèu matin. 

LoDgo e longo-mai, tôutei pousquen vèire 
La frucho maduro e vous la culi. 
Sus vouéstei peu blanc que lou jour faii, 
8iégue clar e doua coume à vouéstei rèire 



CHRONIQUE 107 

On doit à M. l'abbé Terris de savants travaux sur la liturgie, l'his- 
toire et rhagiologie des anciens diocèses d Apt et de Garpentras^, 
nul n'était donc mieux préparé que lui à rendre cet hommage à 
Tun des évoques qui se sont montrés les plus sympathiques à la 
renaissance des lettres provençales. 

« La Société des anciens textes français a mis en distribution deux 
ouvrages : le Roman de Brun de la Montaigne, publié par Paul Meyer, 
et le t. I des Miracles de la Vierge par personnages, publiés par 
G. Paris et U. Robert. ■=- La première de ces deux publications 
appartient à l'exercice de 1875; la seconde, à celui de 1876.» {Roma- 
nia, no d'octobre 1876, p. 510.) 

La Société des études littéraires et scientifiques du Lot eut, en 1875, 
un concours qui fut mentionné dans la RevueQeAuï qu'elle annonce 
pour cette année énumère divers sujets. Dans le nombre figurent 
la monographie d'un monument ou d'un établissement du Quercy, 
antérieur à 1790 ; celle d*une commune ou d'une région du dépar- 
tement du Lot, et une pièce de poésie en langue d'oc. Comme 
thème de celle-ci, la Société propose « le monument qui va être 
bientôt érigé sur une des places de Cahors, à la mémoire des en- 
fants du Lot morts pour la patrie dans la guerre de 1870-1871. » 

Les monographies communales comprendront ; la description de 
la commune, son histoire avec les pièces à l'appui; une étude sur 
les monuments qu'on y rencontre et le recueil des légendes, des 
dictons et des usages locaux. 

Les manuscrits doivent être adressés franco, avant le 15 juin 
1877, au Secrétaire de la Société, à Gahors. 

Un autre concours est indiqué à Nice. La Société des sciences, 
lettres et arts de cette ville, donnera, ce mois d'avril, une médaille 
de vermeil au meilleur mémoire sur le sous-dialecte du comté de 
Nice ou sur le passé et le présent de la langue provençale. 






Le Consistoire des Jeux floraux de Barcelone tiendra, le 6 mai, 
sa séance annuelle. L'églantine d'or est réservée à la meilleure 
poésie sur un fait historique propre « à la terre catalane » ; la vio- 
lette d'or et d'argent, à la meilleure pièce religieuse ou morale. 
Le choix du prix d'honneur et de courtoisie est laissé aux concur- 
rents. 



* M. l'abbé Terris a découvert depuis peu, dans les archives munici- 
pales de Fréjus, divers textes provençaux, et il se propose d'en faire 
profiter la Revue, 



U8 GHRONIQUB 

D'autres prix sont encore énumérésdanslecar/^ZMes sept main- 
teneurs. Nous remarquons, entre autres, une médaiJle d'argent 
offerte à une étude critique du Théâtre catalan, de ses traditions et de 
son état actuel. Ce sujet a déjà figuré sur le programme de l'année 
dernière, sans qu'il se trouvât de mémoire digne d'être couronné. 
Il ne fut décerné qu'un accessit. 

La Misteriosa, de Barcelone, ouvre également un concours litté- 
raire dont les résultats seront proclamés en séance solennelle de 
cette association le 23 avril, fête de saint Georges, patron de la Ca- 
talogne. 

M. Ad vielle, attaché au Secrétariat général du ministère des 
finances, à Paris, prépare, disent \es procès-verbaux des séances delà 
Société des lettres, sciences et arts de ÏAveyron, X, 87, une édition 
des œuvres françaises et rouergates de Peyrot, prieur de Pradinas. 
<c II désire que les personnes qui possèdent des documents sur le 
poète aveyronnais, tels que renseignements biographiques, lettres, 
poésies, portraits, lui en donnent avis, afin qu il puisse les men- 
tionner dans son travail . » 

M. Bartsch publia en 1869, d'après le manuscrit de la biblio- 
thèque du prince Chigi, à Rome, le mystère de Sainte Agnès; mais 
son édition, aujourd'hui assez rare, avait entièrement négligé la par- 
tie musicale de ce petit drame provençal. 

Ija Société des lettres, sciences et arts des Alpes- Maritimes, qui a 
édité, sous la direction de M . Sardou, la Vida de sant Honorât, de 
R. Feraud, entreprend aujourd'hui une édition française du mystère 
de Sainte Agnès. 

Jje texte sera accompagné d'une traduction littérale et de notes 
par M. Sardou, delà copie des vieux airs, notés comme ils le sont 
sur le manuscrit original, et reproduits ensuite en notation musi- 
cale moderne. Cette transcription est due à M. l'abbé Raillard. 

11 ne sera tiré que deux cents exemplaires grand in-8° du Mys- 
tère de sainte Agnès (7fr. 50, papier de Hollande). On souscrit chez 
M. Lagarrigue, trésorier-archiviste de la Société des lettres, sciences 
et arts des Alpes-Marilimes, à Nice, et chez M. Champion, libraire- 
éditeur, 15, quai Malaquais, à Paris. 



¥ ¥ 



Publications philologiques bt rééditions.— Paul Meyer, Recueil 
d'anciens textes bas-latins, provençaux et français (2« partie). Paris, 
in-8o. — Raynaud, Elude sur le dialecte picard dans le Ponthieu, 
d'après les chartes des XI 11^ et XI V^ siècles. Paris, Vieweg; in-8o, 
127 pages. — A. DeXhonWe, Glossaire de la vallée d'Yères, pour sei^ir 
à Vintelligence du dialecte haul-normand et à Vhistoire de la vieille 
langue française Le Havre. Brenier ; in-8o, xix-344 pages. — Lor- 
rain, Glossaire du patois messin. Nancy, Sidot; in-8o, 63 pages. 
— Contejean , Glossaire du patois de Monlbelliard , Montbelliard, 
Barbier ; in-8o, 282 pages. — Guveiro y Pinol, Diccionario gallego. 
Madrid, Murillo ; in-4o, vui-336 pages. — Marcel Devic, Die- 



CHRONIQUE le» 

Honnaire étymologique des mots français d^origine orientale (arabe, 
persan, turc, hébreu, malais). Paris, Imprimerie nationale; in-8<*, 
xvi-279 pages. — Clédat, Leçon d^ ouverture du cours de littéra^ 
ture du moyen âge professé à la Faculté des lettres de Lyon, Paris, 
Thorin ; in-8®, 29 pages. — Récits d^un ménestrel de Rheims au 
lllî* «èc/«, publiés par M. Natalis de Wailly. Paris. Loones; 
in-8o, LXxi-338 pages. — Paulin Paris, les Romans de la Table ronde 
mis en nouveau tangage, tome V. 



* 



Travaux sur la poésie populaibs, — Pelay Briz : Gansons de la 
terra (tome V). Barcelona, Verdaguer ; in-12, 304 pages. — Rot- 
land, Devinett.es ou énigmes populaires de la France, suivies de la réim- 
pression dun recueil de 11 indomnelli publié à Trévise en 1628, avec 
une préface de M. G. Paris. Paris, Vieweg; in-12, xvi-178 pages. 
— Clément- Janin, Sobriquets des villes et villages de la Côte-aOr 
(2* partie )y arrondissement de Beaune. Dijon, Marchand ; in-8o> 
vii-81 pages. — Perron. Proverbes de la Franche-Comté^ études histo^ 
riques et critiques. Paris, Champion ; in-8o, xii-152 pages, — Ger- 
quand, Légendes et récits populaires du pays basque . Pau, Ribaut ; 
in-So, 97 pages. (Extrait du Bulletin de la Société des sciences, letlru 
si arts de Pau), 



» « 

PunucATiONs EN LANGCE d'oc. — Recucil de noëls vellaves, par Vabbé 
Natalis Cordât (i^Si-i^ AS), publiés avec introduction e/no/w,par l'abbé 
J.-B. Payrard. Le Puy, Freydier; in-8°, xxxn-127 pag. — Poésies 
de dom Guérin {de Nant). publiées par MM. Mazel et Vigouroux. 
Montpellier, Imprimerie centrale du Midi; in-8v74 pag. et carte. 
(Cette publication comprend six pièces, qui parurent pour la pre- 
mière fois dans la Revue, en 1874-1875. — L'abbé Favre, Histoire de 
Jean-Vont-prîs, conte languedocien du XVllI» siècle, traduit et pré- 
cédé d'une notice par J. Troubat. Paris, Liseux; in-16, Lii-77 pag. 

— Bonaparte-Wyse, la Cansoun capouliero dôu felibrige , segutao 
dun brinde pourla lou jour de Santo-Estello , a-n-Avignoun. Ply- 
mouth, Keys, in-8o. — Aubanel, Discours prounouncia dins Vassem- 
blado générale de la mantenènço de Prouvènço, lengudo à-z-Ais lou 
28 dejanvié de 1877. Nimes, Baldy-Riffard; in-8o, 15 pag.— Pelay 
Briz, la RcjGy Barcelona, estampa de Jo Porvenir; in-12, 352 pag. 

— Jean Laurès, tous Bracouniès. ou lou Repas de Vase, Béziers, Mali- 
nas; in-8o, 31 pag. — Mozobrau, lou Refrain do peisan, troisième 
libre de ehansou en potouei limousi, Limoges, Ducourtieux; in->12, 
190 pag. — Etienne Pelabon, la Réunion patriotique, comédie en 
vers français et provençaux. Toulon, Castex. — Causeries, du Con- 
teur vaudois, éditées par L. Monnet, lt« série. Lausanne^ Vincent; 
in-12, xvi-144 pag. (contient un certain nombre de textes contenu - 
porains, en dialecte du canton de Yaud). 

A l'occasion de la création d'un Conservatoire de musique, la 
ville de Béziers avait décidé, en 1876, un Concours littéraire et 

12 



no CHROMQUB 

musical, qui n'a pas été sans éclat. Le premier de ces concours, 
divisé en trois sections : cantate, chœur français et chœur néo- 
roman, est resté ouvert du t*' août au !•', novembre. M. Marius 
Bourrelly. de Marseille, y a remporté une médaille d'argent pour 
un chœur provençal, intitulé. Biierra ! 

C'est la quatrième raédaillo que le traducteur des Fable* de Laf on- 
taine recueille à Béziers depui-, 1873. 






Publications concernant Thistoire, la littérature et 
rarchèologie des provinces du midi de la France 

Desjardins (Ernest), Géographie historique et administrative de la 
Gaule romaine (t. ï). Paris, Hachette; in-8o, ,476 pages. 

Tillion, le Puy-de-Dôme, ses ruines gallo-romaines et son observa • 
Mre, Clermont-Ferrand, Ducros, in -8», 48 pages. 

Carré, le Régime municipal à Prrigueux aux deux premiers siècles 
de f empire romain. Périgueux, Dupont ; in-12, ni-133 pactes. 

Charaux, Tonanlius Ferreolns, provincix Gallixprxfeclus, Mont- 
de-Marsan, Leclercq ; in-8*, 57 pages. 

Charaux, Saint Avile, évêquede Vienne en Dauphiné, sa vie et ses 
ctuvres, Mont-de-Marsan, Leclercq ; in-8®, 204 pages. 

Germer-Durand, Découvertes archéologiques faites à Nîmes et 
dans le Gard pendant Vannée 1872. l«r et 2« semestres, ^\mes, Cate- 
lan ; in-8*, 139 pages. 

Ginouvès (l'abbé), Panégyrique de saint Fulcran. Montpellier, 
- Seguin ; in-S», 40 pages . ' 

Revillout, Etude historique et littéraire sur l'ouvrage latin intitulé 
Vie de saint Guillaume. Montpellier, Boehm ; in-4*», 82 pages. 

Une Vallombreuse en France^ et Esquisse sur saint Gualbert Visdo- 
mini, fondateur de Vordre de Vallombreuse (985-1073). Au monas- 
tère de Vallombreuse, à Loriol (Drome) ; in-12, 48 pages. 

Benezet (Bernard), les Comtes de Toulouse aux Croisades, Tou- 
louse, Douladoure ; in-8o, 68 pages. 

Jouvion, Une révolution communale à Montpellier, en 1204. Mont- 
pellier, Martel ; in-8o, 53 pages, 

Compayré, Notice sur Eus tache de Beaumarchois, sénéchal de Tou- 
louse et iP Albigeois y de 1272 à 1294. Toulouse, Chauvin ; in-4o, 
16 pages. 

Saumade (l'abbé), V Admirable Pèlerin de Montpellier, saint Roch, 
Montpellier, iMartel; ih-12, xl-228 pages. 

Desbarreaux (Bernard). Établissement de Timprimerie dans lapro- 
vince de Languedoc , Toulouse, Privât; in-8o, 430 pages. 

Germain^ les Étudiants de V École de médecine de Montpellier au 
XVI** sièc^f, étude historique sur le Libijr proguratoris studiosorum. 
Nogent-le-Hotrou, Daupeley; in-8o, 42 pages. 

Mémoires c?e Jehan de Vergnes, conseiller du roy et président de 
la Cour des aides de Monlferrand (1589-1593). Paris, Aubry ; in-8o, 
96 pages. 

Bourdon, les Statuts des corporations professionnelles de Montauban 
au commencement du XVII* siècle^ suivi de les Armes de la corpora- 
tion de Montauban^ par M. l'abbé Pottier. Montauban, Fores lié ; 
in-8», 20 pages. 

Tamizey de Larroque, Louis XIII à Bordeaux y relation inédite pu- 



CHRONIQUE 171 

bîiée cFaprèi un manuscrit de la Bibliothèque nationale. Bordeaux, 
Gounouilhou,in-8o, 47 pages. 

Baltazar, Histoire de la guerre de Guyenne, réimprimé par M. Gh. 
Barry. Bordeaux, Lefebvre ; in-8o, Lvni-iv-238 pages. 

Dadine d'Auteserre, Lettres inédites, publiées avec notice, notes et 
appendice, par Tamizey de Larroque. Paris, Baudry; in-S®, 49 pages. 

Bonnefon, Benjamin Duplan, gentilhomme d^Alais, député général 
des Églises réformées de France (1688-1763). Paris, Sandoz; in-12> 
in-372 pages. 

Textor de Ravisi, Invasion en France en 1707, ou Chronique de 
la campagne de Provence et du siège de Toulon Saint-Étienne, 
Théolier ; in-8% 122 pages . 

Germain, Une loge mctçonnique éF étudiants à Montpellier. Montpel- 
lier, Boehm, in-4o, 40 pages. 

La Société béarnaise au XVIII* siècle. Historiettes tirées des mémoires 
inédits d^ un gentilhomme béarnais, publiées pour la Société des biblio- 
philes du Béarn. Pau, Ribaut; in-8*», iii-305 pages. 

Caste ras ((iiO), Histoire de la Révolution française dans le pays de Foix 
et dans ÎAriége. Paris. Thorin; in-8<*, 424 pages. 

Broutin, -Histoire des couvents de Montbrison avant 1193 (t. II). 
Saint- Etienne, Montagny; in-8o, 396 pages. 

Laval, des Grandes Epidémies qui ont régné à Nimes depuis le F/« siè- 
cle jusqu^à nos jours. Nimes, Clavel-Ballivet; in-8*, xii-147 pages. 

Dom Devic et dom Vaissete, Histoire générale du Languedoc, a/oec 
des notes et les pièces justificatives y nouvelle édition, publiée sous la 
direction de M. Ed. Dulaurier, annotée par MM. Mabille et Edw. 
Barry, etc.; in-4o(tome II, tomelV, 2® partie, et tome V). Toulouse, 
Privât. 

Aigre feuille (àH) ^Histoire de la ville de Montpellier, nouvelle édition, 

Îmbliée sous la direction de M. de la Pijardière Ctome I). Montpel- 
ier, Goulet, in-4o, lviii-532 pages. 

Guinodie, Histoire de Libourne et des autres villes et bourgs de son 
arrondissement^ 2« édition (tome l®*"). Libourne, Malleville ; in-8®. 

Rossignol. Peiits Etals d'Albigeois, ou Assemblées du diocèse d'Albî. 
Paris, Dumoulin; in-8o, 260 pages. 

Lacarrièrc (l'abbé), Histoire des éoêquesde Gahors (tome 1*'), in-8*, 
103 pages. ' 

Boucassert (l'abbé), Histoire du siège épiscopal de Maguelone et de 
Montpellier. Montpellier, Martel, in-8®, viii-259 pages. 

Gaubin, la Devèze, histoire féodale, municipale et religieuse. Auch, 
Foix, in-8*, 91 pages. 

Douglas (le comte) , Documents historiques inédits pour servir à 
Phistaire du Dauphiné, tom.I. Grenoble, Allier; in-4o, xh-503 pages. 

Ribbe (Charles de) : la Vie domotique, les Modèles et les Règles, 
d'après les documents originaux. Paris, Baltenweck; 2 vol. in- 12, 
xv-379 et 414 pages. 

Ri vain , Notice sur le Consulat et r Administration consulaire dAu^ 
rillac. Aurillac, in-16. 

Arnaud (l'abbé) Notice historique et topographique sur Sainte- 
Marguerite. Marseille, Saint-Joseph; in-8o, 214 pages. 

Terris (l'abbé), Sainte-Anne d^Apt, ses traditions, son histoire, 
^aj^ès les documents authentiques. Avignon, Seguin; in-12, 237 pa- 
ges. 



17t CHROMQUE 

Gibaud (Fabl^é), HUtoire du monastère de la VinkUi<m'Saintê~ Marié 
de Ut ville de Mcntferrhnd, Glermont, Belet; in -80, 309 pages. 

Berres (rabbé), Hiêloire de Notre-Dame^es-Miracles de Mauriac. 
Aurillac, Bonnet- Picut ; in-80, vii-200 pa^es. 

Duval-Jouve , les Noms des rues de Montpellier^ étude critique et 
historique, Montpellier, Goulet; in-12, zi-360 pages. 

Noulens , Documents historiques sur la maison de Galard, rectteil- 
HSt annotés et publiés. Supplément ^ origine et généalogies, tom. lY 
(!»• partie). Paris, Quentin ; in-80, xvi-563 pages. (2«partief 564- 
1746 pages.) 

Robert (Gharles). Numismatique de la promnce] de Languedoc, 
Toulouse, 1876, in-4o. -^''^I* 

De Rocbas, les Parias de France et d Espagne (Gagots et Bohé^ 
miens). Paris, Hacbette ; in-80, 309 pages. 



Brrata du naméro de Janvier 1877 



Lqu Reinard e la Cigogno, —P. 40, 1. 16, val trouba, lisex: va 

trouba. 
Anthologie du Vivarais. — P. 47, 1. 28, quan lou toèm, lisez-^ quan 

lou tèm. 
Las Mouftinetos, — P. 49, 1. 28-29, les trémas, les*doubles pointB^ 

lisez : les trémas ou doubles points. 
. Traité de la formation des mots composés. — P. 51, 1. 9, qu'il y 

avais, lisez: qu'il y avait. — 1. 124lat. aud, lisez: lat. attdi. 
Chronique-^ P. 52, 1, 37, le discours, lisez: un discours. — P. 56, 
1. 1, Emprimarié Gentralé, lisez: Emprimarié Gentralo. 



•^^'fc'<7^^TC*'.y^^^ 



Le Gérant : Ernest Hamblim . 



Mon^llier, Imprimerie centrale du Midi. 

(HAMICLIN VRftRBB). 



DIALECTES ANCIENS 



-<xr\/v/v^ 



DOCUMENTS SUR LA LANGUE CATALANE 

DES ANCIENS COMTÉS DE ROUSSILLON ET DE CEKDAGNE 

(Suite et fin) 

Aquestaes la hoidonacio en quai manera deuen pagar los homes de 
Sant Laurons e de Sant Y polit, a la clausura del grau. 

A VI. de martz Tayn de mcccx, fo adhordonat per lo senjor 
N'Arnald Trauer, juge del senyor Rej, e per En P. de Bar- 
dyole'N P. Matffre procuradors del dit S. Rey, ab voluntat 
d'En R. Raujie d'En Lombart Franch cossols de SantLau- 
rens, e d'En P. Estoria, prohomes {sic) de Sant Laurens, e 
d'En Brgr Rigau e d'En Bertolmeu Oliver trameses per los 
prohomes de Sant Ypolit, que totz aquels dels ditz? locs qui 
pescaran en Testajn degen hajudar a clausir e arefForssar lo 
grau, de lurs perssones, tota hora que'l dit grau sera clau- 
sidor : la quai causa agen a conexer m. prohomes de Sant 
Laurens ab altres lu. prohomes de Sant Ypolit, ensems, quant 
lo dit grau sera clausidor e refforssador. Ed ajsso que costara 
de clausir lo dit grau se dega levar de so que hauran de 
homes estrayns, eso que romandra apagarhagen a pagar los 
homes dels ditz locs ; e'Is homes estrayns paguen dos tantz 
que'ls homes de]s ditz locs. 

Item hordonaren que i. bolig en que haga viii. homes pach 
per VIII. homes, e i* gâta de canal en que vasen vi. homes 
pach per vi. homes, e i' barehade pareyl pach per ii. homes: 
e aysso s'enten d'homes dels ditz locs. E en aquela manera 
que'ls homes dels ditz locs son obligatz a clausir lo dit grau, 
sien obligatz ad en ramar la ramada. El render île Sant Lau- 
rens per lo senyor Rey haga a trer e pausar en poder dels 

13 



174 DIALBCTES ANCIENS 

prohomes sobreditz qu[i]-y seran elegitz, totz los diners que 
costara de clausir lo dit grau e d'enramar ; e que'ls homes qui 
hauran rehebutz los ditz diners, los agen a rretre al dit render 
quascun ayn, en lafesta de Sant Vincens. 

{Procuracio real, registre XVII, f 11, r*,) 



Dilus lo quai era dit viii, idus marcii anno dni m. ccc, x. fo 
adordonat per En Berg. de Sant Paul batle de Perpenya, de 
consentiment e de volentat d'En R. Oliver fabre, e d'En Bn 
Carboneyl, e d'En R. Pentiner, e d'En Johan March, e d'En 
Johan Domenec, e d'En Johan Gras, e d'En Esteve Cardayre, 
e cridar fe lo dit senyor batle, que negu ni neguna per ardi- 
ment que aja no gaus trer ni fer trer banes de boe ni de cres- 
tat de la terra de Rosseylo. E qui contre fara pagara de pena 
XX. s e perdra les banes, de la (jual pena lo denunciador aura 
laterssapart. (Ordinac,.^ I, f> 30, r*.) 

Ordonament dels fabres 

Pridie kls madiianno dni m, ccc. xi. 

Si aliquis faber vel ejus discipulus ponat ferrum in aliquo 
ligone, aixata sive vomere vel alia, instrumenta ferrea ahta ad 
laborandum.,.. (Ordinac, I, fo47,v**.) 

Ordonament dels tiradors, cant deuen baver d'alt 

Fuit ordinatum,,, ad instanciam.., suprapositorum paratorum 
ville Perpiriiani et procerum dicti ministerii paratorie, quod nul- 
lus audeat facere nec tenere tiratorios in campis tiratoriorum 
Perpiniani nisi de altitudine vu. palmorum et medii... item quod 
tiradorii extremi qui sunt versus septentrionem seu tremontana, 
possint esse ultra dictam mensuram vu. palmorum etmedii, 

Quod estatutum fuitfactum m. nrnias madii anno dni m, ccc, xi. 

[Ordinac, I, f»'48, v^) 

Ordonament que*l9 ortolars (sic) no gausen culir ortalissa en alcunes 

festes, axi co's segu[e]xs 

Ara* auiatz que mana el batlle del senyor Rey a totz los 
ortolas e als altres qui tenén ortalissa, que no n'i aga alcu, 

* Ce texte, transcrit en 13t0, est probablement de la fin du XIII* siè- 
cle; le dernier article Post hec^ etc., est écrit d'une autre main. 



DOCUMENTS SUR LA LANGUE CATALANE 175 

per ardiment que aja, que gaus culir ni vendre ni fer vendre 
neguna ortalissa, en dimenge, en ort, ni tenir en plassa ni en 
carreres, ni a les un. festes de Nostra Dona Sta Maria, ni a 
les festes dels xu. Apostols, ni a la festa de Sant Laurens, si 
doncs les dites festes no eren en fires. E si per aventure les 
dites festes dels Apostols e de Sant Laurens eren en dijous, 
que pog[u]essen vendre en aixi co en autre dia. 

E encara, ni a la festa de Tots Sants, ni a la festa deNadal, 
ni als II. dies après Nadal, ni a la festa de Ninôu, ni a la festa 
d'Aparissi, ni al sant divenres de Pascha, ni a la festa de 
Sencio, ni de Pentacosta, ni de Sant Johan de juyn. 

Exceptât que cascu puga culir e vendre enlos dits dimenges 
e en les altres festes sobre dites, pus aure (sic) nona sia so- 
nada, so es assaber, pastanag[u]es, e raves, cebes tenres, ajls 
tenres, laytug[u]es, espinarcbs, e porrat. 

Item que cascu e cascuna pug[u]a vendre tota ortalissa en 
los dits dicmenges e festes, de la festa de Pentacosta entre 
a Sant Miquell, exceptât la festa de Sant Johan de juyn, e de 
Sant Jacme, e de Sant Laurens, e de Nostra Dona Sta Maria. 

Etot hom qui aquest manament passas, pagara per cascuna 
vegada m. s. dels quais aja lo denunçiador la terssa part, e 
la obra de la vila la terssa part, e la cort lo rémanent. 

Encara mes, que cascu e cascuna puscha vendre tota orta- 
issa que li fos romasa cuyleta, dins son alberch, en les dites 
estes . 

Post hec anno dni m. ccc, xi. nono kls junii, fuit ordinatum 
per. . . bajulum. . de consensuet voluntate consulum ville 'Perpi- , 
niani et suprapositorum ortolanorum . . quod in dictis festivitati- 
bus possint vendi in dicta platea orialicia predicta, non iamen 
colligi, . . . Excepto quod in dictis festivitatibus post comestionem 
possint colligi et vendi raves, laytug[u]es, e porrat, e sebes, e 
ayls tenres. ( Ordinacions, I, f> 4.) 

Viii, idusjulii anno dni m. ccc. xi. 

Auyats que mana el veg[u]er e'I batle del senyor Rej als 
dins e als de ffora, que no n'i aya negun ni neguna qui gaus 
comprar ni fer comprar cebes de servar * per revendre en de- 

^ Les cehes de servar ou servadoreSt a à conserver }% sont appelées au- 
jourd'hui en catalan de serva^ « de conservation. » 



176 DIALECTES ANCIENS 

guna manera, sino dins la vila de Perpenya, e'n los autres 
lochs de la terra de Rosselon hon se fa mercat, hon pusquen 
comprar cascun en son loch cebes per revendre, pus queaure 
(5tc) nona sia passada e la çeba fos estada pausada en la 
plassa; e que degun ni deguna de Perpenjano gaus comprar 
cebes servadores,* si no ho fasien a Perpenya ayssi co dit es. 
E qui contre aquest manament passara, perdra les cebes el 
comprador e'I venedor los durs, per pena, de la quai aura lo 
denonciador lo tercz, e les u. partz la cort del s. Rej. 

{Ordinacions, I, f* 48, v®.) 

La crida del bJat 

//* kls augusti anno dni m. ccc. xi. 

F fuit fada hec preconitzado que sequitur. 

Auyats que manen el veguer e'I batle del S. Rey als dins e 
als de fora, que no n*i aga negun nineguna, per ardimentque 
aga, qui gaus comprar blat per revendre, ni degun homnofn] 
gaus vendre a negun hom, ses licencia, en gros nien menut; 
e aquel o aqueJa qui'u faria, perdria lo blat, e'I venedor lo 
preu, e les persones estaran a causiment del S. Rey. 

hem manen a tots cominalment -que no n'i aga negun ni 
deguna qui gaus comprar blat per despendre, ses licencia de 
la cort, ni degun no['n] gaus vendre a degun ses licencia ; e 
aquel qui aquest manament passara, que perdra lo blat, e'I 
venedor lo preu, e les persones estaran a causiment del S. Rey, 
aixi com d'amont es dit. 

Item manen a tots los îcorraters que negun no* gaus [fer] 
mercat a trer ni a vendre deguna guisa de blat, ni de faves, ni 
de negun legum, a degun hom ; e aquel qui'u faria, staria a 
merce dël S. Rey, e'I denonciador auria'n la terssa part. 

( Ordinacions, I, f* 49, r«.) 

Nous terminons ici le recueil des documents catalans de 
Roussillon et Cerdagne du règne de Jacques I*' de Majorque, 
qui mourut à la fin de juillet 1311, et nous y joignons un ex- 

* Le mns. porte no gaus mercat ni a trer a vendre en deguna guisa, 
assemblage de mots inintelligibles. Au reste, un autre document semble 
indiquer que la date tt. kls augusti est fausse, et qu'il laut lire ti. klsjulU. 



DOCUMENTS SUR LA LANGUE CATALANE 177 

trait d'une pièce de Tan 1-284, qui avait été omise à sa date 
dans la présente publication. 

(1284) 

Mémorial sia del asordonament des pes dei pa de Perpenya, quant d<3u 

pesar la dinerada del pa en pasta, ni cant es eut. 

Gant Costa ^tii. sol. rejmiha, deu pesar la dinerada de la 
pasta XLiii. onces, e quant sera cuji deu pesar xxx. viiii. onces. 

Jtem quant costa vmi. sol. deu pesar la pasta xxx.vm. on- 
ces e miga, e cant es cujt xxxv. onces mejns tersa onsa. 

Item cant val x. s, deu pesar la pasta xxxim. onces, e cant 
es cujt XXXI* onsa e m. diners pesans *. 

item cant val xxx. s. deu pesar la pasta xi. onces e m. dr 
pesans, pan cujt x. onces mejns m. dr pesans. 

Totes aquestes onces sobredites son enteses de pes de march 
de Monpestler^ e tôt pes que hom dat aia, de quai que for vayla 
Taymina de forment, si baxava de vi. dr Taymina , no'n deu 
hom moure ni crexer ni mudar lo pes, si donques no baxava o 
pujava de xii. dr. Empero, si puiava Tajmina de vi. dr. o de 
VIII., deu hom, mérmarlo pesaitant de for de xii. dr. Encara 
mes, si'l pan no era cuyt, que'l deu hom assagar ab i. fil de 
camge passar ( lisez passât ) per mig lo pan ; e, si's tén la mo- 
leda del pan al fil, que's jutge per cruu. 

(Archives communales de Perpignan, Livre vert mineur, f. 85-86.) 

Alart . 



* Le document contient ensuite Tévaluation du poids de la pâte et du 
pain cuit, pour divers prix, depuis onze jusqu'à trente sols. 



DIALECTES MODERNES 



LETTRES A GRÉGOIRE 

SUR LES PATOIS DE FRANCE 

(Suite,) 



s Gnyenne et Gascogne 

Un seul habitant de Bordeaux répondit aux questions de 
Grégoire ; mais il était, comme il le dit lui-même dans une de 
ses lettres, à portée d'observer les mœurs, les usages, Tidiome 
et les habitudes territoriales de ses concitoyens. Use nommait 
Pierre Bernadau, ancien.avocat au Parlement de Bordeaux-, 
et avait en 1790 plus de trente ans (il naquit en 1759 et mou- 
rut en 1852). Il s'est fait connaître dans sa province et même 
ailleurs par de nombreux ouvrages en français ou en patois sur 
r histoire, les mœurs et les coutumes de Bordeaux. Ses ré- 
ponses à Grégoire contiennent quelques indications qui peut- 
être ne paraîtront pas sans importance, malgré l'incorrection 
du langage et la façon parfois trop originale dont les idées 
sont présentées*. 

Pour la partie méridionale de l'ancienne Guyenne, nous ne 
trouvons qu'une réponse de la Société des amis delà Consti- 
tution du département des Landes. 



Monsieur, 

N'ayant saisi qu'imparfaitement le sens des questions que 
vous proposez aux patriotes ^ relativement à l'état actuel de 

1 Bernadau était originaire du comté de la Marche. Je dois une partie 
de ces renseignements à l'obligeance de M. Delpit, secrétaire de la Société 
des archives historiques de la Gironde, à Bordeaux. 



LETTRES A GREGOIRE 179 

rinstruction des campagnes, mais jaloux de vous témoigner 
mon estime en concourant autant qull sera en mon pouvoir 
à Touvrage que vous préparez, je me hâte de vous annoncer 
qu'une résidence de quinze années dans les divers lieux de 
ce district m'a mis à portée d'observer assez heureusement 
les mœurs, les usages, l'idiome et les habitudes territoriales 
de leurs habitants. J'ai recueilli à diverses époques plusieurs 
observations historiques et philosophiques, dont je me ferai 
un devoir de vous donner communication, Monsieur, lorsque 
j'aurai, pu me procurer un exemplaire de la chronique qui 
contient l'universalité de vos questions aux indigènes. En 
attendant qu'il me soit loisible d'en saisir l'ensemble, je peux 
Monsieur, vous faire connaître : 1** le peu d'écrits qui nous 
restent en gascon de Bordeaux ; 2° un dictionnaire ms. de ce 
dialecte, trouvé dans la bibliothèque du feu abbé Beaurein, 
l'homme qui possédait le mieux nos antiquités ; 3^ des reiîsei- 
gnements sur l'état des écoles ; 4o la manière avec laquelle 
(sic) les habitudes de certaines paroisses voisines tranchent 
entre elles. « 

La connaissance que j'ai des campagnes qui m'avoisinent 
m'a fait imaginer de traduire, dans la langue mitoyenne entre 
tous les jargons de leurs habitants, la sainte Déclaration des 
droits de l'homme et les Lois municipales, tant du 14 décembre 
dernier que celles décrétées depuis. Le tout est accompagné 
de quelques notes très-précises \ mais très-utiles aux paysans. 
J'espère que l'administration de la Gironde favorisera mon 
projet. J'aurais l'honneur de vous en adresser copie, si vous 
croyiez que l'Assemblée nationale, ou même le club des Ja- 
cobins', voulût accueillir mon hommage. 

En attendant. Monsieur, pour vous donner un moyen de 
comparaison entre nos mœurs et coutumes anciennes avec 
celles nouvelles, et les dialectes du XIIP siècle et celui d'à 
présent, agréez le fragment suivant ; j'en ai la copie, qui 
semble être du XVI* siècle ': 

* C'est concises que Fauteur a sans doute voulu dire.— ' Le club des 
Jacobins^ dont Barnave, Mirabeau et Robespierre, faisaient alors partie, 
n'avait pas la couleur politique qu'il eut en 1793 . 

3 Ces passages, tronqués et falsifiés, sout pris, non d'une copie du 
XYl* siècle, mais de l'un des ouvrages de jurisprudence coutumière les 



180 DIALECTES MODERNES 

Dimars après la festa S.Lucia *,anno D. 1289, un home que era 
aperat Bosquet fo jutgeat ^, que corros la bila ab una Angleza ab 
laquau, la nuit dabant passada, era estât trobat et ave molher. E fo 
assi ^ probat que un jurât et un autre home am lo jurât, viren per 
un forât lo deyt* etla Angleza nut et nut, entrampsjadens en leyt; 
et lo deyt jurât, regardan continuademen ^ las ^ per lo deyt forât, los 
autres que eran vinguts ab lo deyt jurât, ubriren la porte, laquau 
quam "^ lo deyt Bosquet sinten sin nud in leyt, se ba leba et no 
pogo troba * sén ® bragiias. Et foren prêts et menats nus à 
8. Elegy et lo medîs jours '^ furen " jugeats *^ per la costuma de 
Bordalès. 

Costuma es à Bourdeou ^^ que lou permey filh dau ** Barau *^ 
reten la Baronia et lou permey filh dau Ghibalier, la meysoun 
noble *«. 

Il ne faut pas grande connaissance du jargon qu'on parle 
dans les provinces méridionales pour comprendre ces deux 
morceaux, et surtout pour apercevoir les racines des mots. 
Virgile tirait des perles du fumier d'Ennius. D'ailleurs, je 
crains qu'une plus forte lettre ne vous ravisse à vos importants 
travaux. Lorsque je connaîtrai, Monsieur, la série et Ten- 
chaînement de vos questions, je pourrai j répondre sans ex- 
cursions *% et vous prouver les sentiments avec lesquels j'ai 
l'honneur d'être, etc. 

P. Bernadau, homme de loi. 
Bordeaux, 4 septembre 1790. 



plus connus, publié plus de vingt ans avant 1790, sous ce titre : Coutumes 
du ressort du Parlement de Guienne.., par deux avocats au même Par- 
lement (MM. de Lamolte frères). Bordeaux, 1768; Laboltière, in-8, *l vo- 
lumes. Le premier paragraphe se trouve : lome I, page 100, article 171: 
le second : tome I, page 44. article 57. (Delpit.) 

1 Imp. Sauta Lucia Verges — 2 Jutgat.— s Ayssi.— * Lo deyt Bosquet. 

— 6 Gontinuadamens. -- e Lor. — ^ Quant. — » Trobar. — » Las — 

10 Jorn.— " Fo.— 12 Jutgat. — i3 En Bordalès. - ** Deu — ib Baron.— 

16 Au lieu de dau Chibalier, etc., l'imprimé porte . deu Cavoy la Taula, 

Delpit.) 

1'^ Sans digressions. 



LETTRES A GRÉGOIRE 181 

Les Droits de l'Homme et du Citoyen 

Mis en patois le plus généralement approprié aux diverses nuances du 
gascon que l'on parle dans le district de Bordeaux, avec la traduction 
interlinéaire mot par mot, afin d'aprétier (sic) la fidélité de cette version 
sur l'original français, par Pierre Bernadau, avocat-citoyen au dépar- 
tement de la Gironde. 

In omnem teiTam exeat sonuseorum. (iic<. Apost.) 

Bordeaux, le 10 septembre, l'an second de la Révolution de France 

(1790) 

Les Droits de rHomme 
LousDreyts de VOme 

Les députés de tous les Français pour les représenter, et 
Lous députais de tous lous Francès per lous représenta, et 

qui forment TAssemblée nationale, envisageaut que les abus 
que lormen TAssemblade natiounale, embisatgean que lousabeous 

qui sont dans le Royaume et tous les malheurs publics arrivés 
que soun dens lou Bouîaumy, et tous lous malhurs puplics arribats 

viennent de ce que tant les petits particuliers que les riches 
benen de ce que tan lous petits particuliers que lous riches 

et les gens en charge ont oublié ou méprisé les francs droits de 
et les gens en cargue an oblidat ou mesprisat lous frans dreyts do 

rhomme, ont résobi de rappeler les droits naturels, vérita- 
Tome, an résoulut de rapela lous dreyts naturels, bérita- 

bles, et qu'on ne peut pas faire perdre aux hommes. Cette dé- 
bles, et que ne poden pas fa perde aux ornes. Aquere des- 

claration a donc été publiée pour apprendre à tout le monde 
claratioun a doun estât publidade per aprene à tout lou mounde 

ses droits et ses devoirs , afin que- ceux qui gouvernent les 
lur dreyt et lur débé ; perlamo qu*aquets que goubernen lous 

affaires de la France n'abusent pas de leur pouvoir, afin que 
afas de la France n'abusen pas de lur poudô, per que 

chaque citoyen puisse voir quand il doit se plaindre si [on] 
'cade citoien posquebeyre quan dieu se piagne s'ataF> 



Itt DIÀLIBCTE8 H0DBRNB8 

attaque ses droits, et afin que [nous] aimions tous une consti- 
quen sous dreyts, et per qu'aymen tous une oousti- 

tution faite pour Favantage de tous, et qui assure la liberté à 
tutioun feyte per Tabantatge de tous, ,et qu'asségure la libertat a 

chacun, 
cadun. 

C'est pour cela que les dits députés reconnaissent et décla- 
Aoos praco que lous dits deputats recounèchent et descla- 

rent les droits suivants de Thomme et du citoyen devant Dieu 
ren lous dreyts suibans de Tome et dau citoien daban Dious 

et avec sa sainte aide, 
et abeque sa sainte ayde. 

Premièrement, — Les hommes naissent et demeurent libres 
Pfumeyremen. ^ Lous ornes nèchên et damoren libres 

et égaux en droits, et il n'y a que l'avantage du public qui 
et égaux en dreyls, et g*nia cpie Tabantatge dau puplic que 

puisse faire établir des distinctions entre les citoyens, 
pot fa establi de les distinctiouns entre lous citoiens. 

Secondement. — Les hommes n'ont formé des sociétés que 
Ségoundemen. — Lous ornes n'an fourmatdelessociétats que 

pour mieux conserver leurs droits, qui sont la liberté, la pro- 
per millou conserba lurs dreyts, que soun la libertat, la pro- 
priété, la tranquillité et le pouvoir de repousser ceux qui leur 
priétat, la tranquilitat et lou poudé de repoussa aquets que lur 

voudraient causer dommage flans leur honneur, leur corps ou 
boudren causa doumatge den lur haunou, lur corps ou 

leur bien, 
lur bien. 

Troisièmement. — La nation est la maîtresse de toute au- 
Troiiiememen. — La natioun * es la mestresse de toute au- 

torité, et [elle] charge de l'exercer qui lui plaît. Toutes les 
toritaty et cargue de Tetzersa qui ly plaît. Toutes les 

compagnies, tous les particuliers qui ont quelque pouvoir, le 
eompanies, tous les particuliers qu'an cauque poudé lou 

tiennent de la nation, qui est seule souveraine, 
tenen de la natioun, qu'es soûle souberaine. 

Quatrièmement.--- La liberté consiste à pouvoir faire tout ce 
Quatriememm. ^ La libertat counsiste à poudé fa tout ce 



LBTTRVS A GRÉGOIRB 183 

qui ne fait pas de tort à personne. Les bornes de cette liberté 
que ne fey pas de tort à diguD. Les bornes d'aquere libertat 

sont posées par la loi, et qui les passe doit craindre qu'un autre 
sounpausadesper la loi, et qui les passe diou craigne qu'un aute 

n'en fasse autant pour lui faire tort, 
n'en féde autan per ]y fa tort. 

Cinquièmement. — Les lois ne doivent défendre que ce qui 
Cinquièmemen. — Les lois ne diben défende que oe que 

trouble le bon ordre. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi 
trouble lou boun orde . Tout ce que n'es pas défendut per la loi 

ne peut être empêché, et personne ne peut être forcé de faire 
ne pot esta empachat, et digun ne pot esta forsat de fa 

ce qu'elle ne commande pas. 
ce quere ne ooumande pas. 

Sixièmement, — La loi est l'expression de la volonté géné- 
Cheyzièmemen. — La loi es l'espressioun de la bolontat géné- 
rale. Tous les citoyens ont [le] droit de concourir à sa forma- 
raie. Tous ious citoyens an dreyt de concourre à sa forma- 
tion, par eux-mêmes ou par ceux qu'ils nomment à leur place 
tioU; per els mêmes ou p ra* quels que noumcn à lur place 

pour les Assemblées. [IIJ faut se servir de la même loi, tant 
p'raux Assemblades. Faou se serbi de la même loi, tan 

pour punir les méchants que pour protéger les pauvres. Tous 
per puni Ious méchans que per protégea Ious praûbes. Tous 

les citoyens, comme [ils] sont égaux par elle, peuvent préten- 
lous citoiens, coume soun égaus per elle, poden préten- 
dre à toutes les charges publiques, suivant leur capacité, et 
de à toutes les cargues puplique»5, siban lur capacitat, et 

sans autre recommandation que leur mérite. • 
sens aute recoumandatioun que lur mérite. 

Septièmement, — Nul homme ne peut être acctisé, arrêté ni 
Sètiémemen, — Nat ome ne pot esta acusat, arresitat ni 

emprisonné, que dans les cas expliqués par les lois, et suivant 
empreysounat, que dens Ious cas espliquats per les lois, et siban 

la forme qu'[elles] ont prescrite. Qui sollicite, donne, exécute 
la forme qu'an. prescribut. Que solicite; baille, etzécute 

ou fait exécuter des ordres arbitraires, doit être puni sévère- 
ou fey etzécuta dans ordres arbitraires diou esta punit sébéré- 



184 DIALECTES M0DEIWE8 

ment. Mais tout citoyen appelé on saisi au nom de la loi doit 
men. Mes tout citoien mandat ou sésit au noun de la loi dieu 

obéir de suite ; [il] devient coupable en résistant, 
obéi de suite; deben coupable en resistan. 

Huitièmement, — [II] ne doit être prononcé que des 
Huytiémemen. — Ne diou esta pronounsat que de les 

punitions précisément bien nécessaires; et nul ne peut être 
punicioQS précisémen bien nécessaires; et nat ûe pot esta 

puni qu'en vertu d'une loi établie et connue avant la faute 
punit qu*en bertut d'une loi establide et counéchude aban la faoufce 

commise et qui soit appliquée comme [il] convient. 
coumise et que sie aplicade coume coumben. 

Neuvièmement. — Tout homme doit être regardé innocent 
Naubiémemen. — Tout orne diou esta regardât inoucen 

jusqu'à ce qu'fil] soit (sic) été déclaré coupable. S'il faut 
jucqu'à ce que sie estât déclarât coupable. Se faou 

l'arrêter, [on] doit prendre garde de ne lui faire aucun mal 
Tarresta, deben préne garde de ne ly fa nat maou 

ni outrage. Ceux qui lui font souffrir quelque chose doivent 
ni outratge. Âquels qui ly féden aoufri cauqu'are diben 

être sévèrement corrigés. 
esta sébéremen corrigeais. 

Dixièmement, — Nul ne peut être inquiété à cause de aes 
Detiiiememen. ~ Nat ne pot esta inquiétai à cause de ses 

opinions, même concernant la religion, pourvu que ses propos 
opinions, mêmes oonceman la religion, perbu que sous prépaus 

ne troublent pas l'ordre public établi par la loi. 
ne troublen pas Torde puplic esiablit per la loi. 

Onzièmement. — La communication libre des pensées est 
Ontziémemen. — La communicatioun libre de les pensades es 

le plus beau droit de l'homme. Tout citoyen peut donc parler, 
ou pus bet dreyt de Tome. Tout citoien pot doun parla, 

écrire, imprimer librement, pourvu qu'[il] réponde des sui- 
escrioure, imprima librémen, perbu que respounde dans sui- 
tes que pourrait avoir cette liberté dans les cas déterminés 
tes que pouyré auge aquere libertat den lous cas déterminais 

parles lois, 
per les lois. 



LBTTRES Â 0RBGOIRB 185 

Douzièmement. — Pour faire observer les droits de l'homme 
DouJtziémemen. — Per fa obserba lousdreytsde Toine 

et du citoyen, [il] faut des officiers publics. Qu'ils soient prêtre, 
etdau citoien. faou daus officiers pupUcs. Que sien preste, 

juge, soldat, cela s'appelle force publique. Cette force est 
jutge, sourdat, aco s'apere force puplique. Aquere force es 

établie pour Tavantage de tous, et non pas pour Tintérêt par- 
establide per Tabantage de tous, et noun pas per Tintret par- 
ticulier de ceux à qui [on] Ta confiée, 
ticulier d'aquels a qui l'an conliade. 

Treizièmement, — Pour fournir à l'entretien de la force 
Tretxiémemen. — Per fourni à l'entretien de la force 

publique, [il] faut mettre des impositions sur tous, et chacun 
puplique» faou mete de les impositions su tous, et cadun 

en doit payer sa portion suivant ses facultés . 
n'en diou pagua sa portioun siban ses facultats. 

Quatorzièmement. — Les citoyens ont le droit de vérifier 
QuaioTtziémemen. — Lous citoîens an Ion dreyt de bérifia 

eux-mêmes ou par le moyen des députés qu'ils ont nommés, la 
els même, ou prau moyen de lus députais qu'an noumat, la 

nécessité des impositions, et les accorder librement au besoin 
nécessitât de les impositiouns, et les acourda libremen praubesouin 

de l'Etat, de marquer combien, comment et durant quel temps 
de i'Ëstat, de marqua combien, coumen et duran qu'au tems 

[on] lèvera de ces impositions, et de voir même comment le 
lâ)eran d'aqueres impositiouns, et de beyre mêmes coumen lou 

produit en est employé . 
prôbingut en es emplégat. 

Quinzièmement, — La société a le droit de demander compte 
Quintzièmemen. \— hdi sociétat a lou dreyt de demanda conte 

à tous les agents publics de tout ce qu'ils ont fait dans leur 
à tous lous agens publics de tout so qu'an feyt dens lur 

place, 
place. 

Seizièmement, — Il n'y a pas de bonne constitution dans toute 
Seinèmem^n, — Gnia pas de bonne constitutioun dens toute 

société où les droits de l'homme ne sont pas connus et assu- 
aociétat oun lous dreyts de l'home i^aic) ne soun pas counèchuts et asségu- 



186 DULECTES MODERNES 

rés, et où la séparation de chaque pouvoir n^est pas bien 
rats, et oun la séparation de cade pouboir n'es pas bien 

établie . 
establide. 

Dernier article. ^ Les propriétés sont une chose sacrée et 
Damey article. — Les proprietats soun une cause sacrada et 

où personne ne peut toucher sans vol. Nul ne peut en être 
oun digun ne pot touqua sen bol. Nat ne pot en esta 

dépouillé, excepté quand le bien public l'exige. Alors [il] faut 
despouillat, exceptât quan lou bien puplic Tetsige. Alors fau 

qu'[il] paraisse clair qu'[on] a besoin pour Tavantage commun 
que pareche da qu*an besouin per Tabantatge commun 

de ce qui appartient à quelque citoyen, et [on] lui doit donner 
de ce que aparten à cauque citoyen, et ly diben bailla 

de suite la valeur de ce qu'il cède. 
de suite la balou de ce que cède. 

Fin, 



a*» 

Monsieur, 

Dans la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire derniè- 
rement, je me souviens que, pressé par les circonstances, je 
ne donnai pas à mes offres toute la déduction que je voulais. 
Je ne les fis, pour ainsi dire, que pour vous témoigner l'em- 
pressement que j'ai de concourir à votre patriotique projet. 
Je n'en connais pas bien les détails, comme je crois vous l'avoir 
marqué, et cela parce que je n'ai pu prendre une communi- 
cation réfléchie des propositions qui ont été imprimées. Main- 
tenant, Monsieur, je vais, si l'on peut ainsi parler, prendre 
date dans votre entreprise, en vous offrant de faire les recher- 
ches relativement à deux ouvrages gascons dont le contenu 
m'est connu et qui sont imprimés. Je vous offre le texte de 
nos anciennes Coutumes, ouvrage authentique, quoique in- 
complet, et dont la composition peut se placer entre le XlIP et 
le XVI® siècle, y ayant des articles faits dans ces deux époques. 

Quant aux renseignements à désirer sur l'esprit des idiomes 
qu'on parle dans ces districts de Gironde, et plus particuliè- 



LBTTRBS A aRBGOIRE 187 

rement dans celui de Bordeaux, il m'est assez facile de vous 
satisfaire, en ayant visité et observé les différents cantons. 
Mœurs, habillement, dialectes, préjugés, antiquités, institu- 
tions, j'ai vu de près tout ce qu'il fallait voir pour en parler 
congrûment ; et telle était mon intention d'en donner l'histoire 
morale, littéraire et philosophique, si la ré'«^olution dans la po- 
litique n'en avait opéré une en France dans les opinions. 

J'ai formé le dessein de faire agréer par l'administration 
une version gasconne de nos plus importants décrets à l'usage 
de la multitude. J'ai l'honneur de vous en adresser une es- 
quisse dans la traduction de la Déclaration des droits. Chaque 
mot porte sa traduction précise dans l'entreligne, pour l'intel- 
ligence du dialecte et de ses tournures. Le paquet ci-joint, à 
l'adresse de l'Assemblée nationale, contient également copie 
gasconne de la Déclaration, avec des notes et la tradition lit- 
térale à côté . J'oserai vous prier. Monsieur, de vouloir bien 
en faire agréer l'hommage à nos représentants. J'ai été en- 
couragé dans cette offrande par l'accueil qu'ils font aux pro- 
ductions utiles des bons citoyens. J'ai l'orgueil d'ambitionner 
à ce titre, ainsi que celui de pouvoir me dire avec une estime 
respectueuse, votre, etc. 

P. Bernadau, homme dé loi. 
Bordeaux, il septembre 1790. 



OBSERVATIONS SUR LES QUESTIONS PATRIOTIQUES 

De M. le curé Grégoire, député à TAssemblée nationale, par Pierre Ber- 
nadau, citoyen actif de France, homme de loi à Bordeaux, correspon- 
dant de plusieurs Sociétés littéraires et patriotiques. 

Un autre aurait mieux fait; moi, je n'ai pu mieux faire. 
• Lafoktaine. 



1. — Dans le district de Bordeaux, dont j'entends parler 
toutes les fois que je ne ferai aucune exception particulière, 
l'usage de la langue française n'est point absolument universel. 
Dans Bordeaux, le bas peuple y parle habituellement gascon, 
et les cris des marchands ( excepté ceux qui sont étrangers ) 



188 DIALBGTES IfODBRNJBS 

sont encore tous en patois. On le parle au marché, mais sans 
exception du français. Les harengères essaient surtout de le 
parler avec les acheteurs étrangers, et leur jargon dévient 
alors plaisant. Il y a cinquante ans que les négociants parlaient 
volontiers gascon. Plusieurs anciens richards aiment encore 
à le parler. Maintenant il n'est dans la bouche que [des] ha- 
rengères, des portefaix et des chambrières. 

Le petit artisan affecte surtout de parler français. Ainsi 
dans Bordeaux, peut être sept neuvièmes ; dans les campagnes 
environnantes, il est à celui du gascon :: 4 -f- 7/12 : 5. 

Quant au nombre de notre patois, on n'en distingue émi- 
nemment que deux espèces, celui de Bordeaux et celui de 

On parle celui-ci dans la partie occidentale de ce district ; 
Fautre est familier à Bordeaux et aux habitants de la rive 
droite de la Garonne et lieux adjacents renfermés dans le pays, 
ci- devant d'Entre deux Mers, dont partie appartient au district 
de Libourne et partie à celui de Cadillac. 

2. — On ne saurait assigner l'origine de notre gascon. Nos 
plus anciens titres et monuments connus, et qui remontent au 
commencement du XI* siècle, sont en patois, qui est vérita- 
blement une dégénération du latin que les Romains ont intro- 
duit dans l'Aquitaine, qu'ils ont gouvernée jusqu'au VP siècle. 

3. — Le gascon est un idiome très-étendu et très-varié. Il 
présente tous les termes de la langue française, et celle-ci ne 
peut pas trouver des termes équivalents, pour Ténergie et la 
précision, à ceux que le gascon présente. lia peu ou point de 
diminution. Ne serait-ce pas une suite du caractère du peuple 
qui le parle ? Pour un Gascon, il n'y' a rien de petit, pas même 
de mensonger. 

4. — Il ne m'est pas donné de décider si le gascon renferme 
des dérivés du celtique ou du grec ; quant au latin, il paraît 
véritablement en dériver. Le gascon est une dégénération de 
la langue romance, dont [on] découvre insensiblement les ra- 
cines en remontant la Garonne et avançant dans ce qu'on 
appelait le Languedoc. Nous avons beaucoup d'adjectifs tirés 
de l'espagnol, et des substantifs, surtout des terminaisons na- 
sales, de l'anglais. 

La suite par le prochain courrier. 



LETTRES A GREGOIRE 189 

5. — Le patois que Ton parle à Bordeaux a une affinité 
marquée avec le français, ou, pour mieux dire, ce n'est que 
cette langue dont les terminaisons sont gasconnisées. 11 en 
est bien autrement de celui qu'on parle dans les campagnes ; 
on y découvre plus particulièrement les mots latins, beaucoup 
d'espagnols et quelques anglais. Dans les départements des 
Landes et des Hautes-Pyrénées, le gascon est bien plus mêlé 
d'espagnol que partout ailleurs. On retrouve des anglicismes 
en abondance dans le district de Lesparre, où les Anglais se 
sont anciennement établis par prédilection, lorsqu'ils possé- 
daient la Guyenne, vu la qualité spiritueuse des vins du Médoc. 

6. —Comme nous l'avons remarqué, le gascon s'éloigne peu, 
dans ce district, de l'idiome national. Il n'en est pas ainsi dans 
celui de Bourg et de Bazà,s ; le patois y a un caractère tran- 
chant avec les voisins, soit pour les mots, soit pour la pronon- 
ciation. Si Ton était à portée de communiquer avec M. Gré- 
goire, on pourrait lui communiquer des vues qu'il est comme 
impossible de rendre sur le papier dans toute leur énergie. 
Nous avons un recueil d'antiquités gasconnes auquel nous te- 
nons beaucoup, et dont la transcription est au-dessus de nos 
forces. Elles lui apprendraient sur les mœurs, les usages, le 
vocabulaire des anciens et actuels habitants de la Guyenne des 
choses dont il pourrait tirer un bon parti. Mais ces manuscrits 
sont un meuble de famille auquel chaque possesseur a ajouté, 
et dont il sent que nous ne pouvons pas décemment nous défaire. 
Nous ferons nos efforts pour lui en faire passer un abrégé. 

7. — Il n'y a point de mots synonymes, autrement il y 
aurait deux langues dans une, dit Dumarsais. Cela est vrai à 
la rigueur pour le gascon. Tous ses mots tranchent plus entre 
eux que dans la langue française, et cependant il a sur elle 
l'abondance et l'énergie. 

8. — Le patois est abondant pour toutes les choses qui 
tiennent à la simplicité, à la décence et à la tranquillité. 

9. — Pour exprimer les nuances des idées, on se sert presque 
toujours de diminutifs, et autrement il ne manque jamais de 
mots, non plus que pour les objets intellectuels. Le Gascon 
n'est jamais à court, et cette fierté qui a longtemps distingué 
son caractère moral, il l'a conservée dans son patois. 

14 



190 DIALBGIES MODERNES 

10. — Nos paysannes nomment volontiers les choses par 
leur nom, en commun, sans rougir. Elles ont même des expres- 
sions qui, traduites en'français, présentent des images obscènes 
qui n'effarouchent point la pudeur dans nos campagnes. Les 
mœurs y sont simples, en raison de Téloignement de la ville. 

11. — Point de jurements, très-peu d'expressions particu- 
lières aux grands mouvements de Pâme. 

12. — Oui [on trouve des mots énergiques qui manquent au 
français ] ; voyez Montaigne et Goudouly. 

14 décembre 1790. —La suite par le courrier prochain» 

13. — Dans les mots du gascon de Bordeaux, les finales sont 
plus communément consonnes que voyelles ; et cela est re- 
marquable dans un amalgame de langue française, romane et 
espagnole. Il est à présumer que cette particularité a sa source 
dansTorigine angaise de cette province, quia été pendant trois 
siècles soumise à la domination de ce peuple. 

14. — La prononciation est gutturale, mais peu accentuée. 
Les € ouverts sont étouffés. 

15. — Il n'est point d'écriture particulière au patois. Il n'a 
ni grammaire, ni vocabulaire connus. 

16. — Le gascon varie beaucoup de village en village, mais 
dans ses terminaisons. Cette yariation ne tranche cependant 
pas aussi sensiblement entre les cantons des districts de Bor- 
deaux, de Cadillac, de la Réole et de Lesparre, qu'entre les 
cantons du district de Bourg ou de Bazas. On a souvent de la 
peine à se domprendre de paroisse à paroisse, surtout dans les 
départements de la Vienne (!) et des Landes. La prononciation 
est, dans ces contrées, infiniment pénible et change singuliè- 
rement l'idiome. 

17, 18, 19. — J'ai déjà répondu à ces questions. 

20, 27. — On ne se rappelle pas avoir jamais entendu prê- 
cher en patois dans ce district, mais les instructions du caté- 
chisme s'y font dans cet idiome, dans, presque toutes les pa- 
roisses de campagne. Je puis assurer, d'après la connaissance 
oculaire et écrite que j'ai du district, qu'il n'y a pas aucune 
(sic) inscription patoise dans aucun lieu public. Elles sont 



LETTRES Â GREGOIRE 191 



toutes en latin ou en vieux français; j'en citerai d'étranges, si 
Ton en demande. Tous nos écrits patois consistent dans les 
vieilles Coutumes de Bordeaux, où il y a des articles faits au 
XIP siècle et au X1V% publiées il y a quelques années par deux 
hommes de loi, et dont copie sur papier vélin, en caractères 
gothiques, existe à la Bibliothèque de T Académie des sciences 
de Bordeaux ; les Statuts delà confrérie deMoutiezet dans cette 
ville, paroisse Saint-Michel, fondée par Louis XI ; .des Titres 
rapportés dans les Variétés bordelaises ; trois Cantiques qui se 
trouvent dans un petit recueil de noëls fort fameux dans ce 
pays, et dont mon père m'a dit avoir connu l'auteur, maître 
d'école à Blaye ; un Mémoire fait par les pêcheurs de la Teste 
pour réclamer la diminution des droits seigneuriaux dans le 
pays de Born, et que je me rappelle avoir lu dans ma jeunesse; 
enfin une critique agréable du régime des jésuites, faite en 1762 
par un curé de Saint-Macaire, sous le titre de Requeste de 
Recardeyres de Senmacary à Messius dau Parlemen. J'ai voulu 
donner cinq livres d'un exemplaire unique chez un de nbs li- 
braires; il n'a que 17 pages in-12. Je vais m'occuper de mettre 
au net quelques petits opuscules patois, dont je possède l'ori- 
ginal, et je vous l'enverrai. Comme je tiens beaucoup aux ou- 
vrages gascons que je possède, je ne peux m'en dessaisir, 
même pour M. Grégoire; mais je les' lui confierai pour un mois, 
si cela lui suffit. 

Nos proverbes patois, presque aussi étendus que ceux des 
Espagnols, ont presque tous l'agriculture pour objet. Je ferai 
incessamment l'extrait des plus curieux et qui caractérisent 
davantage nos mœurs. La question de l'influence respective 
du patois sur les mœurs serait la matière d'un livre, et je n'ai 
ni les talents, ni ne crois puissamment utile de l'entreprendre. 
Il se réduirait d'ailleurs à ceci : leurs diverses nuances idioma- 
tiques confondues, les paysans de ce district parlent un patois 
sourd, simple et traînant, qui est l'enseigne de leur caractère 
sournois, de leur lenteur dans le travail et de la simplicité de 
leurs habitudes. 

Il n'y aurait aucun inconvénient à détruire le patois, sup- 
posé que par quelque institution on pût lui substituer une 
autre langue. Nos paysans n'y tiennent, pas autant que les 
Basques et les Bretons. Serait-ce parce qu'il n'est pas si diffi- 



192 DIALECTES MODERNES 

cile de l'apprendre ? Mais, après tout, il leur faut des signes ; 
et, supposé qu'on leur apprît ceux du français, ils les auraient 
bientôt altérés ; c'est pourquoi je doute qu'on puisse trouver 
le moyen de détruire le patois. On sait à quoi aboutit le pro- 
jet de langue universelle de Leibnitz. Le gascon, dans l'état 
actuel des choses, se rapprochera insensiblement du français 
par la révulsion des citadins dans leur bien et l'accroissement 
des gros lieux où on transportera les établissements politi- 
ques. Mais toujours le bas. peuple, surtout celui des campa- 
gnes, aura un jargon particulier. 

La suite le courrier prochain 



28-30. — On s'aperçoit tous les jours que notre idiome gas- 
con se rapproche insensiblement de la langue française, et 
que les mots les plus caractéristiques disparaissent. Cette alté- 
ration se remarque depuis un demi-siècle que la rénovation 
du commerce, attirant dans cette contrée des étrangers, a 
contribué à répandre dans nos campagnes et parmi les ou- 
vriers la langue française, que tous voudraient jargonner. 

Il n'j aurait, je pense, aucune importance à détruire le 
gascon dans nos cantons; "mais les moyens m'en paraissent in- 
trouvables et, d'ailleurs, peu utiles. Le bas peuple des villes, 
les habitants des campagnes, corrompront toujours la langue 
et en feront un jargon, comme cela se [voit] en Angleterre, en 
Allemagne et à Paris. Varron et tous nos antiquaires attes- 
tent que les Grecs et les Romains des colonies avaient un 
accent et une langue différente de celle que parlait la métro- ' 
pôle. L'aventure de Théophraste, à Athènes, en est une preuve 
non équivoque. 

31-35.— L'enseignement des campagnes est assez nul dans 
ce district. Quod vidi testor. Après le Syllabaire, les enfants 
passent à la lecture de V Office de la Vierge en latin, afin de 
pouvoir aider à chanter vêpres aux curés. Il n'y a que les gros 
bourgs qui soient pourvus de maîtres d'école ; encore y paie- 
t-on depuis 15 jusqu'à 40 sous pour apprendre à nos élèves 
du latin et le catéchisme du diocèse. On ne trouve des maîtres 
d'écriture que dans nos petites villes ; là l'éducation est mieux 



LETTRES A. GREGOIRB 19S 

soignée, mais plus dispendieuse '. Généralement parlant, les 
ecclésiastiques se mêlent peu ou point du tout des écoles. 
Ils se bornent à l'autoriser par une permission, et trouvent 
toujours l'instituteur assez capable quand il sait servir la 
messe et jouer au piquet. Si les curés surveillaient les petites 
écoles, il n'en résulterait . pas les abus qu'entraîne la confu- 
sion des deux sexes dans une même chambre, rassemblés aux 
mêmes heures, subissant en commun les corrections, faisant 
des routes pénibles et nocturnes ppur se rendre à l'école* Ces 
circonstances indiquent des inconvénients funestes à l'honnê- 
teté publique. J'en ai vu des suites assez singulières, et qui 
m'ont retracé l'aventure d'Annette et de Lubin. 

La majeure partie des pasteurs, loin de surveiller les écoles 
des campagnes pour la partie de la décence, ne songent pas à 
l'influence des lectures utiles qu'on pourrait 7 faire. J'ai eu 
toutes les peines. du monde à faire adopter dans l'école du 
village où j'ai quelque possession la lecture de la Science du 
bonhomme Richard, et d'obtenir qu'il serait distribué tous les 
ans un Avis au peuple sur sa santé, le Manuel du cultivateur aux 
trois garçons les plus studieux de l'école, et aux trois plus 
sages filles une traduction du Nouveau Testament et Y Avis aux 
bonnes ménagères. Le curé prétendait qu'inspirer aux enfants 
le goût de la lecture, c'était chercher à leur donner sur leurs 
compatriotes une supériorité contraire à la modestie chré- 
tienne, et que les filles liseuses étaient de méchantes femmes. 
On doit juger si, avec de pareils préjugés, les curés songent 
beaucoup à prêtera leurs paroissiens d'autre livre que VOrdi' 
naire de la messe et le Petit Paroissien, c'est-à-dire [des livres] 
absolument inutiles au gouvernement des familles : Quisque 
suos patimur Mânes, 

(A suivre.) A. Gazier. 

* 70,000 enfants des deux sexes fréquentent aujourd'hui les 1,200 écoles 
primaires du département de la Gironde ; aussi ne compte-t-on guère que 
280,000 individus, sur une population de 700,000 âmes^ qui ne sachent 
ni lire, ni écrire. 



UN DIMENGUE DOU MES DE MAI 



Go thon and seek the houe of prayer ! 
T to the woodlandB bend mj way i . 

(SOTPrHKT.) 



I 



Longo-mai| longo-mai, 

Bèn me remembrarai 
D'aquéu glourious Dimencbe à la bono de Mai, 

Quand la flour de moun amo, 
Liuen di glèîso poumpouso ount lou prèire s'aclamo, 
Esclatè santamen coume un eissourg de flamo. 

Vous, dardai benfasènt, 

Fendeire dis aven, 
Erias mi Candeleto e mi Calèu lusènt ! 

Vous, Sentour di baragno, 
Perfum ferigoula, dous Alen di mountagno, 
Erias moun soûl Encens, lou soûlas de ma lagno I 



UN DIMANCHE DU MOIS DE MAI 



Longtemps et longtemps encore, — certes, je me souviendrai — 
de ce Dimanche splen^iide, au beau milieu de Mai, — quand la fleur 
de mon âme, — loin des églises fastueuses où le prêtre se pro- 
clame, — éclata pieusement comme une fontaine jaillissante de 
feu. 

Vous, rayons bienfaisants, — fendeurs des abîmes, — vous étiez 
mes Cierges et mes Flambeaux luisants ! — Vous, Arômes des haies, 
— Parfums de serpolet, douce Haleine des montagnes, — vous étiez 
mon seul Encens, le soulagement de mon souci. 

* Acô's à dire (à pnu près) : 

vautre, anas k la glèiso : 

1 oimo - i cèuno, ananù I B . -W . 



UN DIMENGHB DOU MES DE MAI 195 

Grand Oucean br&marèu. 

Fier rivau dou soulèu, 
Eres moun Orgue, tu, cantant coume se dèul 

E tu, Terro amirablo, 
Aliscado de rai .e de flour deleitablo, 
Eres tout aquéu jour ma Madone adourablol 

D'abandoun, cor dubert. 

Sus un tucoulet verd 
Me jitave (parai?) pèr pantaia mi vers, 

Pion d'estranjo alegresso. 
Mai coumbouri pamens de divine tristesso, 
Coume un amant que pènso à sa liuencho divesso. 

E, davans mi vistoun. 

Cor dubert, d'abandoun, 
Passavo sus la draio une grand proucessioun 

De joutent, de chatouno, 
— D'amourous, enliassa, gaiardet, galantouno, — 
De ûèrs iue ûamejant, de gorgueto redouno. 

Aganta pèr la man, 
S'espacejant plan -plan, 
A constat di genèsto e dis aubespin blanc : 



Grand Océan mugissant, — fier rival du soleil, — tu étais mon 
Orgue, toi qui chantais selon ta nature! — Et toi, Terre merveil- 
leuse, — parée de rayons ainsi que de fleurs délectables, — tu étais 
tout ce jour- là la Madone de mon adoration. 

Au gré de mon caprice, le cœur ouvert, — sur un petit tertre de 
gazon, — je me jetais (il me semble) pour méditer mes vers; — 
plein d'étrange joie, — mais consumé néanmoins de divine tris- 
tesse, — comme un amant qui pense à sa divinité éloignée. 

Et, devant mes yeux, — le cœur ouvert, au gré de leurs caprices, 
— sur le sentier passait de jouvenceaux et de jeunes filles — 
une grande procession ; — des amoureux, deux à deux, vigoureux, 
gentillettes; — des yeux fiers qui brillaient, — de petits seins 
arrondis. 

La main dans la main,^se promenant tranquillement, — à côté 



i 



196 DIALECTES MODERKBS 

Oh ! la superbo vido ! . . . 
Aquésti soun, segur, de rouseto espelido, 
Ë lis autre soun li que n'auran la culido . 

Ve ! la mar, mirau blu, • 

Clafido de belu, 
Que fan à cimo d'aigo un fernimen alu I 

Ve ! li nau que blanquejon, 
Pereici, pereila, quemoulamçn floutejon, 
Ë coume de pavoun au lum se pavounejon 1 

Ve ! de vôu de gabian, 

Se pansant de si vanc, 
Ëscampiha sus Toundo en guiso d'ile blanc ! 

Ve ! li calanco leno, 
Ount, s'enaurantdi gourg, vèn la bloundo Sereno 
Pèr penchina si peu, quand Toureto es sereno. 

Autour de TAzur viéu, 

Sènso nèblo, sens niéu, 
S'espandis lou Soulèu coumo Fine d'or de Dieu : 

E s'entend de tout caire, 
L'estrambord argentin de FAuceloun-Troubaire*, 



des genêts et des aubépines blanches, — oh ! l'adorable vie ! ... — 
Celles-ci sont, certes, de jeunes roses épanouies, — et les autres 
sont ceux qui en feront la cueillette. 
Vois ! la mer, miroir bleu, — couverte d'innombrables étincelles, 

— qui font à fleur d'eau un frémissement ailé ! — Vois ! les navi- 
res blanchissants, — qui flottent mollement, par-ci, par-là, — et, 
comme des paons, se pavanent à la lumière ? 

Vois ! les volées de goélands, — qui se reposent de leurs élans, 

— éparpillés sur l'onde en guise de blancs lis! — Vois ! les ecdan- 
•ques placides, — où, surgissant des gouffres (marins], vient la 
blonde Sirène — pour peigner ses cheveux, quand le temps se 
tranquillise. 

Autour de l'Azur vif, — sans nuage, sans nuée, — s'r t orif. le 

1 Auceloun-Troubaire : VAlauvtte (l'Alouette) . 



UN DIMBNGHE DOU MBS DE MAI 197 

Que s'abrivo galoi dins li toumple de Taire. 

Tout lou long dôu cristau 

De la mar, ount li bau 
Se miron^ i'a de conôo à Tabri dôu Mistrau , 

E si cèuno sablado 
Sarien plus agradivo i poutoun de mi piado, 
Qu'un couderc velouta, qu'uno tepo esmautado ! 



n 



Oh ! la Mar ! lou sabèn, 
Dins soun sen trelusènt 
A de sau à mouloun que puro la retèn ! 

Oh I la Terro pourpalo 
A'n esperit sutiéu dins si veno roucalo, 
Qu'aliscara de gau sa jouvènço inmourtalo ! 

E, de même, Tamour 
Dôu grand Dieu Creatour 
A la raço oumenenco, enligado de plour, 
Presento, sano e vivo, 



Soleil, comme l'œil d'or de Dieu. — Et Ton entend de tout côté — 
Textase argentine du petit Oiseau-Troubadour, — qui se lance 
joyeux dans las profondeurs de l'air. 

Tout le long du cristal — de la mer, où les falaises — se mirent, 
on trouve des anses abritées du Mistral ; — et ses plages sablées 
— seraient plus agréables aux baisers de mes pieds — qu'une pe- 
louse veloutée, qu'un gazon émaillé [de fleurs]. 

n 

Oh I la Mer I nous le savons bien, ■— dans son sein radieux — 
renferme en abondance le sel qui la retient pure î — Oh I la Terre 
purpurine — a un esprit subtil dans ses VQines pierreuses, — qui 
parera de joie son immortelle jeunesse 1 

Et, de même, l'amour — du grand Dieu Créateur, — à la race 
humaine maculée de pleurs, — présente, saine et vive, — souriante 



m DIALECTES MODERNES 

Soarrisènto toujoor, toujour antidoutivo 
D6a vérin maufasènt, la Bâitta renadivo ! 

Pèr ac6, pèr acô, 

Soun li roso, li ro, • 
Espoumpido i raioun, miraia dins li flot; 

Pèr ac6, tremouleto^ 
La luno sus la lono alongo si baneto; , 
Li pradas matinié soud de ûo de perleto. 

Pèr acô, pèr acô, 

L'alauveto, lou chot, 
Fan plôure de cansoun, fan ventoula d'ecô : 

Per acô, li gauteto 
Di poupoun innoucènt soun de poumo lisqueto; 
Lou vistoun di chatouno, uno font risouleto. 

m 

(Mounto que mountaras! 
Volo que volaras ! ). . . 
Oh ! se, se s'adouravo à bel èime eiçabas 

sans cesse, sans cesse préservatrice— du venin vicieux, la Beauté 
renaissante. 

A cause de cela, à cause de cela, — sont les roses, sont les 
roches, — épanouies aux rayons — reflétés dans les flots ; — à 
cause de cela, tremblotante, — la lune allonge ses croissants sur le 
lac ; — les prairies matinales sont des /eux de gouttelettes. 

A cause de cela, à cause de cela, — l'alouette [des champs), 
le hibou, — font pleuvoir des chansons, — font flotter au gré du vent 
les échos ; — à cause de cela, les joues des petits enfants sont des 
pommes lisses ; -— la prunelle des vierges, une fontaine limpide. 

m 

{ Monte et monte eiicore ! — Vole et vole encore 1)... — Oh ! si on 
vénérait à foison dans ce bas monde — la Grande Beauté éternelle, 
— en chaque gradation, harmonieuse, bien sentie, — de ses Ré- 
vélations terrestres et célestes, 



im DTMENGHE DOU MES DE MAI 199 

La Grand B'èuTA'ternalo, 
En chasco gradacîoun, armouniousQ, couralo. 
De si Revelacioun, terrenco, celestialo, 

Quent avans-goust d'Alis ! 

Quent plasènt Paradis ! 
Dins Fermas quent jardin,* sus li cardoun que nis, 

Sarié lèu 'questo Terro 
De mèrmis ambicioun, de vilànis esperro, 
Ount TErrour fai tripet, ount lou Vice prouspèro ! 

MANDADIS 
A-n-En Anpos Roco-Ferrié, de Mount-pelib 

Anfôs Roco-Ferrié ! 

Que n' as pas toun parié 
Pèr Tamour dôu parla qu'amo tant Mount-pelié, 

Vuei, un Sage d'Irlande, 
Mai noun un marrit quèco, un gus que se desbando, 
Goume lou di « Foulié ^ », ésti rimo te mando. 

WiLLiAM-C. Bonaparte- Wyse, 



Quel avant-goût des régions élyséennes I — quel Paradis délec- 
table! — dans le désert, quel jardin ; sur les chardons, quel nid, — 
serait bientôt cette terre — d'infimes, ambitions, de vilains efforts, 
— où TErreur fait rage, où le Vice prospère l 

ENVOI 

A M. Alphonse Roque -Ferrier, de Montpellier 

Alphonse Roque-Ferrier, — qui n'as pas ton égal — pour aimer 
le langage que Montpellier aime tant, — aujourd'hui un Sage d'Ir- 
lande ^ (mais point un mauvais drôle, — un gueux qui se dé- 
bande), — comme celui des « Folies », t'envoie ces rimes. 

6uiLLADME-G. Bonaparte -Wyse . 



* Wyse vôu dire Sage, en angles. Sage, pouèto de Mount-pelié au 
XVII* siècle, espèci de Belaud de la Belaudiero de tresenc ordre, sus la' 
vide e lis obro de quau En H. -F. a escri de iôngui pajo. 



LE OARRABIÊ 



< Una spina m fier 
Que nueg e jorn macora 

Am gran cocirier 
Dedins mon core demora. > 

iCœir de la morty — las Flors dél Oay Saber^ estier 
dichas las Leys cPAmor^ — 1. 1, p. 313.) 



Aro qu'è plourat mai d'uno lagremo, 
Daissats-me canta la que tant m'a'imat, 
Dount le souveni de gracio embaumât 
Al prigound del cor per jamai s'estremo. 

Me voli pausa sul bord del cami, 
Le frount ventalhat per las iroundelos 
E les peds dins Terbo e las pimparelos ; 
L'aire es pus audous que le jansemi. 

Costo Fgarrabiè glaufit de liouretos 
Qu'an d*un se pieucel la cando blancou, 
leu me coulcarè demest la frescou 



L'EGLANTIER 



« Une épine me blesse, — qui, nuit 
et jour, me 'tient le cœur ; — avec 
grande inquiétude, — dans mon cœur 
elle demeure. » 

(Elégie de la mort^ — les Fleurs du Oai Savoir, autrement 
dites les Lois éP Amour, — 1. 1, p. 212. ) 



Maintenant que j'ai versé plus d'une larme, — laissez-moi chan- 
ter celle qui m'a tant aimé, — dont le souvenir embaumé de grâce 
— au fond du cœur pour toujours s'enferme. 

Je veux m'arrôter sur le bord du sentier, — le front éventé par 
les hirondelles — et les pieds dans l'herbe et les pâquerettes ; — 
l'air est plus odorant que le jasmin . 

A côté de l'églantier couvert de fleurettes, — qui ont la chaste 



LE aÂRRÂBlé 201 



Que douçomenet nais de sas oumbretos. 

Ourrissi Tcrambel asagat de plours 
Per cerca Trepaus joubs sa verdo ramo ; 
Le vesi de lenh, — ô gauch de soun amo ! 
O poulit nisal de jouves amours ! 

galant bouquet de la fresco primo, 
Coumoul de cansous, tout ensoulelhat, 
Al caire de Tort te vesi quilhat 

E grand à frega la pus nauto cimo ! 

Me couiti, lèu-lèu, toqui Talbricel, 
Sentissi sas ûous que fan douço ûairo, 
— E, lauseto d'or, ma muso s'enlairo 
Dins le bel passât, founzut coumo Y cel. 

Darrè Tgarrabiè qu'a mes vielho rusco, 
E les amelliès goubiats pes ivers, 
Aro enjouvenits, pus galhards e verds, 

1 a'n gai oustalet vestit de lambrusco. 

bel soulelh coule, vespre printaniè, 
Ventot bresilhaire e claro esteleto ! 



blancheur d'un sein vierge, — je me coucherai dans la fraîcheur — 
qui tout doucement naît de son ombre légère. 

Je fuis avec horreur la petite chambre arrosée de pleurs,-*- pour 
chercher le repos sou^ ses vertes feuilles ; — je le vois de loin, 
ô joie de son âme! — ô jolie retraite de jeunes amours I 

charmant bouquet du frais printemps î — plein de chansons, 
tout ensoleillé, — à Tangle du jardin je te vois dressé — et grand 
à toucher la plus haute cime. 

Je presse le pas : bientôt j'arrive à l'arbrisseau ; — je flaire ses 
fleurs qui exhalent de doux parfums, — et, alouette d'or, ma muse 
s'élève — dans lé beau passé, profond comme le ciel. 

Derrière Téglantier qui a mis vieille écorce, — et les amandiers 
tordus parles hivers, — à cette heure rajeunis, plus verts et plus 
vivaces, — il est une joyeuse maisonnette vêtue de vigne vierge. 

O^beau soleil couchant! vesprée printanière, — brise gazouil- 



m DIALECTES MODERNES 

Aquital viviô la Margarideto 
Ambe Tsieu pupl, brave jardiniè. 

M'en brembi souvent : travès la randuro 
Que faTalbre en flous à-n-aquel canton, 
Emaugut veniô li balha'n poutou ; 
O caro ! velous d'auberjo maduro ! 

Aquel poutounet tindarel e vieu 
Causavo de cops qualquo escarraugnado ; 
De para sa gauto ero tant pressado ! 
E ieu va vouliô mena trop prestieu. 

L'espino en cricot ja nous graufignavo ! 
Nous preniô 'n bouci de pel e de car : 
Qu'ero un pauc de mal pr'un moument pla car ? 
Adieu ! frount marcat, bouco que sannavo I 

Tampaven les traucs joubs forço poutous ; 
Qu'ero bon Tsieu sang, licour de ma vido 1 
O naset graitat, bouqueté pugnido ! 
Tintavets de roso espino e broutons ! 



leuse et claire étoile ! — Là même vivait la petite Marguerite — 
avec son grand-père, le vaillant jardinier. 

Je me le remémore souvent : à travers la haie — que forme à 
ce coin l'arbre fleuri, — ému, je venais lui donner un baiser ; — 
visage I velours de pêche mûre l 

Ce baiser délicat, sonore et vif, — était parfois la cause de 
quelque égratignure ; — à avancer sa joue elle était si prompte l 
— et moi, je voulais agir trop prestement. 

L'épine crochue, comme elle nous égratignaiti — Elle nous pre- 
nait un morceau de peau et de chair vive : — que nous faisait un 
peu de mal pour un moment bien cher? — - Adieu, front marqué, 
bouche qui saignait I 

Nous fermions la plaie sous mille baisers; — que son sang, li- 
queur de ma vie, était bon î — petit nez griffé, bouchelette pi- 
quée, — vous teigniez de rose boutons et épine ! 



LE GARRABIE 203 

E quand ausission la tous tremoulanto 
De Tancian : « Didou ! Es à Tamagat I » 
Partissiô sul cop, à passes de gat. 
Demouravi 'qui, Tamo mourmoulanto, 

Le por embriaic del sang preclous 
Que m'aviô rajat dins toutes las venos, 
E, coumo estacat dambe de cadenos, 
Vesiô s'en ana soun cap gracions • 

M'arranca les peds deTerbo nouvelo. 

Me tira les uels del sien oustalou, * 

Qunt grand racocor e quno doulou ! 

Caliô fuge lenh, lenh de la mieu belo. 

* 

O printems, printems escarrabilhat ! 
Al tien fresc aie, ô sasou plasento, 
Tou se respelis e tout s'arrisento ! 
! fai que Tmieu cor sio pas mai bilhat 

Pr' aquel pessoment que me despoudero ! 
Tourno-me sul cop ma jôuve Didou 
E de mous setce ans la bravo verdou î 



Et, lorsque nous entendions la voix tremblante — de Tancien : 
« Petite! es-tu dans une cachette?» — elle partait sur-le-champ à 
pas de chat. — Je restais là, mon âme emplie de murmures. 

Le cœur enivré du sang précieux — qui avait coulé dans toutes 
mes veines, — et, comme attaché avec des liens de fer, — je voyais 
s'enfuir sa tète gracieuse. 

Arracher mes pieds à l'herbe nouvelle, — éloigner mes yeux de 
sa maisonnette, — quel grand arrache-cœur et quelle peine I — Il 
fallait fuir loin, loin de ma bien-aimée. 

printemps, printemps, comblé d*aUégresse! — A ta fraîche ha- 
leine, ô saison adorable, — tout éclôt de nouveau et tout redevient 
riant 1 — Oh l fais que mon cœur ne soit plus serré. 

Par ce souci qui m*enlève toute force! — Rends-moi sur l'heure 
ma jeune Marguerite — et l'alerte verdeur de mes seize ans j — 



f<H DIALECTES MODERNES 

Printems, tiro-me tahino e lassieiro ! 

Se darrè 's bouissous s'anavo adreita ! 
I vese r sieu frount clar coumo uno estelo, 
Joubs la cofo teugno e de blanco telo ! 
I manda 'n poutou, Tausi 'lo canta ! 

félicitât ! — Ai las ! es pla morto ! 
Jamai nou sourtis de dins le tahut ! 
S'eri pas tant flac, s'eri pas agut, 
Escarpinariô coumo un folb per orto. 

M'entendrion, pertout, la crida souvent! 
Le sieu noum besiat de Margarideto 
Fariô trefousi mai d'uno fadeto, 
Joubs les rocs curatsountmarmulo V vent. 

Aucels, bresilhats sus las loungos gaulos: 
Qui escoutara vostre canta dous? 
Aici, soun tampats gentis ausidous ; 
Vous poudets calha, pinçards e verdaulos. 

Sul penjal moufut vous ets esplandits, 
Mamoisses nenets, toutjoun audourouses, 



Printemps, délivre-moi du chagrin et de la pesante lassitude! 
Si, derrière les buissons, elle allait se dresser l — Voir son front 
claii" comme une' étoile, — sous sa coiffe légère et de blanche toile ! 
— Lui envoyer un baiser, Pentendre chanter ! 

félicité I Hélas! elle est bien mortel — Sortira-t-elie jamais 
de son cercueil? - Si je n'étais pas si faible, si je n'étais pas 
rendu, —je galoperais à travers les champs comme un fou. 

On m'entendrait, partout, l'appeler souvent I — Son nom délicat 
dé Marguerite — ferait tressaillir plus d'une fée, — sous les rocs 
creusés ot. le vent murmure. 

Oiseaux, vous gazouillez sur les longues branche.^ : — qui écou- 
tera votre doux chanter? — Ici, les gentilles oreilles sont closes; — 
vous pouvez vous taire, verdiers et pinsons. 

Sur le talus moussu vous vous êtes épanouies, — petites vio- 



\ 



LB GÂRIULBIE 205 

Poudets vous passl, gauch des amourouses : 
Aici, nM a pas pus de pichounis dits ! 

Dreit à Talbricel pincat de flouretos, 

parpalhoulets, vous ets alatats ! 
Ai ! è prou viscut, e, les uels satats, 
Me vau 'spatarra per las amouretos. 

Coumo les faidits d*i a pla sieis cents ans, 
Que soun rebounduts dinsla grando serro, 
Mourirè sul se de la bouno terro ! 
Se troubats moun cos, fraires païsans^ 

1 farets un trauc costo las racinos 

Del vielh garrabiè, qu'agen un sadoulh 

E de moun sang rouge .e del mieu mesoulh I 

Que moun fort malcor se cambie en espinos ! 

E quand tournara la verdo sasou, 
I veirets ma muso al capelh quilhado 
Que, dambe le van de la coufilhado^ 
Canturlejara sa bravo cansou ! 

A. FOURÈS. 
Abrilh 1876. 
(Languedocien, Gasteinaudary et ses environs). 



lettes, toujours odorantes : — vous pouvez vous flétrir, joie des 
amoureux, — ici, il n'y a plus de doigts mignons ! 

Droit à Tarbrisseau paré de fleurettes, — ô petits papillons, vous 
vous êtes envolés 1 — Ah ! j*ai assez vécu, et, les yeux mi-clos, — 
je vais m^étendre au milieu des brizes. 

Comme les faidits d'il y a bien six cents ans, — qui sont 
enterrés dans la grande sierra, — je mourrai sur le sein de la 
bonne terre I — Si vous trouvez mon corps, frères paysans. 

Vous lui ferez un trou à côté des racines — du vieil églantier, 
[afin] qu'elles se rassasient — et de mon sang rouge et de ma 
moelle ! — Que ma forte peine de cœur se change en épines ! 

Et, quand reviendra la verte saison, — vous verrez ma muse 
perchée sur son faîte, — qui, avec Tentrain du cochevis, — chantera 
sa vaillante chanson ! 

A. FOUBÈS. 

Avril 1876 



BIBLIOGRAPHIE 



Récits d'histoire sainte en béarnais, traduits et publiés pour la pre- 
mière fois sur le ms. du XV* s. , par V. Lespy, secrétaire général en 
retraite de la préfecture des Basses- Pyrénées, et P. Raymond, archi- 
viste du département des Basses-Pyrénées, pour la Société des biblio- 
philes du Béarn. — Tom. !•'. — Pau, 1876, in-8» carré. 

Le gascon, qu'il vaut beaucoup mieux, à Texemple des trouba- 
dours et de nos anciens grammairiens, considérer comme une 
langue à part que comme un dialecte du provençal, offre aux lin- 
guistes un sujet d'études intéressant et relativement facile, grâce 
à l'abondance des textes en cet idiome qui ont été publiés. Mais 
ces textes étaient tous jusqu'ici des pièces d'archives, et Ton pou- 
vait croire que le gascon— dont le béarnais est une simple variété 
— n'avait jamais servi, aumoyen âge, d'instrument littéraire*. Nous 
sommes aujourd'hui détrompés, grâce non-seulement à la publi- 
cation de MM. Lespy et Raymond, mais encore aux notices que 
nous ont données récemment M. Milà y Fontanals et M. Léon 
Gautier: le premier, sur une traduction do la Disciplina clericalis 
CVoy. la. Eevue, X, 238 ) ; le second, sur le mystère de la Passion, 
de la bibliothèque Firmin Didot ( le Mondes 14 avril 1876). Souhai- 
tons que ces deux derniers ouvrages, surtout le mystère, soient pu- 
bliés promptement, et faisons, en attendant, le bon accueil qu'il 
mérite à l'élégant volume que nous offre aujourd'hui la Société des 
bibliophiles du Béarn. 

Le titre qu'on a lu plus haut a été choisi par les éditeurs, leur 
ms., qui est incomplet de la fin et du commencement, n'en four- 
nissant aucun. 11 existe du même ouvrage une version catalane, 
pubUée en 1873 par M. Amer, et intitulée Genesi de scripturay et 
une version provençale dont le ms., appartenant à la bibliothèque 
Sainte-Geneviève, a reçu le titre de Bible en langage gascon,è. l'épo- 
que sans doute (XV1I« ou XVII1« s. ) où l'on qualifiait de gascon 
tout ce qui était langue d'oc Le fait est que ce texte a les carac- 

1 La ChroniqtAe des comtes de Foix et seigneurs de Béarn, composée 
en 1445 par Miguel del Yerms, et que Buchon, qui l'a publiée en 1S38 
dans le Panthéon littéraire, qualifie de béarnaise, est en réalité écrite en 
provençal (dialecte de Foix). Il s'y est glissé seulement, par-ci par-là, prin- 
cipalement dans les pièces rimées qut parsèment le récit, des formes gas- 
connes. 



BIBLlOaRAPHIE 807 

tères très-marqués du dialecte de la Provence ou de la partie voi- 
sine du bas Languedoc. Les éditeurs ont eu TexccUente idée de 
publier en appendice tout ce qui, dans le texte provençal, corres^ 
pond à la partie conservée du texte béarnais. On ne peut que leur en 
savoir gré, tout en regrettant qu'ils n'aient pas poussé la libéra- 
lité jusqu'à reproduire en entier le ms. de Sainte-Geneviève. 

Aprèsavoirlouécommeilconvientles soins donnés parMM.Lespy 
et Raymond à leur publication , et dont témoigneraient seules 
l'ample introduction et les notes abondantes qu'ils y ont jointes, je 
placerai ici un certain nombre des remarques, que m'a suggérées 
la lecture attentive de leur double texte. Un mot auparavant sur 
un passage de l'Introduction (p. gxlvui), pour rappeler, à propos de 
la légende du bois de la Croix, qu'il en existe en provençal un 
récit particulier, dont l'auteur paraît être Matfre Ermengaud*, et 
que Fauriel a donné de ce récit une traduction abrégée au tom. l*', 
pag. 263, de son Histoire de la poésie provençale. 

TEXTE BÉARNAIS 

P. 4, 1. 14-15. Care e care, La conjonction e, en pareil cas, était 
bien plus fréquemment employée que la prép. a. C'est donc pren- 
dre une peine superflue que de justifier la leçon originale. 

P. 6. . pohle/Podem Il manque peut-être quelque chose, 

mais il faudrait l'indiquer. Dans l'état du texte, le mieux paraît 
être de supprimer le point après ^o6Ze et le point d'interrogation à 
la fin de la phrase. Jo etpohle seraient sujets de^o^m. 

iOi 9. Entom^ ms. entrouj corrigé à tort, ici comme plus loin 
( 38,18 ). Ces sortes de métathèses sont familières au gascon. Cf. 
drom = dorm, frem ssrferm, et tant d'autres. 

10, 17-18. Telhes, qui répondrait phonétiquement à fegrwto^ pour- 
rait être ici, par synecdoque, au sens de demeure ; mais il vaut 
mieux, je crois, d'après les deux autres textes, corriger celhes {t 
pour c mal lu, comme il arrive souvent), qui serait pour celhers. 
Notre texte offre bien d'autres exemples de la réduction, d'ailleurs 
si fréquente, de rs final à s. 

12, 1. Fonuut Corr. fonnut et non fondut, comme le voudrait la 



* Ce récit ne se trouve que dans deux mss. du Breviari d^amor. Voy. 
Bartscb, Grundriss der provenzalischen Literatur, p. 57, et la préface de 
redit, du poôme, p. xm. Il serait à désirer que la Société de Béziers le 
publiât, ainsi que le Salve regina contenu dans les mêmes mss.. à la suite 
de la lettre de Matfre à sa ,<œur, seule annoncée sur la couverture du 
Breviari d'amor. 



tÙS BIBLIOGRAPHIE 

note. Ce serait contraire au génie du gascon, et particulièrement 
du béarnais, qui assimile d à Vn précédente ou le laisse choir. 

12, 10. Il eût, ce me semble, beaucoup mieux valu corriger apa- 
rescoB que suppléer negun. 

14, 21. Puisque les éditeurs corrigaient eg en jo, ils n'auraient 
pas dû hésiter à substituer ^or/ié^tt à prometo. 

16. Que jo conegues vostre duressa. Corr. coneg ; ues est à rejeter 
absolument. Peut-être le scribe, ayant d'abord écrit ues pour la 
première syllabe de vostre qui suit, aura-t-il oublié de Teffacer, 
après s'ètro repris. 

16. Entom ah vos, Ms. entran, qu'il fallait garder, comme le prouve 
le passage correspondant du Deutéronome (XXXI, 27 ) : ingrediente 
vobiscum, 

16. Que totz ag augen aquestas palauras, Ag est de trop (erreur 
causée par aug., qui suit? Cf. ci-dessus la note sur conegues)^ ou 
il manque quelque chose, comme dire ou parlàre, La Bible dit : et 
loquar audientihus eis sermones istos. 

18, 1-2. De ueyrhes n'est pas fautif, comme il est dit en note. 
Cî'est l'équivalent exact du fr. désormais, sauf qu'on y d, de seul au 
lieu de des. Le simple ueymes (pr. oimais ) a juste le même sens. 

18, 9. Errant du ms. (='fr. errèrent) est très-préférable à eran, 
par quoi les éditeurs Pont remplacé. 

20, 13. lo Iheha. Ms. hn Ih. Il n'y avait pas lieu à correction : 
Ion z=2 lo en, ce qui, ici, convient on ne peut mieux. 

24. Dequeg vostre rey. Les éditeurs écrivent toujours ainsi ( et d« 
même dequest, dequi), hésitant sans doute entre de queg et d'equeg. 
Mais des exemples comme en queg, qu'on rencontre souvent dans 
d'autres textes gascons, sont décisifs en faveur de queg, 

28. Ee qu'eu dem. Et toujours ainsi pour que lo. D'après le sys- 
tème adopté par les éditeurs (et qui ne nous paraît pas le meil- 
leur ), il faudrait que-u. Et de même que-us (et non qu^eus), p. 40. 

28. Trobahen masipes. Le contexte paraît exiger le. parfait. Plus 
loin, 52, on lit : e jo estremahey hSy où c'est encore un parfait qu'il 
faudrait. Et peut-être sont-ce là aussi des formes de parfait. De 
pareilles ont cours aujourd'hui à Toulouse. ( Voy. ma Gramm. Um.y 
pag. 377 {Revus, XI, 3J )), et il n'est pas probable qu'elles soient 
nées d'hier. 

32, 13. Meto lo. Ce pronom masculin n'est point ici fautif; il se 
rapporte à oli, 

32, 17. Et ag credes. Il n'y a là rien d'irrégulier. Ce tour n'est 
pas rare eii langue d'oc. Que {=sajinqvs) est seulement sous- 



BIBLIOGRAPHIE 209 

entendu, ce qui est fréquent. Remarquez que credes est au subjonctif 
( es pour as, changement normal en gascon). 

32. 17. Dar £e. Ms. dautre. Il eût peut-être mieux valu corriger 
dau te {do Hhi). L'introduction de Vr sera ici un cas à'umgekéhrte 
Schreihung, le phénomène inverse étant très-ordinaire : hâte, mete, 
pour hatret mètre, etc. . 

34. Que debaran Gorr. debar[ar]an. Le copiste a sauté le second 
ar. 

36,1. Encontra. Ms. encoere. Encorro (incurrit) eût été peut-être 
une meilleure correction. Ce verbe se trouve ailleurs au sens de 
rencontrer. 

36, 16. Mo8tre-u8. Exemple bien rare, disent les éditeurs de vos 
représenté par «s. Cet exemple serait unique. Aussi suis-je porté 
à croire qu'il faut écrire vs. Partout ailleurs dans notre texte ce 
pronom, en même position, se présente sous les formes bs, ou ps, 
que, logiquement, vs a dû précéder. 

3&, 22 . Que fasen lenguabosse . Si une pareille hybridité n'était 
pas trop invraisemblable, on pourrait penser à un composé de lingua 
et de l'allemand hose. 

44. De présent i.vos veps que uey . Il faut ponctuer \ , de présent vos : 
veps queuei. . . Le sens est : . . in compectu rcstro, et non pas main- 
tenant Veps, plus haut beps, n*est autre que le prov. ve vo8=ecce. Pour 
être conséquents avec eux-mêmes^ les éditeurs auraient dû écrire 
ve-ps, be-ps. 

46. Trametou lo. Autre oubli de la règle adoptée. Corr. Irameto- 
w, oii w représente h. Gela ne fait pas pléonasme, l'un des deux 
pronoms étant au datif et se rapportant à Samuel. 

58. LH falibe. Il faut fo'. Au contraire, li cuta doit être écrit li 
cuta. 

60, 17. Eray n'a aucun rapport avec seray. Il faut simplement 
écrire era y. 

60, 23 Que noelas f II n'y a ici ni irrégularité, ni lacune. L'emploi 
de çwe pour le pronom g-t^Z, interrogatif ou exclamatif, est très- 
commun dans le provençal moderne, comme en italien, et il n'y 
a rien de surprenant à le retrouver ailleurs, même dans des textes 
anciens. Cf. 96, 16 : que homis etz vos f 

66, 15. Soterra lo. Ms. soterran, \eqon qui n'est point fautive. 
L' n y est pour en = powr cela (à cause de sa compassion) . Cf. ci- 
dessus, sur 20, 13. 

68, 10. Compli lo manament. Ms, ah lo. Suppression regrettable. 
Complir ah est une expression qui se rencontre fréquemment, et 
qui est aussi correcte qu'élégante. 



tlO BIBLIOGRAPHIB 

70, 24. Beden Damd aman triste. Ms. amara. J'aurais préféré anar 
^Laman. Mais 'peut-ètre eût-on dû conserver en entier la leçon du 
ms., sauf à détacher ïa final : ajnar a triste signifierait aUer tristement' 

72, 7. Loplore, MM. L. et R. supposent une erreur du copiste, 
qui aurait écrit lo pour io.Ge n'est pas sûr. J'incline à croire que ce 
îo est un adverbe, signifiant ici alors, et qui, pour la forme, n'est 
qu'un affaiblissement de la. Ce serait un exemple de plus à joindre 
à ceux que j'ai relevés, à l'appui d'une conjecture pareille, dans 
une note relative au v. 3798 de la Croisade albigeoise {Revue, IX' 
357) «. 

74, 9. Fasen ah deu temple, La note sur ce passage, dans laquelle 
on propose de suppléer obs, prouve que les éditeurs ne se sont 
rendu compte ni de la valeur de fasenj qui signifie, à lui seul, con- 
venaient, étaient nécessaires (sens que ce verbe a si souvent), ni de 
l'origine de la. locution ab de (ssupour), laquelle n'est autre que 
065 lui-même suivi de la prép. de, Obs de est devenu d'abord oh de et 
ensuite ab de, par renforcement de l'o, comme dans ae de oc, etc. 
Ces trois formes se rencontrent très-fréquemment dans les textes 
gascons. En provençal, je n'ai jusqu'ici remarqué que la première. 

76, 13. Septmanês. La finale e«, ici, n'est pas pour a« atone, mais 
pour ers, r étant tombée comme dans beaucoup d'autres mots en 
pareille position. C'est le français semainiers, et non semaines, devenu, 
par métonymie, comme l'ont cru les éditeurs, le nom d'une fonc- 
tion. 

78, 4 ffomi verges qtie dijo a ta, — Je mettrais une virgule 

après homiy deux points après ta, et je corrigerais verges^ qui n'a ici 
aucun sens, en aages (avdias), 

78, 5. Tanta de sapiensa.' Il n'y a pas lieu de s'étonner de cet ac- 
cord de l'adjectif avec le substantif. C'est une façon de parler très- 
commune en langue d'oc, et qui a beaucoup de grâce. 

84, 6. Prenco m>artyre, Ms. prencos, qu'il n'y avait aucun motif 
de rejeter; car, premièrement, le subjonctif ne serait pas ici irrégu- 
lier, et, en second lieu, si l'indicatif paraît préférable, ^encoa serait 
-^oxxv prenco se. Les éditeurs n'ignorent pas quel est le goût des 
Méridionaux, et surtout des Gascons, pour la voixmoyenne, 

1 En voici un autre tiré de Sanc^ AgneSy v. 959 (dans les notes) : 

Qn'el non t'avia lo ren forfah. 

Cf. encore (Kevue, X, 814) la remarque sur le v. 2107 du poëme catalan 
des Sept Sages, et rapproohez-en une note de M. Âlart (ihid,, XI, 10), sur 
un passage qui confirme pleinement rexplication proposée du vers des 
Sept Sages, J'ai l'intention de revenir prochainement sur ce sujet, 



BIBLIOGRAPHIB $11 

88,2. Mammto. Ce mot n'a aucun sens. Gorr. mattmeto, parfait 
faible de maumeteÇpTOw. malmetre-^Tnalmes). 

88,6. Per so mau s'enpergo, 11 faut sen {smmm), 

100,9. Efe ly degorar, . . le ms. a fo. C'est une faute de Tavoir 
remplacé par ly, la forme normale du datif^ dans notre texte, étant 
lo. Il aurait suffi d'avertir, si on le jugeait nécessaire, que degorar 
(forme d'ailleurs très-correcte, puisque U en gascon devient r entre 
deux voyelles) signifiait déœlleret non dévorer. 

112. 8-9. Outes tuf Le ms. a eûtes te tu, qu'il eût beaucoup mieux 
valu garder, comme les éditeurs semblent eux-mêmes, en note, le 
reconnaître. Outre le passage correspondant du texte provençal (« 
pensas ti tuf) on peut citer d'autres exemples anciens de cet emploi 
de te (ou ti)'. Tels sont les suivants : « E cujas ti qu'en paradis — 
Aia hom talent de manjar? » {Flainenca, 6091-2) ; « Cujas te qu'ela 
t'o aportî » (Gedichte der Tr<mb„ 817, 2). 

114. 6. Ho,jo, ditz Daniel. — Il n'y a ici aucune omission. U faut 
seulement supprimer la vjrgule entre ho eijo. Après la particule 
affirmative ou négative, on plaçait volontiers, pour la renforcer ou 
lui donner plus de précision, le pronom représentant la personne 
ou la chose de laquelle on affirmait ou niait : oc ieut oc nos ! no vos! 
oc el l non so ! etc . 

119, 20. Eprenco. . . arosine, estope, . . Lis. arosine estope» 

iiù, ^\ , Et fondo hac tôt amassa. Ms. heg^ forme remarquable 
qu'il fallait garder. Elle est assez rare, mais se trouve dans d'autres 
textes. J'en ai vu plusieurs exemples dans des chartes de Castel- 
jaloux, du XIII« siècle. Elle complète le parallélisme vocalique 
entre les formes diverses des trois pronoms neutres oc (o), so et 2o, 
en donnant un pendant aux formes en e de ces deux derniers : 

oc so lo 

ac sa la 

ec se le 

130, 1.7 du bas. Sa filhe fo. Suppléez [morte], omission évi- 
dente. 

TEXTE PROVENÇAL 

Le ms. béarnais n'est pas, tant s'en faut, d'une correction par- 
faite. Mais que dire du ms. provençal? Les fautes les plus étran- 
ges y pullulent, sans parler des lacunes, qui soi>t nombreuses ^ 

1 Les résultats de ces fautes ne sont pas toujpurs des non-sens ; quel- 
ques-unes ont seulement pour efiet d'altérer, d'une façon bien plaisante 
parfois, la signification de l'original. J'en citerai un exemple curieux. Il est 



tlt BIBLIOGRAPHIE 

Les éditeurs y ont fait ou proposé plusieurs bonnes corrections ; 
mais on voit qu'ils se sont crus tenus ici à moins de recherches que 
pour le texte béarnais, cette partie de leur travail n'étant pour eux 
qu'un accessoire. Us l'ont traitée aussi avec moins de compétence. 
Ce serait une besoj^ne fastidieuse et sans grand profit d'en faire un 
examen détaillé. Je me bornerai à quelques observations. 

P. 142, 1. 10 AmUaray, M s. amiaray. La bonne correction .était 
aamaray . Cette faute se reproduit plusieurs fois . 

143, 12. iSo que de tôt en tôt.. Le passage béarnais correspondant 
(«i no cum de,.) suggère la correction «o[«] que.., qui serait le mo- 
derne sounque = si non que. Cf. ma. Gram» limousine, p. ^^2 {Revue 
VIII. 191). 

144, 12. Paator n'est point un verbe. C'est simplement le sub- 
stantif: « que nul ne soit vu. ni bétail, ni berger. » 

144, 5 du bas. Mandament, Corr. mancament. La Bible dit iniqui^ 
cUeni. 

145, 6-7. Qtùe uey €vn a morir a tu. Ceci n'a aucun sens. Corr. 
ay a monir (monere). Ce verbe manque à Raynouard, mais je l'ai vu 
ailleurs. 

145, {Q.Aj}pelar fian. Le contexte exigerait le conditionne]. Fau- 
drait-il donc lire : apeîar i, ianf Ce serait un exemple remarquable 
de conditionnel décomposé. Il y en a de certains en béarnais; 
mais je n'en ai jamais vu en provençal. 

147, 21. Que ds o avian. Corr, aujcm (audiant). 

.149, 16. Oreycian est très-bon: creyda ne. De même 178, 18, ercai 
(sserane) mal à propos changé en era. 

152,23. Entreveron n'est pas une faute. C'est le parfait très- 
régulier, sauf métathèse, de entervar = interrogare. 

153, 11. E la lur clamor. La phrase est probablement incom- 
plète. Il doit manquer quelque chose comme venc a me. Cf. Bois^ 
1,9,16. 

157, 2 du bas. Asignet la via. Corr. asiguet la vi[l\a. Asiguet est 
le parfait faible de assir ou aasire = assiéger. Voyez le Donatprov., 
35 6. 

158, 3. Per sa car lo senestre si cubriria a la gent. Ceci peut très* 



dit dans les textes catalan et béarnais que Balthazar offensa le Seigneur 
en buvant dans la vaisselle du temple de Jérusalem. L'original pro- 
vençal disait, sans doute, la même chose, en ces termes, ou à peu près : 
c . . . . que el hec en la vaysselha — » Or voici ce que cela jesi devenu 
sous la plume de notre copiste : < E fes causas desplazens a nostre Senhor, 
que el faoan la vielka que era estada dei Temple de Jérusalem. > 



BIBLIOGRAPHIE 213 

bien s'entendre. Si cubriria = serait couvert (le moyen pour le 
passif, comme il arrive si souvent), à savoir par le bouclier. 

159, 25. Plueya. Ms. plueyay, ^ouv plueyas. Exemple précieux à 
recueillir du développement d*t devant s final et de la chute consé- 
cutive de cette consonne. Cf. Grramm, lim,, p. 368, et note 1 {Eevue, 
XI, 26)*. 

161. Jlyci [a] lur an gran ost. La préposition est ici une adjonc- 
tion superflue. Cf. d'ailleurs p. 162 : negun non li ausava hycir. 

162, 1. 2 du bas. Cbm aquest, Ms. donc, qui est très-préférablo. 
Com modifie désavantageiisement Tallure de la phrase et lui enlève 
sa vivacité. Il faudrait un point d'exclamation après Israël. 

164, 3. Ten, suspect aux éditeurs, est fort bon : teneo, je tiens, je 
considère. 
165, 1. 2 du bas. Ac mot greu donne un sens. Mais les autres 



* Puisque roccasion s'en présente, je donnerai ici d'autres exemples an- 
ciens de ce phénomène, après a çt a, recueillis depuis l'impression du 
passage ci-dessus mentionné. 

À: vays lieys {Ged., 1171, 3), ms. 856. 
Vays la bêla (id., 950, 2), ms. Lavall. 
Faï> autra fazenda (id., 1106,2), ms. 856. 
Que vays dir = que tu vas dire (Joyas, 60) . * 
Parlavais = parlavas (atz), Ged., 716, 2; ms. 854. Rochegude relève 

cette forme. 
Auzidai, sans «, bien qu'une voyelle suive (Ged., 296,1), m». 

Philips. 

li't se développe même devant % {tz) non réduit à s: 
Estattz luenh (Denkm., 312, 9), ms. Lavall. 
Estaitz (Gedichte, 535), ms. 1749. 
Asaiz (id., 819, 5), ms. Laurent, 42. 
Deloigfnaiz (id.,869, 6), i ^ ^ ^„ 

Solaiz (id. , 869, 6). } '^^' ^a^^ent, 42 
Del laiz (P. Gorbiac, Trésor, v. 88). ' 

0: ploiois et pluiois (Denkm,, 316. 19 et 23), ms. 1745. 

A. vois voill mostrar ma dolor (Ged,, 781. 1), ms. 854. ' 

Pus en Toisa noi amam (Ged., 1025, 1), ms. de Venise. Exemple 

douteux. 
De dot amies cotbXs (Ged., 1199, 1), ms. Philips. 
Go sabetz miels doy tans (id , 542, 3), ms. Lavall. 
En crois levais (Ged., 988, 1), ms. 12474. Crois =s, cros = crotz. 

Dans les deux exemples suivants, z (tz) persiste : 
A toiz (Ged., 819, 2), ms. Laurent, 42. 
Dousa voitz (Ged., 781, 3), ms. 854, 



214 BIBUOGRAPHIB 

textes.comme le passage corresp. de la Bible, suggèrent la correc** 
tion mogut ou moguda. 

1 68, 5. Hoyseron est fort correct (sauf rorthographe), contrairement 
à ce que la note sur ce passage semble indiquer. 

171, IG. 11 doit manquer ici un mot répondant au latin 97ium- 
tantes (Bois, II, 19), et c'est à ce mot que se rapporte non lurvalc 
ren. Cf. le béarnais anar triste emurmuran, 

175. Non so, dis la mayre, — 11 n'y a ici rien à suppléer. Cf. ma 
note sur 114, 6 du texte béarnais. 

176. Fon près da soyt. Corr. près dafayt = presque fait f 
ll&-m, Estopa mesclàda am foc. Le ms. a mescla, que j'aurais 

gardé. Cette forme explique l'adverbe mesclamen, qui se rencontre 
dans des textes provençaux. On aurait dans ce mescla un exemple 
peut-être unique de ces participes si nombreux en italien, qu'il ne 
faut pas confondre avec les participes forts, et qui ont toute l'appa- 
rence de simples adjectifs verbaux, tels que sont chez nous trempe^ 
gonfle et tant d'autres. 

178. En lo rey de Silo. Je pense qu'il faut voir dans ce rey, bien 
qu'il ne s'agisse pas ici d'une eau courante, une autre formé du rec 
languedocien. 

179, 15. Vendty pour veniet du ms., est inacceptable. 11 faudrait 
venquet ou vensety mais plutôt venset, n'y ayant, pour obtenir ce 
dernier, qu'une lettre à changer. 

181, 22. Que non si tanhia s'entend très-bien de soi-même: quia 
nqn decehat, 

182, 2. Sezs ni mal e estant. Corf. Sozs ni mal estant. Sozs est le 
même mot que le sozzo (succidus) italien. Il manque au Lexique 
roman, bien qu'il se trouve dans des textes étudiés par Raynouard, 
je veux dire dans le& poésies vattdoises^^ . Des verbes dérivés de cet 
adjectif sont cw^o^ar et ensocezir, dont nous avons ici même (pp. 145, 
172) plusieurs exemples. 

i 83, 20. No Totneron. Il n'y a ici rien à suppléer : V est pour li =y 
( th. ). On en a un autre exemple p. 163 : c non liauria^forsa. C'est 
une forme aujourd'hui extrêmement répandue dans la Provence 
méridionale. . 

183, 24. Car lo era ohra de mans. Les éditeurs supposent ici une 
altération ; il n'y en a aucune. Il faut seulement remarquer que le 
pronom neutre lo y est sujet, comme c'est son rôle constant dans 

1 II existe aussi en catalan. Les textes publiés dans la Revue par 
M. Alart en offrent plusieurs exemples, dans lesquels il a son sens pro- 
pre : < lana sutza o lavada » (IV, 508, etc.) De là suixura, qu'on peut 
voir dans Oesclot (679 b). 



BIBLIOGRAPHIB tl5 

notre texte, où il reparaît souvent. Cf. Gramm, limousinet p. 369 
(Eeimey XI. 26.) 

185. Montar en los murs. Ceci est peut-être le résultat d'une alté- 
ration du texte primitif. Mais, comme un sens raisonnable en res- 
sort, à la condition, bien entendu, d'expliquer mura par mulets, on 
peut s'y tenir. La mutation de / en r est pour ainsi dire endémique 
dans la basse Provence (Toulon, etc.). 

- 187, 3. Destruchf faute de copiste i^our destrech ou, peut-être, des- 
irachf 

191, 2. E conogron laspesadoè. Je suppléerais se : se connurent, 
furent aperçues . 

191. 3. Avian mqnjat e gastat. Ce dernier mot, marqué en note 
d'un ? est trés-bon : « mangé et consommé. » Gela va fort bien en- 
semble . 

192, 8. De reyva e cPestopas, Corr. reyna =• résine. Us tombe fré- 
quemment dans notre texte, en pareille position. 

198, 4. Que era la JUka de Julius, Ms. safiïha, qu'il fallait garder. 
C'est un idiotisme très-commun en provençal, et dont notre texte 
offre au moins un autre exemple, p. 182 ; « Un sieu frayre d'a- 
quest Jeconias.» 

198, 12. Nos enalegoratz. Ceci n'est point corrompu et donne, au 
contraire, un sens excellent : alegorar = tarder, de legor, loisir (cf. 
Donat prov.y 56 a). En est pour em, la substitution d&n à m étant, 
dans notre texte, extrêmement fréquente. 

200, 13-15. Ve vos, etc. J'imagine que les lignes, si étrangement 
intercalées ici, servaient de rubrique à un dessin représentant un 
pont, dessin placé entre., dich et eac en aquella..fet que Fauteur de 
notre ms., peu intelligent, comme il parait à tant d'autres signes, 
aura copié machinalement tout ce qu'il voyait écrit. 

Le tome premier des Récits d'histoire sainte s'arrête, pour les 
deux textes, à l'Incarnation de Jésus-Christ. Le tome II donnera la 
fin de l'un et de l'autre et sera terminé par un glossaire. 

Camille Chabàneau. 



PÉRIODIQUES 



Romania, 21 . — P. 1 . P. Meyer," Notice sur un ms. bourguignon 
( Musée britannique addit 15606^^ suivie de pièces inédites. Ce ms., 
qui est du commencement du XlVe siècle, contient vingt-quatre 
opuscules, la plupart en vers. Le dialecte est le même ou à peu près 
que celui du Fhovant M. P. M. en donne des extraits, se réser- 
vant de publier le reste quand il le jugera à propos. Outre ces 
extraits, il en a tiré deux pièces ( Us Deux Chevalier s. Un enseigne' 
ment moral), qu'il croit inconnues et qu'il reproduit en entier. 
M. P'. M. donne au lecteur toutes les indications bibliographiques 
et philologiques nécessaires. Voici quelques observations recueil- 
lies au courant d'une première lecture: P. 8, v- 17, il faut une 
virgule après plaint. P. 14, v. 53, ne faut-il pas ilucquesj le vers 
étant trop court avec iluct Ibid., v. 70, il vaut mieux lire d'estroi- 
nant. Ibid., y. 7, vers trop court. P. 15, v. 84, avole pour avale, 
faute d'impression. P. 25, v, 65, lisez ice au lieu de ce. P. 32, 
V. 213, M. P. M. a lu saut et ajouté il. Il est plus simple de lire 
saur •== seur = securi. On sait que le t et IV se confondaient facile- 
ment dans récriture, et le copiste devait être coutumier du fait, 
comme on peut l'induire de la forme arantiques (p. 38), corrigée 
avec toute raison par M. P. M. en atantiqi^es. Quant à a bourguignon 
= e en roman en hiatus, cf. la note de M. P. M., p. 42, n. 7. 
P. 32, V. 226, ^*er dissyllabique serait une forme exceptionnelle. 
P. 33, V. 3, ne vaudrait-il pas mieux écrire s'ou •= si lou, si e; de 
même plus haut (p. 16, au bas de la page) c'ouy que M. P. M. traduit 
exactement par qui le; de même encore n'ou = ne hu, ne le (p. 35, 
V. 408)? P. 32, V, 216, Lor s'anpart, de sa main se soigne. Je lirais 
s'éloigne et je donnerais à main le sens de « troupe », sens qu'avait 
aussi le latin manus. L'Alexis donne de même main menude, le menu 
peuple. On peut objecter que, dans un texte de cette époque, Y s 
étymologique aurait dû subsister et que, si mon explication est 
juste, le ms. devrait donner esloigne. Mais c'est précisément une 
des particularités de ce ms. que ïs étymologique tombe très-sou- . 
vent devant une autre consonne, comme le remarque M. P. M. 
(p. 45, n. 23). P. 36, v. 35, pourquoi supprimer \'s de riches? Cette 
lettre n'empêche pas l'élision, pas plus qu'à la p. 35, v. 443, à la fin 
àePeres, oii IVl. P. M. a bien fait de la laisser. P. 37, v. 79, pourquoi 
retrancher Vs final de exemplaires? Si c'est pour la rime, il faudrait, 
pour être conséquent, faire subir la même mutilation à Jehans 



j 



PERIODIQUES 217 

(p. 35, V, 443), qui rime avec amen. P. 37, v. 117, reparir^s^-reperirf 
M. P. M. propose en note reverdir, qui convient parfaitement pour 
le sens, mais moins pour la forme. P. 37, v. 125, lisez n'eBtainfort 

— P. 47, Milà y Fotitanals, de la Poesia popular GalUga. Le savant 
professeur de Tuniversité de Barcelone, bien connu de nos lecteurs 
et de ceux de la Romama, continue les recherches sur la poésie 
populaire qui ont rendu son nom célèbre. Il étudie aujourd'hui 
plus particulièrement celle de la Galice. Utilisant les communica- 
tioils qu'il tient de différentes personnes originaires de cette pro- 
vince, il a recueilli et classé \ 47 pièces ou fragments de pièce, 
qu'il publie en y joignant le nom des collaborateurs et des notes 
philologiques et stichologiques. Ce recueil est précédé d'une étude 
courte et substantielle sur la versification populaire galicienne, sur 
les copias, les tercetos, les ruadaa, les mimeiras, les mayos, les ro- 
mances, les cantarcillos, les ensalmos, les diahgos et les villancicos. 
Rappelons que M. M. avait préludé à cette étude toute spéciale 
par une dissertation fort intéressante sur une des principales parti- 
cularités de cette même versification (Revisîa historica laiina, II, 
182). P. 65, n® 119, v. 1. Ce vers est trop court d'une -syllabe. Par 
quel artifice musical supplée-t-on au vide ainsi produit ? Ce détai 
n'est pas sans importance pour ceux qui étudient de près lés pro- 
cédés delà versification populaire. L'explication que donne M. M. 
d'une particularité analogue dans la mmleira suivante n'est pas de 
mise ici, puisque la césure enjambe sur le second hémistiche. J'ap- 
pelle sur ce point la bienveillante attention du savant professeur. 

— P. 76, J. Chenaux et J. Cornu, Proverbes patois du canton de Fri' 
bourg, et spécialement de la Gruyère, suivis de comparaisons et de rap^ 
prochements. — P. 115, Mélanges : 1© Cercalmon, car vei fenir a tôt 
dia, ( P. Rajna). 2® Marcahnm (P. M.). Ces deux dissertations ont 
chacune pour objet la détermination plus exacte de l'époque à la- 
quelle ces troubadours ont vécu . ^Français E.=D,{G. P.). M . G . P . 
accepte etcomplète, tout en la restreignant sur certains points, l'ex- 
plication que M . Tobler a donnée de formes telles que mire, gram- 
maire, etc., où IV français correspond à une dentale latine. Il a raison 
de contester la traduction quedonne M .Tobler du v.fr..682>am.Grâce 
à l'exemple qu'il prend soin de citer, je puis lui faire connaître le 
vrai sens, qui nous est fourni par le saintongeais . Dans ce dialecte 
ou, si l'on aime mieux, dans ce patois, ce mot s'est conservé sous 
une forme évidemment la même ébarouit(cî. évanouir et esvamr, épa- 
nouir et espanir)^ qui se dit spécialement d'une futaille dont les 
douves, en se desséchant, ne joignent plus bien et laissent couler 
le vin. Il est resté dans la technologie de nos madnS| et M. Littré 



S18 PÉRIODIQtJBB 

le cite, mais précédé de la croix « de sinistxe présage », destinée, 
comme autrefois celle des couvreurs, dont parle Boileau dans les 
Embarras de Paris, à avertir les lecteurs, comme celle-ci les pas- 
sants, qu*ils aient à se tenir sur leurs gardes. Pauvre ébarouitl 
grâce à cette rencontre imprévue, le voilà maintenant hors d'af- 
faire et digne de se présenter dans le monde, et même, qui sait? 
à l'Académie. A mon tour, je chicanerai un peu M. G. P. Ainsi* 
je lui conteste que arte mathematica ait pu donner « régulièrement» 
ni artimatimaire, ni armatimaire. Le ^ ou /A médial serait tombé alors, 
et on aurait eu quelque chose comme arUmaemaire ou, plus vrai- 
semblablement, artmaemaire. J'avoue que je préfère l'explication de 
M. Tobler, artumaire =i.arte magica. Je ne suis pas non plus de son 
avis sur l'r, qu'il appelle épenthétique, de fronde et de chanvre. De 
ces deux mots, le premier vient defimdula, diminutif légitimement 
supposable de funda, où l'r provenant d'un l, comme dans titre 
de titulus, s'est reporté de la dernière syllabe à la première. 
Remarquons que cette même îoTxnefundula rend compte de l'italien 
fionda = {fhmda = fu/ndla) = fumdula. Quant à IV de chanvre, 
je ne le crois'pas plus épenthétique que celui de fronde. C'est un n 
latin devenu r en roman, comme dans les mots Rouergue, canovr'^ 
gue, etc., de Ruthenicum, canomcus. Cannabis aura d'abord donné 
chanrve, puis par métathèse chanvre. Le saintongeais charve a con- 
servé à Vr=n sa place primitive, mais au détriment de la nasale an- 
térieure. A propos de vrille, dérivé de viticula, il n'est peut-être pas 
inutile de rappeler le languedocien vedilha, plus rapproché du 
latin, et qui a le sens de « cordon ombilical » et de « nerf optique.» 
4» Un signe d'interrogation dans im patois français, 5» Emploi du pro- 
nom possessif à lapUice de l'adjectif démonstratif en normand (G. Joret). • 
— P. 136, CorrecOons. lo Sur les glossaires provençaux de Hugues 
Faidit (G. Ghabaneau). Utile complément des savantes recher- 
ches déjà faites sur le même sujet, par MM. G. Paris, Tobler et 
P. Meyer. Nous y retrouvons l'érudition et la sagacité bien con- 
nues de M. G. 43 a. Flar-lumm magnum, Ner serait-ce pas un nom 
verbal formé de flagrare, comme flair de flairer f Cette explication 
aurait l'avantage de ne pas nous obliger à supposer mu l épenthé- 
tique, genre de supposition dont je me méfie beaucoup. De même 
tancs (43 a) avec le sens de heurt, choc, doit être un nom verbal de 
tangere, M. Littré a oublié de le mentionner au mot tac, qu'il dé- 
rive de tactas, et qu'il vaudrait mieux peut-être regarder comme un 
doublet de tanc. J'ajoute que M. Littré n'a pas cité la locution « du 
tac au tac», usitée dans les sallefe d'escrime. 2o Dialogus anime can' 
querentis ^ raOcyids consolantis. Dans ce supplément à sa précédente 



PâRIODIQUBS S19 

publication ( même titre, iîomawia, n* 19, p. 269-332), M. Bonnardot 
accepte ou discute, avec autant de bonne foi que de bonne grâce, les 
corrections du savant M. A. Mussafia. Il n'est pas non plus éloi- 
gné, tout en faisant ses réserves sur la théorie à laquelle je me ré- 
fère, d'accepter la correction emlerges, que j'avais proposée dans 
mon compte rendu de son travail. Je profite de cette occasion pour 
compléter et rectifier ce que j'ai dit ailleurs à ce sujet, et pour dé- 
clarer que je ne crois plus nécessaire de recourir à un thème de 
comparatif pour l'explication de ces formes {eml€rger= inlargiare, 
engreger = in-graviare, engreigner = in-grandiare, alléger = ad'le- 
viare, etc. ) 11 est plus simple de les rattacher aux doublets adjec- 
tivaux en iu8, ia, utilisés si souvent par le latin pour la formation 
des noms propres, et grefiFés indistinctement sur les adjectifs de 
toute classe. Comparez, en effet, Claudius et claudus, Claudia et 
clauda, Florentins et florens, Victorius et victor, Vincentîus et vincens, 
Hilarius et hilaris, Flavius et flavus, etc. Ce sont des diminutifs 
d'adjectifs analogues aux diminutifs de noms en ium, comme /un- 
dium àefimdus, cf. latifundium. On rend compte ainsi en même 
temps de formes telles que tardar, tardus ; tarzar, tardius ; fonder, 
fwndus ; foncer, fundium ; courroucer, qu'on peut dériver du doublet 
adjectival* corrwptit**^ ou du doublet nomindil * corruptium , Il est 
probable qu'en partant de ce principe, on élucidera quelques éty- 
mologies restées obscures. C'est ainsi que je rendrais compte de 
notre moirosse (mauvais cheval) et de rosser, venant, le second, de 
*ruptius =s ruptus ; le premier, de * radius, doublet de rudis, d*où 
rit. rozzo, grossier, et ses dérivés. Ainsi s'expliquent les formes ita- 
liennes acconciare= * ad-comptius=ad'Coniptus, accommoder à, parer, 
orner, cacciare (fr. chasser), de *captius = captus, etc. — P. 145, 
Comptes rendue : l» Hermann Suchier, Ueber die Mathaeus Paris ssu- 
geschriehene Vie de sdnt Auhan ( G. P. ). 2^^ Ed. Koschwitz, Ueher- 
lieferung uvd sprache der Chanson du Voyage de Charlem^agne à Jéru- 
salem (G, P.). Très -favorable. 3o Eugen Çoelbing, Beitrœge zur 
vecgleichenden Geschichte der romantischen Poésie und Prosa des Mit- 
telalters (G. P.). 4oGéorgian, Essai sur le vocalisme roumain (G. P.). 
Critiques mêlées d'encouragements. 5o A. Joly, la Fosse du soucy 
(G. P.). L'étymologie proposée par Diez, sumsir àériwé de sum- 
merms par le fictif summersire, n'est pas acceptable, un participe 
passé ou un supin ne pouvant former qu'un verbe en are. 6» Série 
délie edizioni délie opère di Giovani Boccacci. — Bihliografia dei voca- 
holari ne' dialetti italiani (P. M . ). 7° Eugène Rolland, Devinettes 
ou Enigmes populaires de la France. Favorable. P. 151, Périodique. 
Ayant à parler démon compte rendu des ouvrages de MM. Meu- 



220 PERIODIQUES 

nier et A. Darmesteter sur la formation des mots composés' en 
français, M. P. M eyer s'exprime ainsi : « M. Boucherie émet à pro- 
pos des accusatifs en — ain et— on {Aud^^Audain, Pierre — Pierron), 
une opinion sigulièrement arriérée : M . Quicherat a indiqué, il y 
a dix ans, dans son traité de la formation française des anciens 
noms de lieu (p. 62-3, cf. Remie critique, 1869, II, 348), Torigine de 
ces formes. » Cette observation n'est pas fondée, «le ne doute pas 
que M. P. Nf . , mieux informé, ne la retire, quand il aura relu le 
passage de Diez, auquel j'avais pris soin de renvoyer le lecteur. Il 
me reste à rectifier une autre observation de M. P. M., ainsi pré- 
sentée : « Dans le compte rendu.de ce môme numéro de la Bomama, 
M. Boucherie trouve a tout à fait extraordinaire » que j'aie dit que 
lo langage des habitants de Courtisols n'est qu'un patois champe- 
nois. Il n'y a d'extraordinaire ici que l'étonnement de M. B. » Je 
dois faire observer à M. P. M. qu'il s'est mépris sur l'objet de ma 
critique, à laquelle il ne répond pas. J'ai dit que j'étais surpris, et 
je le suis encore, qu'il ait pu affirmer que «les habitants de Courti- 
sols parlent un patois qui n'est que Vancien dialecte champenois plus 

ou moins aitéré, » — P. l58, Chronique. 

A. B. 

lia Cigalo d*or^ tel est, depuis le 1'' mai, le nouveau nom du 
Domimqvs, qui parait à Nimes tous les huit jours. Quoique cette 
revue n'ait [)as encore une année d'existence, elle a déjà réim- 
primé nombre de morceaux de MM . Aubanel 2, Mistral ', Balaguer, 
Roumieux, Gaidan, avec des contes généralement empruntés à 
VArmana prouvem/^u et à ^Armana deLengadd. Donnant un exem- 
ple qui devrait être suivi plus souvent en Provence, où l'éclat de la 
littérature actuelle fait parfois oublier ce que les poètes des XVI«, 
XVIIe et XVIIle siècles, eurent de verdeur et d'originalité na- 
tives, elle a entrepris la réédition de YAnacréon^j d'Aubanel (de 
Nimes), — une des imitations les mieux réussies et los plus mé- 
ridionales d'allures que l'on ait des odes du poëte gioc; — elle 
a publié quelques fragments du Troubadour languedocien^, une 

• On s'abonne *i Nimes, chez M. Baldy- Riflard, imprimeur: )Û fr. par 
an. 

> Plusieurs de ces pièces, la Messo de mort et li Fabre, ont été em- 
pruntées à la Revue. 

* Une étude en prose sur Saboly, publiée en télé de l'édili.'n des Nouvè 
de Saboly. Avignon. Aubanel, 1867. In-i2. 

^ Héimp'^imôen 1814. Nimes, Gaude, ia-12, sous le titre; Odes d'Ana' 
eréon, traduites en i>ers languedociens. 
^ Brochure sans nom d'auteur. Nimes, Durand-Belle, 18S2. Jn-8*. 



PERIODIQUES 221 

pièce d'Auguste Rigaud (de Montpellier), et donné d^assez nom- 
breux extraits des œuvres inédites de Toussaint Bonnet, le fé- 
cond et populaire rimeur de Beaucaire. Ces réimpressions ont été 
faites avec l'orthographe des félibres ; elles ont vu disparaître les 
gallicismes trop évidents qui les déparaient ; mais il n'en faut pas 
moins féliciter M. Roumieux d'avoir songé à remettre en lumière 
ces poètes injustement dédaignés. 

Parmi les œuvres en prose, les lecteurs du Dominiqtte ont sur- 
tout remarqué une intéressante série d'études sur les villes d' Ai- 
guesmortes, d' Alais, d' Anduze et de Beaucaire, par M. Henri Abac^ 
et un petit roman, VAmourous de Simouneto, écrit par M. Arna* 
vielle en dialecte cévenol, et couronné par la Société des langues ro^ 
mânes au concours de l'année 1875. 

Les poésies sont, fort nombreuses, et il en est plusieurs qui 
appartiennent aux meilleurs noms de la littérature provençale. 
Aubanel a trois ou quatre pièces écrites avec cette plénitude de 
sentiment et d'harmonie qui lui est ordinaire ; Mi&tral, une Oansotm 
(no du 3 décembre 1876), qui est peut-être la première poésie qu'il 
ait publiée depuis les Isclo d'or; Mathieu, des vers dont la grâce 
et la facilité ne démentent pas ceux de la Farandoulo. Un fé- 
libre d'Alais, M. Gaussen, a inséré dans le Dominique une suite 
d'environ vingt pièces provençales, dont l'inspiration est à peu près 
entièrement savante ; — il n'en pouvait être autrement, puisqu'il 
y parle un dialecte qui n'est pas son dialecte naturel,. — mais qui 
attestent une science de l'expression poétique et de la couleur vrai- 
ment dignes d'attention. En lui reprochant d'avoir abandonné la 
finale en a du provençal de Vauvert, nous devons adresser les 
mêmes éloges à l'auteur de quelques morceaux, signés loufelihre 
Nebla; à moins, ce qui nous semble plus probable, que nous ne 
soyons ici en présence d'un pseudonyme adopté par M. G. 

Avant ^apparition de la Revue nimoise, celui-ci avait été ap- 
précié en Languedoc ; mais c'est la Cigalo d'or qui a fait con- 
naître, pour la première fois, les inspirations faciles et sereines^ 
les vers pleins de fraîcheur et d'imagination de M*^* Goirand, un 
nom qui a désormais sa place près de ceux d'Antoinette de Beau- 
caire et de la félibresse du Gala von . 

Entre les pièces assez nombreuses de M^^^ Goirand, je citerai 
la traduction suivante de la Prière de SuUy-Prudhomme, où ge 
trouve reproduit, avec un rare bonheur, le sentiment si contenu^ 
mais cependant si expressif, de l'original : 

Âhl se sabias coume Ton plouro. 
Deviéure soûl e sens fougau, 

16 



«82 PERIODIQUES 

Mai d'uno fes passarias, d'ouro, 
Davans l'oustau. 

Se sabias que l'amo doalèntb 
D*ua tondre regard fai soun proun, 
Espincharias coumc inchaiônto 
Moun feaestroun. 

Se sabias l'un que i'a de vèire 
Garo avenènto au cor malaut, 
Goume uno sor vendrias vous sèire 
A moun lindau. 

Se sabias que vous a me, e queto 
Es subre-tout ma languisoun, 
Sai-que intrarias môme, amigueto, 
SÔDSo façoun. 



Traduire de cette manière, c'est presque créer une seconde fois. 

Un autre poëte, M. Louis Astruc, aujourd'hui secrétaire de 
V École des félibres de la mer, à Marseille, a écrit principalement 
dans le Dominique. Gomme celles de M. Gaussen, ses pièces sont 
fort nombreuses et de sujets très-divers. Bien que Tune d'elles, 
Veici rAutom/no, emprunte une partie de son charme à la coupe de 
la strophe, elle est relevée par des traits heureusement choisis, et 
qui» tous, semblent appartenir en propre à l'auteur. 



Acampen de flour, acampen de fueio; 

Li vont e 11 plueio 

Bènlèu van veni; 
Faguen de bouquet, tressen de courouno : 

"Vejeici Tautouno 
Que dins li jardin vai tout devouri. 

Que chasque jouvènt emé sa âheto, 

Au mièi di floureto. 

Se vague asseta ; 
Bèn lèu lis aucèu, coucha pèr Taurasso , 

Van laissa la plaço ; 
Si darrié refrin anen escouta. 

pàuri malaut, coume sias de plagne I 

Per vàutri me lagne, 

pàuri malaut ! 
Mai tambèn Tautouno a sis èr de fèsto ; 

Lou soulèu ie rèsto 
Toujoùr que plus dous, toujour que plus caud. . 



CHRONIQUE 223 

Enfaat, lou matia quand sarés pôr orto, 

Que li fueio morlo 

Gurbiran lou sôu, 

Lis esorachés pas, que vendra, pecaire ! 

Quauoo pauro maire 
N'en garni soun lie, souii lie sens lençôu. 

Il y aurait injustice à ne pas mentionner encore les vers qujBrci- 
nois de M. Gh. Deloncle, où, à côté d'excellentes recherches de dé- 
tail, le lecteur rencontre des formes d'article et de pronom sem- 
blables à celles que j'ai déjà eu l'occasion de signaler dans la Revue, 
et diverses poésies dues à MM. Abac, Bar, Bruneau, Dumas, Ghal- 
lemel, Gharvet, Gaidàn, Laurès, Mayer et Mir, mais que le peu 
d'espace réservé à cet article ne me permet pas d'étudier, comme 
je l'aurais désiré. A. R.-F. 



CHRONIQUE 



Les lecteurs de la Bévue ne manqueront pas de ratifier les dis- 
tinctions qui viennent d'échoir à deux de nos collègues, MM. Alart 
et de Berlue- Perussis. Le dernier numéro du Bulletin administratif 
•du ministère de l'instmction publique contenait la nomination du sa- 
vant et laborieux archiviste des Pyrénées-Orientales au titre d'of- 
ficier d'académie. 

UInstitut des provinces a décerné à M. de Berluc-Perussis la mé- 
daille «d'honneur qui, selon les intentions du regretté M. de Gau- 
mont, doit être attribuée aux présidents ou aux membres des So- 
ciétés savantes qui ont le plus contribué au mouvement des choses 
de l'esprit en 'province. Nous pouvons ajouter, avec le Prouvençau 
d'Aix, que rarement pareille distinction a été mieux méritée. 

Nous sommes également heureux d'annoncer que M. le docteur 
Obédénare, qui a bien voulu faire en 1876-1877 de très-intéres- 
santes communications ^ à la Société sur la langue et la littérature 
populaire de son pays, vient d'être nommé secrétaire de la légation 
roumaine à Rome. 

Au moment où paraît le présent numéro, la réunion annuelle 
du félibrige se tient à Avignon. Nous en reparlerons dans notre 
prochain fascicule. 

Pour consacrer le souvenir de Frédéric Diez, le fondateur de la 
philologie romane, et pour encourager les études qu'il a si bien 
représentées en Allemagne, plusieurs savants autrichiens, parmi 

' Ellœ prendront prochainement place dans nos mémoires spéciaux. 



224 ERRATA 

lesquels nous remarquons le nom de M. Mussa&a, celui de M. Mi- 
klpsich, professeurà l'Université de Vienne, et de M. Hugo Schu- 
chardt, professeur à TUniversité doGratz, proposent d'établir une 
fondation Diez, et invitent les romanisants de tous les pays à y con- 
tribuer pécuniairement. l 

£n proportion des souscriptions versées, des prix seront décernés \ 

aux auteurs des meilleurs travaux relatifs à la philologie romane. 
Les séuinces se tiendront à Vienne. 

Un appel du môme genre, parti de Berlin, a déjà été adressé au 
monde savant ; mais on conçoit qu'il n'ait pas trouvé d'écho en 
France, pas plus, d'ailleurs, que notre Exposition universelle n'a 
rencontré d'adhérents en Prusse. 

I\ n'en a pas été de môme en ce qui concerne la proposition 
autrichienne. 

Ici nous nous trouvons sur un terrain vraiment neutre, où peuvent 
se réunir sans gêne réciproque les philologues de tous les pays . 

Nous faisons donc l'accueil le plus cordial à l'initiative des sa- 
vants autrichiens, et nous invitons nos amis et nos confrères à s'as- 
socier à une manifestation dont leis études romanes ne peuvent 
manquer de bénéficier largement. 

Les souscriptions sont reçues entre les mains de M. Lambert, 
trésorier de la Société, rue Montcalm, à Montpellier. Une première 
liste sera publiée dans le numéro de juin 1877. 



ERRATA 'du numéro de février-avril 1877 

Li Carbwmié, — P 108, 1. 20, En vai, lisez: Eu vai; — 1. 26, leu 

vounze, lisez : lou vounze. 

L'Idée latine. — P. 115, l. 4, en 1845, lisez: en 1843. 

Sermoun prouvençau, — P. 123, 1. 5, soulameni, lisez: soulamen ;— 

1. 17, que Tamo, lisez: qu l'amo. 

Quatre Almanachs en langue d'oc— P. 127, 1. 26, le texte, lisez: les 

titres. — P. 131, 1. 34, le 
docteur Favre, Usez: le doc- 
teur Fave. 

Périodiques. —P, 144,1. 10, Il popugnatore, lisez: 11 propugnatore. 

Les Réunions du félibrige. — P. 154, 1. 3, la rive droite du Rhône, 

Usez: la rive gauche du Rhône; — 
1. 4, sur la rive gauche, lisez : sur la 
rive droite.— P. 157, 1. 13, si exquis, 
lisez: exquis. — P. 162, 1. 5, assis- 
tan, Usez: assistants. 

Chronique. - P. 165. 1. 38, de Charles III, lisez: d'Isabelle-la-Ga- 

tholique. 



Le Gérant: Ernest Hamelin. 



DIALECTES ANCIENS 



kA/V/V/W 



MÉLANGES DE LANGUE CATALANE 



UE 



Nous avons dit (Revue, 2* sér., 11,147) que cette diphthongue 
est antipathique à la langue catalane ; on sait que foc cat. cor- 
respond à fuego cast.; à fuec, une des formes prorençales, et 
même à hoec béarnais- Notre peuple dit qfujestiô, non pas 
qûestié ; il a adopté les mots castillans luego (tost, anc. cat.), 
cuento {comte, anc. cat.], bueno (correspondant à 60), puesto 
(pour lli)ch, place, etc.); mais il prononce presque toujours 
lego (quelquefois lu^ego) et très-souvent qfujento, beno, pesto, 

11 y a un mot foncièrement catalan où se trouve cette diph- 
thongue : c'est Gûell, nom d'un fleuve de Girone et nom de fa- 
mille. La gutturale qui précède Yu en a facilité, peut-être la 
prononciation, mais ici ue provient de u~e. Le mot dérive de 
Guadellum ou Guadell^, passant sans doute par Gudell et GuelL 
— Dans un document cité par Ducange (s. v.), guadellum 
fait partie d'une énumération d'instruments de pêche ; mais 
il j a aussi guadum (gué, cat. gûal, au lieu de guad), dont gua- 
dellum est le diminutif régulier. 

Dans la vallée d'Aran ( en Catalogne), où l'on parle une va- 
riété du béarnais, existe le même mot, provenant d'une autre 
dérivation [oculum] : il a un autre sens, et. on l'applique acci- 
dentellement à un autre fleuve : on nomme Gûell (œil) de Ga- 
rona la première source de la Garonne, qui jaillit dans cette 
vallée 2. 



' Donation des comtes Borrell et Ermissendis (a. D. MXV) «. ..Hœc 

est terra quator modiatas juxta urbem Gerundensem in ipso piano 

Àfrontat a parte orientis in terra de nobis donatoribus. De meridie in 
i})SO Guadello sive in strata...» Villanueva, Viages^ XIT. 323. 

2 Madoz. JHec. geogr de Espana, II, s. v. Aran. 

17 



226 DIALECTES ANCIENS 

Nous nous sommes souvenu plus tard d'un autre mot ca- 
talan qui a la diphthongue ue^ provenant, comme celle degûellf 
de la contraction de deux syllabes: c'est jMema(pron. cuerna), 
espèce de petit pain. Ce mot dérive de quatema[m], en passant 
par q[u\oerna (on trouve coem)^ ou bien par qu-ema. 



ARTICLE DERIVE BB ipse 

Il est prouvé que cet article existait autrefois dans plusieurs 
idiomes romans. Il se conserve à Tîle de Sardaigne, dans les 
Baléares, où il est encore l'article normal * , et dans de rares 
endroits de la Catalogne. 

D'innombrables noms de lieu de ce dernier pays, et l'emploi 
de ipse au lieu de ille dans les anciens documents, en démon- 
trent la grande extension. Il paraît avoir été, sinon exclusif, 
du moins prépondérant. Mais à quelle époque l'article rival 
a-t-il pris le dessus? La persistance de ipse dans les Chartes 
pourrait être une simple tradition. Quand l'article roman 
commence à paraître, il est déjà le dérivé de ille. Dans un 
seul document, nous avons pu surprendre le dérivé de ipse 
hors des noms de lieu. C'est dans la formule, presque poéti- 
que, d'une donation faite en 1139, parles comtes d'UrgellEr- 
mengaud et Heloire : < Ipsas casas supradictas sint si fran- 
c h as et honoratas et légitimas et securitas quod ipsa cambra 
de ca [lisez ça) Contesa. NuUus homo nec femina qui ipsas 
casas toch ni forcar {lisez forçar) voluerit siant demandadas 
quo ipsa cambra de ca Contesa^.» Cent ans plus tard noustrou^ 
vous leSy et non pas ces, dans un document de Jacme I ^. 

* Les exceptions sont dues àrinfluence du catalan écrit, communiqué 
par voie littéraire ou ecclésiastique. — Il est juste d'avertir que le docte po 
lygraphe Jovellanos {Description del cast. de Bellver) a été le premier 5 si- 
gnaler l'article baléarique et sa dérivation. Jovellanos veut aussi dériver de 
ipsum, accusatif ou neutre, les noms de lieu comme Son Durela; mais 
c'est So[d'e]n Dureta. So (comme a550cat., aysso prov., etc.) dérive, selon 
Diez, de ecce hoc. L'w n'appartient pas au pronom. 

2 Col. de doc. del Arch. de Aragon, tom. VI, pag. 66. 

■^ Arch. de Aragon, Jacme I, n^ 788. Voir nos Notas de prifiiUiva kngiia 
catalana (Rev. hist, de Barc , n* XXX, pag. 291). 



J 



MELANGES DE LANGUE CATALANE 2t7 

PREMIÈRE PERSONNE DU PURIEL emS 

Dans une charte dé 1060, on trouve : tenems, enqannarems, 
partirems, ajudarems^ teniems, au lieu de tenem, etc*. Cette 5 était- 
elle simplement orthographique, et y a t-il là le fait d'un seul 
scribe ? 

R DE l'infinitif 

L'ancien catalan écrivait toujours r : A. ar, er^ «r, accentués: 
cant'âr, poâ-évy ven-ir ; B. er inaccentué: extrény-er; C. a. re 
inaccentué après voyelle : riu-re ; C. b. re inaccentué après 
consonne : combat-re. 

Le catalan académique des derniers siècles a conservé Vr 
dans A et B, et, par l'effet d'une fausse analogie, il l'a ajouté 
aux finales en re : riu-rerj combài-rer, 

La prononciation du catalan continental offre des variétés. 
Une partie du catalan occidental prononce comme on écrivait 
anciennement. Une autre partie et le catalan oriental sup- 
priment les ?' finaux, mais conservent l' antérieur- à é; can^ a, 
pod-é, oen-iy estrény-e;ïadÂ^ riu-re, combàt-re, — Dans la pro- 
vince de Girone existe une exception très- singulière dans le 
verbe co»ej?-ere (proparoxjton); c'est le seul exemple bien 
sûr de ce fait, que nous connaissions. On a voulu sans doute 
dire conex-rcy et, pour faciliter la prononciation, on a dû in- 
terposer un e. 

Le catalan baléarique conserve seulement Vr dans C. a. : 
riu-re, mais cant-à, pod-é, ven-i, estreny-e, combât'e, 

S = R. R =S 

La forme sastre (sar/07' ^) est la seule usitée en cat. (aussi 
en cast.) On dit sospresa pour sorpresa. Quant au nom de fa- 
mille Ferrater, que le peuple prononce Ferrâtes, il nous paraît 
un exemple peu sûr, parce que nous prononçons Ferraté. 

On dit souvent pereros pour peresos (y a-t-il influence de l'as- 
similation?). Le peuple dit toujours /hn/arma pour fantasma. 

Nous ne croyons pas que les terminaisons anomales en rs. 



' Arch, de Aragon, Ram. Ber, I. n» 265. Ibid., pag. 290. 
* Voir Ghabaneau, Hevue, 1* sér., II, 150. * 



i28 blXLECJES AlJCIfîNS 

qu'on trouve très-souvent dans les mss. des XIV et XV* siè- 
cles, comme dans preciors, cars, pour precios^ cas^ proviennent 
de la substitution de r a 5 ; en tout cas ce serait une addition 
et non une substitution. Selon nous, cette manière d'écrirepro- 
vient d'une réaction orthographique dont on trouve d'autres 
exemples dans nosmss. (/ pour // a donné // pour /, etc.). En 
suivant la prononciation la plus répandue, en Catalogne plus 
qu'ailleurs*, on supprimait souvent, dans l'écriture, l'r avant 5 
finale : cela produisit de l'incertitude, et l'on ajouta bien des 
fois r là où cette lettre ne devait pas être. Il est même pos- 
sible que cette mauvaise écriture eût eu à son tour quelque 
influence sur la prononciation. 

plurIkls en as 

Ce n'est un secret pour personne que l'orthographe du plu- 
riel féminin a divisé en deux camps les catalanistes modernes. Il 
est hors de doute que, jusqu'au XVIP siècle exclusivement, la 
règle générale subie était de les finir en es. Les exceptions 
systémati(|ues étaient bien rares : nous en trouvons une, peut- 
être la plus ancienne (fin du XIV* siècle), dans le Torcimany 
de Luis de Averso^, dont tous les pluriels féminins que nous 
avons remarqués sont en as. On ne peut pas supposer que ce 
soit par imitation du provençal, car Averso se piquait d'écrire 
en pur catalan. 

NOMS VERBAUX 

Un grand nombre de ceux qui ont été signalés par M. Eg- 
ger {Revue, avr. et oct. 1874) comme appartenant aux princi- 
pales langues sœurs se trouvent aussi en catalan, par ex. : cori' 
testa, de contesta?' (répondre) ; pensa, conservé dans le groupe 

1 «Ëncara sapies qu'eu te do altra régla per raho d'alquns noms en les 
quais erran alcuns boms que usen de trobar e assenyàladamenten Cata- 
lunya e fallen en axi en les noms termenats en ars, en ers, en trs, en ors, 
en urs, que trason del mot aquella letra » Règles d'en Jofre de Foxa : voir 
notre arlicle sur Ard. Trat. de Gaya ciencia. {Rev. de Archivas, A. VI, 
p. vt6). — Dernièrement nous avons vu dans Chabaneau, Revue, 2* sér., 
n, p. 312, deux exemples provençaux de rs pour s et le fait analogue de 
ns pour s, inverse des pour ns. 

' Ibid., pag. 362. 



MELANGES DE LANGUE CATALANE 229 

adverbial de pura pensa, de pensar; vol, de volar, etc. Nous 
avons aussi conversa, de conversar; consulta/ de consultar; lliga, 
de lligar, etc. Dans son Libre de concordances, le fameux che- 
valier etpoëte Jacme March (fin du XIV® siècle) donna une série 
de mots homophones pour faciliter Tusage de ce jeu puéril de 
versification qu'on nommait nms equivocsK Cette série contient 
naturellement divers noms verbaux : crida (ban de cridar, 
comme aussi crit, cri); junta (assemblée), de juntar ; muda 
(mue), demudar; mida (mesure); de midar; earrega (aujourd'hui 
cdrrega ou carga : fardeau), de carregar ; trava (entrave), 
de travar, plutôt que du latin trabs ; dol, de doler. Il y a aussi 
cassa et calsa, qui correspondent à chasse et chausse, admis par 
Brachet comme noms Vvorbaux, mais rejetés par Egger. 

M, Mil A y Foiïtanals. 

Addition, œ. — Dans un très^instructif compte rendu du frag- 
ment catalan publié par M. Morel-Fatio (voy. Revue, 2® sér., 
III^ pp. 133-8^), l'excellent catalaniste M. Alarta rejeté notre 
théorie du œ catalan {Ib., I, p. 146), et il a voulu expliquer 
la substitution de Yo à Ye, dans quelques passages de mss. cata- 
lans récemment publiés, par une imperfection calligraphique 
ou par Une méprise paléographique. On trouvera probable- 
ment inadmissible cette explication, si Ton considère qu'il 
s'agit de cinq mss. différents d'âge et de provenance, publiés 
indépendamment par quatre éditeurs; de plus, la substitution 
s'y trouve presque toujours avant u et dans une voyelle que 
les Mayorquins prononcent avec un son mixte. Quant à nous, 
qui devons très-souvent nous soumettre à de bienveillantes 
rectifications, nous croyons, cette fois, avoir la raison de no- 
tre côté^ 

M. Y F. 

1 Ibid., pag. 347-9. 

- Le mol catalan boua est simplement bova (= boga), espèce de glaïeul 
(coÊt. en«a) 

' Nous profl tons de cette occasion pour observer que le vers de Mar- 
cabrun. « Que no lor fasse ca floquet (dans le ms. cafloquet !) ni pein- 
tura » (voy. Romania, n*1U P- 126» note 2), peut être un vers à césure épi- 
que, comme on en trouve dans Boëce et dans TEpitre de H. de Vaqueiras, 
el même dans la poésie lyrique. 



DIALECTES MODERNES 



LETTRES A GREGOIRE 

SUR LES PATOIS DE FRANCE 

(Suite) 



Comparaison de rancien et du moderne patois 

Un calonge fo sepelit cum un capau, et era calonge de 
S. Andriu ; et los màssous qui lo aveven * sepelit lo désepe- 
liren ^ et osteren los sous vestimens ; per que foren penduts 
et traginats; quar ed ^ eran be ettats '* paguats de lor tri- 
balh. [Coutume de Bordeaux sous l'année 4291 ^ 

VERSION EN PATOIS GASCON d'a PRÉSENT 

Un chanoine fut ensébélitabecun capot, et ère chanoine de 
Sent André. Lous massons qui Tabében entarrat lou desen- 
tarreren et ly priren sous habits, perqué furen penduts etray- 
nats, car eren be estats paguats de lur trabail ^ 

EN FRANÇAIS 

Un chanoine fut inhumé avec son camail, et il Tétait de 
St.-André. Les maçons qui Pavaient enseveli Texhumèrent et 
lui enlevèrent ses habits. En conséquence, ils furent pendus 
et traînés sur la claie, ayant d'ailleurs été bien payés de leur 
travail. 

37-43. — Parmi les paysans de ce département, j'ai assez 
communément trouvé le Paroissien romain, les Comptes faits 

1 Lisez avec l'imprimé : aven. — -Impr.: dessepeliren. — '^ Imp. : crf.v 
Ump.: e5to^^. — s C'est au paragraphe 46 des Coutumes de Bordeaux 
que ce texte a été emprunlé. — ^ n serait plus exact de dire iribail^ 
mais il ne faut pas regarder de trop près aux versions de Bernadau. 
(Ublpit.) 



LETTRES A GREGOIRE 231 

de Barème, les Noëls nouveaux, des Livrets de mission, les 
Sept Tempêtes, ouvrage ascétique d'un pitoyable genre, une 
traduction gauloise de la Bible, la Vie des Saints, TAlmanach 
des Dieux, le Catéchisme du diocèse, quelques ouvrages de la 
Bibliothèque bleue ; point d'ouvrages d'agronomie ni de chi- 
rurgie domestique. Les livres des paysans sont toujours en 
mauvais état, quoique exactement serrés. Ils se les transmet- 
tent en héritage. Dans les longues soirées d'hiver, on lira pen- 
dant une demi-heure, à toute la maison assemblée, quelque vie 
des saints ou un chapitre de la Bible. Depuis la Révolution, les 
paysans ont substitué à ces lectures celles des papiers du 
temps, qu'ils achètent lorsque leur ancienneté les fait donner à 
boncompte. La jeunesse a aussi substitué aux cantiques des 
chansons patriotiques, principalement une relation de la prise 
de la Bastille, représentée en taille rude, et que j'ai trouvée, 
l'été dernier même, dans les Landes qui séparent Bordeaux de 
Bayonne. 

Les paysans et le menu peuple de nos villes croient ferme- 
ment aux revenants, aux loups-garous, à la mule ferrée et a 
ce qu'on appelle dans notre patois la chaouce-bieille, qui n'est 
autre chose que le cauchemar. Ils disent que ce sont les âmes 
des ennemis d'une famille qui s'introduisent par le trou de la 
serrure et viennent comprimer à leur gré l'estomac des bra- 
ves gens. Le malheur est qu'on berce l'enfanee de ces contes, 
que la raison a peine à combattre dans la jeunesse éclairée. 

On croit aussi que les curés peuvent détourner l'orage à 
leur gré, arrêter les chiens enragés avec l'étole et faire des- 
cendre le diable, comme Virgile dit que les sorcières de Thes- 
salie obscurcissaient le soleil et jetaient la lune dans un puits. 

Il est trop ordinaire de voir recourir au devin préférable- 
ment au chirurgien, pour guérir du mal donné par un sorcier. 
Les détsdls que je pourrai fournir sur ce chapitre sont im- 
menses. La meilleure espèce de devins se trouve dans notre 
Médoc. Ils ont même imaginé des saints auxquels il faut adres-' 
ser des prières pour tel ou tel mal. La misère de certains 
curés leur a fait imaginer, à cet égard, des superstitions con- 
damnables à tous égards. 

Malgré que Ton dise que les paysans se sont raffinés depuis 



?32 DUIiBCTES MODERNES 

quelques années, j'ai observé qu'ils ne sont devenus que plus 
fripons et moins décents. Les préjugés de magie noire sub- 
sistent toujours dans toute leur énergie; ils n'ont que plus de 
dépravation dans les mœurs et moins de piété. Tel est le sort 
des ignorants; la feligion est pour eux un farrago de préjugés. 
Otez ceux-ci, ils ne croient plus à celle-là, qu'ils confondent 
ensemble. 

L'indécence de leurs curés, la fréquentation des villes, le se- 
jour que les citadins font dans les campagnes, la domesticité, 
sont les seules causes de la dépravation de nos paysans. C'est 
principalement chez eux que le libertinage en tout genre et de 
tout sexe est bien hideux. Rendez-leur cher le |Sol natal, et 
vous leur rendrez leur simplesse originelle. 

La Révolution, dans les villes comme dans les campagnes, 
a servi à développer la bonté comme la perversité du carac- 
tère français. Les paysans sont devenus ingouvernables. Leur 
patriotisme n'est rien que l'intérêt bien prononcé et la ven- 
geance personnelle. 

Franchement, en voyant les abus qui résultent de l'établis- 
sement des municipalités dans les campagnes, on est tenté de 
détester cette institution, que l'habitude de la liberté et quel- 
ques lumières doivent rendre si salutaire. Comme ce sont 
])resque partout d'anciens domestiques qui occupent les places 
dans les campagnes, et assez généralement les plus intrigants 
audacieux de l'endroit, il s'ensuit que les prêtres et les ci- 
devant nobles en sont vexés outre mesure. 

Il serait possible de donner plus de développement à ces 
observations, si l'on pouvait se former une idée précise du sys- 
tème et des vues particulières de l'auteur qui en veut faire 
usage. 

On le peut, je ressaye ; un plus savant le fasse ! 

(P. Bbbmadau, homme de UH en Gironde.) 

Monsieur, 

Il serait possible que le dernier paquet que je vous adressai 
ne vous soit pas parvenu, car il était de l'époque des premiers 
jours de l'année, où l'on reçut à l'Assemblée un si gros ballot 



LETTRES A ORBOOTRE 5î^^ 

de papier à l'adresse du président qu'on arrêta, disent les jour- 
naux, qu'il serait renvoyé à la poste. Je vous envoyais alors 
quelques observations âur vos questions proposées aux Amis de 
la Constitution. Je vais en continuer la série en l'autre part. 
Je vous priais en même temps de vouloir bien me faire con- 
naître le rapporteur qui présente à l'Assemblée ma traduction 
des Droits de t homme, dont vous m'avez envoyé la mention 
honorable. Je prends la liberté de vous réitérer la même de- 
mande, attendu que le ministre a chargé l'administration du 
département de la Gironde de prendre connaissance et de lui 
rendre compte de mon travail sur notre trois fois sublime 
Déclaration. Agréez , etc. . , (P. Bern^dàu, homme de loi en 
Gironde,) 

Bordeaux, 21 janvier 1791 . 

OBSERVATIONS SUR LES LECTURES DES VILLAGEOIS 

Généralement parlant, les ecclésiastiques des campagnes ne 
prêtent point de livres à leurs paroissiens ; ceux qui font ex- 
ception à la règle ne leur en fournissent que d'ascétiques, ne 
croyant pas que des paysans puissent perdre leur temps à lire 
des livres qui ne parlent pas de la religion, ou qu'ils aient 
assez d'intelligence pour se servir utilement d'ouvrages im- 
portants. Cependant la lecture des livres d'économie rurale, 
de vétérinaire, d'hygiène, leur conviendrait infiniment ; mais 
peu de curés en ont d'aussi véritablement utiles. Je connais 
assez l'état du diocèse pour assurer que la bibliothèque de nos 
curés de campagne se borne aux quatre tomes du Bréviaire, 
au Parfait Cuisinier, aux Ordonnances synodales, à la Théo- 
logie de Collet ou Habert, au Concile de Trente, à des médi- 
taiioQS et sermons jésuitiques, au Code des curés sur les 
dîmes, etc.; aux Cas de Pontas, au Mercure et aux Actes des 
Apôtres. 

C'est à vous d'en parler, qui, sortis d'Israël.. 

Ceux des gens de la campagne de ce district, qui savent lire 
aiment volontiers la lecture, et, faute d'autre chose, lisent 
TAlmanach des Dieux, la Bibliothèque bleue et autres billeve- 



2M DTALBGTES MODBRNBS 

sées que des colporteurs voiturent annuellement dans les cam- 
pagnes. Ils ont la fureur de revenir vingt fois âur ces misères, 
et, quand ils en parlent (ce qu'ils font très-volontiers), ils vous 
récitent pour ainsi dire mot à mot leurs livrets. J'ai remarqué 
que, quand un paysan a un livre à sa disposition un jour de 
fête, il en préfère la lecture au cabaret, quoique Tusage lui 
en soit fort familier les jours de repos. Il serait donc facile, 
avec ce goût, d'éclairer, jusqu'à un certain point, Tintelli- 
gence du paysan, de lui faire perdre l'habitude de la débauche 
et des querelles qu'enfante l'ivrognerie. Bic labor, hoc opus. 

Les livres que j'ai le plus familièrement trouvés chez les 
paysans sont des Heures, un Cantique, une Vie des Saints, chez 
les gros fermiers, qui en lisent après souper quelques pages à 
leurs travailleurs. Je me rappelle à cet égard quelques vers 
d'un ouvrage sur la vie champêtre qui concourut, il y a sept 
ans, avec l'églogue de Ruth, de M. Florian. Les lectures du 
soir chez les paysans y étaient bien décrites ; elles ne le sont 
pas avec moins d'énergie dans la Vie de mon père, de M. Rétif. 



6° 

R<^poDse de la Société des Amis de la Constitution de Mont-de-Marsan 
aux questions faites par M. Grégoire, curé d'Emberménil. 

1. — L'usage de la langue française n'est pas universel dans 
notre contrée ; le peuple y parle un patois, lequel, à quelques 
nuances près, est le même de Bayonne jusqu'à Bordeaux et 
Toulouse, où il commence à varier davantage ; mais c'est le 
même idiome original, ainsi que dans le Béarn. 

2. — Ce patois est ancien, sans qu'on. puisse en indiquer 
l'origine ; il n'est pas une langue-mère, et Ton peut conjec- 
turer qu'il s'est formé du mélange de divers peuples ; car il 
tient à la fois du latin, de l'espagnol, du français, de celui 
qu'on parle dans le Milanais et de l'italien. 

3. — Le gascon est généralement un français altéré, cor- 
rompu et mélangé ; mais sa source originelle est l'ancien fran- 
çais, et il a en général les mêmes termes radicaux que cette 
langue, qui n'en a guère, et les mêmes termes composés. Le 
gascon a plusieurs diminutifs, qui ont beaucoup de grâce et 
qui manquent à l'idiome français. 



LETTRKS A (iREGOIRE 23^ 



4. — Nous n'avons aucune notion de langue celtique ; mais, 
nous le répétons, le gascon est un mélange corrompu du latin, 
du français, de l'espagnol et de Titalieii. 
. 5. — Il a surtout une affinité marquée avec le français ; c'est 
à peu près la même construction de phrase et, en quelque 
sorte, les mêmes mots altérés et corrompus par une pronon- 
ciation dure et grossière. Ce dialecte est le plus répandu de 
toute la France, car il diffère si jJeu du languedocien, de Tau- 
vergnat, du limousin et même du provençal, qu'on peut dire 
qu'il est le même génériquement. 

6. — Il s'éloigne peu de l'idiome national dans les noms 
des plantes, des maladies, etc.: une rave est ù arrabt;\mchou, 
un cawlet;\iXL chou- fleur, un chojifleur; une l'acitie, une herbe; 
la centaurée \ un artichaud ; les fèves, les cardes, la laitue, la 
chicorée, les betteraves ^, le froment, le seigle ( le maïs est le 
milloc, turguet ), le millet, le partis, portent les mêmes noms 
dans les deux idiomes. Il y a dans d'autres quelque légère 
différence dans la prononciation : le chiendent se nomme sen- 
tenege; les pois, cèzes; le foin, hen: la lettre /*se change, dans le 
gascon, en Vh aspirée en général. Lb. fièvre, Is^colique, la dyssen- 
terie, le scorbut, V indigestion, etc., portent le même nom. Un 
ménusier (sic), un charpentier, un serrurier, etc., sont les mê- 
mes. Le forgeron se nomme haw. 

Les termes des arts et métiers et de labourage varient 
davantage : un râteau est un arrestet ; une doloire, û doidadere; 
une vrille, un gimbalet; ]e dé à coudre, un didaw; une plaie, 
H plague (plagaj. Le soc, morceau de fer plat, acéré et tran- 
chant, qui est en devant du sep de la charrue, se nomme Varet, 
terme expressif qui signifie ce qui laboure, Uaveine (sic) se 
nomme sibaze; une serrure, sarraille; une clef, û claw ; un trou, 
unhoura; Xd^^oie, sède; le fil, hiw. Ce dernier w ne se prononce 
pas ou, comme en anglais; on insiste sur la syllabe ht, et il 
est impossible d'exprimer en paroles la terminaison d{3 cette 
prononciation particulière. Sureau, sahuc; bourrache, bourai- 
fjnes; V ortie, (.arties ; le houx, agrew ; \si fougère, hews, heû- 
guere; jardin, casaw ; la ronce, segue, du mot scie ; V aubépine, 

1 II y a dans le texte : sentorrée , 
' Texte : bleteraves. 



236 DIALBGTBS MODERNBS 

hroc; poHrorif cet ;fraiseSy fraizmvy arayueSy aragués. Ces termes 
ont vieilli, et Ton dit plus fréquemment fraises, fraisié. Ra- 
cines, arazits (suranné); les nouveaux jets des divhve^^ flagcs; 
roseau, canebere, la canne du roseau. Pour exprimer qu'un ma- 
lade empire, [on dit] qu'assourdechice que est notre article 
i7) ; qu'on Ta extrémoncié (sic), que Van aluxiat ( que l'an, on 
l'a); V agonie, passion, vieilli ; la fièvre se nomme aussi viûlle; 
Vëpilepsie, ompi^atgc ou maw de terre; les "vapeurs des femmes, 
masclon ou mawdat, mal donné ou maw de mère : panaris, ha- 
tedis, à cause des pulsations ; diarrhée, flux. Pour exprimer 
qu'un malade est endolori dans tout son corps, on dit qu*es 
(ilest)expermat, etc. 

7. — Il n'j a pas de synonymes parfaits dans ce patois, non 
plus que dans les autres langues, mais il y a à peu près les 
mêmes mots que dans le français pour dénommer les divers 
objets avec leurs nuances ; il y a peut-être, néanmoins, plus 
de synonymes que dans le français. Par exemple, pour dire 
un peu, on dit un pan, un chic, un drin ; un chicon pour dire 
un petit peu, qu'on n'exprime pas en français. 

8. — Ce patois, dérivant en grande partie du français, est 
susceptible des mêmes expressions pour tous les genres de 
choses, d'occupations et de passions. Cependant, comme il a 
un grand nombre de diminutifs, ainsi que nous l'avons dit 
plus haut, il est singulièrement propre à exprimer les douces 
aflfectionsdu cœur. 

9. — Pour qu'un idiome, quelque susceptible qu'il soit de 
perfection, d'abondance et de richesses, puisse exprimer élé- 
gamment et avec précision les nuances délicates, il est néces- 
saire qu'il ait été manié par une touche savante, gracieuse et 
philosophique. Pour nous renfermer dans un exemple parti- 
culier, l'on sait que, avant le beau siècle de Louis XIV, avant 
les fameuses Lettres provinciales, surtout avant le Livre des 
maximes, de La Rochefoucault, la langue française, devenue si 
riche, si brillante, si maniable et si propre à exprimer d'une 
manière précise les matières les plus abstruses, et à nuancer 
admirablement les diverses significations et les divers attributs 
des idées; cette langue, dis-je, était lourde, obscure, embar- 
rassée, énergique à la vérité sous la main de Montaigne, de 
Malherbe et de Corneille, mais dénuée de ce charme que lui 



liETtRES A (;RE(^OmFÎ 23t 

ont prêté les beaux vers de, Racine, la logique de Pascal et 
Téloquence douce et majestueuse de Fénelon. L'idiome gascon 
n'a donc pas Tavantage de distinguer et d'exprimer les nuances 
fines que Timagination aperçoit dans les objets, par le défaut 
d'avoir été exercé par d'habiles écrivains. Quant aux objets 
intellectuels, la facilité qu'il y a à tourner le français en gas- 
con rendrait celui-ci très-facile à s'approprier toutes sortes de 
matières. 

10. — La langue et les climats ont des rapports naturels 
entre eux, comme les climats et les mœurs. Le gascon abonde 
en termes voluptueux, énergiques et dissolus. Nous dirions 
que les mœurs sont corrompues dans la Gascogne par compa- 
raison aux contrées septentrionales de la France, si l'expé- 
rience ne nous avait appris que, si le climat a triomphé des 
mœurs dans la Gascogne, les mœurs semblent avoir triomphé 
du climat dans la partie opposée du royaume. 

11. —• Il est fertile en jurements, en expressions propres aux 
grands mouvements de colère. 

12. .— On trouve dans l'idiome gascon des locutions très- 
énergiques et qui manquent même à notre langue ; en voici 
quelques exemples : Bieneis me coueira, venez me chercher ; il 
est difficile de rendre le sens affectueux que présente cette 
expression. Men mien, mon ami; cette expression est d'une 
douceur charmante, etc. 

13. — Les terminaisons sont voyelles ou consonnes, de 
même qu'en français; en sorte que les vers gascons sont mé- 
langés de rimes masculines et féminines, comme dans cette 
langue. 

14. — - Le caractère de la prononciation est d'être suscep- 
tible de. force ou de douceur, selon les]circonstances, et d'être 
fortement accentuée dans le sens inverse de la prononciation 
française ; toutes les syllabes sont brèves, et les é sont tous 
des <> fermés Que houy, je veux; que baw à Paris, je vais à 
Paris. On prononce fortement les lettres finales. 

15. — L'écriture de ce patois est la même que pour le 
français, en variant l'accentuation; et le w double qu'on em- 
ploie ici n'est que pour marquer la prononciation, car on se 
sert de l'w voyelle avec deux points. 

16. — Ce patois varie un peu de village en village pour la 
prononciation, mais le fond est le même à quelques mots près^ 



238 DTALKCTB8 MODERNES 

mais tous les Gascons s'entendent sans truchement, depuis 
Rayonne jusqu'au fond du Languedoc. 

17. — Le peuple le parle généralement dans les villes. 

18. — Il est usité dans une latitude de plus de soixante 
lieues en tous sens. 

19. — Les campagnards ne savent pas s'énoncer en fran- 
çais, et ils Tentendent même assez peu ; néanmoins ce jar- 
jion a tant de rapport avec le français, qu'ils le saisissent très- 
facilement, avec un peu d'habitude. 

20. — L'on prêchait jadis et Ton ne prêche encore qu*en 
jjTascon dans nos campagnes. Cet usage existe même encore 
dans quelques villes. 

21. — Nous ne connaissons pas de grammaires ni de dic- 
tionnaires de ce dialecte. 

22. — L'on trouve des inscriptions patoises dans quelques 
églises. 

23. — Il j a en gascon beaucoup de noëls, de cantiques 
imprimés, beaucoup et la plupart des anciens actes manu- 
scrits, plusieurs ouvrages [de] droit coutumier en gascon, et. 
quelques ouvrages de littérature, de poésie : poésies de Das- 
tros, natif de Lectoure; Goudely [sic]^ de Toulouse, pastora- 
les béarnaises ; il existe une traduction élégante des fables 
de La Fontaine, grand in -8", qu'on trouve chez Fauvel, li- 
braire à Bayonne. Ce patois diffère un peu du nôtre, mais ce 
n'est qu'une simple variété. Cette traduction prouve que cet 
idiome est propre à la narration et au genre de style simple. 

24. — Les cantiques et les noëls sont plats et mauvais. 

25. — Voyez la note 23. 

26. — Nous abondons en proverbes; en voici des exemples : 
Baû met/ cazaû que journaû, Vont mieux jardin qu'arpent. 
Gent dah gent, ettrip? dah moustarde; Gens avec qen<, et les bou- 
dins aj)ec la moutarde y etc. 

27. — Cette question est assez difficile à réso idre ; peut- 
être pourrait-on dire quelle influence les mœurs ont sur le 
langage, mais comment savoir de quelle manière le langage 
influe sur les mœurs? D'abord, plus un langage est épuré, 
délicat, décent, plus les mœurs sont corrompues (c'est Rous- 
seau qui parle), et réciproquement. Sans adopter entièrement 
cette maxime, ou plutôt ce qui en prouve la fausseté, c'est 



LETTRES A GREGOIRE 239 



que le langage de nos villes est plus licencieux que celui de 
nos campagnes. 

28. — En lisant les actes anciens, on s'aperçoit que le gascon 
s'^strapproché davantage du français et que certains mots sont 
tombés en désuétude, sans pouvoir en indiquerTépoque précise. 

29. — L'importance religieuse et politique de détruire en- 
tièrement ce patois, ainsi que tous les autres, en ne faisant 
qu'une langue commune pour tous les Français, serait la fa- 
cilité d'instruire davantage le peuple, et surtout les habitants 
des campagnes, tant sur la religion que sur la politique. Ce 
serait un acheminement à leur faire apprendre à lire et à 
écrire, comme on le voit en Angleterre, et surtout dans l'Amé- 
rique septentrionale, où il n'y a presque pas un laboureur qui 
ne sache lire et écrire, et par conséquent à étendre la sphère 
de leurs idées morales, infiniment bornées en ce moment. 

30. —Voyez l'article précédent, prônes en français, écoles, etc. * 

31. — L'enseignement se fait en français et dans des livres 
français, dans les écoles de campagne; mais quelles écoles, et 
quel enseignement ! Cette misérable partie du peuple est en- 
core dans la barbarie ^ 

32. — Ily a un seul maître d'école dans quelques paroisses^ 
et point dans quelques autres. Toute leur science est de savoir 
lire et écrire, et encore très-mal, avec une prononciation détes- 
table, et sans aucune connaissance d'ailleurs en aucun genre. 

33. -r- A peine enseigne-t-on médiocrement ces trois choses 
[l'art de lire, d'écrire et déchiffrer]. 

34. — [Elles sont] très -peu et très-mal [surveillées]. 

35. — Non [les curés et vicaires n'ont pas de livres à prêter]. 

36. — Eh I comment [les gens de la campagne] pourraient- 
ils avoir [le goût de la lecture] ? 

37. — Les Quatre Fils d*Aymon, des livres de sorcellerie, 
opinion très-accréditée dans notre contrée parmi le peuple 
des villes et des campagnes, ce qui atteste leur profonde igno- 
rance; des contesdefées, de nécromanciens, Barbe-Bleue, etc.; 
encore n'est-ce que dans les campagnes les plus florissantes. 

38. — [Ils ont] des préjugés de tout genre ; ils croient aux 

* Le département des Landes comptait, en 1866, 520 écoles primaires 
pour 35,000 élèves. C'est à peine si 97,000 individus, sur une population 
de 300,000 âmes, savent lire. 



V 



sorciers, aux revenants, aux maléfices, prodigieusement aux 
influences de la lune ; opiniâtrement entêtés de leur système 
habituel de culture, sans que l'exemple de succès d'une mé- 
thode contraire puisse les en guérir ; Tautorité des proprié- 
taires est même insuffisante pour j réussir. 

39. — Nous croyons qu'ils sont un peu plus instruits qu'ils 
ne l'étaient il y a vingt ou trente années; mais, de même que 
leur esprit inappliqué ne fait pas de grands progrès, de même 
leurs idées religieuses, qui se bornent à une connaissance 
très-imparfaite de nos dogmes, ne sauraient varier, parce que 
la variation dans ces matières suppose un degré de réflexion 
et de connaissance dont ils ne sont pas susceptibles. 

40-43. — Les causes de cette ignorance sont dans le défaut 
d'instruction de leurs jeunes ans. Un pasteur intelligent, zélé, 
habile, pourrait faire germer et prospérer les heureuses se- 
mences d'une instruction simple, facile et sûre, en la propor- 
tionnant par degrés aux progrès de ses élèves. Une autre 
cause, c'est l'assiduité constante qu'exige des cultivateurs la 
culture d'une terre avare, stérile, ingrate, et qui a besoin 
d'être sans cesse engraissée et remuée pour faire périr les in- 
sectes et les mauvaises herbes, qui dévoreraient leurs tristes 
récoltes sans une attention et des soins infinis. C'est encore le 
peu de substance de leurs grains et de leurs graines. 

Le remède à ces maux serait un exceUent choix de pasteurs 
zélés, intelligjents et entièrement dévoués à cet état non moins 
pénible que glorieux, d'améliorer la culture des landes et le 
triste sort de ces sauvages cultivateurs. L'aisance amènerait 
la politie {sic)', la première où la seconde génération pourrait 
jouir enfin du bienfait de l'humanité en leur faveur. 

Cependant la suppression de la dîme, des corvées, de quel- 
ques droits seigneuriaux, leur font chérir la nouvelle Constitu- 
tion, au point qu'on ne pourrait peut-être plus rappeler Tan- 
cien régime sans verser des torrents de sang. En général, la 
scission entre les ecclésiastiques cause une grande fermenta- 
tion par les insinuations perfides de ceux-ci ; néanmoins le 
peuple protège plus qu'il ne blâme le serment, qu'il prétend, 
avec raison, avoir prêté lui-même. 

Caeto Bertrand, présidetU; Mallet, seerétaire: J. [.aborde, seeréiaire. 
■'A suivre,^ A. Gazier. 



•ém-'m^mu» 



BELLO PROUMIERO 

A M. Ernest Roussel 



Iroundello negreto, 
Ohl rèsto eici.... 

Antounibto de Bbu-cairb« 



Lou cèu èro sereiî e pur ; 
La naturo entière èro en fèsto : 
Quand Tivèr fugis, tout s'aprèsto 
A canta Tinne dôu bonur. 

A la prado, au bos, li floureto 
A bel eime s'espandissien ; 
Di milo sentour que trasien 
Ero perfumado Taureto. 

Dins lou campèstre siau e blous, 
Emé si gréu mirgaiant Taire, 
Lis aubre, alin, pareissien faire 
Rèn qu'un bouquet espetaclous. 

BELLE PREMIÈRE 

A M. ERNEST ROUSSEL 



Hirondelle noire, 
Oh î reste ici I 
Antoinette de Bbacgaire. 

Le ciel était serein et pur; — la nature entière était en fête: — 
lorsque l'hiver s'enfuit, tout se prépare — à chanter l'hymne du 
bonheur. 

Dans la prairie, au bois, les fleurettes — s'épanouissaient à 
plaisir; — des mille senteurs qu'elles répandaient — la brise était 
parfumée. 

Dans la campagne calme et pure, — de leurs rameaux qui 
émaillaient l'espace,— les arbres au loin, paraissaient ne former— 
qu'un bouquet gigantesque. 

18 



lit BELLO PROUMIBRO 

Pèr reoaupre li dindouleto, 
Tout èro lest, tout sourrisié : 
Lis aubrespin e li rousié 
Avîen mes sa blanco teleto. 

Coume disiéu : « Arribo lèu, 
T'espère, ma gènto iroundello ! * 
L*aucelino, à ma voues ôdèlo, 
Lampe dins un rai de soulèu. 

Ero la miéu, bello proumiero, 

Que tournavo dins lou païs : 

A soun galoi bresihadis, 

La couneiguère . . . Ob ! qu'ère fiero ! 

le traguère, urouso, d'un-tèms, 
Moun adieu dins uno caresso : 
Elo, em' un piéu-piéu d'alegresso, 
Me digue : « Vaqui lou printèms ! » 

Leountino Goirand. 

Aies, lou 31 de mars 1877. 
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône , 



Pour accueillir les hirondelles, — tout était prêt, tout souriait:— 
les aubépines et les rosiers — s'étaient revêtus de leur blanche 
toilette. 

Gomme je disais: « Arrive vite, — je t'attends, ma gcnte hiron- 
delle I n — l'oiseau, fidèle, à ma voix — passa (comme un éclair) dans 
un rayon de soleil. 

C'était la mienne, belle première, — qui retournait dans le pays. 
— A son joyeux gazouillement — je la reconnus. . . Oh! combien 
j'étais fièrel 

Heureuse, je lui jetai avec empressement — mon adieu dans uno 
caresse;— elle, avec un petit cri d'allégresse,— me dit: « Voilà le 
printemps ! » 

Léontine Goirand. 



LOU MARIAGE ASTRA 

A MADAMO F. MISTRAL 



Quau es aquelo grando. e bello, 
Aducho pèr uno auro d'aut, 
Que s^avanco coume Esterello 
A Tendavans de Calendau? 

Vers la capello di Tres-Damo, 
Quau es aquelo que descend, 
E ie val prèga per quau amo, 
Coume Mirèio pèr Vincent? 

Quau es aquelo que lis Ange 
Fan fa'usi de celésti cant, 
E qu'a vist en un sounge estrange 
Uno grand fèsto is Aliscamp ? 

Dison que s'apello Mario. . . . 
Mario, unnoum quasi divin. 



LE MARIAGE BENI 

A MADAME F. MISTRAL 



Quelle est celle qui, grande et belle, — amenée par un vent du 
nord, — s'avance comme Estérelle — à la rencontre de Calendal? 

Vers la chapelle des Trois-Bames*, — quelle est celle qui s'ache- 
mine — et va y prier pour celui qu'elle aime, — comme Mireille 
pour Vincent ? 

Quelle est celle à qui les Anges — ont fait entendre de célestes 
chants, — et qui a vu en un songe étrange — une grande fête aux 
Aliscamps*. 

On dit qu'elle s'appelle Marie — Marie, un nom presque 



^ Les Sainles-Maries de la Mer. 

* Les Âliscamps. ou Champs-Elysées, antique cimetière d'Arles . 



U4 LOU MARIAGE ASTftA 

Un rebat de l'astre que viho 
Sus la barco e sus li marin. 

Ëh bèn ! Mario es la iiancado 

a 

Que, — majestoilso dins soun dôu, — 
La Maire au Fiéu a designado, 
E lou Fiéu a di : «Dieu loti vou ! » 

Noun es duquesso ni barouno.; 
Mai Galatèio e Beatris 
Mens que la chato bourguignouno 
An Testé pur qu'amourousis. 

Es dôu pouëto e de Tartisto 
Lou désir devengu trésor ; 
Es uno encarnacioun requisto, 
Vièsti embauma d'un pantai d'or. 

Vejo-nous donne, vas de jouvènço, 
Li perfum qu'as tengu rejoun, 
E lèu fiourigues en Prouvènço, 
Poulido Roso de DijounI 

Val, la Prouvènço t'esperavo: 
Sèîis le onunêisse t'amavian ; 

divin, — un reflet de Pastre qui veille — sur la barque et sur le» 
matelots. 

Eh bienl Marie est la liancée — que, dans la majesté de son 
•louil, — la Mère a désignée au Fils, — et le Fils a dit : «c C'est Dieu 
<jiii le veut! » 

Elle n'est point duchesse ni baronne; — mais Galathée et Béa- 
trix — moins que la jeune lilic bourguignonne — ont la grùcepure 
qui séduit. 

C'est du poète et de l'artiste — le désir devenu trésor ; — c'est 
une incarnation exquise, — forme embaumée d'un rêve d'or. 

Épanclie donc pour nous, vase de jeunesse, — les parfums que 
tu as tenus serrés, — et bientôt puisses-tu t'épanouir en Pro- 
vence, — ù belle Rose de Dijon ! 

Va', elle t'attendait, la Provence; — sans te connaître nous l'ai- 



DIALECTES MODERNES ?I5 

4 

Es pèr toun front que se gardavo 
La courouno que trenavian. 

« En glôri, vai, saras aussado 
Coume unoRèino)), e de cant dou^t 
Saras bressado e caressado 
Pèr toun felibre amistadous. 

As tout quita pèr veni nostro : 
Brès nadalen, jardin fleuri, 
Amigo e maire .... acô nous mostro 
Quausiese quant vauFrederi. 

— Segound lalèi de Prouvidènci, 
Tout bèn qu'es fa, di ro pensa, 
Même au courrènt de Teisistènci, 
Dèu èstre larg recoumpensa. 

Quand à la porto d'un o d'uno 
Veirés adounc veni pica 
L'amour, la glôri, la fourtuno, 
Digas : Èi Dieu que vèn paga. 

Aro es fourtuno, amour e glôri, 
Qu'au même oust au toumbon su bran ; 

niions; — c'est pour ton front qu'était réservée — la couronne quo 
nous étions occupés à tresser. 

« En gloire, va, tu seras élevée — comme une Reine », et de 
doux chants — tu seras bercée et caressée par ton félibre plein 
d'affection. 

Tu as tout quitté pour devenir nôtre:— berceau natal, jardin 

fleuri, — compagne et mère cela nous montre — qui tu es et* 

combien vaut Frédéric. 

Suivant la loi de Providence, — tout bien qui est fait, dit ou' 
pensé, — doit, même au cours de Texistence, — être récompensé 
largement. 

Quand à la porte d'un [mortel] ou d'une [mortellej — vous verrez, 
dès lors, venir frapper — l'amour, la gloire, la fortune, — dites: 
C'ostiDieir qui vient payer. 

Maintenant, c'est fortune, amour et gloire, — qui tombent 



f46 LOU MARTAOE ASTRA 

Un jour saubren li vertu flôri 
D*£u emai d'Ëlo. . . . .£n espérant, 

Canten la nôvio que s'avanço 
E qu'à la Prouvènço, emé siuen, 
Adus lou poutoun de la Franco, 
Poutoun que clantira bèn liuen. 

Aupiho, boundas d'alegresso ! 
Rose e Durènço, mar e Crau, 
Saludas vosto segnouresso ! 
Yeici Tespouso de Mistrau. 

Aguste Vbrdot. 

Eiguiero, lou 10 d'ôutobre 1876. 
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.) 

soudain sur la môme demeure; —un jour nous saurons les vertus 
excellentes — - d'Elle et de Lui. ... En attendant, 

Chantons la nouvelle mariée qui s'avance, — et qui avec amour 
apporte à laProvence — le baiser de la France, — baiser qui retentira 
au loin . 

Alpilles, bondissez d'allégresse! — Rhône et Durance, mer et 
Crau, —saluez votre suzeraine! - Voici l'épouse de Mistral. 

Auguste Vebdot. 



AL TUSTADOU 

DB L^AMIC ALBAN GBRMAN 

De soun estuch de fer ount se tors belo ramo, 
Le dôgoul musculous salbis encoulerit. 

AU HEURTOIR 

DE l'ami ALBAN GERMAIN 



De sa gaîne de fer où se tordent belles feuilles, — le dogue mus- 
culeux sort tout en colère. — Jl vit! Il vit! U fronce son nez. 



DIALECTES MODERNES ?47 

Vieu ! vieu ! Rufo le nas, mostro's uals e clamo ! 
Empleno Tgent oustal del sieu terrible crit. 

gous ! jaupo, enrabiat, s'es uno caro infamo ; 
Moussego à bel cais, jaupo al malandrin ourrit ; 
Mais calho-te sul cop s'es uno fino damo, , 

Lupo-s-i la manoto, ô canh ! tout aberit. 

E se ven dreit à tu quai que amie, — un artiste 
Que sauras pla couneisse à la prumieiro vist'o, 
D'aquelis qu'an le frount dins le blu luminous, — 

• 

Arruco-te, magnac ; cal pas debremba brico 
Qu'as dedins un valent de la grande musico - 
E'nescrivan, soun filh, q^ie durbira, gaujous. 

A. FOURÈS. 
Carcassouno, le 3 de décembre I87ô. 

(Languedocien, Gastelnaudary et ses environs.) 



montre ses canines et gronde ! — Il emplit la gentille maison de son 
cri terrible. 

O chien! aboie", enragé, si c'est un visage infâme ; — mords à 
belles dents, aboie au voleur détesté; — mais, tais-toi sur-le-champ, 
si c'est une délicate dame; — lèche sa petite main, ô chien! tout 
enjoué. 

Et, si vers toi se dirige quelque ami, un artiste — que tu sauras 
bien distinguer à première vue, — de ceux qui ont le front dans 
l'azur éclatant, 

Fais-toi petit, maniable; — il ne faut point oublier — que tu as, 
dedans, un vaillant de la grande musique — et un écrivain, son 
fils, qui ouvrira, joyeux. 

A. FoURÈS, 

Carcassonne, le 3 décembre 1876. 



MATER DOLOROSA 



Ero lou Dijôus Sant, e la tbulo lîdèlo 
As pèds dal Christ en crous iJiegabo ame fervoù ; 
Uno femno ennegrado e morto de doulou 
S'èro meso à ginouls al founs de la capèlo. 

Ero pla jouino eiicaro, èro encaro pla bèlo 

E plourabo quauqu'un : — belèu soun amourous, 

Belèu soun efantoun. E pamens à l'angèlo 

Digus noun i disio : « Femno, counsoulas-vous! » 

Car digus noun traira lou segren que ven jaire 
Dins lou cor d'uno femno ou lou cor d'uno maire ; 
Essuga de tais plours, — digus ou pot gausa. . . 

Se Tamaro douloù sus terro toujour reno, 
Cal pot te counsoula dins ta divino peno, 
Tu que plouros un Dieu, Mater dolorosa'i 

C. Laforglk. 

(Languedocion, Quaranto el ses environ?.; 

MATER DOLOROSA 

C'était le Jeudi Saint, et la foule fidèle^ aux pieds du Christ en 
croix avec ferveur priait; — une femme vêtue de noir et mourante 
de douleur — s'était mise à genoux au fond de la chapelle. 

Elle étuit jeune encore, elle était encore bien belle — et elle 
pleurait quelqu'un : — peut-être celui qu'elle avait aimé, -- peut- 
être son enfiint. Et cependant^ — nul ne lui disait :« Femme, con- 
solez-vous. » 

Car nul ne peut écarter le chagrin qui vient s'abattre — sur le 
cœur d'une femme ou le cœur d'une mère ; r- essuyer de tels 
pleurs, nul ne peut l'oser 

Si l'amère douleur se plaint toujours sur la terre, — qui peut te 
consoler dans ta divine peine, — toi qui pleures un Dieu, Mater do- 
Uyrosaf C. Lafobgue. 

< Imité d'un sonnet français de M Baluffe. 

^ Littéralement: Et cependant à Vangele, Angelo est en langue d'Oc le 
féminin de angel, ange. 



DISCOURS ET BRINDES 

I 

PRONONCÉS >V AVIGNON 

Par MM. Mistral, Bonaparte-Wyse, Marius Girard, Laforgne 

et Tavan 



Dan<; Timpossibilité où nous sommes de reproduire tous les 
brindes prononcés le 21 mai dernier à Avignon, lors de la réunion 
annuelle du félibrige, les lecteurs de la Bevite nous sauront gré de 
mettre sous leurs yeux trois fragments du discours de M. Mistral 
et quatre toasts qui nous ont été communiqués par les auteurs : 
MM. Tavan, Bonaparte -Wyse. Laforgue et Marius Girard. 

S'es meritous e ounourable, Tome que sauvara un manu- 
scri precious, (Jue metra dins soun lustre une telo de mèstre o 
que dessousterrara uno Venus arlatenco, quet ounour, quento 
glôri, quento satisfacioun patrioutico recoumpensara pas lis 
• erudit e li pouèto qu'empacharan de s'avali lou lengage d'un 
pople ! 

Une lengo, lou sabès, n'es pas Tobro fatisso d'un orne o de 
plusiour, ni mai d'uno Acadèmi, ni d'un régime quint que sie- 
gue. Uno lengo, me sèmblo, es quaucarèn d'aguste e de miste- 
rious e de meravihous; car es lou recatadou d'aquelo lumière 
auto qu'an apela lou Verbe. 

Avès ausi parla d'aquéli jas de miho ounto s'atrobo escricho 
pèr la longo dou tèms l'istôri espetaclouso de la creacioun dôu 
mounde; ounte se vèi d'erbasso, d'aubre carbounola, de pèiro 
clauvissouso, d'animalas afrous, que sounli testimôfti di revou- 
lucioun dôu globe. 

Eh bèn ! Messies e Damo, uno lengo retrais à-n-un jas mi- 
nerau; car au founs d'une lengo, se ie soun despausa tôuti li 
refoulèri, tôuti lis escaufèstre, tôùti li sentimen, tôuti li pensa- 
men, de dès, devint, de trente, de cent generacioun. 

Uno lengo es un clapas ; es uno antico foundamento ounte 
chasque passant a tra sa pèço d'or o d'argent o de couire; es 
un mounumen inmènse ounte chascofamiho acarrejasapèiro, 
ounte chasco ciéuta a basti soun pieloun, ounte uno race en- 
tière a travaia de cors e d'amo pendent de cent e de mile an. 

Uno lengo, isn un mot, es la revelacioun de la vide vidante, 
lamanitestacioun delapensade umano, l'estrumen subre-sant 
di civilisacieun e lou testamen parlant di soucieta morte e vive. 

Fau beulega pèr viéure, fau cambeja pèr se gandi, e fau 
nada pèr se sauva .... Arregardas un pau ço que s' es fa, 
despièi vint e quàuquis an ! 



??0 DISCOURS ET BRIN DBS 

Brian set^ tout-beu-just^ ànoste brande^e aro sian très cent ! 

Lalengo èro chanchado, abandoonado^ agarmssido, coumo 
lapaoro Cendronleto.... e Oendrooleto bonfo-fio, tant lèu que 
sa meirîno, la fado dî bèn vers. Ta toncado de sa broco, a 
caussa gaiameD Ion sabatoun de vèire, e vuei, coumo uno no- 
vio, à si sorre despichonso pôu moustra, elo peréu, si jouièu, 
si beloio e sa cooronno de Conmtesso . 

Ë que sièr d'avé peu ? Sian arma pèr la lucho mai que ço que 
Ton crèi. 

Li prondu literàri de nosto Reneissènçonons an apouderalou 
mounde di letru ; 11 travai di pronvençâlisto nous an dubert à 
brand Ion moonde di sabènt ; e li pubÈcacioun destinado à la 
foulo, talo que armana o joumau prony encan, nous fan dintre 
lou popleuno poulido proupagando. 

Âvèn de mai à nosto ajudo lou crid dôu sang e de la terro, 
que podon bèn badaiouna, mai que jamai estoufaran; avèn 
lou sentimen inna d'independènci que tout orne qu^es orne 
porto dintre soun pitre ; aven enfin pèr nautre la nature in- 
vincible, lou soulèu que dardaio, lou mistrau que bacello, li 
gaudre dis Aupiho e li revôu dôu Rose, la broufounié de nosto 
mar, li caire e recantoun de noste terradou, li garrigo, li serre, 
li mountagno inbrandablo ; en un mot li cause eterno dôu païs, 
qu'emé si noum rouman, dindant e felibren, de paire en fiéu, 
de siècle en siècle, transmeton e counservon 11 racine de la 
lengo. 

Zôu ! dounC; Messies e Damo ! mantenen,ensignen la lengo 
maire dôu Miejour; e, d'abord que sian en noumbre, que chas- 
cun de nous autre proufèsse ardidamen Tapoustoulat dôu Peli- 
brige! 

F. Mistral. 



Salut au felibrigOy à sa fèsto acampa ! 
Absent, brinde is absent, i mort, is ôublida ! 
De liuen brinde is ami qu'antan avèn ama : 
Sarèn, uàutri, deman, — mort, absent, ôublida! 

A-n-Antounieto, à Glaup, à Thouroun, à Doumas : 
A Calvet, Balaguer, Marcellin, Crousillat ; 
A Ranquet, Peiaj Briz, au Bringuié bèn-ama, 
Auboure la grand coupo ! Ami, saludas-la ! 

W. Boitaparts-Wtss. 



De Catalougno, de Prouvènço, 
Valent marin plen de jouvènço, 



niALBGTBS MODBRNES tni 

Ensèm, e longo-mai, canten sus nosto nau ! 

Vièi quartié-mèstre, jouini mèssî, 

Mourgant la mar « si trigossi, 
Gooroanen lou batèu d'oulivié freirenau. 

De la Patrio fièrs amaire, 

Canten la terro nosto maire 
Qu'adus Tôli, loa blad, lourasin agradién. 

Alin, perdu sus la mar semo, 

Au brut galoi de nèsti remo, 
Canten la liberta, F amour e lou bon Dieu ! 

Se de la mar lou flot s'enarco 

Ë Terso fouito dur la barco, 
Ami, remembren-nous noste passa reiau! . 

£ nosto nau embandeirado, 

Que pèr TEnyejo es aqueirado, 
Siavo, voira passa Faurige'e li caiau ! 

Marins Girard. 
Âvigooun, 21 de mai 1877. 



Un gro dins lou selhou, per Taraire entarrat, 
Subran dono naissenso à Tespigo daurade 
Que, dins la terro lèu tournamai semenado, 
Dey en la garbo drudo- e couâo de bel blat. 
Tal nautres sen nascuts. La garbo felibrenco 
A coumensat per un. L'efant de Sant-Roumié 
Qu'emé bonur vesen à la taulo frairenco, 
Pot reclama Tounoù d-abeire, lou prumié. 
De nostro renaissenso aubourat Touriflamo. 
L'amistous Capoulié nous dis quano emouciéu, 
Quane trefouliment s'emparet de soun amo, 
Lou jour que li moustret aquel libre agradiéu, 
Ount de las flous de mai la garbeto acampabo. 
L'escoulan d'Avignoun, d'acô tout esmougut, 
Vaqui taubo, diguet, que moun cor esperabo^ 
Per s'escarrabiha I Despèi que n'es vengut/ 
De cantaires d^amour! Sen la grande famiiho 
Das troubaires nouvels. Al noum de Tamistat. 
Leur cor countent, ravoi, beguen à la santat 
Dal grand renouvatou, de Jousé Roumanilho! 

C. Laforgub. 

A tout ço qu\es bèu e grand : à la franqueta, à la justici, à la 
liberta de tôuti li pople ; à la fraternita di Rouman, àTunioun, 
à la coumunioun de tôuti li raco latino! — Li gent se grafi- 



t58 RIBIIOORAPHIF 

gnon, li vilo se canounon, li pople se bâton, li parti s'estri- 
pon ; nous àutri, amen-nous ! 

Messies egai Counfraire, en quitant Marsiho pèr me rendre 
à nosto gènto assemblado, moun cor saunavo en pensant à ço 
que se passo : la guerro ôurrible à l'Ouriènt, e tout proche *li 
parti preste à s'estrassa .... Felibrige, béu e sant Felibrige ! 
reviscoulo lis amo endoulourido ! Foro de tu, i'a que mescre- 
sènço, ahiranço e descsperanco ; tu, sies la verita, Tamour e 
la fe ! . . . léu brinde dounc au grand assoulaire di parti, au 
Felibrige bèn ama î 

Alph. Tavan. 



BIBLIOGRAPHIE 



Université libre d'Angers.— Textes imprimés ou autographiés à l*usage 
du cours ésotérique de littéralure française. N* l . Lb Livrb des Ma- 
MÈRBS, parËlienne de Fougères, évëque de Rennes (1168-1178) ; pu- 
blié pour la première fois d'après le ms. de la bibliothèque d'Angers, 
par F. Talbert, doeteur es lettre^, professeur au Prytanée militaire de 
la Flèche, etc.; 52 p. (Prix: 1 fr.). — Paris, E, Thorin, 7, rue de 
Médicis. 

J'avais, le premier, signalé à l'attention des romanisantsce poëme 
moral du célèbre prélat, et j'avais annoncé que j'en préparais ime 
édition aux frais de la Société des langues romanes (15 mars 1874, 
Rev, des langues rom., tom. V, p. 6; autre mention, 1875, ibid., 
tom. VIII, p. 252; autre mention, 1876, ibid., nouvelle série. 
tom. I, p. 231, — cette fois seulement avec indication du ms. d'An- 
gers). 

M. Talbert, professeur au PVytanée de la Flèche et à VUniver- 
sité libre d'Angers, ignorant cette particularité, car il est d'usage, 
en pareil cas, de ne pas profiter des indications fournies par uu 
antre pour le devancer, vient de faire paraître ce môme texte, et 
annonce qu'il complétera cette première publication par un com- 
mentaire et un glossaire. 

En éditant ce texte tel quel, M. T. a incontestablement rendu 
service aux études romanes, et, à ce point de vue, il a bien fait de 
se hâter. Mais, dans son propre intérêt, comme savant et commo 
professeur, mieux aurait valu qu'il attendît encore un peu, pour ne 
pas présenter aux lecteurs compétents, et surtout h ses élèves, uu 



texte souvent difficile, qu'il n'a pas toujours bien compris ni même 
toujours bien transcrit. / 

C*est précisément un scrupule de ce genre qui m'avait fait re- 
tarder rédition que j'avais annoncée, et aussi l'impossibilité où je 
nie suis trouvé jusqu'à présent de retourner à Angers, pour y 
revoir Je ms. 295*. Je tenais d'autant plus à coUationner de nou- 
veau le ms. original, que j'avais fait ma transcription très-vite, la 
veille môme de mon départ d'Angers. Plus tard, M. G. Paris, 
à qui j'avais eu. occasion delà communiquer, m'avait fourni d'utiles 
explications. Grâce à celte collaboration d'un instant et à des re- 
cherches persistantes, j'étais parvenu à élucider bien des pas- 
sages obscurs d'un texte gâté, comme à plaisir, par l'ignorance et 
l'incurie du copiste. Mais il en restait un certain nombre que 
je ne comprenais pas, et, comptant que le ms., mieux étudié, me 
fournirait de nouvelles données pour la solution de ces différents 
problèmes, je reculais encore l'échéance de ma promesse. Je ne 
sais si je dois renoncer à poursuivre la publication projetée, main- 
tenant qu'elle n'a plus le même at(,rait de nouveauté. En atten- 
dant, je dois communiquer au.lecteur les résultats de l'examen que 
j'ai fait de l'édition autpgraphiée de M. Talbert, et dont il pourra 
profiter tout le premier pour améliorer son travail, s'il persiste à le 
publier en entier. 

V. 3 et 8, il n'est pas nécessaire de corriger qui en que. On trouve 
quelquefois qui==qu€m dans nos anciens textes. — V. 9, Vdne es la 
roe» J'ai \u joe=gaudium, — Y. 19, Cil riche rez, j'ai lu m. — V. 40, 
j'ai lu hrascent. — V. 49, ajoutez molt ou. quelque chose de semblable 
pour compléter le vers. 

V. 58, trop court ; lisez Peia n\nen] ennorent, — V. 59, j'ai lu 
eouveictieee . — V. 63, Les maus. . estaucier. E8tanciers=arrêter est ])ré - 
férable. ~ V. 67, seit. En note, « 3« pers. subj. prés, de sequere, » 
Erreur singulière, qu'on ne peut guère mettre sur le compte de la 
distraction, puisqu'on la trouve reproduite à la p. 27, en note, et 
grossie de deux erreurs analogues ; parseitÇv, 729} et enquiert 
i^v. 412), que l'éditeur rattache, l'un kpersequat et l'autre à inquirat, 
au lieu de voir en eux ce qu'ils sont en réalité, c'est-à-dire des in- 
dicatifs présents. Ajoutons cependant que, par une heureuse incon- 



^ Je profile de cette occasion pour remercier l'honorable M. Lemar- 
chand, consei?vateur de la bibliothèque d'Angers, de rempressemenl 
qu'il a mis à me communiquer les richesses manuscrites confiées à ses 
soins. 



254 âiBiiioaiui'Hiist 

séquence, M . T* n'a pas fait de requière (v. 376), qu'il assimile eq 
note marginale à enguiert du v. 412, l'indicatif de requerre { ou re- 
quérir). 

V. 77, il faut corriger jp«i[«]^ ainsi que me l'a fait observer M. G. 
Paris. — V. 126, trop court d'une syllabe. M. T. a conjecturé 
[terre] aveir; ce qui indique qu'il a compris MulH aimt qui, etc. Mais 
alors il faudrait moult sunt qui. . . trichent. Il vaut mieux lire Moli 
e$t [fons]. — V. 132, j'ai lu jpecheras, forme qui, à supposer que le 
ms. donne bien jpescherasj aurait dû être indiquée en note à titre 
de correction. — V. 1 52, _procei». M. T. n'a pas compris ce mot. 
lÀsezpreeeiss^s= *prœeepto8 {prœcepta). D'ailleurs le ms. donne pour 
le groupe initial de ce mot un p surmonté du tiret horizontal, ce 
qui indique pre plutôt que^o, ainsi que M. T. l'a compris pour 
prends du v. 26. 

V. 153, il faut lire, non deme, rmi^demé (i parasite)=<fei?^^ devei, 
devet ( ce dernier dans Du Gange ); littéralement, « défendu. » 

y, 163, mioz ici n'a pas de sens; et, en effet, le copiste, après avoir 
écrit moz, s*est ravisé, a souligné m et tracé un u au-dessus, ce qui 
produit 170/;;. Le vers serait donc Oheir deit leh] communs voz, litt. 
Obedire débet commtmibusvotis. Quant au vers suivant, que M. T. 
doit avoir compris, puisqu'il n'a mis en marge ni note, ni signe de 
doute, j'avoue qu'il me paraît obscur. Où M. T. a lu /or, j'ai écrit 
hz, et je conjecture (timidement) qu'il faut lire ainsi qu'U suit ces 
deux vers : Obéir ddt le[s'\ communs voz^ | Se il sunt bon, tôt à loz mx)z, 
que j'interpréterais à peu près de cette manière : «Il doit, unique- 
ment soucieux de son honneur ( totus ad *laudiwn motus) , écouter 
les vœux de son peuple, si ces vœux sont raisonnables. » Pour la 
chute de s dans ^^ cf. v. 219, Ze bourses. 

Y. 189, le ms. donne, en effet, il clerc, mais il faut lire cil et non 
II, — V. 191, corrections nullement nécessaires. — "V. 196, aurwnt 
aurait dû s'écrire aur[u]nt, le ms. ne donnant que mi^mt. — V. 202, 
tût à Ure est la bonne leçon; mais, si le ms. donne à tie, comme 
je le lis sur ma copie, il aurait fallu écrire ti[r]e. — Y. 204, Et cela; 
l'éditeur aurait dû indiquer en note la leçon rectifiée IceU. — V.224, 
lisez Lor vient [il], — Y. 227, lisez cil et non cHl. 

V. 231. La leçon du ms. est fautive, mais la correction proposée 
par l'éditeur ne parait pas bien sûre. — Y. 228, Dô ont ci malveise 
famé. M. T. intercale il avant ont. Je préférerais lire Don[t] ont 
ci[l] [trop] malveise famé. — Je ne comprends pas les v. 241-2. 

Y. 249, j'ai lu clierx. — Y. 254, ice afeire, lisez ice à feire. — 
V. 262, 3, 4, j'ai lu^of^^ loig, oi^r^ orthographe qui doit être conservée 
ou tout au moins signalée. — Y. 265, Et science, y slï lu Escience, 



j 



ëiBLlOURAPfilË 255 

qui vaut mieux. — V. 266, j'ai lu démettre, — V. 268, Preuieau do- 
ner n*a pas de sens. ÎÀsezprmte, c'est-à-dire « mets-toi » adonner. 
— V. 269, 70, 71 . Ces trois vers sont toujours obscurs, même après 
les correction de M. T. Au v. 271, j*ai lu i szibi, qui vaut mieux 
que «7. 

V. 294. rente. J'ai lu rende. — V. 302, renduz. J'ai hipendùz . — 
V. 308, fausret J'ai \\ifawtet, M. T. corrige « les faus rez ==«= 
rieis ». J'ai conjecturé favs tez. =ifaUos testes: correction qui a 
l'avantage de se tenir très-près de l'original (tel que je l'ai lu) et 
qui convient au sens général de la phrase, mais qui n'en reste pas 
moins à l'état de simple hypothèse, vu que je ne connais pas d'autre 
exemple authentique de test = tesHs, 

V. 312, se court. J'ai lu se corut Si ma transcription est exacte, 
le vers se retrouve sur ses pieds, et il n'est plus nécessaire de le 
compléter avec le monosyllabe et. — Y. 313, rente. J'ai lu rende. — 
"V. 320, Feis est ici synonyme de post et non deparum. — V. 331. 
Tout les vices hr deit tochier. J'ai lu toz^ rocMer. Toz est plus cor- 
rect que tout; et rochier, si c'est bien la leçon du ms., doit être con- 
servé, car il est plus énergique que tochier. — V. 334, ni qu'il n*i 
toche. J'ai lu »e qu'il i toche, ce qui vaut mieux. — V. 346, n'en est 
dreit. Si j'ai bien lu, il faudrait nen [e]st. «^ Y. 347 hole esœle. Le 
copiste avait,' en eJQfôt, tracé d'abord un h, mais il m'a semblé qu'il 
l'avait corrigé en/. 

V. 352, communer. N'y a-t-U pas conmuner en toutes lettres? — 
V. 357 D'aumônes mou[l]t, aumosnier seit. J'ai lu D'aumônes vit, ce qui 
présente un s?ns excellent et donne un beau vers. — Y. 361, aux 
sons. J'ai lu aus. — Y. 364, soutenir. J'ai lu sostenir. — Y. 398, M. T. 
a biffé Vu de m^ult, ce qui semble indiquer que le ms. porte molt 
en toutes lettres. Or, si j'en crois ma copie, ce mot est écrit ici, 
comme partout, sous forme abrégée. Même observation pour molt 
du V, 395. 

Y. 416, »a honte. J'ai luja.qui doit être la bonne leçon. — Y. 419. 
Ne n'en furent. J'ai lu Une n'en furent. — Y. 420, Ni depechié. J'ai 
lu ne. — V. 422, Deit arcevesque[s]. Puisque l'éditeur rétablit ici la 
bonne orthographe, pourquoi n'en a-t-il pas fait autant partout, et 
notamment au vers 405, où arcevesque est également au nomi- 
natif? — Y. 424 (en note), Deire = docerenon dicere. Est-ce bien 
sûr ? 

Y. 431, 2, Quxir correil meint en sa me[i]8ure \ S'iln^est forfet par 
desmesure. Que signifie correil f J'ai lu corteis, qui doit être la bonne 
leçon . Pourquoi mei[s]8ure au v. 431 , et desmesure, non desme[i]sure^ 
au vers suivant? Au lieu de /orfet,yàï lu sorfet. — Y. 443, Ou lei- 



m blBttOGkAPHlE 

dément en atort prendre. 11 faut lire avec le ms. ou à tort ■— Y. 455, 
victoire. J'ai la mUnre* — V. 456, avitoire. — De même au v. 463 : il 
faut lire ajutoire oa atutoire se (ufjutorium. 

V. 461, Por tote géant et apostoire. Le ms. donne or et laisse un 
blanc pour la majuscule initiale, qui n'a jamais été tracée. M. T. 
aurait donc dû mettre le p de Por entre crochets, pour indiquer 
que c'est une lettre de remplissage. D'ailleurs, cette restitution 
n'est pas heureuse. C'est aor = super qu'il fallait lire, de même est 
et non et. — V. 468, Et les rebelles reporter. J'ai lu rouorter, qu'on 
peut rattacher à la même famille que hurter, ahurter, rehurter, 
reorter. 

V.'470, Plus tôt. Le ms. donne en efl'et tot^ mais pourquoi ne 
l'avoir pas corrigé? — V. 473, soaltume. J'ai lu seastume. — V. 475, 
lin délie, M. T. écrit en marge « d'Elief » Il est inutile de recourir 
à la Bible pour l'explication d'une forme aussi connue : cf. Et desus 
un surpliz blanc e délié (ou deljé) e bel (Th. le Martyr, a p. Littré). 

— V. 476, Qui tôt est ars et totens fume. En marge « ou cortens = 
corttens). La correction proposée est ingénieuse, mais paraît forcée. 
En tout cas, elle ne suffit pas, et la première pa.-tie du vers doit 
être, elle aussi, soumise à correction. Je crois qu'il faut changer 
tôt en tost. Quanta totens, y a.\ dis lu cotens, et je ne crois pas m'ôtre 
trompé. Cette lecture, si elle est exacte, ajouterait un peu plus de 
probabilité à la conjecture de M. T. 

V. 491, la veine. J'ai lu l' areine, qui convient mieux que la veine, 
comme synonyme de gravelle, employé un peu plus bas dans le 
V. 495, exacte contre-partio du v. 491. — V. 523, od('\ Lisez Dé. 

— V. ^30, M. T. corrige mesprennent en reprennent. J*ai conjecturé 
ne prennent. — V. 532, ^Zwa son Dé ge[n]nent. J'ai \uplus sendegen- 
nent. /Son est inadmissible, il faudrait lor. Il est certain que la bonne 
leçon est s'en degennent( cf. plus bas, v. 592 et 648 j, de- g enner é\,2iX\i 
considéré comme formé du même radical que es-gener. 

V, 553, 4 : Grainor fei deitsire a son home | Que non a seignor et a 
dôme. En Usant non, M. T. change le sens et affaiblit d'autant la 
mâle simplicité de ce beau vers. Lisez avec le ms. que on, et pour 
plus de clarté que hon = quàm komo. — V. 573-75. Jo rétablirais 
ainsi ce quatrain, qui, comme l'observe M. T., n'est liuère intelli- 
gible dans le ms. 

Quant il revient, ti les refrape{ ms. si li) 

Si lor ( tns. li) rescot très bien la chape, 

; Si qtte pas uns dels en reschape ] . 

Cil ( ms. sU) sun[t\ marit et cil font (ms. son) (]abe. 

V. 58i, Charles. J'ai lu Choiles; Charles n'a pas de sens. L'édi- 



BIBLIOGRAPHIE 



257 



urtant pas d'observation à ce sujet. Choites » cliele», 
G. Paris ). Voir dans le Jahrbuch (XII, 2«p., p. 213, 
'inté^Bant article de M. Tobler. —V. 583, /orfe*. J'ai lu «or- 
ieux. 

'enleialté vistsonjovent. Usez avec le ms. ust, subj. da 

609, 10. Le sens est « Puisqu'il doit fournir [la dîtoe] 

pre blé, que sera-ce s'il prend celle d'autrui?» Con lo (p. 

'autrui prendre? M. T. a lu Con l'oseraj sans marquer l'in- 

n. Son interprétation, je le reconnais, est très-soutenable, 

d'autj^ plus qu'elle ne change rien à la leçon du ms.,mais encore 

faut^Kiodifier la ponctuation dans le sens que j'indique. — V. 611, 

lu^^ce, 

6'24, Ne pour engin, Lems. donne par, en abrégé, qui est prè- 
le. —V. 626,pe»er. Ms. pener avec le tiret horizon ta l^jjmwer. 
634^ terveier^ Ce mot n'offre aucun sens. Lisez avec lems. 
ier^ prendre part à un tournoi. — Y, 627, Don Jkesu Cris dist. 
marge «e/on = dominus. ^* Le ms. porte dun=^ de unde, c'est 
oi. Le sens est«Z>e là vient que Jésus-Christ dit, etc.» — 
toit. C'est la forme correcte, mais il fallait indiquer que 
le i^Hlonne tost. 

Li un de de les des asenble. Et en marge *< Corrigez des 
dus /el^B^, ou : des deis les deis ,t> Il n'est pas nécessaire de mo- 
difier iHexte du ms., si on lit « Li un de Dé les desasenble. » Li un, 
c'est ^■glaive de T Eglise, qui par Texcommunication sépare de 
Dieu^Hcoupables (^es mauhailliez) . — V. 656, Z^. Peut-être faut-il 
le c^Her en hr. — V. 691, le plus bel. J'ai lu lies, qui ne va guère. — 
\sisires [r]enerre. J'ai lu enerte, qui, si ma copie est fidèle, 
cherait au même radical que enartos, artificieux. Enerre^ si 
en effet la leçon du ms. , donne aussi un sens satisfaisant. — 
99, guine, 11 faut lire gHnne, lems. donnant gune ou gnne avec 
mplémentaire := ri au-dessus de gn. Le sens est « ou par des fiat- 
ies ou par des tracasseries. » 

V. 700, En quanquesens qu'il l'esgaugine J'ai lu qv^uque = quel- 
e. Quant à esgaugine, il est certain qu'il faut le lire esgaugriney Yi 
surcharge équivalant ici à n, comme dans le vers précédent 
ur grine. Ce qui complète la démonstration, c'est que ce mot 
t écrit en tontes lettres au v. 94, où M. T. a lu esgangrinier. Peut- 
être faut-il substituer nku dans la seconde syllabe. Mais, quelle 
que soit sur ce point la bonne orthographe, une chose hors do 
doute, c'est que ces deux mots doivent s'écrire de la même ma- 
nière . 

V. 718, Il ne remercie. Le signe d'abréviation doit se résoudre en 

19 



258 BIBLIOGRAPHIE 

/i, il tant lire // n'en merde ; ce qui supprime toute difficulté. — 
V. 719, qite a unchien.Lems, ne donne-t-il pas^weZ ? —V. 724, vair, 
que donne en effet le ms., doit se corriger en veeir=videre, — 
V.725, il ne faut pas de \irgule après noalz. — V.726.Très-cor- 
rompu. On ne lit bien que qui. . . gent une et le ou les mots que 
M. T. a eu soin de reproduire an fac-similé, — V.727, si je m'en vois. 
J'ai lu m'ermois. — V. 729, Ha tant. J'ai lu a tant, qui me paraît pré- 
férable. — V.730, toit. C'est la bonne forme, mais le ms. nedoane- 
t-il pas tostf 

V. 735, semonte, La rime exige, en effet, cette forme. Cependant 
j'ai lu semence. — V. 736, ^'arfte; j'avais lujaise, que je corrigeais en 
jaille, mesure de capacité. — V. 737. M. T. a lu Dé mande par autal 
eusenple, vers inintelligible. Ma copie porte Demande par autal con li 
senple, ce qui, en changeant le dernier mot en semble, donne un 
sens raisonnable. Mais le vers est trop long d'une syllabe, incon- 
vénient qui disparaît si l'on supprime par et si l'on n'élide pas Ve 
de Demande dewdiïit autal. Cf., pour une particularité analogue, le 
v. 842. Quant à tost et cost des vers suivants, je les corrigerais en 
toit = tollit et colt= colligit. 

V. 746, [Et] do premier et do regain. 11 est plus sûr de corriger re- 
g[d\ain, correction analogue à celle que M. ï. a fait subir, et avec 
raison, à gain du v. 874. — V. 749, contout; j'ai lu contoit. — V. 750, 
Mais cil qui [cler] seitvair el uomhre. Et en marge elomhre. J'ai lu m£s, 
etnonm^is. Cler est inutile. Vair doit se corriger en veeir, comme 
plus haut, V. 724. Quant à uomhre, je ne le comprends pas, et la 
correction proposée par M.T , quoiqu'elle se présente la première, 
me paraît douteuse. Dans tous les cas, il faudrait en V, el pouvant 
représenter en le, mais non en la. 

V. 757. Je crois que la lacune indiquée porte sur le second hé- 
mistiche de ce vers et sur le premier du suivant : 

Dis li : < Malvès 

mes or t'ammende. 

Quar ne veil pas que Ven me rende 
tricherie m'ouferende. » 

M. T. a lu le v. 757, Dist li: « Malvès, mes ex amende.» Il ajoute 
en marge « exou ox = oes, cf. St-Alex., v. 503 », et fait porter ex- 
clusivement la lacune sur le vers suivant. 

V. 761, A cel[u]i qui set conter totes. J'ai lu cel. Si cette lecture est 
exacte, je préférerais corriger totes en [tres]totes. — V. 762, goûtes. 
J'ai \\igoittes, — "V. 767, En Vostal. J'ai lu hstas. 11 faut en l'estal. 
— V, 768, Por cequepoeutenjoïr. Le groupe de lettre compris entre 
po et t final àepoeut pourrait aussi représenter eu. Ce que M.T. a 



BIBLIOGRAPHIE 259 

lu en est troj) long pour une forme si courte. Mon fac-ntmle repré- 
sente un cf faiblement ébauché, suivi d'un u et de deux autres jam* 
bages assez semblables à deux c incomplètement formés. 

V. 769. Ce vers n'est pas plus clair après qu'avant U correction 
de M. T. — V. 772, Puis l'art tôt cum[me]fou celestre. J'ai lu o aem 
= son, cum suo, au lieu de cum[me] . Celestre est en effet la bonne 
leçon; mais le ms. ne donne-t-il pas celistref — V. 791, QuUdriez. 
J'ai lu queldriez, — V. 792, seisance, ce qui n'oflre aucun sens. J'ai 
lu reisance, qui est la bonne leyon. 

V. 801, Ausciteiens. Le ms. donne s cideiens. Le blanc destiné à 
la lettre initiale n'a pas été utilisé. 11 faut donc rétablir la lettre 
absente, mais une seule et non deux, comme l'a fait M. T. sans 
prévenir le lecteur. La leçon complète du ms. est donc, bien cer- 
tainement, [A]s cideiens. — Y. SOI , Jineiant. Ce mot n'a pas de sens. 
Il faut lire avec le ms. termeiant, — V. 809, se il. J'ai lu sil = sHL 
Dans le cas où j'aurais bien lu, il faudrait rétablir la mesure en 
corrigeant march[é]andis8e. — V. 826 neforfeire. J'ai lu sorfeire, 

V. 833, Por dez preste qui poi vault quatre. En marge :« Dezs= 
deis = deux, Poi, corrig. peis.» — Le texte du ms. ne doit subir 
aucun changement. Le sens est «Il prête pour dix ce qui vaut à 
peine quatre. » — V. 834, Mes est eure seit bien abatte. Le groupe 
que M. T. a interprétées* n'offre pas une lecture certaine; on ne 
sait si on doit lire eis ou eil. Quant à eure seit, il n'y a pas de difii- 
culté, il faut lire en reseit, — - V. 825. Le ms. donne en effet descoce 
gatre. Mais qu'est-ce cela peut bien signifier? Je ne comprends 
guère non plus le vers qui suit, où M . T.a lu «»^ que je vois sur ma 
copie écrit an. — V. 837, H quide aveir chastel ou monte. J'ai lu si 
au lieu de il. Il faut lire chatel = capitale, capital. Le ms. donne 
chastel avec s pointé. 

Y. 847, c'il peire. Inintelligible. Lisez avec le ms. treispeire^ trois 
paires. — V. 848, quitance. J'ai lu quittance. — V. 854. qui ceveit 
et ne grive ou tence. Que signifie grive't II faut \irti grine. Cf. plus 
haut le V. 699. — V. 868, se conseille. J'avais lu s^escanseille, 

V. 873, Corteis, Ce n'est pas un laj^sus calami, puisque M. T. a 
reproduit le même mot dans le court sommaire qu'il a intercalé 
entre le 168® et le 169® quatrain. U est facile de rectifier cette erreur 
en se reportant au ms. 11 donne, en eflet, orzeis précédé du blanc 
que devait occuper la majuscule initiale. Mais qui ne voit que la 
lettre absente est un h et non un c? — V. 875, 6. M. T. a eu la 
main malheureuse à la fin comme au commencement de ce qua- 
train : il accentue de. qui pour lui est ici l'équivalent de Dieu. Le 
sens est des plus clairs. 11 faut mettre un point après «ermse> rétablir 



260 BIBLlOaRAPHIB 

la préposition de là où M. T. a lu Df? = Dieu, eftacer le point après 
menantiee, et rattacher ces deux vers au premier vers dû quatrain 
suivant. On remarque ailleurs d'autres exemples de cet empiétement 
d'un quatrain sur l'autre. 

V. 881. M. T. a bien» reproduit la leçon du ms., mais je ne réta- 
blirais pas ce vers comme il le fait. Je lirais aint = amet, qui se 
trouverait ainsi au même mode que mnort du vers suivant. On y 
gagnerait aussi de rétablir la mesure. Quant à ne, je le corrigerais en 
e». — V . 8S2-3. Et le anort et aiirt meesme | Se face confès en qwweime. 
J'ai lu VemoTt et a lui meesme, clc. Si ma lecture est exacte, il n'y 
aurait plus de difficulté : « et à lui même se confesse. » Aûrt =« 
(idoretm^ parait dans tous les cas inadmissible. Conçoit-on que 
révoque do Rennes ait pu dire qu'il faut non-seulement honorer, 
mais encore adorer son curé, u tant en seit pesme, litt. quelque 
mauvais qu'il soit? » Que resterait il pour Dieu? -* V. 884. 11 
n'est pas nécessaire de déplacer les mois. On trouve assez sou- 
vent dans d autres poèmes le même mot répété à la rime. 

V. 885, Del gaain qu[e]il pora vevr. C'est la leçon du ms., mais 
elle est corrompue. Je rétablis ainsi ce vers: Del gaain qu'il ara 
por veir, —V. 888, avoir. J'ai lu aveir. Je préférerais lire le 4on aveir. 
— V. 891, do usv/re. Il faut corriger do en de, en ajoutant que le 
copiste substitue parfois Vo à Ve; cf.v. 766 domo == deme = desme* 
— V. 892, sas. J'avais lu aai, 

y . 893, Mainna quiram ueniose. J'avais lu ila au lieu de na, rem 
au lieu de ram, nemose au lieu de ueruose. La correction* proposée 
par M. T. me paraît bonne : Maint i a qui rien ne réuse, — V. 896, 
encasu. M. T. corrige bien en accuse. Mais je n'accepterais pas son 
interprétation de pois, que j'identifierais kpejus plutôt qu'à parum. 
« C'est encore plus mal qu'il ne le croit quand il s'en accuse au 
confessional, » Suit la plaidoirie plus embarrassée qu'embarras- 
sante de notre pénitent. « Ne féis (c'est ainsi que je corrigerais) 
pas fet convenant mes charité par avenant; c'est-à-dire, l'occasion se 
présentant (par avenant), c'est une charité que j'ai faite et non un 
véritable marché. » — V. 899, Qui la me/et. Lisez Qui la me fet = 
Qui illam mihifacit (eleemosynam) prœhendo nunc de homine, etc. 

V. 902, quill ajit,que M. T. corrige en qu'il a fet, doit se lire 
qu'il la fit (ihi fecit) . — V. 905, Miuz vodroi ge qu[e] a dreit conte. 
Ne vaut-il pas mieux lire vodroi[e] ge qu'a? Le vers y retrouverait 
sa mesure, et le verbe, son vrai mode. — V. ^V2,ferenece8te. Lisez 
ne ceste = non *cemto^ (cessât). — V. 9\^k,peleiz. Lisez avec le ms. 
peseiz. -^Y . 916, W6 leiteschars, Leit n^oiïre ici aucun sens. Lisez 
seît =i sit,r-~ V. 918, «16 de d/roe por me de aveine. J'ai lu d'aveine. 



BIBLIOaB APHIB 261 

J*accent lierais iné =« [mei\ = moi = nwdium. — V. 930, Esœmiwun" 
gier. J'ai lu escommunger. — V. 942, ^owr. M. T. n'a pas compris 
ce vers. Lisez avec le ms. pout ^=: pamt, litt.«Quomodo ante pavit, 
alterum taie postulat. » 

V. 950, Qv^ amez sor toterim, M. T. ajoute en marge: «vers faux, 
qttespar amessCf) » M. T. a raison de présenter son observation 
sous forme dubitative. Ilfaut en toutcas que et nong^we*; etpuison 
lit dans le ms. que ves, qui, étant données les habitudes du copiste, 
se résout tout naturellement en que vos, — V. 954, nul escommwn- 
gié commune. Lisez escomm/ungè . Litt. « n'ayez avec personne excom- 
munication commune • »—V. 961 , Por ce trop fol est cil qui ee plonge,» 
Je crains que l'éditeur n'ait pas beaucoup mieux lu la seconde fois 
que la première .- Du moins ma copie donne Por ce est trop fol cil 
g'm* se 2?^wnflFe, leçon qui est fort bonne. 

V. 963, aurungé. Lisez au nmge. — V. 971, La nous alointou 
rien ne deolt. Que signifie aloint f J'ai lu alout ^= ad^locet, qui est 
évidemment la bonne leçon. — V. 976, Malen osez conte novelles . 
En marge « Et non : M'a l'en osez conté. ,J » Cette lecture est la 
seule bonne, et Ton ne comprend guère l'hésitation de l'éditeur. 
— V. 987. Que l'en leist encor ce en sennes. En msTrge, « Gorrig : en- 
core {?) en sennes, » Ce passage est en effet corrompu ; ne pourrait- 
on le rétablir ainsi : Qu>e l'en leist en cort e en sennes f — V. 997, Apraz 
se tient et ccgu^eirie. En marge, k Corrige aspre (?) » Je crois plutôt 
qu'on doit lire a proz se tient et a guérie = guarie, Litt. « elle se 
tient à preuz et à bien défendue», si beaucoup de personnes se 
font tuer pour elle. Crâncrie de coquette. — V. 1004, ne li chaut 
par unpast ne trese. J'avoue que je ne comprends pas par unpasf 
ne trese. La ponctuation de ce quatrain doit être modifiée. Mettez 
un point après? avengier, et deux points après blastengier. 

V. 1010, enlaidenge. 11 vaut mieux lire enlaidenge. — V. 1020, 
confie. En marge^ « lecture douteuse. » J'ai bien lu confère = con- 
ficefre, qui. du reste, est bon. — V. 1021, Cent dahez cel w qui ment. 
En marge, « Qemt ait dahez. » Je préférerais cmt dahez ait. 

V. 1030, ^ar ly prophète. J'ai lu ï^.— V. 1043, rdit. J'ai \\xrdiz^== 
radicem. — V. 1050, Ettalia, . . qui sei meime ôcit. En marge^ a Corrig. 
que.^y La correction proposée est fautive. La bonne leçon est celle du 
ms. — V. 1051, Quant son effa/nt ocire guide. J'ai lu quid£=sscogitat, 
ce qui est la bonne leçon. — V. 1054, tanoille. Et en marge, « Conoille. » 
Le ms. donne traoille, de iraoiller, dévider. — V. 1070, Et dit que 
la crosle [li] peille. Je corrigerais autrement : Et dit quel a [la] crosle- 
peiUe, litt. la tremble-linge, c'est-à-dire le frissoii \ peille. ici, linge 
de corps . 



262 BIBLIOGRAPHIE 

V. i1i8, //m^ Le ms. donnant^/, il fallait mettre s entre oro- 
chets. — V . 1 1 r)4, n'enteis. Je lis nen teif* = non inâe taceo. — V. 1 161 . 
cenemen. Je ne sais pas ce que sicrnifie ce mot. J'ai lu ornement, — 
V. il73, Leié se sunt toz rom lor semble. J'ai lu Joie sefunt tant con 
lor semble. — V.1174, e^treise. Lisez es treise. — V. 1185, Etli mariz, 
si corn le quit. Le ms. porte en effet le quit; mais, si le devait être 
maintenu, il faudrait que quit eût pour sujet li mariz et fût à la 
3« personne de l'indicatif présont, et alors on devrait lire gwwie. 
Mais, comme la forme quit = cogito ( et non cogitât.) est garantie 
par la rime, le plus sûr est de corriger le en je, et de lire si con je 
quitssut cogito, formule explétive assez usitée. 

V.1198, Gages prennent et gages ba[a]illent. Double faute contre le 
sens et contre la mesure. Ici baillent ^== donnent. — Y. 12i7, Emit^ 
' J'ai lu emiz. — V.1223, lijovenor. C'est la bonne leçon; mais le ms. 
ne porte-t-il pas li plus jovenorf Dans ce cas, il aurait été bon de 
l'indiquer en note. — V. 1236, j'avais lu ert eles. — V. 1246, qu'el 
descire. J'ai lu Ou el, qui est préférable. — V. Qui â/rèitjuge en toi 
endreit. En marge, « Gorrig. que — foafcfw^ei».» J'avais lu toz endreiz. 
Je ne vois pas pourquoi il faudrait substituer que à qui, — V. 1296, 
quar qui. J'ai lu 'qu^ qui. 

V. \3\^f de leu tant triste. J'ai lu do leu tan . — V . 1 321 , S. Estemire. 
Le m. donne Estenvre. — V. 1327, Toz les sainzdans le Dé demaine. 
J'ai lu Damledé demeine, ce qui est la bonne leçon. — V. 338, Es- 
temwre. C'est le nom de l'auteur. Sans correction ni observations 
marginale. Le ms. donne Estenvre- 

A. BOUCHEBIE. 



Li Chevaliers -as deus espées, alifranzœsischer AbenteuerromaD zurn 
érsten Mal herausgegebenvon WendelinFœrsler. — Halle, Lippert'sche 
BuchhandluDg (Max Niemeyer), 1877, in-80, lxiv-429 pag. 

M. Foerster, à qui la philologie romane doit Richars li biaus, li 
Dialoge Grégoire h pape, Aiol etMirahel etElie de Saint- Gilles, vient 
de faire paraître li ChevaUers as deus espées, poème de 12353 vers 
octosyllabiques. Cette importante et savante publication a été ana- 
lysée dans le plus grand détail, et avec une rare compétence, par 
M. Adolf Mussafia. Je n'ai presque rien à ajouter à l'article si soi- 
gné du célèbre romaniste, etje me bornerai à l'énoncé des quelques 
observations que j'ai pu glaner après lui. Y. 634, trop court d'une 
syllabe. Au v. 940, deschire rime avec lui-même, et l'éditeur se croit 
obligé de lui substituer empire. Cette correction n'est pas nécessaire, 
puisqu'on retrouve,, non très-rarement, la même partie ulï^rité dans 



BIBLIOGRAPHIE 263 

d'autres poèmes. V. 955, Si li aient tuit: « Bien veigniés! » Ms. Si 
Il dient: «Bien veigniés vous». Il vaut donc mieux ne pas ajouter 
tuitj et se contenter de placer vo«s avant veigniés. C'est ainsi, du 
reste, que M. F. a rétabli les v. 1070 et 1115, en remettant en leur 
lieu les mots déplacés par le copiste. V. 1009, où maintenant rime 
avec lui-même : observation analogue à celle que j*ai faite sur le 
V. 940. V. 1972, il suffit, pour supprimer la difficulté, de lire un 
glave et de ne pas élider la devant hance, V. 2966, le ms. donne de 
vieSjque l'éditeur corrige en de vie. La bonne leçon est celle du ms., 
de vies = dévêtus, pouvant former une locution dont le sens •de- 
puis longtemps » conviendrait parfaitement à ce passage. V. 3385, 
en lisant en au lieu de eu, on peut laisser la leçon du ms. Car en ot 
de morir paor. V. 3605-6, pour faciliter l'intelligence de ces deux 
vers, ne suffit-il pas de les transposer? V. 5803, M. Mussafia en 
rapproche le v. 7706, Et vait sonfrain espreronant, et ajoute :« N'est- 
il pas remarquable que deux fois frain se rencontre là où l'on at- 
tendait « cheval » I » C'est en effet une singulière coïncidence, qui 
semblerait indiquer que frain est ici le second terme du composé 
palajrenus, palefroi (ital. palafreno), dont il aurait conservé le sens. 
V. 6146 (notes). J'ai déjà eu occasion d'obserrer {Eev, deslang, ro- 
manesy 2* série, t. II, p. 45) que enquetume ne venait pas directement 
de inquietudinem, mais de *inquietitudinem, la dentale médiale latine 
ne subsistant plus alors dans l'orthographe. V. 11776-7, je lirais 
Ki[ot] gra/ntjoie et gra/nt déport \ De son ami h'ele veoit, 

A. B. 



Quatre Almanachs en langue d'Oc, en 1877. — Armana prouoençau 
pèr lou bel an de Dieu 1877, adouba e publica de la man di felibre ; en 
Avignoun, Roumanille, in-l2, 1 12 pages.— Caiandan català del any 1877, 
colleccionnat par F. Pelay Briz; Barcelona, estampa de la Renaixensa, 
in-12, 148 pages.'-— Armana de Lengadô (ancian Armagna Cévenôu) pèr 
lou bel aa de Dieu 1877 ; en Aies, BrugueiroUe, in-12, 96 pages. — 
La Lauseto, armanac dal patrioto lengodoucian. mitai francés, mitât 
lengo d'oc, per Tan 1877; Toulouso, Charles Brun, in-12, 200 pages. 
(Suite.) 

Autant V Armmta prowvençau reste purement littéraire, autant 
celui de la Lauseto affecte des préoccupations différentes. Son but, 
tout à fait actuel par certains côtés, ne l'est pas entièrement par 
d'autres, en ce sens qu'il se rattache à une pensée de revendication 
albigeoise. Ces pages enfiévrées où 3e catalan, l'espagnol, l'italien, 
le français, le roman des troubadours, le provençal et le langue- 
cien,*se coudoient, sont animés par un sentiment exprimé partout 



264 BIBLIOGRAPHIK 

avec une ardeur de haine qui a de quoi surprendre, à six siècles 
et demi de distance des faits : la malédiction de Montforl et des ar- 
tisans de la croisade dont il fut le chef. Le vainqueur passager 
de Muret acquiert aux yeux de quelques-uns des collaborateurs de 
IsiLauseto une importance que l'histoire ne peut lui reconnaître. 
Toutes les ressources du symbolisme poétique sont épuisées autour 
de sa vie et des souvenirs de la lutte qu'il provoqua, lorsque, sans 
paraître abandonner le rôle de chef militaire des croisés, il prit au 
fond celui de conquérant, s'efforçant de réaliser à son profit 
Tunité territoriale du Midi: Guiraude de Lavaur, précipitée dans 
ua puits au mois de mai 1211, devient la figure de la langue d'Oc, 
jetée au profond de Tabîmeet reparaissant maintenant sur les eaux, 
belle de sa jeunesse éternelle ; une épée trouvée sur les lieux où 
prêcha saint Dominique est un motif à développements d*un ordre 
presque semblable : dressée en pleine clarté, affreuse et nue, le 
poète — il s'agit de M. Fourès — y reconnaît avec colère le signe 
de la croisade. Et des vers magnifiques de couleur et d'originalité 
comparent alors ce glaive maudit à une vipère étonnante, se tordant 
dans Tazur du ciel, toute venimeuse et jalouse : 

Lebado dins le plan esolaire, 
Orr' 6 nudo, englasisses Faire 
Goumo pèr anno^ncia 'n mal-ur ^ 
Semblos udo serp miraclouso 
Que bes le soulelh e Tazur ' 
Se tors embrimad' e gelouso. 

Ailleurs, c'est le grand laboureur, le semeur de paroles albi- 
geoises, qui, au soleil du soir, mène par le champ une paire do 
vaches blanches dont le front touche le faite des plus hautes bran- 
ches. Sa chanson hardie retentit de Béziers à Toulouse, prophé- 
tisant, en vers admirablement jetés, une abondante moisson de 
vaillants : 

a galgo, tas regos saran ^ 
Linsos coumo de fossos ; 
Soum, soumtelauran 
Per boulega las ossos, 

Belos custodios de balents, 
Subresantos relicos 

De grandis doulents 
E d'armes erouïcos, 

1 Le mètre du Grand Lauraire est celui de la chanson populaire, 
Quand le bouiè s'en ba lawrà. 



BIBLIOGRAPHIE ?65 

Coumo de blats renaisseraii 
En bouno terro negro, 

Pèi canounaran 
Al soulelhet qu'allegro. 

O joio ! las beiren mounta 
Pla berdos e fulhados 

A bous encanta ; 
Saran lèu espigados. ... 

Sego, sego que segaras ! 
r aura belo garblero : 

Ja boulingaras, 
O roui i eu, dins l'aiero l 

Rodo, pelegri; bufo, sers, 
Bufo bolbos pes aires; 

E tu, gra ' sters, 
Es tems que t'amouiitaires ! 

Mais ces inspirations si vives, si originales, qui, pour être placées 
à côlé des plus parfaites de la Provence moderne, no réclame- 
raient souvent qiie le sacrifice de quelques détails, ne vont pas 
sans des écarts inséparables de toute pensée poussée hors de ses 
limites naturelles. On peut se demander si, malgré les vers sui- 
vants : 

Qu'ai jioum d'aquel bictourious {de Montfort)^ 
Sannen las plagos ancianos ! 
Qu'el mîu cor pâte, furious ! 

le rôle du médecin n*est pas de fermer les plaies plutôt que de les 
agrandir et de les envenimer La vérité historique, qui est un des 
fondements de la vérité poétique, souffre aussi bien des atteintes 
dans VArmanac d^ la Lauseto. Les paroles placées sur les lèvres 
d'Innocent III (p. 85) sont en complète opposition avec les écrits, 
les lettres et les traités de ce pape, avec ce que la Chanson de la 
Oroisade albigeoise rapporte de ses dispositions. Montfort lui même 
devient, par un procédé de versification familier à Victor Hugo, 
une buse (p. 39) et un r^etonde guivre (p. 85), dissonnances malheu- 
reuses au double point de vue dîB l'histoire et de la poésie. Enfin 
nous trouvons çà et là divers contes provençaux et languedociens 
(l'AngeluSj las Madonoa, lou Teslemoni) d'un ordre tellement bas, 
qu^on a le droit de s'étonner qu'ils aient été admis dans les pages 
de la Lauseto . 

Les légendes — je ne sais si on Ta remarqué — ne surgissent pas * 
seulement aux époques primitives : elles se forment aussi aux épo- 
ques savantes, et acquièrent un développement d'autant plus in- 



266 BIBLIOGRAPHIE 

tense qu'un plus grand nombre dé pjBrsonnes contribuent à les faire 
naître et à les accréditer. 

Je ne voudrais pas exagérer la portée de cette observation; toute- 
fois il me semblerait que quelques-uns des détails qui précèdent 
attestent autour des premières années du XIII^ siècle un travail 
de formation à demi historique, â demi légendaire, des préoccu- 
pations qui vont jusqu'à faire bénéficier Thérésié albigeoise de 
sentiments et d'idées modernes. Ce travail de formation procède 
directement d'Edgar Quinet et de la trop poétique Histoire des Al- 
bigeois de M. Peyrat, C'est à ces deux écrivains qu'il doit ses ten- 
dances politiques et religieuses, son langage passionnément exa- 
îïéré et, s'il est permis d'ainsi parler, ce luxe de métaphores et de 
-formules supplidaires qui eut sa période de succès de 1835 à 1855. 
Un autre de ses caractères consiste a attribuer au seul et unique 
résultat de la lutte de 1209 1229 la décadence de la langue du Midi 
et la disparition de sa littérature. De cette affirmation, bien an- 
térieure à la légende elle-même et encore générale aujourd'hui, 
M. Fourès est l'écho dans ces vers de VEspaso del sècle tretcen: 

Mountfon, que falquetet raujous. ' 
Nostro lauseto pouèsio. 

En fait, la langue des troubadours n'était pas celle du Languedoc 
et de la Provence. Originaire du Limousin*, elle dut au talent de 
ses poètes d'être adoptée, non par le peuple, qui ne la connaissait 
guère, mais par la féodalité méridionale, par les barons naturels du 
Midi, selon l'expression de la Chanson de la Croisade albigeoise. 
Toutes proportions gardées, elle fut pour le premier, comme pour 
les seconds, ce que serait aujourd'hui le parler d'Avignon et des 
bords du Rhône, si les circonstances qui, à Textérieùr de la Pro- 
vence, l'ont fait souvent employer par MM. de Quintana, Bala- 
guer, Bonaparte-Wyse, Gabriel Azaïs,Paul Barbe etCharvet, ve- 
naient à se généraliser et à devenir communes à tous les poètes 
de la langue d'Oc. Le limousin n'avait donc rien saisi de la vie des 
dialectes populaires qui, à Toulouse, à Garcassonne, à Marseille, à 
Béziers, se partageaient les populations. Son existence, tout arti- 
ficielle, fut en outre menacée de bonne heure par la direction, en- 
core plus artificielle, que subissait la poésie méridionale. Aussi 
la décadence devait-elle être précoce et obligée. Elle se manifes- 
tait nettement au commencement du X1II« siècle. Si, après 1250, 
la langue des troubadours dépérit d'une manière visible, ce n'est 

* Je ne puis mieux faire que de renvoyer à la Grammaire limousine 
de M. Camille Cbabaneau. 



BIBLIOGRAPHIE 207 

pas par ïe fait de Simon de Montfort, mais parce qu'elle avait 
épuisé ses chances de vie ; parce que ftdiome du petit nombre de- 
vait forcément disparaître devant celui du plus grand. Et ce qui, 
mieux que nulle démonstration, prouve que la Croisade n'influa que 
d'une manière secondaire sur le déclin de la littérature des trouba- 
dours, c'est que le Limousin, demeuré à l'abri des événements qui 
troublèrent si profondément le Languedoc, ne la conserva pas plus 
longtemps que lui. L'abandon qu'Amaury de Montfort fît de ses 
droits au roi de France, le rétablissement de Raymond Vil, tous 
les essais de restauration littéraire imaginés un peu plus tard, ne 
lui rendirent pas une parcelle de vie. 

On voit par là combien les faits enlèvent de valeur à la vérité 
poétique de quelques-unes des pièces de la Lauseto. Est-ce à dire 
qu'il n'y ait rien de sérieux dans le mouvement qu'elles sont ve- 
nues dévoiler inopinément'? Préjuger en cette circonstance est 
délicat, et cependant nous inclinerions à pencher vers la néga- 
tive. Pour parier le langage de MM. Peyrat et de Ricard, et à 
supposer qu'on fût certain de la déterminer avec précision, la doc- 
trine albigeoise ne serait aujourd'hui qu'une des formes de la 
mort. Quelque admirables qu'ils soient, Tes anathèmes lancés contre 
Simon de Montfort et les promoteurs de la croisade méridionale 
ne paraissent pas non plus destinés à alimenter longtemps la 
littérature languedocienne. Et la raison en est simple: de tous les 
sentiments que peut éprouver le cœur de l'homme, de tous ceux 
auxquels la poésie peut s'inspirer, la haine est le plus inférieur et, 
par cela même, le moins persistant et le moins fécond. 

L'emploi fréquent de la prose distingue encore VArmana de la 
Lauseto de VArmxma prouyençau. Parmi les pages qu'il renferme, 
j'aurais mauvaise grâce à ne pas mentionner des fragments d'une 
pièce écrite avec un charme et une harmonie bien rares. Datée 
de Gastelnau-le-Lez, près Montpellier, elle présente des caractères 
aujourd'hui peu communs, et qui, par cela même, nécessitent une 
explication préliminaire. 

Au moyen âge, la langue des troubadours et les idiomes popu- 
laires du Midi s'accordaient à figurer para la finale du singulier fé- 
minin, et par ««celle des pluriels. Cette règle, assez généralement 
suivie jusque vers 1575, époque à laquelle des habitudes con- 
traires s'introduisirent, n'a pas été sans conserver ses fidèles aux 
trois derniers siècles, même dans les pays oii la finalo o était et 
est encore en usage*. Telle est la particularité dont témoigne la 

* Entres autres Pey de Garros, Fabre d'Olivet, Gastil-Blaze et môme, à 
certains égards, Honnorat. 



268 BIBLIOGRAPHIE 

pièce intitulée : Migrana, Son langage, qu'il ne m'est pas possible 
fie .classer avec précision, doit néanmoins se rattachera un des di;;- 
lectes parlés dans le département de l'Aude, région que Taffai- 
blissement de la finale traditionnelle a presque entièrement acquis 
àl'o: 

« Que lous aimi, tous iols, Migrana ! tons iols tant nègres e clars 
jout sas cilhas amourousas : me retrasou noste Lez, ounte raja, 
eiçabal, escur e linde, belament adumbrat pel rebal franjous de 
l'enmoiirescarella pineda. 

» Gouma loui de ma fedamouretta, soun blouses, tous iols, e mai 
qu'els bouns eafinats, poulida! Quand fas goutejà dins loui mius 
soui regards aurins, senti se gallinà ma pel... e noun sai pus de 
que te dire alara, Migrana 

» Quand auboures tas manettas bès la greba miougrana aue te 
fai lingueta e que noun poudes agafà, me seniblou louiprims detous 
aremoulits, de broutons de pan ta-cousta aujunenc rai adreitats . 

» E n' una miougrana, ne sies-tu pas una, Migrana? Sies-tu pas 
daurada e alecarella autretant qu'ela, alara que s'amadura? Pla 
qu'ela, alara que s'escautela e creba,es pas toun brabe pichot cuer 
granat a confie de suabas frescuras e de ridoulentas douçous,dount 
sioi tant cobeitous 1 • 

» E quand auriousa bendemiarella , quoura t'açates, quoura 
t'adreiies, pioi mai t'acates, per culhî la goustousa gaspa, en près 
n'arrecourdes las grailas cibadas, tant moubedissas e tremoula- 
relias que, pèrun respîr d'aucelet, fibloun 

» Et ta bouqueta, Migrana ( ô ta bouqueta ! que sas polettas dents 
blanquinellas fan clafida de clar jaussemî), escouta! — A raoun 
bejaire, noun deuriès jamai t'adourmî jost una nisada, car, de se- 
gur, Tauceir à la cerca de lequisas per apapaissounà soui ninarels 
bolariô dreit à tai labras, e las picoutejariô que picoutejaràs, pecaire! 
cuidant de troubà de sabourousas cassanelas, tant redounellas e 
pourpradas e lusentas couma soun l.... » 

Migrana est signé du pseudonyme de Duldordla^, 

{A suivre,) Alph. Roque-Ferrier . 

' 1 II faut louer, dans les pièces en prose de M de Ricard, l'application 
la plus exacte que l'on connaisse jusqu'ici — et ce n'est pas là un petit 
mérite — de la règle des doubles formes que je signalai au commence- 
ment de l'année dernière [Bévue, n" de janvier-avril) . 



PERIODIQUES 269 

Sur un passage de la Charte du pays de Soûle, publiée dans la 

Romania (V, 371) 

J'ai proposé, avec doute, dans un précédent numéro de la 
Revue (X, 278), de traduire par nièce le moinaese, qui se lit 1. 28 de 
cette charte. M. Meyer {Romania, VI, 152) repousse ma conjecture 
par une simple fin de non-recevoir, en me renvoyant à Du Cange, 
qjui enregistre nassa au sens de pêcherie. Mais cette signification 
convient-elle? Si le mot nassa signifie ici pêclierie, il ne peut être 
qite régime, et quel sera alors le sujet de ave dadef La phrase 
serait on ne peut plus embarrassée et incorrecte*. Au contraire, 
tout va le mieux du monde, si Ton fait de nasse le sujet du verbe. 
Maintenant, que nasse puisse être traduit par niècé, c'est ce qui ne 
paraîtra nullement impossible, si l'on remarque que la forme nessa 
existe en provençal. Le copiste aura transposé les deux voyelles 
ou simplement substitué, dans la première syllabe, un a à un e. 
On a à 1. 25 un exemple de la faute inverse: certa pour carte ou 
carta 

Puisque cette occasion m'est offerte de revenir sur l'intéressant 
document dont il s'agit, je ferai encore une remarque sur un 

autre passage. L. 3 : « hers los autres barons. »I1 y a dans le 

ms., dit M. M., non pas hers, mais hère ou hert. Bere paraît impos- 
sible, mais hert est très-bon. C'est une forme (et de même vert, 
deoert, envert) donth^s exemples abondent dans les textes gascons, 
(le la Dordogne aux Pyrénées. , , 

G. C. 



PÉRIODIQUES 



Rivista di litteratura popolare. — Vol. 1. — Fasc. 1. — 
Recueil tout nouvellement fondé par M. Francesco Sabatini,^ à 
Rome. Dans une courte et chaleureuse préface, M. F. S. expose 
son programme et celui de ses collaborateurs, MM. G. Pitre, Mas- 
pons y Labros, G Ferraro, Th. Braya ( Chants populaires de la 

* Ao^ses, dans cette môme phrase, que M. Meyer interprète sans doute 
hahuisset sibi, serait avantageusement corrigé aossen. Peut-être devrait- 
on écrire ao^^e^ 11 faudrait alors, sous letrencuda (corrigé tiencuda)d\i 
ms., cherchera retrouver un substantif signifiant quelque chose comme 
opposition. 



270 CHROMIQUE 

Galice), etc. — P. 9. F. Sabatini, Canti popolari romani, Intro- 
duzione. Canti politici, M. F. S. a recueilli jusqu'aux chants de 
toute récente formation (sur Garibaldi, le roi Victor-Emmanuel). 
— P. 32. G. Pitre, Gesti ed insegne del popolo siciliano. Étude sur 
la mimique sicilienne. Les hommes du peuple, en Sicile, ont l'in- 
telligence si vive et sont tellement aptes à Timitation, qu'il leur 
suffit d'un regard, de quelques gestes, pour se comprendre et dia- 
loguer entre eux sans le secours de la parole. M. G. P. décrit quel- 
ques-uns de leurs gestes traditionnels, en donne la signification 
ainsi que l'historique. — P. 44. Maspons y Labrôs, el Dia de Di- 
ftmtos. Notice sur le jour des Morts, en Catalogne, adressée à M. G. 
Pitre, et analogue à celle qu'il a déjà publiée sur la célébration de 
cette solennité religieuse en Sicile et sur les coutumes populaires 
qui s'y rattachent. — P. 55. G. Ferraro. XVI* Canti popolari délia 
bassa Romagna. M . G. F. aurait bien dû indiquer plus nettement 
la mesure des vers qu'il pubhe. Ainsi, pour ne prendre qu'un 
exemple, le lecteur est assez embarrassé pour retrouver le véritable 
rhythme de la chanson no 3 (Za Ragazza onesta). Le second vers 
de chaque strophe a tantôt neuf, tantôt huit syllabes ( stc 2, v. 2, 
huit syllabes; de même à la str. 8, v. 2). Pour le quatrième vers 
de chaque strophe, l'incertitude est encore plus grande. Dans 
la première strophe, ce vers a huit; dans la seconde, neuf; dans la 
troisième, dix syllabes, etc. Comment s'y reconnaître? — P. 69. 
Varietà Le Iscrizùmi su i mûri (F , Sa.ha.iim ) , — P. 73. Bihlio- 
grafia. — Nous souhaitons bonne chance à la nouvelle Revue, 
qui, d'ailleurs, s'annonce sous les meilleurs auspices. 

A. B. 



CHRONIQUE 



Dans la séance générale du 21 mai dernier, à Avignon, le Félibriga 
a décidé que sa réunion de l'année 1878 se tiendrait à Montpellier, 
le mardi de Pâques, et qu'elle coïnciderait avec les fêtes et le con- 
cours du Chant du Latin. 

Le prix de Jacme le Conquérant, offert en 1875 à la Société par 
les poètes provençaux, devient ainsi le prix du Félihrige, 11 sera 
décerné, comme on le sait, à l'auteur de la meilleure œuvre envers 
(poëme, drame, ode, etc.) sur un fait ou une période quelconque 
de la vie du roi d'Aragon. Tous les dialectes de la langue d'oc, et 
d'abord le catalan, sont admis à concourir. Le Félihrige se pro- 
pose de suivre, en cette circonstance, l'usage encore en vigueur 
aujourd'hui aux Jefux floraux de Barcelone, c'est-à-dire de donner 



CHRONIQUE 271 

au poëte dont l'œuvre aura été couronnée îe droit de choisir 
la rdne de la fête et de recevoir d'elle la pervenche d'argent in- 
scrite sur le programme du Concours de la Société pour 1878. 

C'est encore le mardi de Pâques que la coupe votée par les Pro- 
vençaux, dans la. réunion du 21 mai 1876, sera solennellement 
remise aux Catalans. 

Nous ne doutons pas que la ville de Montpellier ne tienne à 
honneur de recevoir comme il convient lés hôtes si nombreux 
qui lui arriveront alors de Catalogne, de Provence et d'Italie. 






Société abchéologiqub de Béziers. — Le Concours annuel de 
l'Ascension a été cette année-ci très»brillailt.Une pièce de M. Er- 
nest Challamel, hu Blad, y a obtenu le rameau d'olivier. M. Mar- 
telly, notaire au Perthus, et l'abbé Joseph Roux, ont eu deux mé- 
dailles d'argent, MM . Auguste Verdot, Louis Astruc et Vidal, de 
Quarante, des médailles de bronze. Le rapport de poésie néo- 
romane a été lu par M. Donnadieu. 

Le banquet, auquel assistaient MM. Bistagne et Marins Bour- 
relly(de Marseille), Camille Liaforgue (de Quarante) et Challamel, a 
été marqué par une particularité digne d'attention,, en ce sens 
qu'elle naturalise, en Languedoc, l'usage félibrique delà coupe pas- 
sant de main en main jusqu'au dernier des convives, chacun de 
ceux-ci devant prononcer un brinde, en vers ou en prose, avant d'y 
porter ses lèvres : une coupe en argent, généreusement donnée à 
la Société archéologique, par M. Bistagne, a été remplie de vin de 
Bachelery et a fait le tour de la table du banquet, après le chant 
d'une pièce de poésie composée par M .Gabriel Azaïs . 

Jeux floraux de Barcelone. — La séance solennelle des Jeux 
floraux de Barcelone a été tenue le dimanche 6 mai, à une heure et 
demie de l'après-midi, dans la grande salle du théâtre de cette 
ville et devant une très-nombreuse assistance. 
- Le rapport annuel a été fait par le secrétaire D . Joaquin Riera 
y Bertran. 

\jAny mi/ de D. Angel Guiraera a obtenu Xs, fleur naturelle, consis- 
tant, cette année, en une magnifique Azalea indica liliiflora. L'au- 
teur en a fait présent à Da Josetina Sabater d'Aldavert, qui a été 
nommée reine de la fête et quia occupé en cette qualité le siège 
d'honneur. 

Le premier et le deuxième accessit du prix d'honneur et de cov/r^ 
toisie ont été décernés à MM . .Joseph Franquesa y Gomis ( la 
Ahada à Montserrat) et Anicet de Pages, de Puig ( V Anima enpena). 

D. Angel Guimera a encore obtenu l'églantine d'or pour son 
Darrer Plant de^n Claris, et la violette d'or et d'argent pour une 
autre poésie intitulée Romiatje. Il a été proclamé immédiatement 
maître en gai savoir. • 

MM. P. Pi y Parera, Joseph Marti y Folguera et Coca y Collado> 
ont reçu divers accessits. 

Une plume en or et argent a été décernée à M . Anicet Pages 
de Puig(J. una Dona). Le prix extraordinaire de la députation 
provinciale de Barcelone a été attribué à M. H. Verdaguer, pour 
un poëme en dix chants, intitulé \'Atlantida, La lecture du Somni 



nt CHRONIQUE 

d*Iêabel,am termine cette œuvre considérable, a été faite au milieu 
d'applauaissements universels. D'après la Renaixensa de Barce- 
lone, le poëme de M . Verdaguer serait le couronnement de la litté- 
rature catalane. Celle-ci avait jusqu'ici connu tous les genres, sauf 
le plus élevé de tous : le genre épique. Elle le posséderait mainte- 
nant dans VAtlantida. La Renaixensa ajoute que l'opinion de tous 
ceux qui ont pu connaître ce poëme ne peut être plus unanimement 
favorable, tant à cause de la grandeur du sujet que de l'originalité 
de l'exécution, et surtout de l'extraordinaire beauté des détails. 

Athénée DE Forcalquibr et Société des pélibres des Alpes. Fête 
LiTTÉRAiREDD 13 MAI. — Elle a eux deux parties, l'une presque entiè- 
rement française, l'autre provençale. Par une entente où l'on voit 
une preuve de l'esprit d'intelligente concorde qui anime les deux 
associations, les[membres de Tune sont de plein droit membres de 
l'autre. M. de Berluc-Pcrussis a prononcé le discours d'ouverture, et 
il y a esquissé l'histoire fort intéressante de la maison même ou siège 
l'^^Acw^e: l'hôtel d'Eymard, qui fut, au dernier siècle, l'hôtel de Ram- 
bouillet de Forcalquier. Des mémoires de M. Charles d'Ule sur la 
commune de Voix; de M. Pelloux, sur la Durance; de M. Piauchud, 
sur les sources sulfureuses de la Laye: de M. Gonzague de Rey, 
sur le séjour des Sarrasins dans les Alpes de la Provence et du 
Dauphiné, ont suivi la communication de M. de Berluc-Perussis. 
Ces lectures ont été mêlées de nombreux intermèdes poétiques, et 
l'assistance a tour à tour applaudi un gracieux sonnet de la mysté- 
rieuse félibressede Forcalquier: Dona delà Travessa, des vers pro- 
vençaux de M. le chanoine Savy, une souneto adressée à \ Athénée , 
par'M. Gaut, \e Mariage astra de M. Verdot, que nos lecteurs 
peuvent apprécier dans ce fascicule ; un sonnet de M . Guillibert et 
diverses pièces dé MM. Alexis Guignes, Louis Maurel, le baron de 
Saint-Marc, etc. 

Pour nous servir d'un mot qui a fait, croyons -nous, sa première 
apparition dans le Journal de Forcalquier, \d. «felibrée», proprement 
dite, a commencé le soir à huit heures. Le peu d'espace réservé Ji 
cette chronique ne nous permet pas d'énumérer Jes brindes lus ou 
improvisés en cette circonstance. Nous signalerons seulement un 
discours fort remarquable de M. le chanoine Savy et une :-:avante 
étude (le M. Vidal sur l'orthographe provençale. Nous sommes d'au- 
tant plus heureux de mentionner ces deux communications, qu'elles 
renferment la confirmation des vues que nous émettions dans la Re- 
vue, en 1874 et 1876, Ire série, V, 499; 2^ série, 1,365. sur la né- 
cessité d'une orthographe qui, en étant commune àtous les dialectes 
de la langue d'oc, sans exception, respectât leurs formes dialectales. 
C'est encore la même idée qui a inspiré à M. Gabriel Azaïs et à 
la Société archéologique de Béziers le ilon d'un rameau d'olivier en 
argent, à décerner en 1878, lors du second concours triennal de la 
Société * . 



♦ * 



La Cigale vient de décider qti'à l'avepir ses membres s'assenilil^- 

' Nous ne saurions oublier à ce propos un excellent article de M. de 
Villeneuve-Esclapon, dans le Prouvençau d'Aix, n» du W avril 1ÉW7. 



CHRONIQUE 27S 

raient tous les ans, au mois de septembre^ dans une ville du midi 
de la France, et y tiendraient une grande séance littéraire et artis- 
tique. Arles a^ été choisi cette année comme lieu de réunion, et 
nous en félicitons cordialement nos amis de Paris. 

* 

Publications en langue d'oc et en catalan, travaux sun la 
POÉSIE BOPULAiRE ET LA POÉSIE PROVENÇALE, ctc. — Le Mystère pro- 
vençal de Saint-Agnès / examen du manuscrit de la hihliothèque Chigi et 
de l'édition de M. Bartsch, par M. Lécn Glédat. Paris, Thorin, in-8" 
(^Extrait de la Bibliothèque des écoles d'A thènes et de Borne ) . — Bécits 
d'histoire sainte en béarnais, tradvits et publiés pour la j^emière fois sur 
le manuscrit du XV^ siècle, par V. Lcspy et P. Raymond, tome II. 
Pau, Ribaut, petit in-8o, vii-384 pag. — La Beine Esther; tragédie 
provençale, repi'oduciion de l'édition unique deilli, avec introduction 
et notes, par M. Ernest Sabalier. Nimes, Catelan, in-12, xli- 
83 pag. — James Bruyn Andrews, Vocabulaire français-mentonais, 
Nice, Imprimerie niçoise; in-12, 174 pag. — Cartabèu de Santo- 
Estello, Becuei dis ate bujîciau dôu felibrige en 1876. Nimes, Baldy- 
Rifïard ; in-8', 59 pag. — Pichoun Oufici de l'Inmaculado-Councepcien 
de la Vièrgi Mario, adouba delà man de l'abat A. Bayle. Avignoun, 
Roumanille ; in- 16, 24 pag. — Bonaparte- Wyse, Sounet^ à Teodor 
Aubanel, Plymoulh, Keys, in-8®, 2 pag. — [Gabriel Azaïs] Lou Vi 
de Bachelèri, per la félibrejado de la festo de tAscensieu. Béziers, 
Imprimerie générale ; in-4o, 4 pag. — L. Roumieux, la Félibrejado 
d'Areno, remembranço dôu 28 d'avoust de 1876. Nimes, Baldy-Uif- 
fard, in-8o, 28 pag. — De Tourtoulon, la Lauseta, sounet à Madama 
L,'S, de Bicard. Nîmes, Baldy-Rillard, in -8», 4 pag. — Vernhet 
père,d'Agen (Aveyron), Poésies patoises. Rodez, de Broca; in-12, 
Gl pag. — De Tourtoulon, Discours prounounciat dins l'assemblada 
generala de la rnantenença, tenguda à Mou/ntpeliè, lou 25 de mars 1877 . 
Aix, Remondet-Aubin, in-8», 8 pag. — Silvio Pellico, Devers dels 
homens, parlament à un jovensà, traducciô den M, Obrador Ben- 
nassar. Palma de Mallorca, Gelabert; in-8<^, 68 pag. — Francesch 
Ubach y Vinyeta, Bomancer català, histôrich, tradicional y de Cos- 
tuma, Barcelona, Estampa de la Renaixensa; îti-8% 306 pag. — 
Bertran y Bros, é^e FhrâFlor, dotze posades d'unpoëma. Barcelona, 
estampa de la Renaixensa; in-16, 40 pag. — Rubio y Ors, Brève 
resena del actv>al renacimiento de la lengua y literatura catalanas, 
Débese â la influeacia de hs modemos trovadores provenzalesf Memoria 
escritapara laBeal Academia de Buenos Letras de Barcelona. Barce- 
lona, Verdaguer, 98 pag. — Maspons y Labros.Pe?- las Bodas del 
distingit escriptor sicilià Dr. Joseph Pitre ab la senyoreta Donya 
Francisca Paula Vitrano. Barcelona, estampa de la Renaixensa; 
in-12, 15 pag. 



♦ • 



Poésies et textes en langue d'og insérés en divers journaux : 

— Bitterra, caLTil^te provençale (s.-dial. d'Aix et de Marseille), par 
M. Marius BouvreWy. {Avenir national de Marseille, décembre 1876). 

— Mirabèu, ode en provençal (sous-dialecte d'Aix et de Marseille;, 
signé lou Felibre de la mar (M. Marius Bourrelly ) {la Jeune Bépu" 
blique de Marseille, 17 décembre). — Lou Gavach à lafieyradaou 

20 



274 CHRONIQUE 

Cfapflw, poésie languedocienne par M. Charles Gros {Petit Midi^ de 
Montpellier, 31 décembre 1876). — En lisant. La langue patoise à 
Toulouse^ il y a six cent soixante-sept ans. Reproduction, d'après 
V Histoire des Comtes de Tohse, de Catel, p. 262-263, du texte tou- 
lousain des décrets rendus à Arles, en 1210, contre Raymond VI, 
comte de Toulouse. Article signé : Saourés Pascal (Vous ne saurez 
pas qui ) ( Messager de Toulouse, 7 janvier). — Bono Anado. Au- 
hado i gaifelihre dôu roudekt de Fo^rcauquié,l^oésie provençale (sous- 
dialecte d'Avignon ), par M. J. Anxionnax; Libre e Lïbrihoun, 
compte rendus en prose provençale, par M. A. de Gagnaud (de 
Berluc-Perussis), du Libre de Nouesto-Damo de Prouvènço, et d'un 
petit volume marseillais de M. Alfred Chailan : his Oousseous sount 
de bèsti; Nouvè et Campaneto, avec un sonnet adresse à M. Gant et 
signé M'E, dôu Lucas {Journal de Forcalquier, 7 janvier 1877). 
Ferluquets e paysans, poésie languedocienne, par M. Charles 
Gros. {PeHt Midi, de Montpellier, 21 janvier 1877. ) — Li RH e 
soun esiello, noôl provençal par M. Tabbé Millon ; Au Francès 
Vidaly per lou gramacia di « 75 Nouvè en musico » , sonnet par M . de 
Gagnaud ; Gramaci i canteiris de Calèndo, poésie signée : En S. 
Valiis Solis {Journal de Forcalquier, 21 janvier ). A Marius Bourrely, 
pèr la felibr^ado de l'Escolo de la Mar, pièce monorime en pro- 
vençal d'Aix (par M. Vidal?) {Mémorial d'Aix, 4 février ), rejïro- 
duite avec une réponse de M. Bourrelly, également momorime: 

A Fran^ Vidau, dans V Avenir de Marseille (janvier-février). 

* 

Notre ville verra paraître prochainement, sous la direction de 
MM. de Ricard et Auguste Fourès, une revue trimestrielle: la 
Patrie latine, qui a pour Dut, dit le prospectus, « d'affirmer l'idée de 
fédération inaugurée dans l'almanach de la Lauseto. » Parmi ses 
collaborateurs, nous remarquons les noms de deux députés au 
Parlement italien, MM. Quirico Filôpanti et Mauro-Macbi. 

Le prix d'abonnement est de 10 fr. Les souscriptions doivent 
être adressées à Plmprimerie centrale du Midi (Hamelin frères), à 
Montpellier. 

Une part à la langue d'Oc sera faite dans la future Revue. 



Erralia da numéro de mai 1877 



Lettres à Grégoire. — P. 187, 1. 15: tradition littérale. Lis.: tradu>ction. 

— L. 20: à ce titre. Lis.: ce titre. — P. 188, 
1. 27; diminution. Lis.: diminutifs • 

Récits d'histoire sainte.^^P, 212, 1. 16. Rétablir un t tombé au com- 
mencement de la ligne. — L. 20 : Apelar 
t* ian. Lis. apelar ti an. — L. 21 : Apelar 
t, ian. Lis. apelar t'ian. — P. 214, 1. 10 
du bas : ib. lâs. ibi. 

Le Gérant: Ernest Hamelin • 

< ■ 'I 



TABLE DES MATIERES 

DU TROISIÈME VOLUME DE LA DEUXIÈME SÉRIE 



DIALECTES ANCIENS 

Pages. 

Anciennes Énigmes catalanes. ( Mila y Fontanals. ) 5 

Trois Formules de conjuration en catalan (1397). (Alart.).. 9 

Documents sur la langue catalane (fin ). (Alart.) 173 

Mélanges de langue catalane. (MfLA y Fontanals.) 225 



DIALECTES MODERNES 

Grammaire limousine (additions et corrections à la première 

partie. ) (Chabaneau . ) 13 

Histoire littéraire des patois du midi de la France (suite). 

(NOULET . ) 57 

Chants populaires du Languedoc (suite). (Montel et Lambert.). 73 
Lettres à Grégoire sur les patois de France ( suite ). (Ga- 

ziER.) 178-230 

Nemausa. (Léontine Goirand.) 37 . 

VAlbeto, (Auguste Fourès.) 38 

Lou Rdnard e la Cigogno . ( Achille MiR . ) 39 

Li Vièi. (Bonaparte- Wyse.) 42 

Un Pantaim ( Louis Roumieux.) 44 

La Cahrieiro . (Fesquet. ) 88 

Lou Garda-mas . (Langlade . ) 89 

Un Dimenche dôu mes de mai. (Bonaparte- Wyse . ) 194 

Le Garrabiè (Auguste Fourès.) 200 

Bello Provmiero, ( Léontine Goirand, ) 241 

L(m Mariage astra. (Auguste Verdot.) 243 

Al Tustadou de Va. nie Aïban Germon. (Auguste Fourès.) 246 

Mater Dohrosa. (C: Laforgue.) 248 



BIBLIOGRAPHIE 

Anthologie patoise du Vivarais, par M. Vaschalde. (Alph. 
Roque-Ferrier. ) 46 

LasMowninetos, de Paul Félix (A. Glaize, A. Roque-Ferrier.). 48 

Traité de la formai Ion des mots composés dans la langue fran- 
çaise, par M. Daimestetor, etc. (2« article). (Boucherie.).. 50 

Die Catalanische metnsche version der Sieben Weisen Meister, par 
M. !Mussafia ( 2« article). (Chabaneau.) 105 

Recueil d'anciens textes bas-latins, provençaux et français, par 
Paul Meyer. ( Boucherie.) 106 

hi Carbouniè, par M. P. Gras ( Maurice Faure ) . . 106 



TABLE DES MATIERES Tlô 

L'Idée latine dans quelques poésies en langue d*oc, on espa- 
gnol et en catalan . (Alph. Roque-Ferrier. ) 114 

Sermoun prouvejiçau, par l'abbé Terris. (Espagne.) 121 

La Poésie provençale hors de la Provence. ( Alph. Roque- 
Ferrier . ) 124 

Quatre Almanachs en langue d'oc, en 1877. (Alph. Roque- 
Ferrier.) .127-263 

Récits d'histoire sainte en béarnads, publiés par MM. Lcspy et 

Raymond ( C. Chabaneau.) 206 

Le Livre des Manières, d'Etienne de Fougères, publié par 

M. Talbert. .( Boucherie. ) 252 

Li Chevaliers asdeus espées, publié par M. Foerster (Boucherie.). 262 

Un passage d une charte du pays de Soûle . (Chabaneau . j 209 

Périodiques. Romania . ( Alart, Boucherie . ) 1 32-21 6 

Bulletin de la Société des anciens textes français. (Boucherie.) . . 139 

He^ue historique de Pancienne langue française . (Boucherie .)...', 1 39 

Revista de archivos . (C. Chabaneau .) 140 

Rivista difilologia romanza. (C. Chabaneau. ) 1 43 

Il Propugnaiore. (C. Chabaneau.) 144 

Société historique et archéologique du Périgord. ( C. Chaba- 
neau . ) 1 45 

Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont. ( Alph . 

Roque-Ferrier.) ^46 

Jahrbuch, etc . (C. Chabaneau. ) 1 48 

Archiv fur das studium, etc. (C. Chabaneau. ) 149 

Le Musée. (Alph. Roque-Ferrier.) 150 

La Oigalo d'or. (Alph. Roque-Ferrier.) 220 

Rivista di literatura popolare. (Boucherie.) , 269 

Le Siège de Toulouse et la mort de Simon de Montfort. (- j- 

PAGNE.) ; V. 151 

Les Réunions du félibrige à Aix et à Montpellier. (Alph. 

Roque-Ferrier.) ". . . 153 

Discours et Brindes prononcés à Avignon dans la réunion 

générale du féUbrige, le 21 mai 1877 ... 249 

Chronique 65-223-270 

Errata Dtj-l 72-224-274 

Table des matières ....,/. ^7 5 



Imprimerie centrale du Midi. — Hamel in frères, 



REVUE 



DBS 



LANGUES ROMANES 



• 



MONTPELLIKB, IMPRIMERIE CENTRALE DU MIDI, HAMËLIN FRÈRES 



REVUE 

LANGUES ROMANES 

PUBLIÉE 

PAR LA. SOCIÉTÉ 

POUR, L'ÉTUDE DES LANGUES ROMANES 



Deu.3cièm.e Série 

TOME QUATRIÈME 
(t. xii' de la collection) 



MONTPELLIER | PARIS 

AU BUREAU DES PUBLICATIONS MAISONNEUVE ET O 

oe L4 aotaÈTÈ librairës-èditeobs 

•«tra i.-feniD> on ukcurs rohaxb ' 'i5, QUAI VOLTAIRS, 35 



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REVUE 



DBS 



LANGUES ROMANES 



DIALECTES ANCIENS 



■'XAA/V*- 



DOCUMENTS DIVERS 

APPARTBNANT AUX DIALECTES DU MIDI DE LA FRANCE 

(XI V® ET XV* siècles) 



I 

1361 (Dialecte de Montpellier) 

Ordre de payement, daté probablement de Montpellier k 
28 janvier 1361, adressé par P. Jacme et Garin Guilhem, ban- 
quiers ou changeurs de cette ville, à Barthélemi Thôua, mar- 
chand valencien, alors résidant à Perpignan, où il lui fut pré- 
senté par Bérenger Garau, marchand barcelonais, facteur et 
représentant de Raymond dez Pla, citoyen de Barcelone. L'ex- 
ploit de présentation, écrit à la suite de la lettre, fut fait à Per- 
pignan le 25 février 1361, en présence d'un pareur de cette 
ville et de Pierre de Bigues, marchand de Barcelone. B. Thôua 
se borna d'ailleurs à répondre qu'il ne payerait pas les 500 flo- 
rins réclamés, parce que Jacme et Guilhem n'avaient pas 
le droit de «faire change » sur lui sans une lettre de sa part, 
en déclarant toutefois qu'il était en mesure et en volonté de 
payer « en la place de Montpellier. » Cette pièce n'offre donc 



6 DIALECTES ANCIENS 

qu un spécimen de la langue commerciale usuelle de Mont- 
pellier en 1361, et je me borne à signaler, au point de yue 
de la philologie, un exemple du passage de Vs en r, alors très- 
fréquent en Languedoc, dans les mots guiras et guira, pour 
guisas et guisay que Ton peut ajouter à ceux qu'a déjà donnés 
M. Paul Meyer (/?omawia, 1875). 

Al senher En Bertomieu Toua ho a sas (sic) companhos a Perpinban 

sien dadas (m dorso). 

Al Senynher En Bertomieu Toua, P. Jacme e Guarin Guil- 
hem, salutz. 

Fam vos, senher, asaber que nos auem aisi fag cambi am En 
Franss. Ramis de sine sens floris de Perpinhan, los quais nos 
ha donatz aisi, los quais li deuem far donar a Perpinhan x. jorns 
vista la letra. Per que, senher, nos vos preguam que vos vulhas 
pagar per nos a'N Bereng. Guairaut per lo dig Franss. Ramis, 
X. jorns vista la letra, los sus ditz V^ florins de Perpinhan. 
E preguam vos que non hi aga falha, car vos nos donas gran 
dan e gran vergojna, quar sertas nos non agram près aquest 
cambi sus vos, si non fos mais que vezem que so que nos pro- 
metes non aues atendut : car vos nos prometes que, passadas 
festas, vos nos trametrias so que nos degras, e pueis non nos 
aues trames diner. Nos ho auem dig a'N P. Donat, lo quai nos 
a respondut que non se'n enpachava, mais que ho acssem am 
vos. Per que, nos vos preguam caramens que, en totas gui- 
ras, vos fasas compliment als sus dit^ V^. floris que deues dar 
per nosa'N Bereng. Guairaut, en guira que nos no'n prenham 
ni dan ni vergonja; e preguam vos que la resta que nos dévies, 
que son pus de V*^. floris, aisins quant podes vezer en lo comte 
que es entre nos e vos, que nos los vulhas trametre, car mot 
gran tort nos en faies. Si nos podem res fàr per vos, mandas 
nos a vostre plazer, e nostre Senhor vos tenha en sa garda. 
Fâchas a xxviii de jenoier. 

(Archives des Pyrénées-Orientales. - Notule de Guillaunio 
Gaulasses, ann. 1361). 

II 
1370 (Carcassonne?) 

Johan ou Johanet Del Sol, juper (tailleur) de Perpignan, 



DOCUMENTS DIVERS 7 

mourut en 1370. L'inventaire de ses biens, dressé le 30 aoû 
de la même année, est entièrement rédigé en catalan et con- 
tient un état des meubles et vêtements trouvés dans la maison 
du défunt, des objets mis en gage, et un état de créances qui 
indiquent pour maître Del Sol une riche clientèle parmi la 
noblesse et le haut clergé du Roussillon. J'y vois, entre autres 
articles : una capuxa de seda en la quai ha xii botos d'argent 
sobre daurats, que son de masestre Johan, joglar de Paris, ab 
una flauta, sobre que lo dit testador li presta vi florins. On a joint 
à Tétat des créances un certain nombre de billets originaux 
de commandes ou de reconnaissances, et T acte ajoute: igno- 
ramus uti^m ista débita sint soluta vel non. Cinq de ces re- 
connaissances, ou albaranSy sont de Bertrand, abbé de Saint- 
Michel de Cuxa (diocèse d'Elne), dont Torigine et le nom de 
famille me sont inconnus ; mais il est évident qu'il n'était ni 
RoussiDonnais ni Catalan, et la langue de ses billets semble 
trahir le dialecte des environs de Carcassonne. Mais, par suite 
sans doute de son séjour en Confient, il s'était à peu près plié 
à la langue du pays, et il y a dans ses billets autant de catalan 
que de languedocien. Je n'en donnerai donc que de courts 
extraits, en me bornant à mettre en italique les formes étran- 
gères au catalan du Roussillon. 

Johanet, donats al Bort i. jupo, carjofe vos pendre en 
compte, aysi com es[en]pres entre mi e vos. E per so que 
mils me'n cresats, fas vo'n aquest albara scrit de la ma mia. 
Dieus sia ab vos 

Johanet, trameti't lo Bort portador de la présent, al quai 

voel que dones i. jupo bo e de bon fustani, et que'// dones las 

faussas. Item que'// dones la suo opolando. Item que'/ dones 

las mias cau[s]sas, E sapias que dimecres sira a Perpinya /e vi- 

cari, si Dieus plats, per pagar les * cadisses, e per so que mills 

me'n cresas, fas te aquest albara scrit de ma ma, aysi com es 

enpres entre mi e tu, e sagelat de mon sagell. Dieus sia amb 

tu. Dades a SentMiquell le derrer dimenge de julii. B. abat de 

SentMiquell. 

(Archives des Pyrénées-Orientales. — Notule de Pierre Tort, 
notaire de Perpignan, année 1370.) 

^ Cadisses est masculin ; en catalan, on aurait écrit los. 



s DIALECTES ANCIENS 

III 
1380 (Narbonnais) 

Le testament suivant, d'un habitant de Perpignan, fut écrit 
par quelque scribe du Languedoc, probablement du Narbon- 
nais, sur une feuille détachée que le notaire annexa à son re- 
gistre, où il s'est borné à rédiger Tacte en latin . Je mets en ita- 
lique les mots et les formes étrangers à la langue catalane. 

Quoniam nullus...ego Bertholomeus Dossous de Perpi- 
niano... Permierament aordeni mon testament e prenide les 
mieys bens x. liuras de Barsalonesetz, e fau los miyeus mene- 
[me]zadors En P. Pascale mastre P. Orhs barber *, los cals 
sian tengutz de pagar las leysas dins la novenà; etz elegési 
ma sepultura devant la porta mayor dé les Frayres Menors 
denant la gléysa la on éles se volran daquesti dos lôhcs ; he 
leysi a qascu de mos mena[me]zadors x. s. — Item lejsi a 
reparar lo cap de la capela déls angils.x, liuras; volt que les 
ditz menesadors sian abries, e que, si les frayres hi metian con- 
trast, que sian de [la] obra de Sant Johan.— Item leysi al rec- 
tor de Sant Matieu v. s, — Item leysi a vm.capelas que sian a 
la mia sepultura, a cascu xu. d; al diache vi.d; a mi. enfana 
d'aqueles que venran am los capelas, a cascu ii. d. 

7/emleysi a mastre P.Riu x. s; a la obra de san Johan,de Sant 
Matieu, de la Rial, de Sant Jàcme, a cascu xii. s; a les im. 
basis de les paubres de les un. perro [quias] a cascu ii. a les 
mi. ordes de paubretat he a les un. ordes de las donas, a cascu 
n. s. 

Item per vni. seris, cascu d'una liura, que servescan a.\B, mia 
sepultura xxv.s. 

Item leysi àna Bertolmiva fila d*En Bertolmiu Selarer, fil- 
lola mieua v. s ; a Na Girauda, fila del balle de Polestres, 
filola mmax. s; àN.P. Johan, co[?n] payre mieu, las milors dos 
9'aubas que jeu aya, per amor de Deu. 

Item leysi a na Chatarina fila d'En Perpinya Comas fllola 
mieua v-s; aNa Ramonda Masona leysi x. s. 

1 Le testament lalin porte P. Ofts harberius. Le mot harber est ajouté 
de la main du notaire. 



DOCUMENTS DIVERS 9 

Item leysi per pitansa a les frayres Menors lo dia que jeu 
me more x. s; leysi per la fi de la confrayria de Sant Johan 
II. s; lejsi a xxx. capelas que canten per la mîa arma lo dia 
de la mia sepultura, qui frayres, qui capelas seglars, a cas- 
cu XII. d. 

Item voli que les menazadors no sian tengutz de rede comte 
ni al birbe, ni a hom per el, ni al ofecial, ni a hom per el, ni 
a neguna presona del mon; meys qu'en puscan fer a tota lur 
volontat, confisan de lur lialtat. 

Item leysi heyretiera Na Grazida moler mieua, que sia ten- 
guda de pagar totas mas (eysas he totz mos tortz, si degu n'a- 
paria. Aquesta es la miva dariera volontat la quai voli qui sia 
ohserueda (sic). 

Testes rogati sunt Jac.Adzam, etPetrusBasîni, Bn Codaleti 
sutores, G. Aymerici lanternerius, P.Boerii ortolanus, Johan- 
nés Laureti ortolanus, Bn Boerii pellicerius, omnes de Per- 
piniano; Johannes Brasardi Robertus Niauti, clerici etcanto- 
res domini Ducis ^ et ego G. Gaulasses notarius. Laudat . mi. 
die marcii anno M . CGC . LXXX . 

(Archiv. des Pyr.-Or. -* Notv^a de Guillaume Gaulasses, notaire de 
Perpignan, ann. 1380.) 

IV 
1397 (Narbonnais?)» 

Sapian totz que yeu Jacmes Aliba, de Tuxa, son tengut e 
obligat de far ordenassa per Gaubert de Ramat de .la Barta, 
per la siena arma, q[ue] redet Tarma a Dieu, quar en autra 
guiza no se cebelira en sementeri sagrat. 

< G*est Jean, duc de Gerone, fils alnê et successeur du roi Pierre 
d'Aragon. 

3 Cette pièce est transcrite dans un acte reçu àMontauban, le 2 mars 
1397, par Galhard deVilleneuve, notaire de Toulouse, habitant de Montau- 
han, portant quittance d'une somme de 112 livres et demie petits tour- 
nois, faite par Raymonde de Boer, héritière de son fils Gaubert de Ramat, 
décédé ah intestat, en faveur de Dominique de Tarba. C'est à Tuchan 
(département de TAude) que cette pièce semble avoir été rédigée, mais 
lo dialecte particulier du Termenès semble avoir été altéré par le notaire 
de Montauban, du moins en ce qui concerne Tarticle. 



10 DIALECTES ANCIENS 

Item jeu dit Jacme e[y] fayta ordonassa per lo dit Gaubert, 
de voluntat de ssos amixs [e] de ssa mayre. 

Item leyssi a la obra de Moss. Sanht Johan Evangelista de 
Tuxa, en lo quai lo dit Gaubert fonch coffessat e comenyat [e] 
près los ordr[es], com a bon crestia deu far, hu cali entro la 
valor de onze scutz d'aur, a servir lo cors de Jhû Crist. 

7^6971 layssi en hu capela que cantara missa nouela, que pre- 
gue Dieus per la siena arma, sine escutz onze gros. 

Item layssi en hu reyre taule de Monss. Sanct Ipolit hon lo 
dit Gaubert avia tôt jorFn sa devo]tio, quatre escuts d'aur. 

Item leysi a la obra de Sanht Johan avangelista, on lo dit 
Gaubert redet Tarmaa Dieu, una entorta de sera valent sine 
sotz, a levar lo [cors de] Ihû Crist. 

Item leyssi a Tautar del dit moss. Sant Johan evangelista 
dotze deniers. 

Item al curât del dit loc xn. de. 

Item a totz los autas de Nostra Dona del Peyro * del dig loo 
a cascun xii. deniers, lo quai son sine autas. 

Item leyssi a Sanht Just de Narbona xn. deniers. 

Item als quatre ordres depaubretata cascun xn. de. 

Item als quatre hospitals gênerais a cascun xu. de. 

Item leyssi à totz los capelas que son an[a]tz a la sepultura 
del dit Gaubert très franxs. 

Item leyssi als ditz capelas pèr lo despentz que feron al 
dinnar sies sotz quatre deniers. 

(Parchemin. — Arch. des Pyr.-Or.). 

, V 

14tl (Béarnais) ^ 

Anoslre car senher En Gabriel ResplandentnotLari] en lo loc de 

Perpinhaa. 

Car senher, sapiatz que per dauant nos autes, cort thientz, 
es viencut Arnaut de Sobiole, âlh de Condor, qui fo de Bosom 

1 L'église de Notre-Dame du Peyro est située près de Tuchan . 

'^ Cette pièce se rapprorte à la succession d'un certain Bosom de Domeg, 
du lieu deGélos, près de Pau, décédé en Roussillon. La Revue des lan- 
gues romanes à déjà publié deux autres documents se rattachant à la 
môme affaire. 



DOCUMENTS DIVERS 11 

de Domeg saenrers, deu loc de Gelos prop Pau en la dioc. de 
Lascar ; en que nos ha denunciat que sus la mort de Bosom 
deu Domeg deu diit loç de Gelos, son oncle, fraj de ssa may, a 
luy es necessari de portar per dauant vos déclaration e sertif- 
ficasion de la parentele deus diitz Bosom e Condor e deu diit 
Ar[naut]. Senyer, sapiatz, e per vie de sertiffication vos de- 
nunciam judiciaumentz, per vie e per maneyre de subcidi de 
dret, que lots diitz Bosom e Condor eren fray e sor germaas, 
filhs de un pay e de une may, et que de la diite Condor es filh 
de leyau matremoni lo diit Ar[naut] , e la diite Mariote aixi 
medixs filhe ; esonnebot e nebode deu diit testayre, e lo diit 
Ar[naut] es prim e universau hereter de la diite Condor, e 
aixi medix deu diit Bosom cum a sson oncle . Si que nos vos 
certifficam ab la présent letre sagerade deu propri saget de 
la cort e viele de Pau, on los de Gelos en la temporalitat se 
judgen epassen judyament, que lo diit Ar[naut] de Sobfole e 
Mariote son filh e filhe de la diite Condor, sor deu diit Bosom, 
e eren nebotz deu diit Bosom tant quant visco. E asso vos de- 
nunciam, e per vie de testiffication vo'n tremetem la présent 
letre, per conservar lo drete accion quelo diit Ar[naut], nebot 
deu diit Bosom testayre, portador de las presentz, ha o pot 
auer en la darre voluntat o testament deu diit Bosom. Scriit 
en lo loc de Pau lo'V. jorns d'ottobre [M CCCC XI]. 

Lo clauer juratz e cort de Pau. 

(Original sur papier : Gabriel Resplant, notaire de Perpignan, ma- 
niiel de 1411. — Archives des Pyr.-Or.) 

VI 
1421 (Narbonnais) * . 

Jacme Hue, bayle de la Palma, ad toutz aquels et aquelas 
qui aquesta présent letra veyran, salutz en Nostre Senhor. 



1 Le lieu de la Palpoe est situé à lextrémité du Narbonnais, sur la 
frontière du Rouçsillon, en face de Salses, où l'on parle le pur catalan. 
La séparation des deux dialectes, catalan et languedocien, s'est maintenue 
depuis des siècles, et se conserve encore aujourd'hui entre les villages du 
Roussillon et ceux du Narbonnais, ou du pays de Fenollet. Elle ost sur- 
tout marquée entre les villes d'Estagell et de la Tour-de-France, qui 



12 DIALECTES ANCIENS 

A la supplicacio et requesta de Daudun cappella, del loc de 
Ariu^ en la dîoc. de Rodetz, supplica benignemant {sic) a la mot 
honrada donamadona Angnes, molherde sa entra entras {sic) 
del molthonrat senhor lo senhor En Laurens, demoran a Perpe» 
han deuant la font de la Picarda ', que plajssa a la dita dona de 
luy trametra m, floris d'Arrago e miech, e ii. capayros et i. 
pohhal ', et que U plassa de baylar a Johan Vayrac portador 
de la présent letra ; quar le Daudun a agut nécessitât de ma- 
lautia que non pot caminar, et a grant mestier de sa moneda. 
Et dona pla poder al dit Johan Vayrac de aquitiar de tôt en 
tôt la dita dona Agnes per carta o per albara^ o en tota la 
forma que savi o savis clers ô poyran ditar a prophiet et uti* 
litat de la dita dona. Et per maio£ fermetat, jeu desus dit 
Jacme Hue, bayla, aj fajt aquesta letra a monSé Johan Ro- 
bert cappela de la Palma, en testimoni de Beringuier Saurina 
de Laucata et de Thomas de Marvilla sa[r]tra de la Palma, 
escrit al dit le derrier jorn de maj Fan mil cccc xxi, et ay 
paurat* le segell de la cort per maior fermetat. 

Jacme Hue bayle de la Palma, 
a requesta de Daudun cappella, 
qui. moût si recomanda a la dona 
Angnes Laurenssa. 

(Au b:s, traces d'un petit cachet rond, cire verte. — Archives du dépar- 
tement des Pyrénées-Orientales). 

VII 
Vers 1423 (Avignon ?) 

A mon char e grant amie a Monss. Rjaymon Isquiu, bénéfi- 
ciât en la gleisa de San Johan de Perpina, sian tframesas]. 

sont situées aux deux extrémités d'une plaine, à une distance de trois 
quarts d'heure au plus Tune de l'autre : on parle catalan dans la première, 
qui a toujours appartenu au Roussillon, et languedocien dans la seconde. 

t Mot corrigé par le scribe et peu lisible ; peut-être y avait-il d'abord 
Aniu. 

* La Font de Na Pincarda existe encore à Perpignan, adossée au mur 
d'une maison de l'ancienne famille Pincard. Le scribe a sans doute omis 
h Irait qui marque Vn dans ce mot. ainsi que dans Perpehàn. 

^ Pohal (cruche) a peut-être été écrit par erreur pour ponhal (poi- 
gnard). 

^ Pour pausal, nouvel exemple du passage d'^ en r en langue d'oc. 



DOGUMBl^TS DIVERS 13 

Char seinher e bon amie, hieu mi recomande a vos, e done 
mi meravilla de vos de so que m'avias script, que no m*ayes 
ren ateudut: per qui mi sembla que hieu mi pode pauc ûzar 
erii vostras paraulas ni en vostre script, quar ren que mi man- 
des non ven as efieit. Per que vos pregui que me volies scrire 
tota vostra voiuntat e vdstra entencio, e aquo visa las (sic) 
présent, quar m' entencio es que vos mi daires pagar so que 
mi deves, si vos plas, ho aitramen hieu hi metrey tôt lo re- 
medi que hieu poriej, quar hieu mi * crese ben que lo Rey 
d'Arago mi fara bona justicia, e vos non hi penres ni profiey 
ni honor, si cove que s'i fassa am la rigor del seinhor. Per 
que vos pregui que no vos metas en aquo, quar, per ma 
fe, desplaira mi si vos n'aves despen ni dannage : quar non 
mi cuda [sic) pas esser amistat ma be vos per so que vos mi 
decces far desplaser, ni hieu a vos ; en pero non es ma colpa, 
quar cascunh vol aver lo sien. Pregi vos que mi volias tra- 
metre aquelles lxv. ff . que son degut al ter ' de Tost S fants] 
passada, e fares mi plaser e cortesia e a vos proûet. Si nen- 
guna causa podia far de part de say, mandat m'o, quar de bon 
cor ho farîa. 

Nostre Seinher sia garda de vos. Script a Vinon ^ lo xvm. 
jorn de mars. 

De part lo tôt vostre Gamot Geyssem. 

(Archives des Pyrénées- Orientales. — Série 6., 
évéché d*Blne). 

' Hieu mi crese ben que. On peut dire que cette manière de parler 
est encore employée dans tout le midi de la France. 
' Terme? 
3 Mns. avion, avec un trait sur les trois dernières lettres. 

Al ART. 

(.1 suivre) 



DIALECTES MODERNES 



^«WMIWW»»'- 



CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 

(Suite) 

XXXVII. — LOU MARIAGE DE L*ALAIJSETA 

1) Lou pinsar (9t Talauseta 
Se se voulien maridà. 
Lou premier jour de la nossa 
N'avien pas res per manjà. 
Se ne ven un gros tavan, 
Sus soun col porta un pan blanc. 

2j Tura lalureta, 

M'alauseta, 
Moun castel, 
Tant bel I 

3) Per de pan, n'avèn be prou, ) . . 
Mes de vi, disèn de nou . } 

Se ne ven un gros mouissau, 
Sus soun col porta un barrau. 

4) Per de vi, n'avèn be prou; \ ,. 
Mes de car, disèn de nou. ) 

Se ne vèn un parpalhou, 
Que ne porta un gros moutou. 

5) Per de car, n'avèn be prou; ) . . 
Mes de frucha, disèn de nou. J 

Se ne vèn un béu âausin. 
Sus soun col porta un rasin. 

6) Per de fruit, n'avèn be prou;) . . 
Mes de dansairas, disen de nou. ^ 
La nieira sort dau linsôu, 

Fai cambadas sus lou s6u. 



GHi^NTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 15 

• 

7) Perdedansairas^n'avènprou;) ,. 
Mes de dansaires, disèn de iftu . 5 

Lou pesoul sort dau fatras, 
Pren la nieira per lou bras. 

8) Per de dansaires, n'avèn prou > ,. 
Mèsdejougaires, disèn de nou. } 
Lou rat sourtis d'un trauquet, 
Joga dau tambourinet. 

9) Per jougà, jougarèn prou, 1 ,. 
Se ne vèn pas lou catou. ) 
TjOu cat sourtis dau cendriè, 
Manja lou tambouriniè. 

Lk Mariage dk l'Alouette. — 1). Le pinson et l'alouette — se 
voulaient marier. — Le premier jour de la noce, — ils n'avaient rien 
à manger. — Mais il vint un gros taon — qui sur son cou portait 
du pain blanc. 

2) Ture lalurette, — mon alouette, — mon château — si beau ! 

3) Nous avons assez de pain, — mais nous n'avons pas de vin 
(bis). — Mais il vint un gros moucneron — qui sur son cou portait 
un tonneau.' 

4) Nous avons assez de vin, — mais nous n'avons pas de viande 
(Ma), — Mais il vint un papillon — qui portait un gros mouton. 

5) Nous avons assez de viande, -^ mais nous n'avons pas de fruits 
(bis). *"- Mais il vint une mésange, — qui sur son cou portait un 
raisin. 

6) Nous avons assez de fruits, ~ mais nous n'avons pas de dan- ' 
seuses (^m).^* La puce sortit du drap de lit-— et fit de grandes en- 
jambées sur le sol. 

7) Nous avons assez de danseuses, -^ mais nous n'avons pas de 
danseurs (bis). — Le pou sortit des bardes — et prit la puce par- 
dessous le bras. 

8) Nous avons assez de danseurs, — mais nous n'avons pas de 
joueurs ( d'instruments ) (bis), — Le rat sortit d'un trt)u — et joua 
du tambourin. 

9) Nous avons assez de joueurs ( d'instruments), — pourvu que le 
chat de vienne pas (bis), — Le chat sortit du cendrier — et man- 
gea le tambourineur. 

Chantée et notée d'aprôs M. Anoette, de Montpellier. 

Cf. Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, I, p. 195: lou 



16 



DIALECTES MODERNES 



Mariagidoou parpoUiOu.-^ , Bugeaud, Chants et chansons populaires de 
l'Ouest, etc., IL p. 189: I^y Noueçoa doou gutnsoun— Il en cite une ver- 
sion de 1780: le Pinson et VAloveto, Essai sur la musique ancienne et mo- 
derne, II, p. 441. Paris, I^. de Pierres, mdgglxxx. — Génac-Moncaut, 
Littérature populaire de la Gascogne, etc., I, p. 377: lou Maridatje dou 
pinson. — Anacharsis Combes, (^ants pop. du pays castrais, etc.» p* 33 : 
la Laouweto amm*elpioussou.DQ Puy maigre, Chants pop. du pays messin, 
p. 309 et 311 ; il cite Tesistenoe de ce môme chant dans le Cambrésis. 

Il y a, de plus, dans Damase Arbaud, Chants, etc., I, p. 195, sous le 
titre de lou Mariagi doou parpalhoun, une version sur un motif un peu 
différent, quoique le fond soit le môme Cf. aussi J. Bugeaud, Ch. pop. de 
rOuest, 1, 38, les Noces du papillon (berceuse). 



XXXVIII . — l'alauseta et lou QUINSOU 



l) 



2) 



3) 



4) 



L'alauseta et lou quinsou 
Vouiièn faire un mariajou. 
Quand venguèrou d'espousà, 
Aguèrou pas Tes per manjà. 

Pan, pan, pan. 
Gara, gara; 
Pan, pan, 
Gara de davan. 



De délai sourtis un lou, . 
Sus soun col porta un moutou. 

De délai sourtis un brau. 
Sus soun col porta un barau. 

5) De délai sourtis un durbec. 

Porta trege veires sus soun bec. 
< 

6) De délai sourtis un bec blanc, 
Sus soun bec porta un pan blanc. 



L'AlouettAt LE Pinson. — 1) L'alouette et le pinson — vou- 
laient foire un petit mariage. — Quand ils vinrent d*épouser, — ils 
n'eurent rien à manger. 

2) Pan {ter), — gare, gare; — pan (bis), — gare de devant. 

'3) De là-bas sortit un loup, — qui portait sur son cou un mouton. 

4) De là-bas sortit un taureau, — qui sur son cou portait une bar- 
rique. 



GHANT6 POPULAIRES BtJ LAKQtJSDÛC 17 

5) De là-bas sortit un dur-bec, ^ qui sur son bec portait treize 

verres . 

6) De là-bas sortit un bec-blanc , qui sur son bec portait un 

pain blanc. 
Version du6 à M. H. Bouquet, de Montpellier. 

XXXIX. — LA LAUSETA ET LOU QUINSOUN 

1) La lauseta et lou quinsoun ( bis), 
Faguerou un mariajoun, 

L'enfant malureta; 
Faguerou un mariajoun, . 
L'enfant malura. 

2) Quand lou mariajoun seguè fà 
N'aguèrou pas ren per manjâ . 

3) De délai n'en sort l'enfant, 

A soun col n'en porte un pan^ 

4) De pan n'aurian ben proun, 
Mes de car n'en disèn noun. 

5) De délai n'en sort lou loup, 
A soun col porte un moutoun. 

6) De car n'aurian ben proun, 
Mes de vin n'en disèn noun. 

7) De délai sort lou mouissau, 
A soun col porte un barau. 

8) De vin n'avèn ben proun. 
De dansaîre disèn noun. 

9) La nieira sort dau lensôu, 
Grand cambada per lou s6u. 

10) Lou pesoul sort dau fatras, 
Pren la nieira per lou bras, 

11) De dansaire n'avèn proun, 

De tambourdiè n'en disèn noun. 

12) De délai n'en sort lou ra^ 
En dau tambour au coustà. 



18 D1ALECTB8 MODBRNBS 

13) La cata sort dau cendriè, 
Emporta lou tambourdiè. 

L'Alodsttb et lb Pinson. — 1) L'alouette et le pinson— firent 
uu petit mariage, — TenCaot nuUureta; — firent un petit mariage. 

2) Quand le petit mariage fut fait, — ils n'eurent rien à manger. 

3) De là-bas sort l'enfant, — à son cou il porte un pain . 

4) Nous aillions assez de pain, — mais non assez de viande. 

5) De là-bas sort le loup, » sur son cou il porte un mouton. 
6} Nous aurions assez de viande, — mais non de vin . 

7) De là-bas sort le moucheron, — sur son cou il porte un baril. 
' 8J Nous aurions assez de vin, — mais non de danseurs, 

9) La puce sort du drap de lit, -— et fait de grandes enjambées- 
sur le sol. 

10) Le pou sort du fatras, — et prend la puce par le bras. 

11) Nous aurions assez de danseurs, — mais non de tambouri 
neurs. 

i2) De là-bas sort le rat,— avec un tambourin au côté. 

13) De là-bas sort la chatte, — elle emporte le tambourineur. 

Tersiondueà M. Barbie, de Bernis (Gard}. 



XL, — AUTRE 

Lou pinsart ambe la lauseto 
Ne bouliô faire un mariajou, 

Lanfa larireto, 
Ne boulio faire un mariajou 
Lanfa larirou. 

Quand benguerou d'espousà, 
N'ajerou pa res per manja. 

Lou boulangé bé de dalai 
Ambe soun paniè joust Taisseléto . 

De panet n'aben be prou 
Mes de carne to no un pas nou. 

Lou loubet sort del bartas 
Ambe soun moutou gras . 

De carneto n'aben be prou 



CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 19 

Mes de binou n'aben pas nou . 

Lou bignerou bé de dalai 

Embe soun baralhou * tra '1 quiou . 

De binou n'aben be prou 
Mes de dansaires noun pas nou . 

Lou pesoul sort del fatras 
Atrapo la nieiro pes lou bras. 

De dansaires n'aben be prou 
Mes de cantaires noun pas nou • 

Lou ratou sort del traucou 
Ambe soun tambour tral coupetou. 

leu bous tambournarai bé 
Mes que me parés al minau. 

Nautres te pararen bé 
Mes à la cato ni sal pas ré . 

Lou tninou sort del cendriè 
Trai un sait sul tambourniè. 

Sophie Saliel, de Saint-Laurent d'Olt (Aveyron). 

XL. — LOU MARIAGE DELS AUSSELS 

^ 1) La lauseto et lou quinsou 

Ne bouliôu faire un mariajou, 

La fan ladereta; 
Ne bouliôu faire un mariajou, 
La fan laderou. 

2) Quand seguérou al mié repas, 
N'ajérou pas res per manjà. 

3) La lauseto souort de delai^ 
Qu'elo' ni pouorto un pan blanc. 

4) « De panet n'abèn be prou, 
Mes de carneto ni disèn nou. » 

^ Le baralhou est suspendu oomme les petits barils des vivandières de 
régiment. 



20 DIALBOTES MODERNES 

5) Lou croupatas souort d^un constat, 

Lus ni traino un bedigas. 

6) a De carneto n'aben be prou, 
Mes de binet disén de nou. » 

7) Lou mousau souort de dalai, 
E ni pouorto un plén barrau. 

8) «De binet n'abèn be prou, 
Mes de dansaires disèn nou. » 

9) Lou pesoul souort del fatras, 
Croquo la nièro per lou bras. 

10) «De dansaires n'abèn be prou, 
Mes de cantaires disèn nou. » 

11) Lou ratas souort del traucas^ 
Em lou tambour jout lou bras. 

12) Mes iéu bous cantariô un pàu, 
Se mi parabias del minàu. » 

13) Lou cat ne souort del cendriè, 
N'empouorto lou tambourinié ! 



Le MABtAOfi t)E8 OISEAUX. — 1) L^alouettB et le pinson -* vou* 
laicnt faire un pelit mariage. 

HiCi^RAm ! La fan la derete; '— voulaient faire an petit mariage,^-* 
la fanladérou . 

2) Quand ils furent à la moitié du repas,— ils n*eurent rien à 
manger. 

3) Lalouette sort de là-bas, •— elle apporte du pain blanc. 

4) De pain nous avons assez, — mais non pas de viande. 

5) Le corbeau sort d'à côté, — traînant après lui un bélier. 

6) Nous avons assez de viande, — mais nous n'avons pas de vin. 

7) Le moucheron sortde-là bas, — il en apporte nn plein baril. 

8) Nous avons assez de vin, — mais nous n'avons pas de dan- 
iseurs. 

9 ) Le pou sort du tas de chiiTons,— et prend la puce par le bras . 

10) Nous avons assez de danseurs, —mais de chanteurs nous 
n*en avons pas. 

11) Le gros rat sort du trou —avec le tambour sous le bras* 



CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 21 

12) « Je chanterais, dit-il, pour que vous dansiez, — si vous me 
défendiez contre le chat. » 

13) Le chat sort du tas de cendres— et emporte le tambourineur. 

V.çie Saint-André -de-Lancize,due à M. le pasteur Liebig. 

XLI . — l'alauseta et lou pidzou 

1) L'alanseta et lou pidzou 
Vourion faire un mariadzou. 

2) Refrain. Lan lardereto; 
Vourion faire un mariadzou, 

Lan larderou . 

3) Quand vinguéroun d'espousà 
Troubairoun rien per mindsà. 

4) Lou loubas ne sort d'elai 
Adiusant un moutoun gras. 

5) Por de tsar aren n'en prou, 
Por de pain que ferons-nous ? 

6) Lou rinor ne sort d'elai 
Xvec un pané de pain. 

7) Por de pain aren n'en prou, 
Por de vi que ferons -nous? 

8) Lou graihas n'en sortd'elai, 
Adiusant un tounelou. 

9) Por de vi aren n'en prou, 
Por dans<à que fèrons-nons ? 

10) Lou peu sort du pétas, 
Prinla neira pèr lou bras. 

il) Por dansa aren n'en prou, 
Por toucha que ferions -nous? 

12) Lou retour sort du pertias 
Adiusant un tarabournet 

13; > Lou minou sort du cendriè 
Empourta lou tambournet. 

14) S'aguessa para lou minou, 
Arion dansa tout notre saoul. 



22 DIALECTES MODBRMfilS 

L'Alouette et le Pinson. — 1) l/alouette«t le pinson — voulaient 
faire un petit mariage. 

2) Refrain. Lanlarderete; — voulaient faire un petit mariage, — 
Lanlarderou. 

3) Quand ils vinrent d'épouser, — ils ne trouvèrent rien à manger. 

4) Le gros loup sort delà-bas, — apportant un mouton gras. 

5) Nous avons assez de chair; — pour îe pain, comment ferons- 
nous? . 

6) Le renard sortde là-bas, — avec un panier de pain. 

7) Nous avons assez de pain; — pour le vin, comment feron-snous? 

8) Le corbeau sort de là-bas, — apportant un tonnelet. 

9) Nous avons assez de vin; —pour danser, comment ferons nous'? 

10) Le pou sort d'un haillon — et prend la puce par le bras, 
li) Nous avons pour danser, — mais qui touchera d'un instru- 

mentî 

12) Le rat sort du pertuis, — apportant un petit tambour. 

13) Le chat sort du cendrier — et emporte le tambourineur. 

14) Si Ton avait pu éviter le chat, - nous aurions dansé tout 
notre soûl. 

Version communiquée par M.Yictor Smith, d'après Nannette Lévesque, 
qui l'avait apprise elle-même à Ste-Eulalie (Ardèche, Vivarais), son pays. 



XLIII. — L*AREtlVETA ET LE PINDZOU 

1) L'areuveta et le pindzou | vourion faire un mariadzou. 

2) Refrain,. — Lanturlette, 

Vourion faire un mariadzou, 
Latanturlou. 

3) Quand vinguéroun d'espousà, | ne saioun pas que mindzà. 

4) D'elai n'en vint un gros lou, | que nous apporte un biô 

moutou. 

5) Pour dé viande yTious en avons f \ Et de pain, que ferons-nous! 

6) D'elai n'en vint un gra vieil, | que nous n'apporte un plen 

carnié ^ . 

* Carnié, carnassière, sac à provision 



CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 23 

7) Pour de pain, nous en avons, \ Et de mn, que ferons-nous? 

8) Délai n'en vint un cou tau*, | que nous n'apporte bèn un 

pàu. 

9) Pour de vin, nous en avons, | Et de verres que ferons-nous? 

10) D'elai ne vinguè un verrié, | que nous n'apporte un plen 

paniè . 

11] Pour le verre, nous en avons, j Et de danseurs, que ferons- 
nous? 

12) La piùse sort dôu petà | et le pa de dessous le bras. 

13) Pour de danseurs, nous en avons, j Et de toucheurs, que fe- 

rons-nous? 

14) Le rat ne sort dôu greniè, | onbourson lambour à l'arriè. 

15) Pour de toucheurs, nous en avons, \ Et d^ amuseurs , que fe- 

rons-nous ? 

16) Le tsà n'en sort dou fluriè% | saute sur le tambourinié. 

■ 

L'Alouette et le Pigeon. — 1) L'alouette et le pigeon — vou- 
laient faire un petit mariage. 

2) Lanturlette; — voulaient faire un petit mariage, — lanturlou. 

3) Quand ils vinrent d'épouser, — ils ne savaient que manger. 

4) De là-bas vint un gros loup, — qui nous apporte un gros 
mouton . 

6) De là-bas vint un vieux corbeau, —qui nous en apporte un 
plein sac. 
8) De là vint un muletier, — qui en apporte un peu. 
10) De là vint un verrier,— qui en apporte un plein panier. 
12) La puce sort du haillon — et prend le pou sous le bras. 
14) Le rat sort du grenier — avec son tambour au derrière. 
16) Le chat sort du foyer — et saute sur Je tambourineur. 

Communiqué par Toussaint Ghavaoas, de Saint-Just-Malmont ( bourg 
de Forez, voisin du Velay, et actuellement englobé dans la Haute-Loire;, 
à M. Victor Smith. 



* Cotitou, muletier; de comià, hâter. 

* Leflurié ou flourié est le trou pratiqué pour recevoir la condre. le 
cendrier. 



U DIALECTES MODEH^ËS 

XLIII. — LA LAUSETO E LE PEPISSOU 

1) La lauseto ame'I pepissou {bis) 

Se marideroun toutis dous, 
Lanfian larira, lantian larireto; 
Se marideroun toutis dous, 
Lanflan larira. 

2) Quand ajèroun espou^at, | i'ajètpas de pa per. manjà. 

3) Pr'aqui passo'n merle blanc, | a soun bec porto'n pan 

fblanc. 

4) Aço de pa n'aben prou, | mes de car noun'aben nou. 

5) Pr'aqui passo'n reiatou , j sus soun cos porto'n moutou 

6) Aro de car n'aben prou, | mes de bi nou n'aben nou . 

7) Pr'aqui passo'n nlouscal, j sus Talo porto'n barrai. 

8) Aro de bi n'aben'prou, | mes de nocejaires ndu. 

9) Lou cimetsort daltrauquet, I tout descoufat, sans bounet. 

10) De nocejaires n'aben prou, .| mes de bal nou n'abennou. 

11) Lou rat sourtis dal paliè, | amé soun biulpun darniè. 

12) Demusicairesn'aben prou, I mèsdedansaires n'aben nou. 

13) La piusé quitto'l Içinçol, | fa cinq espinguets pel sol . 

14) Lou pesoul sort del petas, | agafo la piusé pel bras. 

15) Aro abèts prou fait de sauts, | poudètsnous daissa'n re- 

[paus . 

16) La lauseto se coulquèt, | sabi pas se dourmiguèt. 

17) Mes lou pepissou m'a dit | que quicon abiô espelit. 

• 

L'Alouette et le Pinson. — 1) L'alouette et le pinson — se mariè- 
rent tous deux, — lanflan larira, lanflan larireto; — se marièrent 
ton doux, — lanflan larira. 

2) Quand ils curent épousé, — ils n'eurent rien à manger. 

3; Par là passe un merle blanc, — à son bec il porte vin pain 
blanc. 

h) Maintenant nous avons assez de pain, — mais nous n'iaivons- 
pas de viande, non. 

5) Par là passe un roitelet, — sur son cou il porte un mouton. 



CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 25 

6) Maintenant nous avons assez de viande, — mais nous n'avons 
p\s de vin. non. 

7) Par là passe un moucheron, — sur son aile il porte un bnril. 

8) Maintenant nous avons assez de vin, — mais nous n'avons pas 
de gens de la noce, non. 

9) La punaise sortd'un petit trou,— toute décoiffée, sans bonnet. 

10) Nous avons assez de gens de la noce, — mais nous n'avons 
pas de bal, non. 

11) Le ràt sort du grenier à foin, — avec son violon au derrière. 

12) Nous 'avons assez de musiciens, — mais pas de danseurs, non. 

13) La p'ice sort du drap de lit. — fait trois pciits sauts sur le sol. 

14) Le pou sort du vieux linge, — et prend la puce par le bras 
(pour danser). 

1 5) Maintenant vous avez assez fait de sauts* — vous pouvez nous 
laisser en repos . 

16) L'alouette se coucha, — je ne sais si elle dormit. 

17) Mais le pinson m'a dit — que quelque chose était né (éclos). 

Version du Narbonnais, communiquée par M. Achille Mir, d'Escales 
(Aude). 



XLIV. — LE LOUSOO ET IX LOUSOUNA 

1) Le lousou et la lousoune 
Vourian faire un mariadzou. 

2) Refrain. Lenfan larirette ; 
Vourian faire un mariadzou, 

Lenfan larirou. 

3) Quand segueren maridandà, 
N'agueron rien per mandzà. 

4) Le boulangié vinguè d'elai 
Embe una tourta den son couë. 

5) Por de pan blanc n'aven be prou ; 
Mes de vin, que ferons-nous ? 

6) Le miulatiè vinguè délai, 
Embe una tardza de vi blanc. 

7.) Por de vi blanc n'aven be proU; 
Mes de cher, que ferons^nous ? 



56 DIALECTES MODERNES 

8) Le tsarcoutiè vinguè délai, 
Embe une espaula de moutou. 

9) Por de vianda n'aven be prou ; 
Mes de danseurs y que ferons -nous ? 

10) La'neira n'en sort dou linçôu, 
A gambada per lesôu. 

11) Lou pesou n'en sort dôu petà, 
Tapa la neira sur le bras. 

12) Por de danseurs n'aven be prou ; 
Mes des toucheurs, que ferons-nous ? 

13) Le r*at n'eu sorte dôu greniè, 
Ma que n'ai por dôu minou . 

14) Por du minou, tepararai; 
Ma de la tsata ne farai . 

15) Le tsà non sorte dôu fousè, 
Engafa Je tambouriniè. 

Lenfan landerirete; 
Engafa le tambouriniè, 
Lenfan larirè. 

L'Alouette ET sa fiancée. —1) L'alouette et sa fiancée — vou- 
laient faire un petit mariage. 

2) Refrain. — Lenfan larirette ; — voulaient faire un petit ma- 
riage, —lenfan larirou. 

3) Quand ils furent mariés, — ils n'eurent rien à manger. 

4) Le boulanger vint de là-bas, — apportant une tourte. 

5) Nous avons assez de pain blanc; — mais pour le vin, comment 
forons-nous ? 

6) Le muletier vint delà-bas, — avec une charge de vin blanc. 

7) Nous avons assez de vin blanc ; — pour la viande, comment 
forons-nous? 

8) Le charcutier vint de là-bas, — avec une épaule de mouton. 

9) Nous avons assez de viande ; — pour les danseurs, comment 
ferons-nous? 

10) La puce sort du drap de lit — - et gambade sur le sol. 

11) Lo pou sort du haillon — et prend la puce sous le bras. 

12) Nous avons assez de danseurs ; — pour les musiciens, com- 
ment ferons-nous ? 



CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 27 

13) Le rat sortit du grenier: — Mais j'ai peur du chat ! 

14) Je te défendrai du chat, — mais non pas de la chatte. 

15) Le chat sortit du foyer — et mangea le tambourineur. 

Version recueillie par M. Victor Smith, d'après Marie Farigoule, de 
Vouy (Velay ). 

XLV. — LA FOURMIHO E LE POUZOUIL 




La fourmiho an-de rpou-zouil, La four-miho an - de l'pou- 




zouil Se ma-ri - de - en Tautre joun.Lan - fa la - de- 




re - to; se ma-ri - de -en l'autre joun.Lan-fa la-de-ra. 



1) La fourmiho ande V pouzouil {bis) 
Se maridèen Fautre joun. 

Lanfa ladereto ; 
Se maridèen Fautre joun, 
Lanfa ladera. 

2) Quand benguèen d'espousa {bis), 
N'ajeèn pos pà per manja *. 

3) PVachi te passo la perdic (ôts), 

And' un pà de dous ardits. 

4) Aro, pàjbé n'aben prou (bis); 
Mes de bi, nou n'aben nou^. 

* Var. : Grande festo boulion fa, 

N'aion pos mico de pa. 

• Var.: Aro, que de pa aben; 

Mes de bi. coussifasèn'^ 



?«5 DIALECTES MODERNES 

5) PVachi te passo un mouscalhou (bis), 
Su r colh n en porto un semalou*. 

6) Aro, bi, bé n'aben prou (/;«); 
Mèsbeires, nou n'aben nou. 

7) Frachi te passo le firbec (bis), 
And' un parelh de beires al bec -. 

8) Arc, beires, bé n'a ben prou (bis): 

Mes de car, nou n'aben nou. 

9)P*rachi te passo un parpalhol {bis), 
Ande un biôu roustit sul' colh. 

10) Aro, car, bé n'aben prou {bis); 
Mes de dansaires, non n'aben nou. 

11) La piuzé sort del lansol (bis). 
Fa quatre ou cinq saut pel soK 

12) Le simet sort del pedas {bis). 
Ne prend la piuzé pel' bras. 

13) Aro, dansaires, bé n'aben prou {bis); 

Mes de sou, nou n'aben nou'. 

14) P'rachi te passo le rat {bis}, 
Ande soun biouloun* al coustat. 

15) Le gat sort de joui' cendriè (bis), 

N'agafo le rat pel' pèd, 

Lanfa ladereto ; 
N'agafo le rat pel' pèd, 

Lanfa ladera. 

Chantée par M. J.-B. Lambert (de Belesta . 



^ Var.: P'rachi te passo un esquirol, 
And* un bout de bi sul* oolh 

3 Var.: And' quatre ou cinq beires al bec. 

3 Var.: Mes bioulounaires, nou n'aben nou. 

* Var.: Tambour. 
Autre var.: Le rat ne sort de joui* four 
Ande la troumpelo al tioul. 



CHANTS POPULAIRES DU lANGUEDOC 2^ 

1} La FounMi et le Pou. — La fourmi avec le pou (his) —se ma- 
rièrent Tautre jour, — lanfa laderete; — se marièrent l'autre jour, 
— lanfa ladera. 

2) Quand ils eurent épousé (W»), — ils n'avaient pas de pain à 
manger. 

3} Par là vient à passer la perdrix (ôiér). — avec un pain de deux: 

liards. 

4) Maintenant (du) pain, nous en avons assez (6i»), — mais de 

vin nous n'avons point. 

5) Par Jà vient à passer un moucheron {bis); — sur son dos il en 

porte une cornue. 

6) Maintenant (de) vin nous avons assez (bis)', — mais de verres 
nous n'avons point. 

7) Par là vient à passer un bec-figue (his),'^ avec une paire de 
verres à son bec. 

8) Maintenant (de) verres nous avons assez (6i«); — mais de 
viande nous n'avons point. 

9) Par là vient à passer un papillon {bis), — portant un bœuf rôti 
sur son cou. 

10) Maintenant (de) viande nous avons assez (bis); — mais de 
danseurs nous n'avons point. 

11) La puce sort du drap de \ii(bi8) -^et fait quatre ou cinq sauts 
par terre. 

12) La punaise sort d*un vieux chiffon {bis) — et prend la puce 
.«oiis son bras. 

13) Maintenant (de) danseurs nous avons assez {bis); — mais de 
niusique {litt de son) nous n'avons point, 

14) Par là vient à passer le rat (6e«), — avec son violon au côté. 

15) Le chat sort de dessous le charrier (bis), — il attrape le rat 
par le pied. 

Lectio epistolœ 

Le pouzouil a près mouihè. 
A coubidat touto sa parentado 
D'hormis la mousco ; 
La mousco, touto altèrado*, 
S'en ba la teste acatado. 
lous a dit; a Adissiats, canalho, 
lou porti un pairolsenso anses 
Per fè buihè touto bostro^manjanso, 
Per Christum Dominum nostrum. 

Cf. Genac-Moncaut, p. 374: la Noço de lapuee. 
(Asutore,) A. Montel et L. Lambert. 

' Var, Polho, enra^jado. 



VIEIO CANSOUN 



d'après un air populaire napolitain 




La res-con - Ire sus lis iè - ro, lacha- 




tou - no di peu blouncl. — Ho - la! hôu! pas-ses bèn 

m 




^^ 




^ ^ 



fié -roi Eh ! moun-te vas, Ma - de - loun? — Vau au 




four 



pau - sa le - va - me, — Eh ben î 




gno - to, l*a - me î t'a - me, ! E la pre - ne pèr la 



Ir'r ;■ j'i^- .ff-p i r"-) rg i 



man, — mi - gno - to, ta - mel t'a - me l e la 




"9 



g 



pre - ne pèr la roan. 



VIÈIO CANSOUN 31 

La rescontre sus lis iero, 
La chatouno di peu blound : 

— Holà! hôu! passes bèn fièro! 
Eh! mounte vas, Madeloun? 

— Vau au four pausa levame. 

— Eh bèn! Tanaras deman. 
mignoto, t'ame ! t'ame I 
E la prene pèr la man. 

E lèu ausse ma cadaulo : 

— As fam? — Elo dis pas noun. 
Alor . nous metèn à taulo ; 
L'assète sus mi geinoun. 

— Dau ! manjo ço que t'agrado ; 
Tè! pessègue e pruno en flour !... 
Gramaci, bèu cambarado, 

Ai fam que dôu pan d'amour. 

Elo s'aubouro à la lèsto ; 
Zôu! landan vers lou'curat: 

— Sourtès'li bouquet de fèsto 
E li candelié daura. 



VIEILLE CHANSON 



Je la rciicontre sur les aires, — la jeune fille aux blonds che- 
veux: — Holà! hé! tu passes bien fière! — Où vas-tu donc, Ma- 
delon? — Je vais au four préparer le levain, — Eh bien! tu iras 
demain. — mignonne, je t'aime! je t'aime! — Et je la prends 
par la main. 

Et vite je lève mon loquet: — « As-tu faim? «Elle ne dit pas non. 

— Alors nous nous mettons à table; — je l'assieds sur mes genoux. 

— Allons, mange ce qui te plaît; — tiens I pêches et prunes en 
fleur! — Grand merci, beau camarade, — je n'ai faim que du pain 
d'amour. 

Elle se lève promptement ; — vite I nous courons chez le curé : 

— Sortez les bouquets de fête — et les chandeliers dorés. — Allu- 



S2 DIALECTES MODERN ES 

Abras lèu, abras li cire, 
Bon curât, au mèstre-autar. 
Sian preissa qu'es pas de dire ; 
Maridas-nous, se fai tard ! 

D'aqui la mené à la danso, 
I La cbatouno di peu blound ; 

Jougavou sus la credanço, 
Li âahuto e li viôuloun. 
I^a raan vers soun jougne souple, 
Soun cor batènt sus moun cor, 
Sens vèire lis àutri couple 
Viravian tôuti d'acord. 

Mountan pièi à la chambreto : 

— Vè noste pichot lie blanc ! — 
Bello emé li couloureto, 
Resté muto en tremoulant. 

— Madeloun, fai ta preiero, 
Coucho-te ! — le vau, ami. — 
Mai, aquelo niue proumiero, 
Madeloun a rèn dourmi. 

Teodor Aubanbl. 
(Provençal, Avignon el les bords du Rhône.) 

mez vite, allumez les cierges, — bon curé, au maître-autel. — Nous 

sommes pressés» c'est incroyable; — mariez-nous, il se fait tard. 

De là, je la mène à la danse, — la jeune fille aux blonds cheveux. 

— Sur la crédence jouaient — . les flûtes et les violons. — La main 
vers sa taille souple, — son cœur battant sur mon cœur, — sans 
voir les autres couples — nous tournions tous d'accord. 

Puis nous montons à lachambrette : — vois notre petit lit blanc ! 

— Belle et toute rubiconde, — en tremblant elle resta muette. — 
« Madelon, fais ta prière, — couche -toi. » -^ « J'y vais, ami." » — 
Mais, cette première nuit, Madelon n*a pas dormi. 

Théodore Aubanbl. 



SCKJNET 

A MOUSSU CL. 



Que lou bèn que m'avès fa 
Dins vous g:reie;e que, rayoio^ 
Vosto àmo acampe la joio, 
Meissoun santo di benfa ! 

Arlargant e satisfa, 
Me clafissès de beloio 
Que faran gagna 11 joio 
A moun moudèste prefa. 

Se ma vèsto es de bourreto 
E de coutoun, ma barreto, 
Pau m'inchs^u ; quand sourtirai, 

Mai que ma rustico glôri 
Siegue escàpi dôu pilori, 
Coume un rèi me n'en croirai ! 

Anfos Tavan, 
Marsiho, 10 de mars 1877. 

'Provençal, Avignon et les bords «iii Uhône.) 



I 



I 



SONNET 
A M. G. L. 

Que le bien que vous m*avez fait — germe on vous; et que, ravie 

— votre âme recueille la joie, ~ sainte moisson des bienfaits ! 

Généreux et satisfait, — voOS^ me comblez de bell^îs choses — 

— qui feront gagner le prix — à mon œuvre modeste. 

Si mon habit est de bure, — et de coton, ma harrette^ — pen 
m'importe; quand je sortirai, 

Pourvu que ma gloire rustique - soit exempte du pilori, — je 
serai fier comme un roi ! 

Alphonse Ta van. 



LOUISA 



< Ca^ ère bravo qne-noan-tal 
» E jouipo c bello, se p6\\ dire . » 

<P. Mistral. ) 



Lou jour naisse; la coupada 
Parte couma unafuada, 
Mounta, gaia, à Tesplendour 
E crida : Viva lou jour ! 

Louïsa leva la testa 
E regarda aquela fèsta ; 
Estella, ti ve mouri, 
Au sen de Tauba que ri. 

De la glèia au ciel, que briha, 
S'enaura VAve-Maria, 
Suona, suona, fa tin-tin, 
La campana dou matin. 

Au brounze que retentisse 
Louïsa, en pregant, s'unisse. 
Parla à la Vierge dou Ciel, 
Couma range Gabriel. 

4 

LOUISE ' 



Le jour naît; le cochevis — part comme une fusée; — monte, 
joyeux, vers la splendeur, — et crie: Vive le jour ! 

Louise lève la têto — et regarde cette fête : — étoile, elle te voit 
mourir, — au sein de Taube qui rit. 

De Tèglise au ciel qui brille, — s'envole l' Angélus. — Elle 
sonne, sonne et tinte, — la cloche du matin. 

Au bronze qui retentit — Louise s'unit en priant. — Elle parle 
à la Vierge du Ciel, — comme l'ange Gabriel. 



Cette traduction a été faite par M. F. Mistral. 



'' LÔOISA. 35 

Pinida la siéu preiera, 
La devota jardiniera 
Si me te vite au travai, 
Lou coutihoun sus Taigai. 

Respira una aria qu'embauma 
E, descaussa, noun s'enrauma, 
Tra lu caulets enregat, 
De perla e d'argent cargat. 

Oh que perla ! toujour gaia, 
Lesta e propra; fina taia, 
Uei grand, nègre, plen de lus, 
E velut en lu chivus ! 

Sentès-là : dintre li brança, 
En destacant la flour blanca, 
Que toumba sus d'un lançôu, 
Canta couma un roussignôu . 

Regardàs-là : mena l'aiga ; 
Tra li salada, que aiga, 
Refresca lu ?iéu peu nut, 
' .En lafanga, béi e brut. 

Fau veire coumaneteja 
Li viouleta o maneja 
La voulama e, d'un coup net, 
Taia segue- e coutelet ! 

» 

Sa prière terminée, — la dévote jardinière — se met vite au tra- 
vail, — le jupon sur la rosée. 
Elle respire un air embaumé, —et, nu-pieds, pointue s'enrhume 

— parmi les choux alignés, — chargés do perles et d'argent. 

Ohî quelle perle l toujours gaie, — lesto et propre; fine taille, — 

grands yeux noirs, pleins de lumière— et velours dans les cheveux ! 

Écoutez-la : entre les branches, — en détachant la fleur blanche 

— qui tombe sur un drap de toile, — elle chante comme un rossi- 
gnol. 

Regardez-la : elle conduit Peau ; — parmi les salades, qu'elle ar- 
rose, — elle rafraîchit sespieds nus — dans la fange, beaux et sales, 

il faut voir comme elle nettoie -* les violettes ou manie — la 
faucille, et d'un coup'net — coupe seigle et glaïeul ! 



3(S DÎALECtES MODERNES 

Entant que trissa li mouta, 
Aude que suonon, escouta. . . 
Louïsa ! — courre davau, 
Noun dis : « Tout-ara li vau . » 

Puorta un gros fais, tèn Tescala, 
Tira d'aiga, mounta, cala, 
Jeta de fueia ai lapin, 
Abéura mèstre Balin. 

Ëla mouse, acoucounada, 
La vaca; fa la bugada ; 
Ëla pasta, li doui man 
En la mastra, e que buon pan ! 

Arranja tout à sa plaça, 
En maioun; fréta, ramassa; 
Fa la couïna o, Fuei fis, 
Mete un pounch.Es un redris. 

Ela pensa à toui: la cata, 
iMorOf que toca la pata, 
Noun mancon de rèn; poulàs 
Couma deliri soun gras. 

Noun t'ôublida, cardouniera. 
En la gabia, presouniera. 

Pendant qu'elle broie les mottes, — elle entend qu'on Rappelle; 
elle écoute. .. — Louise! — Elle court là-bas,— sans dire : «J'y vais 
tout à l'heure.» 

Elle porte un gros fagot; elle tient l'échelle, — puise de l'eau, 
monte, descend, — jette des feuilles aux lapins, — abreuve maître 
Aliboron. 

Elle irait, accroupie, — la vache ; elle fait la lessive ; — elle pétrit, 
les deux mains — dans la huche. Et quel bon pain! 

Elle arrange tout en ordre — à la maison; elle frotte, balaye, — 
fait la cuisine ou, l'œil fixe, — met un point. C'est une maîtresse 
femme. 

Elle pense à tout: la chatte, -- More, qui tend la patte, — ne 
manquent de rien; les cochets — sont gras comme des loirs. 

Elle ne t'oublie pas, chardonneret — prisonnier dans la cage, — 



LOUISA 37 

Aima, li bèstia; tambèn 
Li bèstia li vaoloh bèn. 

Lou pichoùn vèn de Tescola; 
Juega, toumba. . . que badola ! 
Ela mete sus lou mau 
Papié d'estrassa, aiga e sau. 

Vous prépara de ti^ana, 
De remédia lapaisana. 
Counouisse la tiéu vertu, 
Toundut,ai bèlli flour blu. 

Cueie agramouna, cinquena. 
Lapas, buon-siège, barbena, 
Siga, plantada, gramoun 
E d'àutri erba sènsa noum# 

A buoQ cuor; es coumplasènta. 
Au paure, que si présenta, 
Douna, pèrTamour de Dieu, 
En diènt : c Pregàs pèr iéu.» 

L'ivèr, dapè la siéu tanta, 
Au fugairoun, fila e eanta 
De lauda, e n'ensaup, tout-plen; 
Fila, à lalus dôu calen. 

Elle aime les bêtes ; aussi — les bêtes lui sont reconnaissantes. 

Le petit viejit de l'école ; — il joue, il tombe. . . quelle contusion ! 
— EUç met sur la blessure — papier de chiiïe, eau et sel. 

Elle prépare de la tisane, — des remèdes de paysan. — Elle con- 
naît tes vertus, — turbith aux belles fleurs bleues! 

Elle cueille aij^remoine, quinlefeuiUe, — patience, sauge, ver- 
veine, — salsepareille, plantain, chiendent, — et d'autres herbes 
sans nom. 

Elle a bon cœur; elle est complaisante. — Au pauvre qui se 
présente, — elle donne pour l'amour de Dieu, — en disant: «Priez 
pour moi l» 

L'hiver, près de sa tante, — au foyer, elle file et chante -^ des 
cantiques, et elle en sait tout plein; — elle file à la lueur de la 
lampe rustique. 

3 



2^ DIâLEGTBS yOt>BRNES 

Se lampa e trôna, à vous auta 
Dis la. couronna; ressauta 
E fa vite lousignau 
De crous, à cada uïau. 

Aima la glèia e li nota 
De la campana; es' devqta 
A Maria e sant « Louis, 
Que puorta la flour de lis. 

Lou dimenche, à la grand messa, 
Fervouroua prioulessa, 
A ginoui, en lou siéu banc. 
Sembla un ange dous e blanc. 

Lou curât e lou vicàri 
Feston lou jour dôu Rousàri : 
La glèia es touta esplendour, 
Armounia e buona ôudour. 

Louïsa, bella e moudèsta, 
Lou cairèu blanc à la testa, 
S'avança e présenta ai gènt 
Lu sant en un plat d'argent. 

Louïsa noun suorte gaire 
Dôu jardin que pèr afaire, 
E noun la veirés jamai 
Balà ni vira lou mai. 



S*il éclaire et s'il tonne, à haute voix— elle dit le chapelet; elle 
ressaute, — et fait vite le signe — de la croix à chaque éclair. 

Elle aime l'église et les notes — de la cloche ; elle est dévote — 
à Marie et à saint Louis (de Gonzague), — qui porte la fleur de lys. 

Lé dimanche à la grand*messe, — fervente marguillière, — age- 
nouillée à son banc, — elle semble un ange doux et blanc. 

Le curé et le vicaire — fêtent le jour du Rosaire • — Péghse est 
toute splendeur, — harmonie et parfum. 

Louise, belle et modeste, — le carreau blanc à la tète, — s'avance 
et présente aux gens — les reliques sur un plat d'argent. 

Louise ne sort guère — du jardin que pour affaires, — et vous ne 
la verrez jamais — danser ni faire la ronde autour du mai. 



LOUISA 39 

Qu sauta un béu jour resquiha. 
Ela noun si requinquiha, 
Noun cercalu coumplimen 
E si mete simplamen. 

Couma arranja, gaubioua, 
En couronna gracioua, 
Lu siéu chivus, qu*a toursut ! 
Lou fin ruban de velut 

A la coua s'entourtiha, 
Passa, en boufant sus Tauriha; 
Lu bout, un pau de coûstat, 
Van sus Tespala floutà. 

Quoura Moussu la coumpara, 

En la signent, pèr li rara, 

A la rosa dou printèms^ 

Li respuonde : « Avés bèu tèms ! » 

Se Bertoumiéu s'avisèsse 
De la toucà, se pihèsse 
Louïsa pèr un galet, 
Aganteria un souflet. 

' Li doumaisèlli de Nica, 

A Toumbra dei siéu taulissa, 
An toujour quauque bouboui 
E, fuora, pihon lou roui. 

Tel qui saute, un beau jour glisse. — Elle ne se rengorge pas,— 
ne recherche pas les compliments — et s'habilie simplement. 

Comme elle arrange avec adresse, — en torsade gracieuse, — ses 
cheveux qu'elle a tordus ! — Le fin ruban de velours 

A la tresse s'entortille — et passe, bouffant, sur Poreille; — les 
boucles, — un peu de côté, — vont flotter sur l'épaule. 

Quand un monsieur la compare, — en la suivant parles allées, — 
à la rose du printemps, — elle répond: «Vous avez beau temps!» 

Si Bertliomieu s'avisait— delà toucher, s'il voulait — embrasser 
Louise, — il attraperait un soufflet. 

.Les demoiselles de Nice, — à l'ombre de leurs toitures, — ont 
toujours quelque bobo, — et, dehors, prennent la rouille. 



40 DIALECTES MODERNES 

A tu, Loiiïsa, paisana, 
L'aria libra, Parla sana, 
Lou perfum de Taubrespin 
E dôu ginèst e dei pin ! 

A la flou^ de la jouinessa, 
Es déjà la tiéu sagessa 
Un bel aubre enracinât 
E de fruclia encouroiinaL 

La superbia noun ti gasta. 
Sies ôubediènta, casta, 
Douca, rèta : fas lou bèn 
Sènsa pena, couma rèn. 

Retènes en la memoria 
Que lou mounde, li siéu gloria 
E l'argent, lou dieu d'ancuei, 
Laisson lou cuor paure e vuei ; 

Que la frema vertuoua 
Es toujour la plus uroua 
E que tout es vanitat, 
Fuora de la santitat. 

De chagrin la vida es plena. 
Auras tambèn li tiéu pena, 
Louïsa,auràs de jour trist, 
Ma crcses en Jèsn-Crist. 



A toi, Louise, paysanne, — Tfiir libre, l'air salubre,— Tarome de 
l'aubépine, — et du genêt ot dos pin^ ! 

A la fleur du jeune âqo, — ta sagesse est déjà — un bel arbre 
enraciné — et couronné do fruits. 

L'orgueil ne te gâte pas — Tu es obéissante, chaste, — douce et 
droite ; tu fais le bien, — sans peine, comme rien. 

Tu retiens dans ta mémoire — que le monde,*ses pompes — et 
l'argent, dieu du jour, — laissent le cciîiir pauvre et vide ;^ 

Que la femme vertueuse — est toujours la plus heureuse — et que 
tout est vanité, — excepté la sainteté. 

De chagrin la vie est pleine. — Tu auras aussi tes peines,— 
Louise; tu auras des jours tristes, — mais tu crois en Jésus-Christ. - 



LA MAIRE, l'eFANT B LA FILHO 41 

' Piheràs en paciènça, 
En esprit de penitènca. 
Lu tiéu mau; lou plour es dous 
Se coulAau peu de lacrous. 

Seras toujour brava e, quoura 

Sounat aura la tiéu oura, 

Aneràs au paradis 

Trouva lou bèu sant Louis. 

César Sarato. 
(Niçard.) 

Tu pi»0iidras en patience, — en esprit de pénitence — tes maux. 

Les pleurs sont doux, — s'ils coulent au pied de la croix. 

Tu seras toujours sage ; et, lorsque-^ aura sonné ton heure,— 

tu iras en paradis — trouver le beau saint Louis. 

César Sarato, 

LA MAIRE, L'EFANT E lA FILHO 



La Maire. — Bernât, te cal pensa '1 mariage. 
L'Efant. — Ma maire, me coupas lou cap. 
La Mairjs. — De la douçou, las femnos sien l'image, 
L'Efant. — Acô se pot, mes ne voli pas cap. 
La Maire. — Annou, lous omes sou d'aissables, 

Mando-lous toutes perquinlà ; 

Fôu donna las femnos al diables. 
La FiLHO. — Acô's eg^l, me a'cal un s^,quelà! 

Melquior Barthés 
(Langueiocien, Saint -Pons et ses environs^ 

LA MÈRE, LE FILS ET LA FILLE 

La Mers. — Bernard, il te faut songer au mariage. 
I^iFiLs. — Ma mère, vous me rompez la tête. 
La. Mère. — Les femmes, nous sommes l'image de la douceur. 
Le Fils. — Gela peut être, mais je n^en. veux aucune. 
La Mèrg. r— Annette, les hommes sont des ennuyeux;— envoie- 
les tous.bien.loin; -^ ils font enrager les femmes. 
La FibUR, — N'importe, il m'en faut un quand même ! 

Melcbior Barthés. 



LAS DUAS MARES 



». 



AL TORNAR DE LA 6UERRA LS SOLDATS 



— Mira Us, germana meva, mira'ls que alegresvenen 

los delmats esquadrons y 'Is régiments. 

— Tornan colrats, polsosos, envellits, pero tenen 

la gloriosa hermosura dels valents. 

— Oh ! î si que 'n son d'hermosos ! no hi ha uUs que no 'Is 

[mirin; 
la gent, quan passan, los cobreix de Hors. 
l No.veus quantas coronas? 

— Per moltas que Is ne tirin, 
may n' hi ha prou por aqueixos vencedors. 

— Mon fill ab ells arriva. 

— Lo meu també. 

— i Quin dia 
tan pur, tan blau ! ; quin dia benehit! 

— Jo tinch, germana meva, jo tinch tanta alegria, 

que no crech pas que câpiga en mon pit. 

LES DEUX MÈRES 

(au retour de LA OUERRE) 



« Regarde-les, ma sœur, regarde-les; ils arrivent joyeux, — les 
escadrons et les régiments. » ^ ails arrivent brunis, pleins de 
poussière, vieillis; mais ils ont — la beauté glorieuse des braves. » 

«Oh I oui! ils sont beaux ; il n'est pas.d'œil qui ne les regarde ; 

— la foule couvre de fleurs leur passage. — Regarde! combien de 
couronnes I » «On en peut jeter,, — mais jamais il n'y en aura 
assez pour ceux qui sont vainqueurs. » 

« Mon fils arrive avec eux. » « Le mien aussi. » « Quelle journée 

— si pure ! quel ciel si bleu I quel jour béni !» — « Ma sœur, 
j*ai tant de joie, — que je ne crois pas que ma poitrine puisse la 
contenir. » 



LAS DUAS MARES 43 

— Mira, mira com passan; las noyas mes bonicas 

als soldats vitorejan al passar. 

— Senyor! ; comme conmouhen avuy eixasmusicas! 

no se que tenen, perô 'm fan plorar. 

— ^ No ho sents ? mes que musicas y cants, molt mes res- 

[sona 
un visca atronador per tôt Tespay. 

— Es lo crit que la Patria tan sols a la Pau doua . 

— \ La Pau! Déu fassa que no acabemay. 

— Ay ! encare no#arriva la hermosa companyia 

en que he de veure al povre del meu fiU. 

j Que poch à poch que marxan ! 

— Bona germana mia, 

no anavan tan pausats en lo porill. 

— Es tanta la gentada que en tôt arréu fa nosa, 

que ab l'entusslasme los destorba M pas. 

— Tu veurâs â ton fill primer que jo | ditxosa ! 

— Ay no, tû al teu. primer que jo, '1 vourâs. 

— Entre 'Is soldats que venen, també n' hi ha molts que 

[ploran; 

« Regarde, regarde ; ils passent ; les jeunes filles, les plus belles 
— crient en Fhonneur des soldats. » — *< Mon Dieu! comme cette 
musique m'émeut aujourd'hui ! — Je ne sais ce qu'elle a, mais elle 
me fait pleurer. » 

«Entends-tu? plus que les musiques et les chants plus fort en- 
core, ^ nn hourra assourdit l'espace. y> — a: , C'est le cri que la 
Patrie donne seulement à 1^ Paix. » — «La Paix! Dieu fasse 
qu'elle soit pour toujours ! » 

« Hélas ! elle n'est pas encore arrivée, la compagnie — dans 
laquelle je verrai mon fils. — Ils marchent trop lentement, ces 
soldats-là» «Oh! ma bonne sœur, — ils n'allaient pas si doucement 
quand ils étaient à la bataille. y> 

« La foule qui de toutes parts fait masse est si grande — que son 
enthousiasme trouble leur marche. » — « Tu verras ton fils avant 
c[ue je ne voie le mien, heureuse que tu e^! » — «Oh! non, tu 
verras le tien avant. » 

a Parmi les soldats qui arrivent il y en a aussi qui pleurent ; — 



44 DIâCBCTES iMDERNES 

no *ls veus ? potsé à sa mare han recordat. 

— Povrets ! potsé son orfens ! 6 son de lluny y anyoran 

SOS parents, son pais, sa Uivertat. 

— Ah ! que ja'l veig, germana, ja U veig; sostenme are; 

; ab quina forsa sente batre '1 cor ! 

— \ Tu has sigut la primera ! 

— ; Quin goig lo d'ésser mare ! 
; es lo millor del mon ! ; es lo millor ! 

i Fill meu de mas entranyas ! 

— i Ma!re ! ; maretà meva ! d 

Y tots dos quedan abrassats plorant; 
Y Taltra povre dona segueix mirant âèns treva 

aïs soldats vencedors que vai^ passant. 

Ay ! i los darrers ja arrivan ! . 

— Que ! i no torna à sa terra 
lo fiUet meu ? i Hont es lo teu cosi? 

— Fou héfoe; pie de gloria va câurer en la guerra; 

un nom etern hi va deixar alli. » 

Cau com del llamp ferida y en convulsions estranyas 
la povre mare tremolant d'esglay. 

vois-tu? Peut-être ils se souviennent de leur mère. — Les pauvres ! 
peut-être sont ils orphelins au bien sont-ils nés loin d'ici; et main- 
tenant ils regrettent — leurs parents, leur pays, leur liberté. » 

<3C Ah ! je le vois, ma sœur, je le vois ; soutiens-moi 1 — mon 
cœur bat avec trop de force. y> — « Tu as été la première ï » « Oh ! 
quelle joie, celle d'être more I — C'est la meilleure du monde ; il n'y 
en a de pareille. 

Fils de mes entrailles I » ce Ma mère ! ma petite mèr-e l » — Et 
tous les deux restent embrassés et pleins de larmes. — Et l'autre 
pauvre femme continue de regarder — les soldats vainqueurs qui 
passent. 

Ah! los derniers arrivent l « 11 ne revient pas, — mon fils? Où 
est-il, ton cousin ?» — ccjl fut un héros ; il est tombé plein de 
gloire à la guerre ; — il a laissé là un nom éternel ! y> 

La pauvre mère tombe comme si elle eût été foudroyée ; elle 
tombe victime d'étranges convulsions, -"^ et elte tremble d'épou- 



LAS DUAS MARES 45 

— Ay iillet meu ! no torna ! ÔU aièu de mas entrèâijâs^ 

may mes, may mes te podré veurè ! may ! 

• — ^ No ho sents, germana meva ? d'ell parlarâ Fhistoria; 
va ésser héroe; dels altres fou espill. 

— ^ Que 'm fa? i baratarias acâs tota la gloria 

per eixas abrassadas del teu fill? 

Oh I î jo tingués al fill qu'estimo ab bojeria ! 

î jo '1 tingués com al teii ara tens tu ! 
I jo pogués abrassarlo ! y en camvi i que 'm faria 

que d'ell may mes se 'n recordés nin^\ ? » 

Queda la povre mare plorant desesperada, 

y mentrestant al seu dévora sent 
musicas y musicas, y veu la desditxada 

r ûltim soldat del ùltim régiment. 

Ja passan, ja s'allunyan ; lo flayre per tôt vola; 

i que blau, Tespayl q\iin sol tan pur que fa ! 
Visca la Pau I esclama la gent, y \ com tremola 

la bandera d'Espanya aqui y alla! 



vante. — « Oh I mon cher fils î il ne revient pas ! Fils de mes en- 
trailles, — je ne te teverrai plus î jamais plus ! » 

« Tu n'as pas entendu, ma sœur? 'L*bistoire un jour "fntlera de 
ton ûls; — il fut un héros; des autres il fut le miroir. > — « l 'Que 
m'importe èfela ? N'échangerais -tu pas toute la gloire du monde — 
pour ces embrassementsdo ton fils? 

» Qu'est-ce que je ne ferai pour avoir mon lils, le fils que j*aime 
à la folie ? — pour l'avoir comme tu as le tien ? Si je pouvais l'em- 
brasser, que m'importerait — que lo monde ne se souvînt jamais 
de lui ? » 

La pauvre mère reste en pleurant désespérée, — et en même 
temps elle entend près d'elle — de nouvelles musiques, et la mal" 
heureuse, elle voit — le dernier soldat du dernier régiment. 

Ils passent ; ils s^éloignent. — Le parium du printemps vole 
partemt ! — Qu'il est bleu, le ciel 1 Qu'il est brillant, le r^oleil I — 
Tout le monde crie ; Vive h, Paix! Quelle joyeuse foule! Comme 
— tremble au vent la bannière de l'Espagne, par ici et par là î . 



46 DIÂLBCTRS MODERNES 

] Oh Gloria ! ^ per que rias al mateix temps que ploras 
î per que 'ns portas tacat lo teu vel blanch ? 

i Oh Gloria de ma Patria ! que bella y gran que foras 
si no H mulléssin llàgrimas y sanch ! 

J. MARTi Y FOLGUERA. 

(Gatolan.) 

Oh Gloire 1 pourquoi ris-tu au même temps que tu pleures? — 
Qui a empourpré ton voile blanc ? — Oh ! Gloire de ma Patrie I tu 
serais très-belle et très-îçrande, — si les pleurs et le sang ne te 
mouillaient point! 

J. Mabti y Folgueba. 



LOU GARDA-MAS 

{Seguida) 



Dins un prat erbagieu e tout ensourelhat, 

Una frapa d'enfants e de droUas s'afana. 

Descaus, à b^les uns, an gasat lou rajôu 

Qu'en dous courrents bessouns encenchoun la clausada, 

E, brusents e galois, an seguit la rasada, 

A Toumbra de Tespés e rajtnut rebieirôu. 

£, zou, tout trepa e dansa e zounzouna e bresilha. 

Pamens, deçai-delai, la cola s'escampilha, 

LE GARDE- MAS 

(Suite) 



Au milieu d'un pré fertile, inondé de soleil, — une troupe de 
garçons et de jeunes filles se précipite. — Pieds nus, à la file, ils 
ont passé le ruisseau — qui entoure l'enclos de ses deux courants 
jumeaux, — et, bruyants et joyeux, ils ont suivi le rivage — à 
Tombre de l'épais feuillage des arbres riverains ; — et allons, tout 
danse et chante et gazouille et bourdonne, — r Cependant çk et là 



LOU GARDA-MAS 47 

Cadun seloun soun goust: d'unes van nistejà 

Dins lou rounzàs, amount, sus las brancas dau roure; 

ï)*autres, à travès camps, allègre, an près lou courre 

Après lous parpalhouns per lous acoussejà; 

D'autres, per çai, per lai, fan de pignels de fiouses ; 

E toutes soun pountents e toutes soun urouses ; 

Car despioi lou suquet dau serre abouscassit 

Qu'en lai dau pradelàs sembla que lous agacha, 

Couma un mourrut vignau gaitant la mala fâcha, 

Fins au gravas dau rieu que jai afatrassit ; 

Despioi l'aubràs qu'assousta e rausàs e lambrusca. 

L'un enliassant sous mars, l'autre agafant sa ruçca, 

Fins au prim entrefiol alairat per lou sôu. 

Sus mauvin, coucoumela e graissoun dau rajôu, 

Per lou prat, sus lou truc, dins l'aubràs, sus lous vises, 

Es tout de parpalhouns, de flouses e de nises, 

E pertout d'enfantets coussejant e nistant. 

l'a sous fraires, sa sorre emb sas camaradetas ; 
Amai el tabé l'es, e lou gala-bountan 
Nou'n v6u as parpalhouns, ni mai à las flouretas : 



la troupe se disperse, — chacun selon goût : les uns vont fureter 
— dans les touffes, là-haut sur les branches du chêne; — d'autres, 
a travers champs, allègrement ont pris leur course — après les 
papillons, en leur faisant la chasse; — d'autres, par-ci par-là, font 
des bouquets de fleurs; — et tous sont contents et tous sont heu- 
reux, — car depuis le sommet de la montagne couverte de brous- 
sailles —qui, au delà du grand pré, semble les surveiller,— comme 
un sombre garde- vigne au guet des malfaiteurs, — jusqu'au gravier 
du ruissseau qui coule en murmurant ; — depuis le grand arbre 
qui soutient le lierre et la vigne vierge, — l'un entourant les bran- 
ches maîtresses, l'autre happant son écorce, — jusqu'au trèfle des 
prés couché par terre. — sur les nymphéas, le cresson et les gui- 
mauves du ruisseau ;— dans le pré, sur la montagne, sur le grand 
arbre, sur les pampres, — partout des papillons et des fleurs et 
des nids, — et partout des enfants courant et furetant. 
* Il y a ses frères, sa sœur et ses petites amies — il y est aussi, lui, 
et Tespiègle, — ce ne sont ni les papillons ni les fleurs qui le ten- 
tent ; — en ce. moment il s'attaque à ce grand peuplier — qui, dans 



48 DIALBCTES MODERNES 

D'aquela oura n'en v6u à-n-aquel piboulàs 

Que*, dins soun vert brancun, rescond an nis d'agass^a. 

En van, per s'en saï*rà, ans au col s'embartassa. 

Ni per aquela, ou vôu : es caput, lou drollàs î 

Couma U'H escuriôu, de branca en branca escala ; 

Prend alen cade cop que gandis as plançouns. 

Mais, dessan qu'es au suo^ paupant lous agassouns, 

La branca ounte a près ped croucina, s'endavala, 

£ iou nistoun cabana ansin qu'un fruch madu. 

Quand de Taubre fruchè brandilhoun la grelhada ; 

E, se daissant anà, couma fai lou perdut 

Qu'au reloge dau tems sa mala oura es sounada, 

Degola, e zou, degola, e, tout en degoulant 

Sentis viroulejà Taire autour de sa cara, 

Couma la deu senti l'aucel en s'envoulant. 

Mais de qu'en sarà d'el quand sus lou prat tout ara 

Vai s'espautà, boudicu ? res que de ie pensa, 

Sent galinà sa car, e, zou, toujour degola, 

Sens espéras, sens brucb, mais sen^pausa ni mola. 

Malur! quand sus lou s6u ci'ïh de boumbi, sensat 



ses verles branches, cache un nid de pie. — Pour s'en approcher, 
dans un halher épineux il s'enfonce jusqu'au cou. — Peu importe: 
il le veut; il est opiniâtre, l'enfant î — Comme un écureuil, il 
grimpe de branche en brancho, — se reposant chaque fois qu'il 
rencontre un plançon ; — mais, une fois au sommet, saisissant 
les petits, — la branche qui le supporte craque et se rompt, — • 
et le dénicheur déf^rincîolo comme un fruit mûr, — lorsque de 
l'arbre à fruit on secoue la tige chargée, — et, se laissant choir, 
ajnsi qu'un désespéré — dont Theure dernière a sonné à l'hor- 
loge du temps, — il descend, descend, et, tout en se précipi- 
tant, — il sent tourbillonner l'air autour de sa face, — comme le 
doit sentir l'oiseau lorsqu'il s'envole. — Mais qu'en rôsultera-t-il 
quand tout à l'heure sur le pré — il s'abatrajbon Dieu? Cette pensée 
seulement — lui donne la chair de poule, et la descente continue — 
sans résistance, sans bruit, mais sans arrêt ni cesse. — Malheur! 
au moment oti il pense rebondir sur le sol, — un précipice mons»_ 

;(l) [littéralement : U tombera sur ses vmm >4tstiir €es pv^s, 



LOU GâRDA*MâS 49 

Un caraven moustrous dejout el s'abadalha. 
Discounforma es sa maissa e negrassa e sens founs, 
E ôivd soun gargatet lou rajôu se perfound. 
Diriàs qu'un gigantàs lou chima à la gargalha 
Emb un sourne gourgoul que sembla un raufelet. 
Adejà lou droUàs de soun orre galet 
Sent gandi jusqu'en el la nsaussana alenada, 
Kalenada de mort que sentis à frescun. 
Adounc vou se retene, agantà lou brapeun, 
Que passa coumà un fum qu'un fouletoun rebilha , 
Fai un rejet. Dau cop lou viel se derevilha, 
E soun pitre repoufa un souspir de soulàs. 

Endacô se graumilha e de sous iols neblats 
Drecli-a-drech dins Fesc^imp agacha sens res veire. 
La clouca agroumandida. e que sus el a Fiol, 
Brista soun mouvement e, se virant à reire, 
Au mitan de sous pouls çai ven plena d'ourguiol. 
Es fiera de soun creis couma unabona maire 
E, dins soun parauU, ie fai : — « îjb be ! pecair^, 
Clou, clou ! i'a pas res d'ioi per mous bèus poul^tous? 
Ve, couma soun bravets ! an toutes sa cougueta ! » 



irUGiix s*entr*ouvre au-dessous de lui. — Son embouchure* est 
énorme et noire et sans fond, — et dans son gosier Je ruisseau 
s'abîme. — On dirait qn*un énorme géant le boit à la régalade, ^ 
a^ec un sombre clapotement qui ressemble à un râle. — Déjà Ten- 
fant, de son horrible gorge, — sent arriver jusqu'à lui le souffle 
malsain, — le souffle de mort qui sent à fraîcheur. — Alors il veut 
s'arrêter, saisir les branches — qui passent comme la fumée 
qu'un tourbillon emporte; -^ il fait un ofTort. Sur-le-champ le 
vieillard s'éveille, — et de sa poitrine s'échappe un soupir de soula- 
gement. 

Il se trémousse ensuite, et de ses yeux troublés,*-en face de lui, 
dans l'espace, il fixe sans distinguer les objets. — La poule cou- 
veuse, alléchée et qui le suit des yeux, — aperçoit son mouvement, 
et, se retournant en arrière, — au milieu deses poussins, elle arrive 
pleine d'orgueil. — Elle est fière de sa nichée, comme une 
bonne mère doit l'être ; — puis, avec son langage, elle lui dit:« Eh 
bien ! — Glou, glou ! il n'y a rien aujourd'hui pour mes joli» petits 



50 DIALECTES MODERNES 

E la jouina nineia, aubourant sa testeta, 

Pieuteja à soun entour d'un aire amistadous : 

— « Clou, clou! dinstouQ bousset Ta pas quauquamigueta, 

Un retrous de quicon, un croustetou de pan ! » 

£ se sarra e se fréta e cloussis, mais en van . 

Lou dourmeire es représ, mai lous pantais lou tenoun . 
L'an atissat de longa, aici sian ! van e venoun 
Tout en parpalhejant, proumtes couma Fuiau. 
Aubouroun dins soun cor la douça souvenença 
De soun urous filhage. Ai ! couma ie fai gau 1 

Se vei barbèu, jouvent, plen d'esper, d'inoucença ; 
Lous plasés, pioi Tamour, ie parloun tout ensen; 
Pioi de soun endrechou Tan fach cap de jouvent, 
Quand sa mouliè qu'es ioi s'endeven abadessa, 
Ë pioi la dansa jout lou viel belicouquiè. 
jour très cops urous per el e sa proumessa ! 
La campaneta amount canta dins lou clouquiè ! 

Mais de qu'es que ie prend? Sa cara tant risenta 
S'afousquis, doumai vai. Soun peu que Tage argenta 
S'enredena; soun front tant seren se frounzis. 



poussins? «••Vois, comme ils sont gentils ; ils ont tous leur petite 
queub. » — Et la jeune famille, élevant sa tête mignonne, — crie au- 
tour de lui d'un air carressant: — aGlou,glou( dans ta poche n*aft-tu 
pas quelque miette, — un reste de n'importe quoi, un petit croûton 
de pain ?» — Et elle s'approche ; elle frôle et glousse, mais vaine- 
ment. . 

Le dormeur a repris son somme; de nouveau les rêves l'empor- 
tent; — ils sont acharnés, et sans cesse ils vont et viennent — et, 
scintillant avec la rapidité de Tôclair, - soulèvent dans son cœur 
les doux souvenirs — de son heureuse jeunesse. Ah! comme il en 
est joyeux! — il se voit adulte, jeune homme, plein d'espoir, 
d'innocence; — les plaisirs, puis l'amour, lui parlent à la fois;^ — 
puis, des jeunes gens de son petit village il est nommé le chef, 
— quand celle qui est aujourd'hui sa femme est déik cbbbcuiesse ; 
—et puis la danse sous le vieux hêtre. — Oh ! jour trois fois heureux 
pour lui et sa promise l — La clochette chânti là-haut dans le 
clocher ! 

Mais qu'a-t-il donc? Sa figure si riante — s'assombrit de plus en 



LOU GARDA-MAS 51 

A de longs feraiments dins sas gautas plessadâs. 
Sa bouca trementls e sas dents soun clavadas. 
Pamens la campaneta amount toujpur brounzis. 
Es vrai, mais pioi cantava embé sa vos douceta ; 
Ara brama, esclafls, Tardenta campaneta ! 
£ fai tout trementi, couma quand sona au fioc. 
Enfin dins lou planas, dins lous vaus, sus lou pioch, 
De toutes lous endrechs que soun terras tenentas, 
S'auboura un ara, un pioi, de sounadas brusentas ; 
Mema dins Tentremiecha, andant de ranc en ranc, 
Quicon que fai fiertat couma se pot pas creire, 
La gleisa dau patroun de Mount-peliè, Sant-Peire, 
Escampa fins au cel sas très vosses d*aram. 
liOU tems s'escuresis, Tannada es ben marrida, 
La nioch 1" a de bourjous, la suita miaula, crida ; 
Dos poulas fan lou gai, acuéulat dins la cour ; 
LMol estelat, targant la luna que trascoula 
Dins un pargue roujàs, lou chinas, ploura, idoula, 
Entre qu'es negra nioch à pouncheta de jour. 



plus; ses cheveux, argentés par Tàge, — se hérissent; son front si 
serein se plisse ; — il a de longs frémissements dans ses joues 
ridées; — sa lèvre s'agite et ses dents sont serrées ; — cepen- 
dant la clochette retentit toujours là-haut. — C'est vrai ; mais tout 
à l'heure elle chantait avec sa douce voix, — maintenant elle 
hurle, elle éclate, l'ardente clochette, — et fait tout frissonner 
comme quand elle appelle au feu. — Ensuite dans la plaine, dans 
les vallées, sur le mont, — de tous les villages circon voisin s*, — 
s'élèvent successivement de bruyantes sonneries ; — même dans 
l'intervalle courant de roche en roche, — chose qui fait frémir, 
impossible à décrire, — Téglise du patron de Montpellier, Saint- 
Pierre, projette jusqu'au ciel sco trois voix d'airain. — Le temps 
s'obscurcit. L'année est bien mauvaise; — les nuits ont des bruits 
sinistres, la chouette miaule, crie, — Deux poules contrefont le 
chant du coq, assis dans la cour; sur ses jarrets, — l'œil hagard, 
iixant la lune qui circule — dans un cercle pourpré, le gros chien 
pleure, hurle, — depuis la nuit close jusqu'à l'aube du matin. ^ — 

^ Littéralement : de tous les lieux qui sont terres tenantes. 



5S DIALBCTE8 MODBBIIBS 

I 

Adounc d*aqui aqui, gagnant dor la vilatisa, 
D'ornes viels e jouvents, una covlada pa8«)L. 
NTa d'en peu, de descaus ; d'autres per vestiment 
An un parel d'esclops e de marridas hralhas ; 
De fusils, mai que mai de grands fourcats, de dalhas, 
D'astes, de longs bastouns, esfralous anaatment. 
Un jouine tambourin, en cape d'aquel mesole, 
Picant, quoura la pel, quoura tustant Tarrescle^ 
Rampela lou refrin d'una rusta cansoun, 
Bramada per la cola, au pas, à Tunissoun. 
E la terra ferais e lou camin pousseja, 
E toujour la campana ailamount campaneja. 
Sens saupre couma, enûn, dempioi un moumenet, 
Dins lou membre dau m^^s, emb un fort arcanet, 
Se vei la fouroa en maa e sa femneta ploura, 
E lou reten, e pioide la bressola auboura 
Soun enfant nouvel aat: « Jan, moun Dieu, toun manit, 
Ta maire e ieu, sens tu, de qu'anan deveni?» 
Dor la bausa dau âoc devista adounc sa mairç. 
En el quicon ie dis : « La veiràs pus, pecaire ! 



Alors à chaque instant allant vers la grand'ville, -- une bande 
d'hommes jeunes el vieux passe; — il y en a qui sont nu-téte^, 
d'autres pieds nus, d'autres— ont une paire de sabots, de mauvais 
pantalons pour tout habillement. — Des fusils, p4as souvent de 
grand hoyauK, des faux, — des broches, de long bâtons, forment 
leur étrange armement. 

Un jeune tambourin, à la tète de ce pôle-môle, — frappant 
tantôt la peau, tantôt heurtant le cerceau, — accompagne le re- 
frain d'une rude chanson — hurlée par la bande, au pas, à l'unis- 
son, — et la terre tremble, et la poussière tourbillonne sïir le che- 
min ; — et toujours là-haut la cloche carilloniie. — Sans savoir 
pourquoi, enfin depuis peu, — dans l'appartement du mas, une 
forte rougeur aux joues, — ^il se voit, armé d'une fourche, et sa jeune 
femme pleure — et l'arrête ensuite ;du berceau elle soulève son 
enfant nouveau-né. — « Jean ! mon Dieu I ton enfant, ta mère 
sans toi, qu'allons-nous devenir ?» — A cOté de l'àtre, aper- 
çoit alors sa mère;-» en lui qniclque chose dit : Tu ne la ver- 
ras plus. — Hélas! comme elle est triste. Ah! ahl ses yeux sont 



tOU GARDA-MAS 53 

Couma es tristassa ! Ai ! ai ! sous lois soun atarits I 
La paura a tant soQfî»it,^^'tent toumbat, tant vist î 
Assetada sens vanc dessus la cadieirasa 
Ount sous desavanciès un per un an près plaça, 
Desengruna plan-plan sous chapelets de bonis, 
•ftffesoknt'dedins'sa pte^a «n so!!i8p4p'd'ai e^^ 
Un pau*dfeôsabranlat d'una'dOuîlÔùtaM grauda, 
Plaquis; quand tout d'un cop îou'Vi'elpoKrtàus'ahinda ; 
Intra de soUs àmics Tescachoun afdéldùs, 
E, sens mai de prepaus, lou capouliè bregous 
le ven : « Se sies Prancés, enrega nosta rega. » 
E dins la leia mai la cola se boulega, 
Car Ta preissa de tems, pareis, e Jan seguis. 
Seguis, laissant allai safemna estabanida, 
lie^antou que tresana e la maire au soulls, 
Aùbouîant sas dos mans e sa facia l)lastda : 
(( Ah !'Se lou mau nous ven dâë pecats re^quità, 
-Siegue fâcha, ô itaoun'Dieu! ta «anta vouîôtintàt î » 

A. Langlade. 

(A suivre,) 

taris. — La pauvre en a tant vu; elle a tant souffert: elle en a tant 
versé, de larmes! — Assise sans force sur la grande chaise ^ où 
ses ancêtres ont successivement pris place — elle égrène douce- 
ment son chapelet de buis, — entremêlant dans sa prière un sou- 
pir, des hélas. — Un peu ébranlé devant utie douleur si grande, — 
il' fléchit, quand tout à coup le vieux portail s'ouvre à deux battants, 
— De ses amis l'ardente petite troupe entre, — et, sans autre préam- 
bule, le chef batailleur — lui dit : « Si tu es Français, sillonne notre 
sillon. »— Et, dans l'avenue, de nouveau la troupe se hâte, — car le 
temps presse, paraît-il. Et Jean suit; — il suit, laissant là-bas sa 
femme évanouie, — le petit enfant qui pleure à chaudes larmes, et 
sa mère au seuil — élevant ses deux mains et la face ternie : — 
«Ahl si le malheur nous est envoyé pour racheter nos péchés, — que 
ta sainte volonté sôit faite, ô mon Dieu ! . ... » 

A. Langlade. 



» I 






PÉRIODIQUES 



Revue hieteiiqae, soientifiqae et litjtéraire du départe* 
ment du Tarn.— Cette publication est due à l'initiative du savant 
archiviste du département du Tarn, M . Emile Jolibois ; elle paraît 
mensuellement à Alby, depuis la fin de l'année 1875. — (Numéro 
de novembre 1875 à décembre 1876). 

2-3, 34-38. 49-52, 65-67, 81-86. 129-134,177-180, 193-197. Emile 
Jolibois, Histoire du pays d'Albigeois. Ce travail contient d'intéres- 
sants détails sur les traditions qui s'attachent aux monuments mé- 
galithiques de l'Albigeois. Elles se rapprochent fort de celles qui 
ont cours en Auvergne et dans le bas Languedoc. « [En Albigeois]. 
la Vierge et les saints ont remplacé les génies et les fées. C'est 
ainsi que le menhir de Vieux devint une pierre apportée là par 
sainte Carissime, dans le pan de sa robe, et cette pierre est encore 
sacrée pour les habitants, qui racontent naïvement que. le proprié- 
taire du champ où elle se dresse» ayant voulu Tenlever, il ne put y 
parvenir, parce que, dans la nuit, une main invisible comblait les 
tranchées qu'il avait faites pendant le jour. Le dolmen de Valde- 
riés a été, dit-on, formé de trois pierres que la Vierge apportait, 
Tune sur sa tête, les deux autres sur ses épaules, pour la construc- 
tion de l'égHse d'Alby ; mais, arrivée en vue delà ville, elle vit 
l'église construite, et elle déposa les trois pierres où on les voie 
encore. Les pierres d'Alban sont deux palets abandonnés à la 
«uite d'un défi que le diable porta à ia Vierge : la pierre lancée par 
la Vierge distança beaucoup celle lancée par le diable. Quant aux 
deuxpierres de Lacabarède, qui sontplantées sur le bord delà route, 
aune distance d'environ 3 mètres l'une de l'autre, on les appelle 
les Deux Sœurs : on prétend qu'elles se meuvent, et que la fin du 
monde arrivera lorsqu'elles auront atteint le sommet de la mon- 
tasrne. » — 3-6, 22-24, 39-42, 52-56, le Procès de la Sorcière brûlée 
à Labruguière en liSb, contient une lettre en langue d'Oc, datée du 
"27 mai 1485, et adressée par Johan Daliera, coseigneur de Lare- 
cuquelle, à maître Anthoni Robert, notaire de Sorèze. Curieux ex- 
traits de l'interrogatoire de Taccusée, d'après le ms. qui existe aux 
archives de la préfecture du Tarn. — 6-7, le Castel-Sarrasi de Bras* 
saCf avec nne version du chant de VEscriveto, recueillie par M. Joli- 
bois, à Brassac. Elle est à comparer à la version que M. Damase 
Arbaud publia dans ses Chants populaires de la Provence ( Fhtranço) 



CHRONIQUE 55 

• 

•et surtout à celle des Poiaies populaires de M. Alger (VEscrivoto;) 
Mevue, juillet 1874, p. 254). — 42-43, Ordomiance somptwdre det con- 
mis de Castres. — 74-75. Ordonnance somptuaire publiée à Castres en 
1375. Textes en langue d'Oc, accompagnés d*une traduction fran- 
çaise. — 123-125, la Pucelle devant Orléans, extrait d'un texte en 
langue ji'Oc existant aux archives communales d'Alby. — 153, 
Emile Jolibois, la Felibrefade. Note sur la réunion de Sainte-Estelle, 
à Avignon, le 21 mai 1876. — 513-154, loti Pai*»^ poésie en langaçje 
d*Alby, par M. Isidore Sarasy, mort le 4 août 1876. — 174-175, 
A Tnoun amie sur lou despart de sa mestresso, jolie pièce du milieu 
du XVIIJ* siècle. — 216. Noël albigeois, emprunté à V Histoire 
littéraire des patois du Midi. (Voyez Bévue, 2« série, tom. I, p. 90.) 

A. R.-F. 



CHRONIQUE 



Le prochain couronnement de sainte Anne d*Apt( 9 septembre 
1877) est en ce moment le motif de deux concours, ouverts, l'un par 
la Société littéraire d'Apt, l'autre par le Félibrige de Provence. 

Nous ne parlerons pas du premier, dont les délaissons expirés, 
et qui, dit-on, a donné de très-satisfaisants résultats ; mais nous 
sommes heureux, de faire connaître les conditions de la lutte poé- 
tique ouverte par les félibres. Deux thèmes sont proposés ; 

Pour le premier, une pièce de vers provençaux sur sainte Anne; 
les dames seules sont admises à concourir. Un des prix consiste en 
une fleur émaillée, offerte par le Comité des provençalistes d'Apt; 
le second, en deux médailles d'argent données par l'Athénée de 
Forcalquier. 

L'autre thème est laissé au gré des concurrents. Il devra cepen- 
<lanlêtre choisi parmi les divers sujets qui intéressent l'histoire et 
les traditions de la ville d'Apt et de sa région, c'est-à-dire toute la 
partie occidentale du Forcalquiérois. 

Une médaille de vermeil et deux médailles de bronze ont été, à 
l'occasion de ce concours, mises à la disposition du Comité d'Apt 
par la Société des langues romanes» 

Les pièces de poésie devront. être adressées, avant le 15 août, à 
M. Légier de Mesteyme, secrétaire du Comité provençal, à Apt. 



* * 



Las Ordenansas et Coustumas del libre blanc, publiées avec une in- 
troduction, des notes et un glossaire, par M. le docteur Noulet, de 
"Toulouse ; — les Patois de la basse Auvergne et leur iiMérature, par 
M. Henri Doniol, formant les tomes III et IV de la collection phi- 
lologique de la Société, paraissent à l'instant. Il en est de même 
du Dictionnaire des idiomes romans du midi de la France (tome T^', 
2« livraison), par M. Gabriel Azaïs. 



56 . CHRONIQUE 

Lei Coûtâmes iVAgea, par M. £d. Lidforss. seront prochainement 
distribuées aux souscripteurs. 



¥ * 



D'assez nombreux recueils de poésie et de prose languedociennes 
et provençales sont en ce moment en préparation. Nous signale* 
rons dansje nombre, et par la même occasion nous recommanderons 
^nos lecteurs, les suivants : lou Campestre, par M. J. LaOrès. in* 
12; — Flouretosde mountagno, parM.MelchiorBarthès, deSaint-Pons, 
in-12; — les Grils, par M. Auguste Fourès: sous presse tous Ie& 
trois à rimprimerie centrale du Midi; — Jean de la Valado, recueil 
des pièces de poésie et de prose de Victor Bourrelly, publiées par 
Je neveu de l'auteur» avec l'aide de M. Marius Bourrelly;— lis Aupiho, 
pojsies et légendes provençales, par M. Marius Girard, de Saint- 
Rémy; — Chalendo, par M. Aimé Giron, du Puy-on-Vélay, etc. 



¥ « 



Poésies et textes en langue d'oc insérés en divers journaux : 
— A Moussu A. de G. ,, dooujournau de Fourcauquiè, poésie* en lan- 
gage de Marseille, par M. Alfnul Chailnn {Journal de Forcatquier, 
','8 janvier). — Brinde (en prose) d'En Francès Vidal, à la réunion 
de la maintenance de Provence, le 28 janvier {Journal de Forçai- 
quier, 4 février). — Un Lourren à Moussu de (ro^nat^f, sonnet signé 
È. A moun ami e mèstre Roumaniho, pantaiage, poésie ]»rovençale, 
par M. Maurice Faure {Journal de Forcalquier^ 11 février). — Per 
laupaoure Lyounés, poésie languedocien no. par M. Ch. Gros ( Petit 
Midi, de Montpellier, 18 février). — La Catastropha de Graissessac, 
par le même (même journal, 22 février). — Un bon counsel, par le 
même (même journal, 25 mars).—- Xoa Grillet, par le même (môme 
journal, 25 mars). — Acamp de la manlenènçp de Prouvent, relation 
en prose provençale, par M. Descosse^de la réunion de la mainte- 
nance de Provence, à Aix, le 28 janvier .8nWe8 en vers de MM. Des- 
cosse et Guillibert (Journal de Forcalquier, 25 mars). — A J,-B, 
Gaut, sonnet monorime, par M. Marius Bourrelly; A Marius Bour'^ 
relly, réponse, sonnet également monorime, par M. Gaut (jlvewir 
de Marseille, mars 1877). — La Picoto, poésie languedocienne, par 
M. Benjamin Fabre {V Hérault, de Béziers, 30 mars). -^ Saunet, 
en provençal, par M. Descosse {Journal de Forcalquier, l*' avril). 
— Lou Tems dt ioy, poésie languedocienne, par M. Charles Gros 
' {Petit Midi, de Montpellier. 6 mai). — Lou Tems àveni, par le 
même (même journal, 13 mai). — PûwtoMrato, par le m^ie (même 
journal, 17 juin).'< 

Le Gérant: Ernest Hamelin. 



Errata du numéro de juin 1870 

Mélanges de langue catalane. — P. 225, 1. 10, ho; lisez : ho ady, 

— L. 17, 6ru«W; lisez: Gu-elL — P. 229, 1. 4 du bas, fassaoay 
lisez :/a««a ca. 

Le Livre des manières. — P. 253,1. 19. aé lecteur; lisez: aux lecteurs. 

— L. 29, couveictise; lisez: couveistisse , — P. 254, 1. 16, défendu; 
lisez: défense, Devei est le nom verbal de devéer. — P. 255. 1. 2^ 
prente; lisez : prente. — P. 256, 1. 40, dels; lisez: d'els. — P. 262, 
1. 5. Supprimer la note relative au v. 1185. 



DIALECTES ANCIENS 



UNE INSCRIPTION EN LANGUE FOG 

DU XV* SIÈCLE 
A. Ijar$;ehtière ( i^rdèclie ) 



Lorsque je commençai à publier ma série d'ouvrages sur les 
traditions, légendes, proverbes, dictons et sobriquets popu- 
laires du Vivarais ; et, plus tard, lorsque je voulus m'occuper 
de Y Anthologie patoise de ce pays, je recherchai avec soin tous 
les monuments anciens de notre dialecte, manuscrits, mon- 
naies, inscriptions, etc.; mais j'acqtii» la certitude que, siTon 
trouve dans TArdèche beaucoup d'inscriptions romaines, on 
n'en trouve pas une seule en langue vulgaire. Pourtant, je me 
rappelai qu'étant bien jeune — alors je ne songeais nullement à 
l'histoire de mon pays — ^j'avais entendu parler d'une inscription 
« écrite en patois. » Je cherchai longtemps dans mes souvenirs, 
je demandai des indications à tous ceux qui s'occupent de l'his- 
toire du Vivarais : pas un ne connaissait rien de ce qui m'in- 
téressait. Un jour, que j'étais allé à Largentière dessiner un 
magnifique ba$-relief du X® siècle*, je découvris l'inscrip- 
tion dont j'avais entendu parler, et que j'avais vue bien sou- 
vent, sans m'en douter. 

Cette inscription est dans l'église de Largentière. Avant de 
la faire connaître, que l'on me permette quelques détails pré- 
liminaires. 

On voit encore, à Largentière, des ruines du couvent des 
Cordeliers, qui fut détruit par les calvinistes en 1562. Ce 

* Ce bas-relief était placé, en guise d'enseigne, au-dessus do la porte 
d'entrée de Ja tour qui servait d'atolior monétaire aux premiers exploitants 
des mines d'argent de cette ville. 



5^ DIALECTES ANCIENS 

couvent, fondé vers T^n 1236, dix ans après la mort de saint 
François, était un des plus importants de Tordre, si Ton en 
juge par les détails contenus dans un mémoire laissé en 1781 
par un Père cordelier, mémoire que j'ai pu me procurer de- 
puis la découverte de Fir^scription . 

Le couvent ayant été pillé et incendié, les religieux, au 
nombre de près de cent cinquante, avec un évêque inpartibus 
pour gardien, furent obligés de se retirer chez eux; un petit 
nombre resta à Largentière avec le gardien, dans une maison 
appartenant à ce dernier, et qui devint le petit couvent des 
Cordeliers . 

C'est dans les archives de ce couvent, détruit à la Révolu- 
tion, que Ton trouva Tintéressant mémoire dont je viens de 
parler *. ^ 

Ce précieux manuscrit contient la description très-détaillée 
du grand couvent détruit en 1562. Voici quelques détails sur 
r église et la sacristie : 

« De ce mesme costé étoit aussi la sacrestie, lieu où se met- 
» toient les ornements de Téglise. Elle étoit fort riche, ayant 
» un nombre de vases sacrés, car on y comptoit onze calices, 
)) au nombre desquels étoit un d'une grandeur prodigieuse, 
» une forte croix d'argent pour l'usage des processions; elle 
B avoit aussi des beaux et riches ornements en chasubles, 
» chapes dalmatiques, la plus grande partie en velours et en 
» soie, etc. 

» Cette église, fort belle et fort propre, étoit en grande par- 
)) tie tapissée d'une fort belle étoffe de différentes couleurs, 
» appelée filet d'Auvergne et de filet de Flandre. Une fort belle 
» chièreen pierre de taille toute scultée, et d'une seule pierre, 
» faisoit un des principaux ornemens.On la voit aujourd'hui 
)) à là paroisse. . .» , 

Et d^n^ y enquête nous lisons : «....Loys Fayolle dict qu'il 
» demouroit pour travailler à ses journées avec Claude Borie 
)) etPons AUamel, luy firent aller quérir avec Jehan Doms, 
» dict Piac, et quelques aultres que ne lui recorde une chiere 



* Ce mémoire appartenait à M. Roure, avocat à Largentière; il passa, 
plus tard dans les mains de M. Pellier, notaire à Joyeuse. 



UNE INSCRIPTION EN LANGUE D OC 



59 



i) de pierre qu'est en Féglise dud. couvent qu'ils trouvarent 
» arranchée et mise en pièces; laquelle chière, après Jehan 
» Serre, maçon, redressa en Téglise dud. TArgentière. » 

C'est sur cette chaire, qui se trouve en effet dans l'église pa- 
roissiale de Largentière, qu'on peut voir la belle inscription 
languedocienne dont voici la copie très- exacte : 




I 

p. 

m 



m 



w 






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ôc eolcns np 



f 



( I I < t ( I I i ' t I I 



\ 




H, V.fecU 

L'an m. CCCC. LXXXXetle VII d'octobre, hieu, Pierre 
Guarnier de Colens ay donat aquesta chadiere al convent, 
eque 



60 DIALECTES ANCIENS 

DanB le mémoire manuscrit, cette inscription est mentionnée 
ainsi : « Autour de cette chièreon lit, en caractères gothiques, 
» ces mots : l'an MCCCCLXXXX, VU octobre, Jean-Pien^e 
» Gamier, de Coulens \ ay donnât a questo cadièro al couvent 
» dos frayres minours de Largentiera . » 

On remarquera qu'il y a une petite erreur dans le mémoire : 
sur rinscription il n'y a pas /ean-Pierre Gamier, mais bien 
hieu Pierre Guarnier (moi, Pierre Guarnier). L'artiste de Cou- 
lens a voulu accentuer la donation de son œuvre, qu'il a si- 
gnée comme on signe un testament ou tout autre acte de 
grande importance. 

Maintenant, l'imagination de l'auteur du mémoire a-t-elle 
complété l'inscription de Pierre Guarnier, ou bien pouvait- 
on lire à cette époque, sur le quatrième panneau, compléte- 
tement effacé aujourd'hui : dos frayres Minours de Largen- 
tiera ? 

Cette dernière supposition ne me paraît pas admissible : le 
troisième panneau, sur lequel on lit : 1490. P. G., eût été 
une solution de continuité; la phrase se serait trouvée coupée 
de façon à détruire l'harmonie qui règne dans toute la chaire. 
Pourtant, le dernier mot de l'inscription, eque, indique bien 
qu'il j avait autre chose, mais il est impossible de déchiffrer 
ce panneau : tout a été gratté au ciseau. 

Il n'est pas étonnant que mes compatriotes et amis n'aient 
pu me renseigner sur cette inscription languedocienne, lors- 
qu'on songe que M. Ovide de Valgorge, qui a fait une minu- 
tieuse description de l'église de Largentière, ne l'a même pas 
mentionnée. 

« La chaire qui décore l'intérieur de cette église, dit-il, est 
» remarquable surtout comme incrustation de l'époque du 
» style ogival flamboyant... Elle est couverte d'arabesques en 
)) relief d'un riche goût, et porte, gravée sur l'un de ses pan- 
» neaux, la date de sa construction ^. » 

Dans la destruction du monastère des Cordeliers de Largen- 
tière, durent disparaître, perdus pour toujours, des documents 

1 Gouleus est un hameau de la commune de ChassierS; à 3 kilomètres 
de Largenlière. 

2 Souvenirs de VArdèche, t. Il, p. 319. 



UNE INSCRIPTION EN LANGUE D*OC 61 

de la plus haute importance pour l'histoire de la langue d'oc ; 
la bibliothèque était considérable. Voici quelques détails na- 
vrants relatés dans le mémoire : « Aussy bruslèrent dans led. 
» couvent tous les livres d'iceluy couvent, tant ceux de l'église 
» que autres de la livrerte où estoit le canon civil, les quatre 
» grands docteurs de t Eglise, quatre bibles en parchemin; il y 
» en avoit plus de six charges, et pour les faire brusler et plus 
» vistement, ils jetèrent d'hélé d'olive dud, couvent, environ 
» demi^harge , » 

a Parmi leS manuscrits précieux, dit Ovide de Valgorge, 
étaient une Bible du XP siècle, présent du pape Clémeni VI 
au cardinal Pasteur Serrets, qui l'avait, en mourant, léguée 
au couvent des Cordeliers d'Aubenas, qui, à son tour, l'avait 
envoyée en cadeau au couvent des Cordeliers de l'Argentière: 
Bible magnifique, couverte de précieuses et nombreuses en- 
luminures; et une relation du voyage fait en Terre Sainte, à 
l'époque de la première croisade, par Pons de Balazuc *. » 

Je pourrais grossir cette note en donnant des extraits de 
l'enquête qui eut lieu en 1562, sur la destruction du couvent ' 
des Cordeliers de Largentière ; c'est la partie la plus curieuse 
du mémoire : toutes les dépositions sont écrites en mauvais 
français et en dialecte vivarais. Pour aujourd'hui, je me borne 
à la communication de mes recherches sur l'inscription. 

Henry Vaschaldb. 

1 Souvenirs de lArdèohe, t. II, p. 314. 



— ---^S?3»i8%ÏSS^ 



DIALECTES MODERNES 



HISTOIRE LITTERAIRE 

DES PATOIS DU MIDI DE LA FRANCE 



AU XVIH' SIÈCLE 



APPENDICE BIBLIOGRAPHIQUE 

Comprenant lé' Catalogue des ouvrages écrits dans les patois du Midi de 

la France au XVIH* siècle 

[Suite et fin) 



309. Recueil des Prières et Cantiques spirituels à Pusage des 
missions des R. B. P. P. Capucins. 

Toulouse, 1781, in-12, 108 pages. 

Les Cantiques en langue vulgaire occupent les pages 69-74. 

310. Recueil nouveau de Prières et de Cantiques provençaux. 
Par un curé de Provence, sans lieu ni nom d'imprimeur, 1785. 

311. Regrets (Les) deClimène, par M.***. 

f Al lebat de TAuroro, 

Dins un pradel de flous. . . . 

Cette Chanson se trouve dans le Recueil de Romances historiques , 
tendres et burlesques, etc. , et dans les poésies patoises qui font suite 
aux Obras coumplètas des frères Rigaud, p. 177; elle y est attribuée 
àrabbô Moral. V. ce nom. 

312. Remergiomen de Janot, ou le Trinfle de Toulouse. 
V. Baour. 

313. Réponse per doih Diego de Crocrico, chevalier des ordres 
errans et géographe imaginaire de Sa Magesté portugaise, au Bour^ 
stultorum landidorum, dans la principauté du Brésil, à Messieurs 



HISTOIRE DBS PATOIS DU MIDI 6^ 

les fameux poëtes qui, sous le nom de Troubadours, ont donné au 
public le poème comique de la Patte enlevée, en langage pro- 
vençal. 
Garpentras, à renseigne de la Vérité, 1741, in-12. 

314. Responsou d'un home que s'es rettira dou mounde. 
Garpentras, 1741, in-12. 

G. Brunet, Lettre sur les patois, p. 23, et Pierqiiin de Gem- 
bloux, Hist, litt. des patois, p. 317. 

315. Réveillon (L'abbé). Elotchédé Labrando, marchando de 
froumatchous à Narbouno. 

Par M., l'abbé Réveillon, conduché du vénérable Ghapitre de 
Saint- Paul deNarbonne. 
Je dois une copie de cette malice dévote à feu M. L. Galibert. 

316. Richard (Le chevalier de). Le Retour du Parnasse. Par 
M . le Chevalier de Richard . 

Amsterdam, chez J. Ryckhoff fils, libraire; 1755, in-8°. 
Recueil de petits vers français, avec dix couplets en patois bas- 
languedocien, les uns et les autres d'une complète insignifiance. 

317. RiGAUD (P. Auguste). Las Vendemias de Pignan, poëma 
per Rigaud. 

Mounpeïè, Tournel, an II de la Républica, in-16. 
G^est dans cette édition que Ton trouve VArislocratia chassada 
de Mounpéiè, pièce de vers de l'an 1790. 

318.. RiGAUD (P.Auguste). LasVéndémias dé Pignan, pouëma, 
cou'mpaousat en 1780 per P.-A. Rigaud. 
Mounpéiè, Tournel, an II, in-16. 
« Édition princeps de ce poème. » 
Bibl. patoise de M. Burgaud des Marets, n" lj044! 

319. RiQAUD (P. Auguste et Cyrille ). Obras coumpletas d'Au- 
gusta Rigaud et de Cyrilla Rigaud, en patouès dé Mounpéiè 

Mounpéyè, Augusta Virenque, 1845, grand in-18. 

Cyrille Rigaud a publié aussi: Poésies diverses de Cyrille Rigaud, 
ancien professeur du Lycée de Montpellier. Montpellier, J.-G. 
Tournel; 1821, in-12. 

Ce recueil ne contient que dos compositions françaises. 

320. RiVARÈs (Frédéric ). Chansons et airsL populaires du Béarn. 
Pau, E. Vignancour; sans date, gr. in-8°. — V. ce titre. 

321 . RoBY (L'abbé ). Compliment fait à M. de la Millière, inten- 



Ô4 DIALECTES MODERNKS 

dant de cette ville (Limoges), en 1751, par un écolier du collège 
des Jésuites travesti en paysan limousin. 

Dans les Pièces diverses, à la suite du Recueil de poésies de F. 
Richard, tom. II, pag. 262. Limoges, Fr. Ghapoulaud, sans date. 

L'abbé Roby était né à Limoges ; il mourut en 1761. Il aurait 
parodié Virgile (Rec. cit., p. 16.) 

J22. RocHB, voyez Noëls en français et en langue vulgaire. 

323. Roches ( L'abbé ). Le Grand et Petit Catéchisme, composé 
par M. Roches, curé de la paroisse de Mont-Gaillard, au diocèse 
de Toulouse, approuvé par le R. P. Rougnan, religieux des frères 
prêcheurs et professeur royal à Toulouse, à l'usage de J.-F.-Ant. 
Molinier,curé de Folcarde, au diocèse de S. Papoul. 1780. 

Manuscrit in-8o, avec le texte français en regard de la traduction 
pa toise. 

Dans ses Lectures, Va.hbé Molinier nous apprend que l'abbé Ro- 
ches mourut à Séville, en Espagne, où il avait émigré. 

324. Romance provençale : 

Lou béou Tirais se proumenavo 
Soulet un jour 

Dans le Reciinl de romances historiques, tendres et burleêques, etc., 
tom. II, p. 332 
V. ce titre. 

325. RouFFiAG (L'abbé). Épitre à M. Bourguet. 

M. Magloire Nayral a cité deJongs fragments de l'Épitre do Fabbé 
Rouffiac, connu sous le nom de Curé de Sarclas. Biugr. caslraise, 
tom. m, Supplément, p. 588. 

326. RouTTiER ( Alexandre). Lou Mariagi de Margarido, cou- 
médio en un acte . 

Marseille, 1781,*in-8°, 32 pages. 

Il a été fait plusieurs éditions de cette comédie. 

327. RoYER (Louis-Bernard). Fragments d'une poésie : lou Chin 
de Cambau, in li Parpaioun blu de W. Bonaparte-'Wyse. Avignoun, 
Gros, 1868, in-12, pag. 201-203. 

328. RoYBR (Louis-Bernard). Ghincho-Merlincho, en BathfAnglo- 
terro), encô de G. Lewis, libraire-editour. carViero dicho «North- 
gate Street », 12; 1871, in-4o (tiré à 27 exemplaires, dontun sur vé- 
lin, et publié par M. W. Bonaparte- Wy se) . 

329. Sanguilhem. Lou Mriridatge de Gamardou. 
Ms. du'XVllIe siècle (Pau). 



HISTOIRE DBS PATOIS DH MIDI 65 

330. Sarrau. L'Amour mouyat, imitatioun d'Anacréon. 

A la suite des Obras coumplètas d'Augusta et dé Oyrilla Rigaud, 
Montpellier, 1845, in-12. p. 171-172. 

Sarrau fut professeur à l'École 4© chirurgie de Montpellier vers 
le milieu du XVIIl* siècje. 

331. Sauvages (L'abbé P. -A. Boissier, de la Croix de Sauva- 
ges). Dictionnaire languedocien-françois, ou Choix des mots lan- 
guedociens les plus difficiles à rendre en françois. Contenant un 
recueil des principales fautes que commettent dans la diction. et 
dans la prononciation françoise les habitans des Provinces méridio- 
nales du royaume, connus à Paris sous le nom de Gascons. Avec 
un petit Traité de prononciation et de prosodie languedocienne. 
Ouvrage enrichi, dans quelques-uns de ses arti'^ps. de notes his- 
toriques et grammaticales et d'observations de physique et d*his- 
toire naturelle. Par M. l'abbé de S***. 

Nismes, Michel Gaude; 1756, 1 vol. in-8». 

332. Sauvages (Pierre- Augustin Boissier de la Croix de Sau- 
vages). Dictionnaire languedocien-françois, etc., nouvelle édition, 
corrigée et augmentée d'une nombreuse collection de proverbes 
languedociens et provençaux. 

Nismes, Gaude; 1785,2 vol. in-8°. 

333. Sauvages ( L'abbé de ) . Dictionnaire languedocien-français, 
etc. Par M. l'abbé de Sauvages. 

Nouvelle édition, revue, corrigée, augmentée de beaucoup d'arti- 
cles, et précédée d'une Notice biographique sur la vie de Pauteur, 
par son neveu, L. A. D. F. 

Alais, J. Martin; 1820, 2 vol. in-8-. 

334. SfiRÈ. Le Poble moundi, à Mounseignou le Prumié Pré- 
siden. 

.ln-4^ de 4 pages, sans nom d'auteur, ni d'imprimeur, ni lieu, 
ni date. 

Cettp pièce de vers est de Seré, de Toulouse, composée en 1711, 
à la louange du Premier Président au Parlement, Bertier de Ma- 
Iholas, seigneur du Vemet. 

V. Le Poble moundi. 

635. Skré. Pièces de vers, à la suite des Œuvres de Pierre Gou- 
delin, édition de Lecamus, 1713, in-12, et dans les suivantes. 

On y trouve : \^ un Sotmet al Rey, sur le retour du premier pré- 
sident de Bertier, à Toulouse (il venait de Pau), en 1710 ; 2« un 



M DIALBGTBS MODBRNES 

sixain, à M. de Bertier, en 1710 ; 3^ A. Monseignou de Bertié, prwnié 
prenden. 

La dernière pièce est la même que ^ Poble moundi. 

336. Sebmou (Lou) deu Curé de Bideren, X Ville siégle. 
Pau, Léon Ribaut, 1873, in-sV 

C'est là un de ces sermons de fantaisie, relevés par des traits 
plus ou moins risqués. 

337. Sebmou (Lou) deuCurè de Bideren, XVIlPsiègle (Publicat 
per la segounde betz), 

Pau, Léon Ribaut; 1875, in-8o, 15 pag. 

338. Sebmou (Lou) deu Gurè de Bideren, XVni« siècle Ma- 
nuscrit. Le sermon y est moins développé que dans les deux im- 
pressions qui précèdent. 

339. Sermou proxat à Santo-Sezeillo, etc. 
V. Four nés. 

340. Soleil (Le) de Noël, né à minuit pour éclairer tout le 
monde. Noëls nouveaux composés à S. Elix de la Terrasse, par G. . . 

Toulouse, veuve de J.-P. Robert, sans date, in-12. 

341 . Saint-Salvy (Bernard de). Bersis beoumountouèsés. Poué- 
sios de Moussu B. de St-S. 

Toulouse, Lagarrigue et Dours; sans date (1834), in-12. 

342. Sonnets, mal à propos attribués à Pierre Goudelin, par 
M. Dumège, Hist. des instit. de la ville de Toulouse, t. IV, p 86. 

V. Pastiches. 

343. Stansos. a la mémorio dé Pierre Goudouli, Stansos, par 
un maître es Jeux floraux. 

Dans le Sui)plôment aux A fficTies Annonces, etc. y de Toulouse et du 
haut Languedoc^ du 17 juillet 1774. 

344. Superbie-Cazalet. Carte à Théophile Bourdeu. 
Dans les Poésies béarnaises, 

m 

V. ce titre. 

345. Thobert (l'abbé) . Gristoou et Fresquiero, ou la Queue de 
l'âne arrachée, comédie en un acte et en vers. 

Marseille, Terrasson,M825; in-8^, 15 pages. Réimprimé à Mar- 
seille, quelquefois avec des variantes, en 1826, 1830, 1838, 1852, 
etc. 

346. Thobert, Meste Mauchuan, ou le Jugement de l'âne, co- 
médie en un acte et en vers provençaux. 



HISTOIRE DBS PATOIS OU MIDI 67 

Marseille, 1813, in-S», 12 pages. 

Des rééditions en ont été faites en 1825, en 1840, etc. 

L'abbé Thobert, professeur de théologie au séminaire du Bon- 
Pasteur, mourut en 1777. On lui doit une autre comédie, M, de 
Rovina^ restée inédite, et une pastorale sur la Naissance de Jésus- 
Christ^ dont il a été fait en Provence de très-nombreuses éditions. 

347. Traduction languedocienne en vers du premier chant de 
^^ Enéide, de Virgile. 

Ms. possédé par M. Gavallier, de Montpellier. 

La date probable de cette traduction est 1740-1750 (M. Gavallier). 

348. Testament d'un juif de la ville de Garpentras. 
Carpentras, S. D., in-16, 17 pages. 

D'après le catalogue de M. Bory, n<» 1931, la première édition 
appartiendrait à Pannée 1722. 

349. Traduction de TOde d'Horace qui commence ainsi : 
nata mecum consule Manlio . . . 

Un feuillet manuscrit, in-4^, 2 pages, écriture duXVIIIe siècle. 
Cette imitation est écrite dans un excellent patois de Toulouse. 

350. Trioumphe (Lou) de Marsillo, odo. 
Marseille, Mossy, 1756, in-4o. 

M. Pierquin de Gembloux, Hist litt, des patois, p. 330. ' 

351. Vellote, ou le Mariage à la mode. Comédie en cinq actes 
et en vers, mêlée de chants et précédée d'un prologue. 

Pièce écrite dans le dialecte de Gignac (Hérault), en 1716. 
Manuscrit in-4«.Lie titre a été ajouté par feu M. Léon Galibçrt, 
qui m'avait amicalement offert cette rareté patoise 

352. Verqnes (Jean-Baptiste). L'Auta de la Grand Garriero.ou 
Moussu Bernard, coumedio en dus actes et en herses patois (sic). 

Representado le prumier cop à' Toulouso, al caffé del Globo, le 
24- juin 1787. 

Per Tautou de la Vergnade, 1787. 

Un vol. manuscrit, in-iol% de 235 pages, autographe de l'auteur. 

Vergnes était un marchand de coton de Toulouse, qui, à propos 
d'un reposoir élevé dans la rue Pharaon, s'est livré à un long ba- 
vardage, dans lequel il a fait entrer sa propre biographie. C'est un 
honnête rimailleur, qui se prend au sérieux comme poëte, ainsi 
que tant d'autres de notre temps, et avec aussi peu de raison. 

353. Vers en langage toulousain, sur les Noëls de Monsieur 
rAbbé Plomet, signés R. M. A. 1721. 



68 DIALECTES MODERNES 

En tête de le Pêcheur secouru par le Libérateur, etc., par l'abbë 
Plomet. 

V. ce nom. 

354 Vers pour Mgr d'Àntraigue à son arrivée dans Beaucaire, 
lo 10 juillet 1767. — Lettre à M. Siiveslre, prêtre de Tarascon. — 
Vers pour le R. P. Fidèle Marie, capucin, ayant prêché le carême 
à Beaucaire, Tan 1767. — Vers pour M. Brideine, prêchant à Ta- 
rascon, l'an 1767, in-12. 

Bibl. patoise de M. Burgaud des Marets, n® 1224. 

355. Vers patois : 

Pastou que Vamour meno. etc. 

Dans une lettre envoyée à Grégoire par les Amis de la Constitu- 
tion à' Agan. V. Lettres à Grégoire sur les patois de France, publiées 
par M . Gazier dans la Revue des langues romanes, 2« série, tom. I, 
p. 286. 

356. Versés sur lou Gussou dasPenitens blancs. 

Manuscrit in-4*, de 1775, d'après M.Léon Galibert, qui avait 
bien voulu m'en fournir une copie. 

357. Vigne (L'abbé). Contes en vers prouvençaux, imprimas per 
la première fés en Avons 1806. 

Sans nom d'auteur, ni d'imprimeur, ni lieu. 

Ce livret fut publié à Âix-en-Provence, par le libraire Pontier. 
Les éditeurs du Bouquet prouvençaou ont consacré une Uotice à 
l'abbé Vigne et reproduit huit de ses Contes . 

358. Vocabulaire patois-français-anglais et proverbes patois, dans 
une lettre adressée à Grégoire, touchant le langage du département 
du Gers. ( Voyez Lettres à Grégoire sur les patois de Fraime, in Hewwe 
de» langues romxmes, !'• série, tom. VIIl, p. 95 à 97 et 102.) 



Secondb Partie 

PIÈCES SUR LA REVOLUTION 



1 . Abis d'un bout! pastou à sous parrouquias . 

Sans nom d'auteur, ni d'imprimeur; ni lieu, ni date, in-8o. 
Contre le serment exigé du clergé. 

2. Abfs, noun pas à las brabos gens, mes al Pèro Sermet. 
Sans nom d'auteur, ni d'imprimeur; sans lieu ni date, in-8o. 

3. Abis à las brabos gens, tant de la bilo que de la dampagno. 



HisToitifii Des Matois du midI 69 

Sans nom d'auteur, ni d'imprimeur; sans lieu, ni date, in-8«. 
Cette brochure est attribuée au Père Sermet,*dans VAbis précé- 
dent. 
V. Sermet. 

4. Abis saiiitari al paure poplé de Toulouso e de las campa- 
gnes. 

Sans nom d'autenr, ni d'imprimeur; sans lieu ni date, in-8o. * 
Pamphlet quelque peu ordurier, mais en bon patois de Tou- 
louse, contre le P. Sermet. 

5. Artaud ( Joseph ). Recueil de chansons patriotiques pour 
toutes les fêtes de Tannée. 

Draguignan, an VII, in- 12. 
Catalogue Bory, no 1847. 

6. Au Loupl. 

Sans nom d'auteur, ni d'imprimeur; sans lieu (Toulouse), nr 
date (1791), in-8o. 
Satire contre l'évèque constitutionnel Sermet. 

7. AuRiOL dit Lanoautier. Tableau actuel de la situation pu- 
blique et triomphante de la République française. 

C'est un recueil qui se compose de: 

1« Hymne patriotique sur plusieurs airs, chanté au Temple de 
la Raison de la commune de Toulouse, le 20 floréal de l'an 2" 
de la République française, une et indivisible ; 

2*^ Hymno patriotico (sic) cantado al Temple de la Razou dé la 
commune de Toulouso, le 30 floréal de Tan second (sic) dé la Ré- 
publico francéso. 

Sur l'airé : Des simples jeux de mon enfance, 

3* Aoutro hymno patrioutico. Per la plantation de l'Arbre de la 
Libertat. 

Sur l'airé : Ah I le bel oiseau, maman, etc 

8. Bal des Muscadinats ( Le ). Chanson en cinq couplets, à 
l'adresse des Muscadins, les élégants ridicules, après les événe- 
ments de thermidor. 

Ces couplets ont été cités par M. A. Combes, dans ses Chants 
populaires du pays castrais, 1862, p. 100. 

9. Baladin ( Le ) démasqué. 

Sans nomd'auteur, ni d'imprimeur; ni lieu, ni date, in-8®. 
Cette violente attaque contre le P. Sermet contient, à la page 16: 
Stanço et Epitapho per Frèro Hyacintho Sermet. 

Le père Sermet répondit par sa Lettre du B P. Sermet au club des 



70 blAL&GTBS MÔDERNBà 

Amis delà Constitution, datée de Sainl-Greniés, le 18 août 1790,in-8<». 

10. Bernadau. Traduction de la Déclaration des droits de l Homme 
en langage de Bordeaux, dans les Lettres à Grégoire sur les patois de 
France, publiées dans la Revue des langues rowanes, par M . Gazier, 
2e série. T. m, p. 181. 

• 11. Bernady. La Franco régénerado. Pouemo, per M. B , 

citouyen de Mountalba. 

Mountalba, de l'imprimario de Fountanel, imprimur de la Sou- 
cietat des Âmitsde la Coustitutien {sic). 
Sans date, in-12. 

12. Bou<3HE (Charles-François). La Gounstitucien francezo, tra- 
ducho counfourmamen eis décrets de TAssemblado Naciounalo 
Gounstituanto,enlenguoprouvençalo, é presentado à TAssemblado 
Naciounalo Législativo, per Gharlé-Francés Bouche, Députa de la 
ci-davan sénéchaoussado d*Aix, membre de l'Assemblado Naciou- 
nalo Gounstituanto, é enquey d'aou tribunaou de Gassacien. 

Paris, de l'Imprimarié naciounalo, 1792, in-18. 

13. Gansou cantado pés habitans dé Sent-Géniès à l'arribado 
dél Pero Sermet. Sur FAyre: D'en haut en bas. 

Sans nom d^auteur, ni d'imprimeur; ni lieu, ni date. 

14. CansOd patrioutico. Sur l'airé de Berdv/ret, 

Quatre couplets en patois de Toulouse, dans les Couplets dédiés à 
la propagande révolutionnaire. 

Br. in-12; de 12 pages, sans lieu, ni date, ni nom d'auteur où 
d'imprimeur. 

15. Cansou REPUBLiCATNO, OU LA Gagado ROYALisTO. . Sur Tayre : 
Il étoit une fillette. 

Signée, G. Lavabre.(?) 

Il y est question du triomphe des républicains dans le Gastrais 
(Tarn) et dans le canton de Rével (Haute-Garonne). 

Un feuillet de 2 pages, in-8<>. Sans lieu, ni date, sans nom d'au- 
teur ni d'imprimeur. 

16 . Gansou rouergasso, fatjo à l'ouccasiou de ia ^iesso que 
rintrus de Soumart anguet dire à la Gleyo de St. Marti de La- 
guepio, à l'imbitatiou de Roucadou et Philip. 

Sans nom d'auteur. 
Roudés, 1800,in-8o. 

17. Gansou sur la Fablo de las Bestios: 



HISTOIRE DES PATOIS DU MlDl ;i 

Nostris Àvgols nous countabon 
Que (lins le tems reculât 
Toutes las Bestios parlabon . . . , . 

ln-4o, 3 pages, sans nom d'auteur, ni d'imprimeur; sans lieu, ni 
date. 

Idiome de Foix, à propos d'une élection de l'époque révolution- 
naire. 

18. Gansou sus Loups. 

Dans un cahier manuscrit de l'époque révolutionnaire. 
Cette chanson est dirigée contre les curés assermentés. 

19. Gantiquis. Dans le même esprit que le précédent. 
Sur l'air : Avec les jeux, dans le village, etc 

Sans nom d'auteur, n; d'imprimeur; sans lieu, ni date; in-8o. 

20. Cantique patois, sur la fidélité aux légitimes pasteurs et 
sur l'infaillibilité de l'Église. 

Sur l'air: Le connais-tu, ma chère Éléonore, . . 

Quand un troupel, boulache et sans prudence, 
De soun berge n'escouto pas la boux 

Dans un cahier manuscrit de l'époque révolutionnaire. 

21. Chabot (François). Réponse aux quarante-trois questions pro- 
posées par l'immortel Grégoire, digne curé d'Emberménil et député 
à l'Assemblée nationale; vocabulaire français et patois, rouergas ou 
aveyronnais, avec l'étymologie des mots de cette langue vulgaire. 
— Réponse aux deux principales questions proposées par M. Gré- 
goire le 13 août 1790 : Quelle serait l'importance religieuse et politique 
de détruire entièrement le patois dans le départemsntde VAveyron et quels 
en seraient les moyens f 

(Documents publiés par M. Gazier, i2evwe des tangues romanes, 
tom. VII, p. 121 à 133; tom. VIII, p. 71 à 87. 

22. Champmas (L'abbé). La Desoulatioun de Mounbran. 

Pièce de vers dont je possède deux copies. L'une, la plus an- 
cienne, me paraît fournir la composition originale ; la seconde, am- 
plifiée, ne gagne rien à certaines répétitions d'idées et de ta- 
bleaux. 

En 1829, Pabbé Champmas, ancien curé de Layrac, près d'Agen, 
adressa des vers élogieuxà M. Jasmin, qui furent imprimés dans 
les Papillottes. 

M. Jasmin répondit par un remerciement au curé-poëte et établit 
ses droits à l'honneur d'avoir composé la Désolation de Monbran par 
ces deux vers : 



72 DIALECTES MODËfWKS 

Pintre gasoou d'uno bieillo mazuro 
Que toiin pincel beii d'immourtaliza. 

La pièce de vers était pourtant déjà ancienne. 

Une version de la Desoulatioua de Mounbran a été publiée, en 
1863, dans les Poésies gascormes par T abbé Champnuis, prêtre du dio- 
cèsed'Agen,(AQeT\,J. Pasquier, broch. in-8o, avec une photographie 
représentant le château de Monbran.) 

Cette pièce y est précédée d'une très-courte notice sur l'abbé 
Xavier- Laurent Ghampmas, né à Agen, en 1764, et mort dans la 
commune de Montjoie en 1832, ainsi que d'une églogae morale 
en patois agenois et en gascon, intitulée; las Lermos de Floriman : 
une œuvre de la jeunesse de l'auteur. 

23. Gollot-d'Herbois (J.-M.). Ârmana dou père Gérard, per 
Tannado 1792,1a quatriemou dé Tèrou de la Liberta; ouvrage que 
a rampourta lou prix proupousa per la Soocieta deis ami de la 
GûUNSTiTUTiouN, Seantou El Jagoubis, à Paris ; per J.-M. Gollot- 
d'Herbois, membre de la Soucieta. Imprima per ordre de Messieus 
lei Goumissari civil, députa per lou Rei diii lei ci-davan Etat 
d'Avignoun et dou Goumta Venessin. Su l'emprima, à Paris. Et 
se ven à Garpentra, che Jaque Allié, mestre poutié de terrou, 
din la Grandou Garrierou. 1792. ln-12. 

G'est la traduction mot à mot de l'Almanach du Père Gérard, 
écrit en français et publié d'abord à Paris. 

24. (ijuplets chantés en Provence en 1792, lors le la réunion de 
Nice a la France: 

Dins la Savoio A Vilo-Franco, 

Jusqu'à Chamb'M'i, Au fort Moantauban, 

Soun tôuii en Joio Niço la blanco, 

D'èstre réuni. Volon est re franc. 

Dans V Armana prouvençau, 1861, p. 50. Il est inutile de dire que 
l'orthoirraphe de ces paroles, et peut-être les paroles elles-mêmes, 
ont été retouchées par les rédacteurs de V Armana. 

25. GoussEL charitable al Pèro Saint-Gès. rettur dal couletgé 
das doiictrinaris à Labaau (Lavaur.). 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur;, sans lieu ni- date (1791), 
in-8o. 

26. Desoulatioun de Mounbran. 
V. Ghampmas. 

27. DiALoao entre dus Paysans des embirouns de Toulouse, à 
l'occasiou de la nouminatiou del Père (sic) Sermet, à l'Abesquat 
de laMétropolo del Sud. 



HISTOIRE DES PATOIS DU MIDI 73 

Brochure de 8 pages, in-8o, sans lieu ni date (Toulouse); sans 
nom d'auteur ni d'imprimeur. 

28. DiALOGO entre dus Paysans des embirouns de Toulouso, à 
Touccasiou de la nouminatiou del Vevo Sermet à l'Âbesquat de 
la Métro polo del Sud . 

Montalba, Fontanel, 1791, in-8o. 

29. DiALOGO entre le cullibatou Boubrel, de la Parroquio de 
Sen-Sarni, de Toulouso, et Mestré Labertat, jardiniè del Bari de 
Sen-Miquel, de la mémo Bilo. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur, sans lieu ni date (1789), 
in-8o. 

30. DiALOGO entré le Pero Sermet et Mestré Guillaumes,etc. 
V. Sermet. 

31 DiALOGO sul dangé de la Patrio et de la Countro-rebouluciou. 
Sans nom d'auteur ni d'imprimeur, sans lieu ni date, in-8<>. 

32. DiALOGUo entré un Curé jurât et un paysan que nou bol pas 
assista à sous Ouffîcis. 

Sans nom d^auteur ni d'imprimeur, sans lieu ni date, in-8o. 

33. DiALOGoo entre dus Paysans des embirouns {ne) de Tou- 
louso. Fayt par un chassur de la Legioun de la Daurado. 

Toulouso, Yialianos; sans date, in*8o. 

34. Discours en idiome provençal, prononcé le 8 floréal, an 
troisième, à Morières, chef-lieu de canton, dans la Maison-Com- 
mune, par le citoyen Pertuis, juge de paix. » • 

Avignon, Vincent Raphel, in-4**. 

Bibl. patoise de Burgaud des Marets, np 1258. 

35. Discours prononcé par des Citoyennes de Pommiers (ar- 
rondissement de Grenoble) à la Société des Amis de la Constitu- 
tion, séante audit lieu. 

Journal patriotique deGrenoble (n^ du 16 février 1792) . D'après 
M. H. Gariel, dans la Petite Revue des bibliophiles dauphinois, tom I, 
p. 173. 

36. DouLEENços de la fennos de Toulouso as Estats-générals. 
Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; ni lieu ni date (1789); in-8®, 

6 pages. 

37. DouLouÈNGos de las Fillos de serbici de la Bilo de Toulouso. 
Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans lieu ni date (1789); 

in-80. 

38. DouLEENços des Paysans. Las très-humblo^ et très respec- 

6 



74 DtAI.ECTBS MODERNES 

tuousos remountrançes (sic) de Jacoumart, sindic des paures pay- 
sans del Liuragués. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans lieu ni date (1789) ; 
in-80. 

39. Enterromen del calandrié républicain {sic). 

Sans nom d'imprimeur, sans lieu (Foix) ni date (<805); in-4o. 

40. EsTRÊNos patriotiquos, dediados à MM. de la Gardo-Na* 
tiounalo, et principalomen à MM. les Boulountaris d'aquesto Bilo 
(Toulouse) . 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans lieu ni date; in-8*. 

41 . ExAUDiAT, en idiome bulgari, Dediat à las Legious de la Biio 
de Toulousoet de soun Departomen, per Moussu 1' Bitou S******, 
patrioto zelat. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur ; sans lieu ni date ( 1790 ); 
in-8*. 

42 Ferran. Odo a la libertat, per M. Ferran, Noutari, Presi- 
den de la Soucietat des Amies de la Goustitutiou, seento àFron^ 
ton (sic), departomen de Hauto-Garonno, legido per el-mêmo dins 
la seenço publiquo del 14 juillet 1791, le premier de l'an 3 de la li- 
bertat. 

Mountalba, Fontanel, 1791; in-8». 

43. jGrARisou (La) de Marianne. Gansou patriotique. 
Ayre : des Deux Savoyards. Une petite Fillette. 

Dans les Étrerines mignonnes de 1793 (?); in-32, p. 14. 

Mon exemplaire est incomplet par le commencement et par la 
fin ; je ne puis donc le rapporter sûrement à une aniiée plutôt qu'à 
une autre. 

M. A. Combes a cité, dans ses Chants populaires du pays castrats, 
deux soi-disant couplets de cette composition, sous le titre de Ma- 
rianne. Le premier consiste en un amalgame incohérent de vers 
pris au premier et au second couplet. Le second est composé avec 
les quatre vers du troisième couplet et la tin du second. 

44. Gabres (Jean-Marie-Gharles). Dialogo entré dus Insurjats 
de l'Armado rouyalo. 

Si^né G , à la fin . 

Sans nom d'imprimeur, ni de lieu (Toulouse) ; sans date (1799); 
in^o. 

45. Garbës(J.-M.-G.). Suite del dialogue (sic) entré dus Insur- 
jats de l'Armado rouyalo. 



fflSTOIRE DES PATOIS DU MIDI 75 

Signé Garres, à la fin. 
Toulouse, Benichet et Gomp«, sans date, in-8®. 

46. GiLLET. Le Ramelet noubel à la mémorio dé défunt Ber- 
duret. Pel Gitouyen Gîllet Aynat. 

San» noin d'imprimeur; sans lieu (Toulouse) ni date; in-8o. 

47. GiLLET. Le Ramelet citouy en, ou lé plazé des républiquens. 
Mon exemplaire, le seul que je connaisse, est incomplet et ne 

donne pas le nom de l'auteur. Je crois pouvoir l'attribuer au 
citoyen Giilet aîné. • 

48. GiRABD. Credo démoucratique (wc) . 
Signé : G.-D., Legiounari de la Daurado. 

L'auteur du Credo est Girard, Toulousain : il l'avait composé en 
1790; il le fit réimprimer à la suite du Retour del printem , 

49. Girard. — Dialogo entré un Electou qu'a proucedat à 
l'électiu de septento (sic) Curés pel Distric de Toulouso, et uno 
Deboto delà même (sic) bilo, retirado dins sa campagno, ques (sic) 
situado dins un endret charmand (sic) et soulitari, propre à fa le 
delici des qu'aymon à médita las merbeillosde la naturo. 

L'Electou passo, la Deboto l'arresto, fa soun signé de croux en 
guise (sic) d'exsourcisme^ et d'un ton (sic) corrossat (sic) l'y dits:... 

On trouve à la fin : «Legit en séenço publico le 19 juin 1791, per 
M . Girard pero, granadié de la Daurado; imprimat à la demando 
del public et per ordre de la Souciétat des Amies de la Goustitutiu. 

Sans nom d'imprimeur, sans lieu ni date (1791); in-8®. 

50. Girard. Hymne à l'Éternel. 

Sus l'ayre : Quant de copts dàban ta porto. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans lieu ni date; in-8o. 

51 . Girard. Hymno à la Rasou. Ginquiemo dolassomen des 
republiquains (sic) detenguts à las carmelitos. 

Sur l'air; Approchez, citoyens, et chantons la victoire, 
Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans lieu ni date ; 1 feuillet 
in -4° à trois colonnes. 

52. GiRABD. Retour del Printens et de la Libertat, per M. Girard, 
père (sic)^ brabé grenadié de la Daourado et amie de la Souciétat 
de la Gonstitutiou des Jacoupins de Toulouso. et legit en seenço 
publico al ci-devant (sic) Sénéchal, le 3 avril (sic) 1791 . 

fis imprimat per ordre de la Societat, Toulouso, Viallanos, 1791; 
in*8°. 

On trouve à la fin de cette brochure le Credo demoucraticOy cité 
plus haut, composé par Girard en 1790. 



76 DIALECTES MODëRNëS 

53. Grégoire. Rapport sur la nécessité et les moyens d'a- 
néantir les patois et d'universaliser Pusage de la langue française, 
suivi du décret du 16 prairial an II. 

Imprimerie nationale, an II, in-S"" de 19 pages. 
C'est par exception que nous mentionnons ici le célèbre rapport 
de Tabbé Grégoire . 

54. L'Abssqub merd. . .s. Aire : des Petyats, 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur ; sans lieu ni date; in-8^, 
une page imprimée à deux colonnes. 

Satire, dont le titre indique suffisamment le ton, contre le P. 
Sermet, allant se faire sacrer évoque métropolitain du Sud à Paris, 
enl79i. 

55. Lettre en réponse à celle qu'a adressée le P. Sermet au 
club des Amis de la Constitution . 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur, 1790; in-8*. 
A la page 31 de la Lettre, on trouve le Mouteten Vaunou del frero 
Sermet, 
V. ce titre. 

56. Ltgou. Lou Cura marida. Gbanson languedocienne 

Dans la collection de Romances, Fables, Odes, Charades, etc., qui 
peuvent s'exécuter sur la Flûte, la Clarinette, le Piano ou la Ha/rpe et le 
Violon. Mises en musique par les citoyens Ligou et Moulet. 

Paris, sans date; in-4o, gravé. 

Ligou, l'auteur de ces couplets, quelque peu risqués^ était d'Avi- 
gnon. 

57. Mahoumbt ou Sermet. Titre d'une gravure représentant un 
personnage en pied, portant moustache et barbiche, en robe bro- 
dée, à collerette comme au temps de Henri IV, et coiffé d'un cha- 
peau à la moderne. 

On lit au bas de la page t 

Tout pa hagnat tourna en soupo. Un feuillet iQ-4^. 

58. Manuscrit. Cahier contenant : 1° r Amour de J.-C. pour les 
hommes; Cantique en français 

2° Cantique patois su/r la fidélité aux légitimes pasteurs et sur l'in^ 
faillibilité de l'Église, V. ce titre. 

3^ Pastourale : Despey qu'aquesto prado aperdut sown pastou, 

V. Pastorale allégorique. 

4^ Cansou sus Loups, V. ce titre. 

59. MiLHAuD (représentant du peuple). Hymne chantée par le 
représentant du peuple Milhaud. 



HISTOIRE DBS PATOIS DU MIDI 77 

S. L. (Montpellier.) N. D. 8 pages in-S^. 
(M. LéoQ Gaudin). 

60. MouTET en Tannou del Fréro Sermet, almounié e predi- 
cayre de la legiou de Sant-Geniès . 

V. Lettre en réponse à celle qu'a adressée le P. Sermet. . . 

61 . OuMBRO (L*) de Goudouli as Pageses. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans lieu ni date ^1789) ; 
in-8<> . 

62. OuvEBGNiAS (L*) patrioto. Sur l'air : Peyroou rou. 
Chanson dans \e Recueil de chcrnsom patriotiques, in-i2. 

63. Pam (Un) de nas, ou le Sourtiletche lebat. 

Sanè nom d'auteur ni d'imprimeur ; sans lieu (Toulouse) ni 
date; in-8o. 

Factum contre la Révolution, et surtout dirigé contre le serment 
exigé des prêtres. 

64. Paeaphbazo d'el mandomen déPero Sermet, qu'ourdouno dé 
Prégarios Particuliéros perla Gounserbatiou dés fruts de la terro. 

Pièce en prose, signée Tebmes, Capelié, 

Per Paraphrazo, Gripoulet, sécrét. 

La municipalité de Toulouse obligea Tévêque Sermet de publier 
un mandement à lk)ccasion des fruits de la terre compromis. De 
là une Lettre au Père Sermet, évêque de Toulouse, su/r son Man- 
dement (in-S», 15 juin 1791), dans laquelle Pauteur attaque, en logi- 
cien habile, la légitimité du nouveau prélat. 

La Paraphraso d'el mandomen est un pamphlet à l'occasion de ce 
même mandement, où l'on reproduit les accusations formulées con- 
tre le P. Sermet par le P. Félix, auteur de la Lettre. 

65. Pastobalb allégorique « Sur Payre : Un jour, dins lou bous- 
quatge, . . 

Despey qu'aquesto prado 
A perdut soun pastou... 

A l'occasion de l'émigration des curés non assermentés. 
V. Manuscrit. 

M. A. Combes a inséré cette Pastorale dans ses Chants populaires 
du pays castrais, "^ , ^1 . 

66. Pastoubalo allegorico al sujet de l'eloignomen del pastre 
TiBSis. Sur l'ayre : Al levât de Vaouroro, ou Joux aqueste feuillache. 

4 pages gr. in-8o, sans lieu ni date; sans nom d'auteur ni dlm- 
primenr. 



78 DIALECTES MODERNES 

67. PÈRO (Al) Sermet. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans lieu ni date ; in-8^. 

68. Petbot (L*abbé Claude). Lo Besprado sooubertouso. Dia- 
logué entré Jonéto é Mortrou, de Poillas. 

Dans ses Œu/ort9, p. 122, 4« édit. Millau, Garrère jeune. 
V. ce titre. 

69. Petbot (L'abbé Claude). Coumplimen d'un franc potrioto 
r Aoubré dé lo libertat. 

Dans ses Œuvres, même édition, p. 126. 

70. Petbot (L'abbé Claude). Coumplimen fach o l'aoubré de lo 
froternitat, per lo communo de P., lou 29 dé juin 1793. 

Dans ses Œuvres, même édit., p. 182. 

71 . Prôné d'un boun curé, A Touccasiou del Sermen {sic) que 
TAssemblado Natiounalo fa demanda, abey, as Abesques, Curés, 
Bicaris et autrjés Capelas occupadis al sant ministeri. 

Aquel Prôné ero d'abord en francés, et aprép a estât mes en 
gascou, sus la segoundo édition. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans lieu ni date ; in-8°, 
16 pag. 

72. Pboufessiou de fé des Detenguts dins le loucal de las cy- 
dabantCarmelistos, 30 octobre 1793. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur;' ni lieu ni date ; un feuillet 
in-4o à trois colonnes. 

73. PujOL (J.-J.). Noël noubel fayt al seminari per un reclus 
(1793). 

Dans les Chants populaires du pays castrais, par M. A . Combes. 

74. Quatrain en patois : 

Dieu houn lou despotisme é raristocratio, etc. 

Dans une lettre adressée à Grégoire en 1790, par une personne 
du département du Gers. Voyez Lettres à Grégoire sur les patois de 
France, Revue des langues romanes, 2« série, t. I, p. 276. 

75. Rasounomen, pensados et réflexions d'un boun pages des 
embirouns de Toulouse. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans lieu ni date ; in-8o. 

76. Rbvoltjtius (Las) de la Franco, per esclaira las gens illi- 
térats de la campagne. 

Sur l'air: U pleut, il pleut, bergère; ou sur l'aire del : Célébrons la 
victoire, ou sur l'aire: Bienhurous Labre. Cantiquo en bers libres, 
fayt per un curé de campagne. 



HISTOJRB DBS PATOIS DU MIDI 79 

Montalba, Fountanel, sans date, in-8o. 

« 

77 . RiGAUD (Auguste) . L'Âristocratia chassada de Mounpeîé. 
5 décembre 1790. 

Dans' les Obras cou/mpletas. 
V. ce titre. 

78. Salivas. Abis salutari de M. Salivas lou Xoubé, al brabé 
moundé de las campagnes'. Oubraxe imprimat per ordre de la 
ttôucietat des Amix de la Coustitutiou d*Alby, 

Sans lieu, sans nom d'imprimeur et sans date; in-S^. 

79. Samary. Discours prounounçat sur l'auta de la Patrio, le 
14 juillet, Séannado de la Libertat. Sans lieu et sans date; in-4o. 

80. Saurinb ( L'abbé) .'Dialogo entre un Curé de boun sen et 
le charroun de soun Bilatge, sus les affas del tems. 

Sans nom d'auteur. 

Toulouso, Viallanes; sans date (1791); in-8o. 

Nous attribuons ce Dialogue et celui qui vient après à Tabbé 
Saurine, d'après le passage suivant de la satire contre le P. Ser- 
met, Au Loup/ p. 12, note 2: kEu 1791^ Saurino rependec dus Dia- 
logoB jouta le noum d'un Owrè de botm sen d'amheH charroun de soun 
hilatge, » 

L'abbé Saurine devint premier vicaire général de l'évêque Sermet 
et ne fut pas plus épargné que lui dans les pamplets du temps. 

81. Saurine (Tabbé). Segoun Dialogo entre un Curé de boun 
sen et le cbarroun de soun Bilatge, sur les affas del tens et las 
impousitious. 

Sans nom d*auteur, 

Toulouso, Viallanos; sans date; in-8°. 

82. Sermet (le Père). Abis à las brabos gens, tant de la bilo 
que de la campagne. 

V. ce titre. 

83. Sermet (le Père). Conferenço, faite en sourtin del Sénéchal, 
entré le Pero Sermet et Jeannot, moulinié de Pourtet, et Guillau- 
més, jardinié del couben des Minimes. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans lieu ni date; in-8o. 

84. Sermet (le Père). Dialogo entré le Péro Sermet et Mestre 
Guillaumes , paisan del bilatge de *** Legit le 6 février 1791, à la 
séenço publique del Gloub des Jacoupins,dins la Salo del ci-daban 
Senechal. 

Sans nom d'auteur. 



8'^ DIALECTES MODERNES 

Toulouse, Viallanps; sans date (1791), in-8^ 

85. Sermbt (le Père). Dialogo entré le Pero 8ermet et mestré 
GuillaumeSi paysan delbilatge de *** Legit le 6 février 1791, à Ja 
Seenço publiquo del Gloub des Jacoupins, dins ta Salo del ei- 
daban Senechal. 

Mountalba, Fontanel; sans date (1791); in-S». 

86. SsRHET (Le Père) . Discours prounounçat dabant la legiou 
de Saint-Ginest , pel R P. Sermet , ex-proubincial des Carmes 
descaussés, predicayre ourdinari del Rey, etc., à l'ouccasiou de la 
Fédéra tiou générale. 

Toulouse, Desclassan; sans date (1790); in-S**. 
Le même, avec le titre précédent; MoQtalba, de llmprimario de 
Fontanel; sans date; in-S®. 

87. Sermbt (LoQ R. P. Hyacintha). Discours prounounçat da- 
vant la Légioun dé Saint-Gin est, per lou R. P. Hyacintha Sermet, 
ex-provincial das Carmes descaussés, prédicatou ourdinari d'aou 
Rey, dé l'Académia dé Toulousa, etc. 

Mounpélié, Tournel, 1790; in-8°, 28 pages (M. Gaudin ). 

88 . Seul bon sens (Le). 

M. Franckin, avocat. Le sieur Piccard, maître menuisier. Jean 
Berdaulou, vigneron. 

Sans nom d'auteur ni d'imprimeur; sans Heu ni date; in-8«. 
;Ç Pièce contre la Révolution, en prose et dialoguée: Franckin 
parle en bon français; Piccard, en français très-incorrect, et Ber- 
daulou, en patois de Toulouse. / 

89. Taschereau de Fargues(P.-A. ). Taschereau-Fargues, à Va- 
dier. Président du Comité de Sûreté générale. In-8o, 7 pages; sans 
nom d'imprimeur ni de lieu. 

Ciette pièce, écrite en patois deTAriége, est datée des cachots de 
la Conciergerie, le 10 thermidor (1793), vers minuit. 

Elle est placée, avec une pagination particulière, à la suite de 
P. A. Taschereau Fargues à MaximUien Robespierre aux enfers. 
Paris, 17 pluviôse An trois, in-8°. (Pièce écrite en français.) 

90. Trbneuil. Lou Coumitat de surbeillenço de la coumuno de 
Mountalba, as habitans de la campagne de la même coumuno. 

Manuscrit autographe de l'auteur. 

91 . Valibr et BuRLOT. Le Tribut du cœur, eu les Fêtes citoyen- 
nes, comédie-ballet. 



HI8T0IRB DES PATOIS DU MIDI 81 

Avignon, 1790, in-8o. , 

M. Pierquln de Gembloux, Hùt. liu. desptUois, p. 331. 

92. ViLLARET (iMarc). Discours prounounçat devant la Coum- 
pagné das canouniés de Mounpeyé, lou 20 décembre 1790, per un 
dé sous oficiés . 

Mounpeyé, Picot, 1791; in-8<>, 15 pages. 

(M. Gaudin ). 

Le D^ NouLKT. 



LAS QARDIOS D'AZILHANET 

A l'amic ÂuausTO FOURÉS 

Coumo aimariô d^estre, un bel ser de mai, 
Seit joust uno eusino, amount, susRoumiro ; 
D'aqui, lou regard tant de païs miro, 
Tant que de mira nou fenls jamai. 

Las pianos, aval, soun lou vaste chai, 
La fount de boun vi dount T univers tiro; 
Ves Aude aviat Tel ravit se vire ; 
Dins sous barris viels, de naut, Cieutat jai. 

'Laric, Poumairol, las Courbieiros, Noro, 

Sembloun de marrôs qu'alargo deforo 

Un pastre en brisaut, carut coumo un Mars. 

Aquel pastre blanc, qu'on vei de la Gardio, 
Es lou Canigou, fier gigant qu'a 'n gardio 
Las serros que soun entre las dos mars. 

Clar Gleizos. 

(Langnedocien, Àzillianet et ses environs.) 

LES GARDES D'AZILLANET 

A l'ami Auguste Fourbs 

Gomme j'aimerais être, un beau soir de mai, — assis sous uno 
yeuse, là-haut, sur Romire; — de là, le regard voit tant de pays 
— tant, que de voir il ne finit jamais. 

Les plaines, là-bas, sont le vaste chai, — la fontaine de bon vin 
où l'univers puise; — vers l'Aude rapide Toeil ravi se tourne; — 
dans ses vieux remparts, plus haut, [la] Cité [de Garcassonne] gît. 

Alaric, Pomairol, les Gorbières, Nore, — semblent des béliers 
qui surveille au dehors [du parc] — un pâtre en sarrau, sourcilleux 
comme [un dieu] Mars. 

Ce pâtre blanc, qu'on voit de la Garde, — c'est le Canigou, fier 
géant qui a en garde — les monts qui sont entre les deux mers. 

• Clair Gleizes. 



LOU BANC 

I 

Perdu dins lis aubre 
Dôu bouscas ramut, 
Pichot banc de maubre, 
Parqué restes mut ? 

Sout lou pâli verd que t'oumbrejo 
Di rebat arderous dôu cèu, 
Amourousamen voulastrejo 
La bando folo dis aucèu . 
Counèisses tôuti li tendresse 
Di bouscarido e di quinsoun; 
Ço que piéuton dins si cansoun, 
Ço que dison dins si caresse 

Perdu dins lis aubre 

I 

Dôu bouscas ramut, 
Pichot banc de maubre, 
Perqué restes mut ? 

leno e siavo matinado ! . . . . 
Ebri d'amour e de perfum, 
L'èr nous trasié sis alenado 
Qu'escampihavo coume un fum; 
L'aureto emperlavo d'eigagno 
Lou fueiage, que fernissié", 

LE BANC 

Perdu dans les arbres — du bosquet touffu, — petit banc de 
marbre, — pourquoi restes-tu muet ? 

Sous le dais de verdure qui t'ombrage— des reflets ardents du so- 
leil, — amoureusement voltige — la bande folâtre des oiseaux. — Tu 
connais toutes Jes tendresses — des fauvettes et des pinsons : — ce 
qu'ils piaulent dans leurs chants, — ce qu'ils disent dans leurs ébats. 

Perdu dans les arbres — du bosquet touffu, — petit banc de 
marbre, — pourquoi restes-tu muet? 

douce et suave matinée !. . . — Enivré d'amour et de parfum, 
— l'air nous jetait ses bouffées, — que, comme une fumée, il épar- 
pillait; — la brise secouait des perles de rosée — sur le feuillage, 



i 



84 DIAI.BGTBS MODERNES 

E de veire aquéu jo, risié 
L'eigueto lindo entre li sagno ... 

Perdu dins lis aubre 
Dôu bouscas ramut, 
Pichot banc de maubre, 
Perqué restes mut ? 

Di teso en flour, li prouvençalo 
Fasien lingueto i parpaioun, 
Que li frustavon de sis alo 
Beluguejanto de paiôun; 
Li grihet quiha sus li mouto, 
Li lesert bevènt lou soulèu, 
En nous vesènt passa, lèu-lèu 
Trepavon courriôu sus la routo . 

Perdu dins lis aubre 
Dôu bouscas ramut, 
Pichot banc de maubre, 
Perqué restes mut ? 

Mai limbert, auceloun, ûoureto, 
Parpaioun, cri-cri di campas, 
De moun amigo lôugeireto 
Avien bello entrava li pas : 
Toute à Fur que la trespourtavo, 

qui en frémissait ; -r— et, à lui voir faire ce jeu, — Tonde pure riait 
au milieu des roseaux. 

Perdu dans les arbres — du bosquet touffu, — petit banc de 
marbre, — pourquoi restes-tu muet ? 

Des allées en fleurs, les pervenches — narguaient les papillons, 
qui les effleuraient de leurs ailes — étincelantes de paillettes ; — 
les grillons, perchés sur les mottes ; — les lézards, buvant le 
soleil, — en nous voyant passer, vite, vite, — trottinaient légers 
sur la route. 

Perdu dans les arbres — du bosquet touffu, — petit banc de 
marbre, — - pourquoi restes-tu muet? 

Mais, lézardSfOiseaux, fleurettes,— papillons, eri-cris des champs, 
— de ma sémillante amie — avaient beau entraver les pas : — 
toute au bonheur qui la transportait,-* ses pieds ne touchaient 



LOU BANC 85 

Si pèd toucavon pas lou sôu, 
Ë coume un pichot roussignôu, 
L'enfant di grands lue blu cantavo. 

Perdu dins lis aubxe 
Dôu bouscas ramut, 
Pichot banc de maubre, 
Parqué restes mut? 

Aquéu matin, emé la chato 
Que tenié moun cor encanta, 
Subre la mousso que t'acato 
Urous anèn nousasseta.... 
Ause enca sa voues que bresiho 
De mot qu'oublidarai jamai : 
Printèms de Tan, o mes de mai ! 
Printèms dôu cor, o pouëslo !.. . 

Perdu dins lis aubre 
Dôu bouscas ramut, 
Pichot banc de maubre, 

Rèsto, oh ! rèsto mut !... 

Louis RouMi£UX . 
(Provençal, Avignon ei les bords du Rhône.) 

pas la terre,— et, comme un petit rossignol,^'enfant des grands 
yeux bleus chantait. 

Perdu dans les arbres — du bosquet toufiu, — petit banc de 
marbre, — pourquoi restes-tu muet ? 

Ce matin-là, avec la jeune fille — qui tenait mon cœur en- 
chanté — sur la mousse qui te couvre, — heureux, nous allâmes 
nous asseoir. — J'entends encore sa voix qui gazouille — des 
mots que je n'oublierai jamais : — Printemps de Tan, ô mois de 
mai ! — Printemps du cœur, 6 poésie I. . . . 

Perdu dans les arbres — du bosquet touffu, — petit banc de 
marbre, — reste, oh I reste muet 1. . . . 

Louis RouMiBux. 



LAS GRACIOS DE VISCOUNTI 

■ 

'AMOUN VIBLH AldIC EUGBNIO MARTIN. 



Roudantle piliè prim qu'un large god capelo, 
Al mitan d'uao naucoount Taigo canto eris, 
Las très Gracios de brounze à caro subrebelo 
S'adreitoun, abrassant Turno que^s'escourris. 

Soun nudos, — la bèutat de la masclo Cibelo 
I a passât dins le cos e tourna-mai flouris 
Ambe poumpil redound, se frem, anco pieucelo 
Qu'un uscle vert-negras dempuei loung-tems cubris. 

Sul planai de la Bourso e las gents afanados,' 
Davan3 le port tout bruch, sembloun, ensoulelhados, 
Coumo clarouns d'aram fa brounzl '1 cant de Fart. 

Aglaiè ten les els ves albres e courdages ; 
Sousco à la Grecio antico, as sublimis courages, 
Cado cop qu'un vaissel largo vélos e part. 

A. FOURÉS. 
Bourdèus, abrilh 1876. 

(Languedocien, Gastelnaudary et ses environs.) 

• LES GRACES DE VISCONTI 

A MON VIEIL AMI EUGENE MARTIN 

Tournant le pilier grêle qu'un large godet couronne, — au milieu 
d'une vasque où l'eau chante et rit, -— les trois Grâces de bronze 
à figure plus que belle — se dressent, embrassant Turne qui se vide. 

Elles sont nues ; la beauté de la mâle Gybèle — a passé dans leur 
corps et de nouveau fleurit — avec mollet rond, sein ferme, 
hanche vierge, — qu'un hâle vert noirâtre depuis lonfïtemps couvre. 

Sur la place de la Bourse et [au-dessus] des gens affairés, — 
devant le port tout [plein de] bruit, elles semblent, ensoleillées, — 
comme clairons d'airain faire vibrer le chant de l'art. 

Aglaé a les yeux (dirigés) vers mâts et cordages ; — elle songe à 
la Grèce antique, aux courages sublimes, — chaque fois qu'un 
vaisseau largue ses voiles et part. A . Fourès. 

Bordeaux, avril 1876. 



UERBO DOU MASSACRE 

AU PBLIBRB G, CHAR VET 



L'erme es cubert de clapo e li ro soun fendu : 
de Tome o dôu tèms quinto ràbi es plus forto ? 
Sus Taven, peralin, un castelas pendu 
Mostro si barri rout e si pourtau sens. porto. 

Kaubre es espalanca; souto Téurre escoundu, 
Se rebalo au mitan di rôumio mita^morto. 
Sôuvage es lou trescamp; se vous ie sias perdu, 
Aurés au souleias vist que la serp pèr orto. 

Pantaiave de guerre e d'orre chapladis 

Entre mouro e crestian. Au calabrun que toumbo, 

S'ausis de voues estranjo ourla de coumbo en coumbo. 

Grand fugue lou massacre, un clôt d'erbo lou dis : 
Plôuguè de sang à raisso, e de la roujo plueio 
Kerbo fèro a garda li degout sus si fueio. 

Teodor Aubanel. 
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.) 

L'HERBE DU MASSACRE 

AU PELIBBE G. CHAR VET 

La laçde est couverte de débris et les rocs sont fendus: -i-ou de 
l'homme ou du temps, quelle est la rage la plus forte? — Sur 
l'abîme, au loin, un noir château suspendu — monlre ses rem- 
parts troués et ses portails sans porte. 

L'arbre est ébranché ; caché sOus le lierre, — il rampe au milieu 
des ronces mortes à demi. — Sauvage est la friche ; si vous vous y; 
êtes égaré, — vous n'aurez vu errer au soleil que la couleuvre. 

Je rêvais de guerre et d'horrible tuerie — entre maures et chré- 
tiens. Au crépuscule qui descend, — on entend des voix étranges 
hurler de combe en combe. 

Grand fut le massacre; une touffe d'herbe le dit: — il plut du 
sang à verse et de la rouge pluie. — L*herbe folle a gardé les 
gouttes sur ses feuilles . Théodore Aubanel. 

* Hieracium murorum (Lin.). 



L^AUBO ' 

Tout, subre terro, es gôbi, e de nèblo envoûta : 
Sout Pesclot matinié craïno la blancado; 
Un aspire tremoulun reviho la nisado; 
L'esfournia, dins soun trau, fai la paumo, acata. 

Mai leissas Tastre-rei vers soun trône mounta : 
Adieu lou glas! Adieu la fre I Reviscoulado, 
Nosto auceliho bèu la tousco souleiado ; 
Dins la ramo brusènto ausès plus qu'un piéuta. 

La niue tapé peréu toun grand soulèu, o maire I 
Prouvènço ! e toun lum s'esclussè ; lou troubaire 
S'assoulè dins lou sourne, e disien qu'èro mort. 

Mai uno aubo, crebant la niéu, amount pounchejo : 
Milo voues, tourna-mai, la saludon, que vejo 
Sa clarta dins lis iue e soun fio dins li cor. 

A. DE Gagnaud. 

L'AUBE 

Tout, sur terre, est engourdi et enveloppé de nuées ; — sous le 
sabot matinal le givre crépite ; — un âpre frisson réveille les ni- 
chées ; — l'oiseau, tombé du nid, tapi dans quelque creux, fait la 
paume (s'arrondit en tremblotant). 

Mais laissez l'astre-roi monter vers son trône. — Adieu la gelée! 
Adieu le froid ! Maintenant ranimée, — notre volée d'oiselets boit 
les rayons du soleil ; — dans la feuillée bruyante, vous n'Aitendez 
qu'un ramage sans fin. 

La nuit voila aussi ton grand soleil, ô mère ! — ô Provence ! et 
ta lumière s'éclipsa ; le troubadour — se tut dans les ténèbres, et 
l'on disait : Il est mort ! 

Mais une aube, crevant les brouillards, perce là- haut ; — et voilà 
que, de nouveau, mille voix la saluent, celle qui à flots nous verse 
— sa douce clarté dans les yeux et sa flamme au cœur. 

A. DE Gagnaud. 
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.) 

^ Ce sonnet a obtenu la première médaille au concours de poésie néo- 
romane de la Société archéologique de Bôziers, en 1876. 






L'IRME 

A-N-ANF. ROQUÔ- FERRIE 
Secretari de la Soucietat de las Lengos roumanos 



Un vespre, èren al pèd del fioc, 
Pecaire, amé- ma pauro maire ; 
Elo me sarrabo un acroc 
Que m'èri fach à quauque broc; 
E iéu, que vouliô la coumplaire, 
Tentemeneri 'questo afaire : 
« Ai près van de me marida 
Amé Lisoû la terralieiro, 
La disou prou bouno oustalieiro; 
Poulido, ou cal pas demanda; 
Es pla graciéuso e recatouso, 
D'un caratèro pla 'mistous: 
Amé elo pensi d'estre urous, 
E cresi de la rendre urouso. 
A dous malhols que fôu de vi, 
Uno luserno, uno oulivedo ; 
Amé de blad Ton va '1 mouli, 

LE SENS 

A ALPH. ROQUE-FERRIER 

Secrétaire de la Société des Laogues romanes 

Un soir, nous étions au-devant du feu, — hélas! avec ma pauvre 
mère: — elle me reprisait un accroc — que je m'étais fait à une 
branche morle, — et moi, qui voulais lui complaire,- — je lui entamai 
cette affaire ci : — « J'ai pris idée de me marier — avec Elise, la 
marchande de faïence. — Elle est jolie, il ne faut pas le deman- 
der; — elle est gracieuse et pleine de soin; — avec elle, je pense 
être heureux et je crois la rendre heureuse. — Elle a deux plan- 
tiers qui font du vin, — une luzerne, une olivette; — avec du blé 

7 



90 DULEOTBS MODERNES 

E Ton a de pa sus la cledo : 

S'as un partit milhoû qu'aquel, 

Debes me douna toun counsel.» 

Ma maire, qu'èro un catachirme, 

Me respounguèt : « Acô's pla bel; 

Mais vendras lèu de ferre vièl 
S'apei ta femno a pas ges d'irme. 
Lous jouvensèls, al jour de vei, 
Abès lous èls sanjats en prunos; 
Amai que parlés de fourtunos 
Mensounas pas res pus apèi. 
Mais iëu, qu'ai vist tant de magagno, 
Qu'ai lou suquet pie de soucis 
E ma caro que se frounzis 
Coumo un teUé d'estarigagno, 
Podi te douna moun avis : 

» Quand dins lou grau ou dins la rado 
Veiras dintra lou bastiment 
Amé sous pavilhouns al vent, 
Es qu'a pla fach la travessado 
E qu'avalit lou cargament, 
' Podes dire à-n-aquelo marco : 

on va au moulin — et Ton a du pain sur la claie. — Si tu as un 
parti meilleur que celui-là, — tu dois me donner un conseil. » — 
Ma mère, qui était un catéchisme, — mô répondit : « Gela est bien 
beau; — mais tu vendras bientôt du vieux fer, — si ensuite ta femme 
n'a pas d'idée. — Les jouvençaux aujourd'hui — vous avez les yeux 
changés en prunes *: — pourvu que vous parliez de biens,— vous ne 
mentionnez pas autre chose ensuite. — Mais moi, qui ai vu tant 
de contre-temps, — qui ai la tête pleine de soucis — et mon visage 
qui se ride — comme une toile d'araignée, — je peux te donner 
mon conseil : 

3> Quand dans le grau ou dans la rade, — tu verras entrer le vais* 
seau — avec ses pavillons au vent, — c'est qu'il a bien fait la tra- 
versée — et qu'il a réussi son voyage. — Tu peux dire à cette 
marque : — Le patron mène bien le navire. — Quand tu verras, 

* Formule populaire. 



l'iRMB 91 

Lou patroû meno pla la barco. 

Quand véiras que lou pastourèl 

De countun tèu pla lou troupèl 

Sens malafacho e sens mal- astre, 

Podes dire : Acô's un boun pastre. 

Quand veiras que dins un oustal • 

Tout es lusent coumo un mirai, 

Despèi lou paire de familho 

Jusqu'al mainage que fousilho, 

E que nousou lous courrejoùs 

Pas qu'amé lou trabal de dous, 

As pas besoun que iéu t'afirme 

Qu'aquel oustal manco pas d'irme. 

Se trobos la femno endacon, 

Saludo-lo, car val quicon, 

Podes remarca sa tengudo, 

Manco pa 'no espillo menudo; 

Podes la segui pas à pas, 

Te jogui que la trobes pas 

A deburga per las carrieiros 

Amé las femnos pachaquieiros : 

«Adieu, Louïso! Adieu, Mari ! » 

E s'arresto pas de courri. 

E perqué s'en va buto-buto ? 

que le berger, — continuellement, tient bien le troupeau — sans 
dommage et sans malheur, — tu peux dire : C'est là un bon pâtre. — 
Quand tu verras que dans une maison, — tout est luisant comme 
un miroir, — depuis le père de famille — jusqu'au petit enfant qui 
court çà et là*,^ et que l'on lie les bouts ^ — rien qu'avec le tra- 
vail de deux, — tu n'as pas besoin que je t'affirme — que cette 
maison ne manque pas de bon sens. — Si tu trouves la femme 
quelque part, — salue-la, car elle vaut quelque chose. — Tu peux 
remarquer ses vêtements, ^- il ne lui manque pas une petite 
épingle ; — tu peux la suivre pas à pas, — je parie que tu ne la 
trouveras jamais — à débiter des raisons par les rues — avec les 
femmes médisantes: — «Adieu, Louise! Adieu, Mariel » — et elle 
ne cesse de courir. — Et pourquoi s'en va-t-elle avec tant de hâte ? — , 

« 

1 Littéralemeat : qiU patauge. -* ^ Litt.: les petites courroies. 



9t niALECTES MODERNES 

Es que Tamour-propo la suto, 

Ë qu'a lou dedal cPenginat. 

Tabë, sus la û de Fautouno, 

L'argau d'ivèr es savounat, 

E, quand la figuieiro boutouno, 

Lou de Testiéu es recatat. 

Aquelo a pas las mas traucados : 

Un sôu, per elo, aoô's un sôu. 

Mais fa pas de soupos daurados, 

Gerco pas las lounzos de bi6u. 

Tabé, s'es toujour en fatigo, 

Arrambo coumo la fournigo, 

E fleuris coumo Tesparset ; 

Car es pas d'aquelos qu'arrambou 

E que, quand ou vint francs, lous flambou. 

Nani, qu'ai founds de soun bourset 

Gardo la pero per lou set. 

De que me cantos de fourtuno ? 

La fouiiiuno es al cap des dech, 

Ë Firme, moun efant, n'es uno 

Que crento pas ni caud ni frech. 

Amé de fourtunos pla bèlos 

De qu'ôu fach lous moussus de Celos ? 

Ë d'autres qu'en diguent lous noums 

« 

C'est que l'amour -propre la pousse, — et qu'elle a le dé à. coudre 
préparé pour le travail. — Aussi, sur la fin de l'automne, — le vête- 
ment d'hiver est savonné,— et, quand le figuier gonfle ses boutons, 
— celui de l'été est renfermé avec soin. — Celle-là n'a pas les mains 
trouées : — un sou, pour elle, est un sou ; — mais elle ne fait pas de 
soupes dorées ; — elle ne cherche pas [pour ses repas] les filets 
de bœut. — Aussi, si elle est toujours au travail, — elle ramasse 
comme la fourmi — et fleurit comme le sainfoin ; — car elle n'est 
pas de celles qui amassent — et qui, lorsqu'elles ont vingt francs, 
les dépensent à la volée. — Non, car au fond de la bourse — elle 
garde la poire pour la soif. — Que me parles-tu de fortune? — La 
fortune est au bout des doigts, — et le bon sens, mon enfant, en 
est une — qui ne craint ni le chaud ni le froid. — Avec de bien 
grandes richesses, — qu'ont fait les messieurs de Celles, — et 
d'autres uont en disant le nom — nous fâcherions les fils? — Non, 



L ÎRME 93 

Pourian fâcha sous rejetouns? 
Nou, moun efant, lou qu'a pas d'irme 
Es mal cougat s'es pas enfirmb. 
Visto-lou pla, se tombo pas, 
Vai, trampalejo à cado pas. 
L'irme, moun fil, acô's la briso 
Que torno lou pescaire al grau ; 
Acô's Testello ounte se fiso 
* Lou marin qu'es su'l grand canau ; 
Per lou pouëte, acô's la muso 
Qu'i met lou mot dins l'ausidoû ; 
Per lou souldat, acôs la ruso 
Qu'i gagnara la crous d^ounoù ; 
Per la nobio, acô's la guerlando 
Qu'a soun nobi fara cadot, 
E per la femno, acô's Toufrando 
Que farôu un jour à soun clôt ! 
L'irme, acôs es la giroufiado 
Que restaure tout lou jardin . 
Sans irme, es la nèit treboulado 
De desanio e de chagrin; 
Sens irme, acôs es la plôurugo 
Ounte jamai uno belugo 

mon enfant, celui qui n'a pas de sens — est mal cerclé S s'il n*est 
pas malade. — Regarde-le bien: s'il ne tombe pas, — va, il tremble 
à chaque pas.— Le bon sens, mon fils, c'est la brise — qui renvoie 
le pêcheur au grau, — c'est l'étoile à qui se confie — le marin qui 
est sur le grand canal ; — pour le poëte, c'est la muse — qui met le 
mot dans l'oreille ; — pour le soldat, c'est la ruse — qui lui gagnera 
la croix d'honneur; — pour la fiancée, c'est la guirlande dont elle 
fera présent à son fiancé; — pour la femme, c'est l'offrande que 
l'on portera un jour à son tombeau ! — Le bon sens, c'est la gi- 
roflée — qui embaume tout le jardin. — Sans le bon sens, c'est la 
nuit troublée — par le chagrin et la désunion; — sans le- bon 
sens, c'est l'égout aux eaux de pluie — dont jamais une étincelle 
[de lumière] — n'éclaire le petit chemin ; — tandis que le bon sens 

* un.: mal cQiwé, 



y4 DIALKCTBS MODERNES 

Ësclairo pas lou carrairoû ; 

Tandis que Firme, acô's lou temple 

Ount on seguis lou boun echemple 

Que fourvio lou desounoù. 

» Tabé, moun efant, se ta jouve . 

Marco d'abeire de boun sen, 

Guèites pas se porto d'argent, 

Ni s'es pla poulido e pla jouve ; 

Quand seriô pauro coumo Job, 

Se creses qu'aje de counduito. 

Te la vau demanda de suito . . . 

Ë faras pas un marrit cop. o 

J. Laurés. 

(Languedocien, Villeneuve 4ez-Bézlers et ses environs.) 



est le temple — où Ton suit le bon exemple — et où Ton évite le 
déshonneur. 

•Aussi, mon enfant, si celle que tu as choisie — marque en elle du 
bon sens, — ne regarde pas si elle porte de l'argent, — ni si elle 
est bien jolie et bien jeune. — Quand elle serait pauvre comme Job» 
— si tu crois qu'elle ait de la raison, — je vais te la demander de 
suite, — et tu ne feras pas un mauvais coup.» 

Jean Laurès. 



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BIBLIOGRAPHIE 



.t«0 -Mystère proYonçal de Ste Agnès. Examen du ms. de la bibliothèque 
rChigi et de l'édition de M. Bartsch, par Léon Glédat, ancien membre 
.de l'École française de Rome. (Extrait de la Bibliothèque des Écoles 
d'Athènes et de Bome, t. I.) 

M. Léon Glédat, au milieu des travaux importants auxquels il 

rs'est livré pendant son séjour à Rome, et dont il faut souhaiter, 

.pour le progrès de nos études, qu'il ne nous fasse pas attendre le 

fruit trop longtemps, a eu l'excellente idée de confronter au ms.' du 

Mystère de S*» Agnès, lequel appartient à la bibliothèque Ghigi, 

l'édition qu'en a donnée M. Bartsch ep 1869. De cette comparaison, 

qui, à en juger par le mémoire dont on vient de lire le titre, a été 

faite avec autant de soin que de compétence, ressort à la charge 

4e M. Bartsch un nombre d'erreurs beaucoup plus considérable 

fqu'on n'aurait dû s'y attendre de la part d'im savant si renommé. 

.J'en ai compté plus d'une centaine, et M'. Clédat n'a pourtant re^ 

flevé que des fautes de lecture; la plupart ont peu de gravité, mai» 

;il y en a un bon quart dont l'effet a été d'altérer, souvent assez pro- 

îfondément, l'original . Quelques-unes même le rendaient tout à fait 

inintelligible. 

La conclusion nécessaire du solide et intéressant mémoire de 
M. Clédat est qu'une nouvelle édition de Sainte Agnès est indispen- 
sable. En attendant qu'on nous la donne * (et pourquoi M. Clédat, 
qui y paraît si bien préparé, en laisserait-il le soin à d'autres?), je 
profiterai de l'occasion présente pour appeler l'attention sur quel-' 
ques passages de notre mystère, corrigés ou suspectés à tort par 
M. Bartsch, ou qui peuvent, à d'autres titres, donner matière à des 
remarques utiles 2. Chemin faisant, je signalerai quelques-uns des 
principaux résultats de la recension de M. Clédat. 

* J'ignorais, quand j'écrivais ceci, TexisteDce de l'édition de M. Sardou, 
et je ne la connais encore que par le compte rendu qui en a paru dans la 
Bomania. 

2 Je ne reviendrai pas, naturellement, à moins que ce ne soit pour les 
rectifier ou les compléter, sur les observations dont ce texte a été l'objet 
de ma part, en diverses occasions, dans cette Retme, par ex.: t. VII, 76; 
XI, 28,note 1. — Il est possible que plusieurs de mes remarques aient 
déjà été faites par d'autres critiques. Le seul compte rendu de l'édition de 
M. Bartsch que j'aie pu lire est celui de M. Paul Meyer (fiwtie critique, 
t8 septembre 1869). 



-#»■" 



y 



% BIBLIOGRAPHIE 

L. 35. Ai98a. Ms. ailla, qu'il n'y avait aucun motif de rejeter. 
Celte forme est à Za ^ lai, comme aissa est à «a = sai. Les textes 
vaudois ont aylaiy par ex.: « Christ es aisi o aylai » (Monastier, 
tom. II, p. 346). — M. Bartschdità cette occasion que aisa n'a 
pas été noté ailleurs que dans Sainte Agnès. C'est possible. Mais 
cet adverbe est dans Flamenca, v. 2958, et aussi dans la trad. de 
VEo. de S. Jean, xx, 27 ^Berlin, i868). 

80. Il faut un point d'interrogation, au lieu d'une virgule, après 
ce vers . 

8i. Del denier. Ms. del redtar^ rejeté à tort. C'est une forme pro- 
vençale dont on a d'autres exemples. Yoy. la trad. déjà citée de 
Saint- Jean, vn, 37 et xi, 24.. la Vie de saint Honorât, p. 105 (cw 
lo redier tractât), et, dans les Mélanges historiques (collect. des do- 
cuments inédits), tom. III, p. 542, une pièce datée de Toulon, 
1540. 

82. Leals, lie ms. portant leails, la correction indiquée était, ce 
semblé, leials. Il y a dans ce texte beaucoup d'autres exemples 
d'intervention fautive de lettre. 

184. On pourrait, pour combler la lacune que présente ce vers, 
proposer se mescla, qui s'accorderait assez bien avec le contexte. Il 
faudrait corriger nos le vos final et remplacer les deux points par 
une virgule. Sel du v. 182 = silo. 

195-202. Il résulte de la recension de M. Clédat : l® que la place 
que doivent occuper ces huit vers, lesquels ont été inscrits, après 
coup, sur la marge supérieure du fo70, v», est incertaine; 2» que 
M. Bartscha interverti dans son édition Tordre des deux derniers. 
Le couteau du relieur a fortement endommagé la première ligne, 
qui comprend quatre vers, et probablement emporté la rubrique. 
Quoi qu'il en soit, ces huit vers doivent évidemment être mis dans 
la bouche d'un des défenseurs du père d'Agnès. On peut, à la ri- 
gueur, les maintenir à la place que leur a assignée M. Bartsch ; 
mais il vaudrait mieux peut-être les transporter après le v. 150 ou 
153*. Il est, en effet, à remarquer que le couplet qui commence 
à 157 est précédé de la rubrique tertius, bien qu'un seul Romain ait 
jusque-là pris la parole. Nos huit vers, dont la rubrique serait 
alors sectmdus, combleraient la lacune. On pourrait, mettant à profit 
les indications de M. Clédat, les restituer de cette façon: 

[Seyner no cresas] qu'autre dieu, 
Per re que digua cel paCga], 

* Ils seraient peut-élre encore mieux placés après la réponse du père 
d'Agnès à Simpronius (252;. 



BIBLKHHIAPRIE ^1 

[Ai]hA en ver le Seyner mieu, 
May cel que cresan li Roma; 
[E] cresae ben que li enfant 
De mon Seynor sunt tut fondât ', 
Qe qe diga aycel ni chant, 
En la ley o[n e]st enseynat. 

' 203-217. Ce passage dort être transporté après 268. C'est ce 
qu'indique un renvoi dont M. Bartsch n'a pas tenu compte, mais 
sur la signification duquel il ne peut, dit M. Glédat, y avoir aucun 
doute. 

257. Que em crestia. Le ms,, d'après M. C, donne que siem. 
C'est une forme intéressante et bonne à noter, pour siam (subj. 
présent ) . 

MO.Glmajhestat.Ms.ci, qui, je l'ai dit ailleurs, n'exige pas de cor- 
rection. C'est l'article féminin, sujet singulier. Le sens est ri(hle, 
rimage^cî. 349 (idole), 358 {wnapeira), etc.), et non cette déesse, 
comme traduit M. Bçirtsch. Pour cette acceplioo, qui manque à 
Raynouard, cf. ce vers de Peire Cardinal: 

a 

On adzoravon Dieu denant las ^agestatz, 

où il s'agit évidemment de tableaux ou de statues, et cet autre du 
Moine de Montaudon : 

Ë vos semblaz 
Magestat de pont de faichos. 

La fin n'en est pas claire (var. déport); mai» il n'est guère dou- 
teux que magestat n'y signifie image, figure, sculptée ou peinte. 

366. Gon lo qi las deu asorar. Le ms. place lo après deu, et on peut, 
je pense, l'y laisser. Ce doit être un adverbe signifiant là, comme 
plus loin, V. 959. 

374. Mespresar. Ms. mespensar. Pourquoi ce changement? Mes- 
pensar convient fort bien pour le sens, et c'est une forme très-nor- 
male. Ajoutons que mespresar se trouve lui-même trois vers plus 
bas. 

377. Deshonrar.Le ms., d'après M. Clédat, porte deshar, et au 
dessus d'sh, deux petites lettres ajoutées, qui sont plutôt^e que on. 
Je corrigerais, en, conséquence, despe[c]har, qui convient d'ailleurs, 
en ce passage, beaucoup mieux que deshonrar, 

462. VesHrs, Ms. vesHers, forme très-légitime, qu'il fallait gar- 

1 Instruits. Cette acception manque à Raynouard ; mais il y en a d'au- 
tre^ exemples. Cf. dans les Récits d'hist. saint0, publiés par MM. Lespy 
et Raymond, II, 156 ; Mqeples fondatz en la a^ d'estrenomie ( texte béar- 
nais). Le passage piov^nçal correspondant (p. 239) àou.ae perfondtUz, 



I 



98 BIBLIOGRAPHIE 

der. Le sens de vé^emmts appartient aussi à son doublet veêtiariy 
comme au latin vestiarium» 

482. Miva. La correction proposée par M.Bartsch (om va) parait 
inutile. Lui-même indique milvanus, qui suffit à expliquer notre 
miva, pour le sens comme pour la forme. Pour le sens, qui estce- 
lui de fripon, vaurien, ribaut (cf. milva dans le passage de Pétrone 
rappelé par M. Bartsch); pour la forme, car, outre qu'on pourrait 
corriger m»tti?a * (rien de plus fréquent dans les mss. que rémis- 
sion d'une lettre, lorsque c'est la même qui suit ou qui précède ), la 
chute de VI ne serait pas bien surprenante. C'est un accident dont 
les exemples ne sont pas rares devant les labiales. Je citerai cop^ 
colp, om= olm, rampcm=^ rampalm; en gascon, hop = vulpes. 

497. Per qu^hcmc nasquiei. Ms. quahanc. Il fallait corriger qu'anc. 
Les Leyè d'amors (I, 36) donnent pour règle qu'il faut retrancher Vh 
initiale des mots auxquels se joint par élision le raot précédent. 
Cette règle est presque toujours observée par les scribes, tant au 
Nord* qu'au Midi; mais l'exemple ci-dessus de Sainte Agnès se joint 
à quelques autres qu'on peut voir dans Saint Honorât^ ,^o\xv mon- 
trer que, tout au moins- en 'Provence, on préférait quelquefois, au 
lieu de supprimer l'A, indiquer l'élision en substituant, devant cette 
consonne, à la voyelle élidée, celle qui devait suivre. La même 
chose se remarque aussi de temps en temps dans d'autres textes, 
même devant une voyelle initiale. Ainsi da aaiar^^d'anar (Blandin, 
2217 ) ; qtie ma aïr =s m'aïr ( Gedichte, 292, 3 ) ; «a ajit8tavon= s'aj, 
[Petit Thalamus de Montpellier, p. 359). Cf. dans le même texte, 
p. 438 : per iota aquestpays ( fausse analogie). — Ajoutons un exem- 
ple catalan : la arch =Varch (Revue, XI, 8 ). 

520. El hosc d'Ardena justal palaish Amfos, Telle est, d'après la 
recension de M. Clédat, la vraie leçon du ms., qui confirme pleine- 
ment l'ingénieuse restitution de M. Meyer, dans son compte rendu 
de l'édit. de M. Bartsch. Ce dernier avait lu El hosc clar deua uist 
at. . et corrigé el hosc clar ai vist aL 

645. Vai desos.Le ms. , d'après M. Bartsch, porte desors, M. Clé- 

* Cf. siuva, seuva de sylva. 

< C'est ce que M. Boucherie a remarqué le premier, sans coonaître le 
passage des Leys rappelé ci- dessus. Voy. Dialecte poitevin au XIH* siècle, 
p. 253. 

3 Le heregia = Veregia (p. 50, l. 8 ; 55, 13 du bas ; 57, 13 du bas ); do 
Honorât = d'Onorat (60, 3 du bas ) ; so Honorai z=s^Onorat\ 81 a, 2); 
co Honorât =qu' Onorat (86. 17).- Cf. sohonor (Àrchiv. XXXI, 388 a), 
so opinio ( Chrestomatie prov,, 391, 17 ), exemples dans lesquels, la 
voyelle ne s'élidanl pas, la substitution de o à a doit être considérôe 
comme fautive. 



BIBLIOGRAPHIE 99 

dat a lu desois. J'aimerais mieux, s'il y avait doute, lire «feion, que 

je laisserais sans correction. C'est une forme très-admissible. I>6»om, 
qu'il faudrait rattachera Aocïie, reviendrait d'ailleurs, pour le sens, à 
peu près au même. Mais je ne connais pas d'exemple de l'adjonction 
à oi de r« adverbiale. 

669. Ques ieufos. Cela ne donne pas un sens satisfaisant. J'écri- 
rais que s'ieufos. On pourrait mettre un point d'interrogation à la 
fin du vers, mais ce n'est pas indispensable. Le jeune homme parle 
ironiquement. 

707. ^«pa«to«. Même forme au V. 1362. M. Meyer avait proposé 
de corriger egpcmtat, mais ce n'est pas nécessaire . Espautar^ que 
mentionnent d'ailleurs Raynouard et Rochegude, est encore en 
usage dans la Provence. 

720. No» emvengut Le ms., d'après M. Clédat, porte nos sa siam 
vengut. Sa, faussant la mesure, est à rejeter ^, mais il faut conser- 
ver siam^^erainfis. C'est un nouvel exemple de cette forme rare. 
Cf. Revtte, XI, p. 30. Aux exemples modernes rapportés en cet en- 
droit on peut joindre les suivants, qui sont de Pabbé Favre : « T'en 
souvenes d'aquel souer que sian mountas ..» — «Tout ara n'ou sias 
pas tant = . . tu ne Vêtais pas . . » 

824 et 1145. Adesa,, J'ai dit ailleurs qu'il 'faut écrire A! de sa!. . . 
Cet emploi de la préposition de, dont il y a bien d'autres exemples 
dans l'ancienne langue, se remarque encore en Provence. Ainsi, 
dans Mirèio, p. 56 et 58 : oh ! dis^d'aqueu Vincenl 

827. Lo fill. Ms. fiell. M. Bartsch a fait la même correction aux vv. 
948 et 967. A tort partout. L'eaété introduit ici comme dans t^ie/a 
= vila, etc. 2. Aux vv. 360 et 593, le ms. écrit le même mot file et 
fille. C'est une pure transposition de l'c (cf. vv. 36 et 733 vulle=: 
vttell), et il fallait corriger ^Z et fiell, non filL 

* Il vaudrait peut-être mieux rejeter le pronom nos. Dans tous les cas, 
ce vers ainsi rétabli, rapproché du n* 691, montre que, dans ce dernier, 
siam est aussi probablement l'imparfait. On aurait ainsi dans Sainte 
Agnès quatre exemples de cette forme ,691, 720, 1097, 1115. Voir ci-après 
la note sur 1115. 

s Aux autres ^exemples anciens que j'ai relevés ailleurs {Gramm, limou- 
sine, p. 354) de cette insertion de Ve (ou a), on peut joindre les suivants : 
amors viel es que notz als amoros {Gedichte der Troubadours, 1242, 2, 
d'après le ms. B. N. 3794); — El fiel =ei le fils (Ged. 854, 3, ms. de Ve- 
nise); — Bo sonet quiel sai (lis. fai) = qui lo. . {Ged. 883 1, même ms.); 
— Esiel voletz défendre = silo {G. Riquier 179, 710. L'édit. corrige mal 
à propos • siêus voletz; — las genticils manieyras (Arbre des bâtâmes, 
Bartsch, Chrestom., 393, 9, dans les notes). 



100 BlBLIO(iRAPHIK 

864. Lo hruk, M s. huh. J'ai déjà eu l'occasion de signaler Tinop- 
portunité de cette correction. ^vA est une autre forme de huiê qu*on 
lit dans Flamenca, v. 7207. Cf. ptieh = ptms, etc. 

873. Qar auran uei tan fort cridat, M. Bartsch propose de corriger 
avion. Ce n'est pas nécessaire. Cet emploi du futur antérieur pour 
le parfait se retrouve ailleurs, par exemple: JauJre,S{ a, 78 6, 91 b, 
105 o, 106 a, 151 6, 171 b; — Fierabra^, 645, 843, 1199; — Lexique 
romanj I, 421 (dans une pièce d'E. de Barjols); — Derniers Trouba- 
dours, 96,4: — Saint Honorât^ 201 b. 

875. Nonsai cuidejustisiar. id. au v. 925. Dans les deux passa- 
ges, M. Bartsch corrige deu. A tqrt. De est pour dei {débeo)fComme 
ailleurs pour dei {dedi), et encore comme e (surtout dans les futurs) 
pour e». 

927. Fortment Uarai. On lit plutôt, dit M. ClédsiU fort just narai. 
D'après cela, je corrigerais /or«;i«fmara{. Cf. v. 925. 

931 . En cel bordeU. Gel est une correction inutile de M. Bart&ch, 
qui avait lu ço. Mais il y a «o, d'après M . Glédat, dans le ms. C'est 
l'article masculin. Cf. Reoue, XI, p. 28, note 1. 

959. Qu'el non favia lo ren forfak. M. Bartsch supprime ici lo, 
qu'il fallait garder. Sur cette particule, cf. ci-dessus 366 et RevueXI, 
210, note 1. — Le point placé après ce vers est, ce me semble, à 
supprimer. Il faudrait de plus substituer un simple^ point au point 
d'interrogation qui termine le vers suivant, dans lequel auniz devrait 
être corrigé aunizes, et non as auniz. Il y a dans notre texte d'autres 
exemples de z mis pour ss ou c; ainsi auzir pour aucir, 546 et 949. 

1052. Homen. Cette forme étonne M. Bartsch. Mais elle est très- 
commune dans les textes de la Provence. Il n'est pas nécessaire, 
pour la justifier, de remonter, comme il le fait, jusqu'à Bçëce. 
D*aillenrs omneSy de ce dernier texte, provient d'un autre mode de 
dérivation du mot latin : omnes = ?iom{i)nes, tandis que homen=s 7io- 
min{em). Le provençal et le limousin ne sq comportent pas toujours 
de même dans le traitement des mots proparoxytons. 

1101. Miadattant d^onor. Le vers est incomplet dans le ms., et 
a datdL été ajouté par l'éditeur. Mais a/a^ aurait mieHrx valu. 

1102. La mia paraula. Le ms. a mi, qu'il fallait garder. C'est un 
caractère duf dialecte provençal d'éliderl'a féminin dans les adjec- 
tifs possessifs et quelques autres. Cf. mtew^ tieu, sieu = mieua, tieua, 
sieua, qu'offrent d'autres textes {Saint JE[onorat,\]n troubadour apté- 
sien ), de si mullier (Charte de Romans, dans Meyer, Recueil, pag. 
169, 3 ) et ici même, 403, d'aqu^tas dos. 

1115. Ms. quenosisiam, M. Bartsch rejette cet «, qu'il suppose 
être la première lettre de^a inachevé. Cela est possible, et ja don- 



BIBLIOGRAPglË 101 

nerait en effet un sens excellent. Mais i {Un) peut également conve- 
nir. Dans tous les cas, la présence de cet i devant siam parait une 
raison décisive en faveur de Topinion de M. Bartsch, à laquelle je 
crois aujourd'hui devoir me ranger S que «iam est ici l'imparfait 
de l'indicatif. 

1150. Maih, Ms. mtth, qui est une forme aussi légitime et qu'il 
n'y avait ainsi aucun motif de changer. Le ms. représente très- 
souvent par h seul l't palatal. Ainsi, v. 1453, fah •= /ai (/acit, et 
non fttciwn^ comme l'avait cru M . Bartsch ' ). 

1243. Vostrei cmuuria. C'est la leçon du ms. M. Bartsch corrige 
vostrif d'après 1290. Mais le cas n'est pas semblable. Vostri^ dans 
ce dernier passage, est sujet, et dès lors régulièrement en i; au 
V. 1243, où il est régime, il faut vostra. 

1305. Qttes era davcmtnos. J'aurais corrigé davant vos (votre pré- 
décesseur ). 

1366. Que vol ga/rdar. Peut-être, dit M. Bartsch, faudrait-il vole. 
Je ne crois pas ; vol est ici simple auxiliaire de mode, et vol gardar 
n'a d'autre signification que^arc^ tout seul. Cf. i2etme, Ylll, 232, 
note sur col. 371, lig. 12, de la Chrestomathie provençale, 

1436. Enaptaz, Il faut peut-être , dit M. Bartsch, lire enautaz. 
C'est, en effet, le sens que le contexte indique. Mais enaptaa peut 
très-bien s'y rattacher, par une forme enautaz, qui serait à enantaz 
comme espautar à espantar, comme douzel et douzella ( dans Fla- 
menca) à donzelel donzella. De enautaa, on aurait tiré, en l'assimilant 
faussement, pour la forme, aux mots comme malaut^ azautar, no- 
tre enaptaz. On trouve, dans divers textes, d* autres exemples de ce 
phénomène. 

1459. Lo pohol nessi, Nessi, dont l't est atone, ne peut rimer 
avec gui du vers suivant; et, en effet, lemanuscrit porte autre chose, 
à savoir ves li, d'après M.'Ciédat. Ne serait-ce pas plutôt vessi^ qui 
serait plus régulier et rendrait l'erreur de M . Bartsch plus expli- 
cable? 

Camille Chabaneau. 

^ Si j*ai exprimé ailleurs (Aet^ae, VU» 76) une opinion différente, c*est 
que, n'ayant pas alors remarqué la note concernant Vi eu question, 
j*avais cru que le ms., comme le texte imprimé, portait seulement nos 
siam, 

' Erreur déjà relevée par M . Paul Meyer (article cité). 



10? BIBLIOGRÂPHIB 

L'Unioun das poples latins, par Charles Gros.^ Montpellier, Firmin et 

Gabirou, 1877;in-8% i pages. 

Dans une précédente étude ÇRevuet 2^ série, t. III, p. 114), j^ai 
dit quelques mots delà faveur croissante que l'idée latine rencontrait 
en Provence, en Languedoc et en Espagne. Un poëte connu par 
des fables^etdes contes ' très-remarques à Montpellier, M. Charles 
Gros, en a fait Tobjet d'une pièce qui, au mérite de représenter fi- 
dèlement ridiome actuel de cette ville, joint celui d'avoir été ortho- 
graphiée d'après les principales règles appliquées, au moyen âge 
et jusqu'aux environs du XVII« siècle, aux dialectes de la langue 
d'oc. De tous les Méridionaux, pour lesquels le prix de M. de Quin- 
tana a été ujfi trait de lumière, M. G . est peut-être celui qui a ex- 
posé le plus nettement la pensée d'un pacte commun de paix et de 
défense- entre les régions oii des idiomes néo-latins sont aujour- 
d'hui en usage : 

Sabes que i'a dessus la terra 

Un Jour en pas, un jour en guerra 

( Quand ie sem, nous eau coutelar); 

Dins la Fransa, dins Tltalia, 

Dins THespanha et la Roumanla , 

Dins la Belgiqua, au Sénégal, 

Dins l'Houngria et lou Pourtogal, 

Au Canada, dins la Louisiana, 

Dins la Suissa et dins la Guyana, 

Quau sap quant de poples, epfin, 

Que parloun lou parlar latin. 

Chacun d'eles es nostre fraire : 

Avem agut la mema maire, 

Rouma ; et par aquela razoun 
Ensemble devem faire una granda unioun 

Per nous gardar contre tout lÊiirre, 

A fin que s'unsouletsoufriz, 

S'es agairat dins soun païs 

Per d'autres poples enemis. 

Toutes anem à la rescoussa 

L'aparar, tant ben dins la doussa 

Terra de Fransa qu'au Bra2il. 

Mais 011 la pensée de l'auteur dépasse les tendances que j'ai pré- 

1 Lou Gavach à la fièyra daou Clapas, la Mounina^ lou Fermier lou 
Reynard e l'Aze^ lou Coumhat das mouyssaous de LatUtëj etc. Ces pièces 
ont paru dans le journal le Petit Midi, et y ont subi l'orthographe et 
raccentuation des Ohras de Tabbé Favre, données en 1839 par le libraire 
Virenque. 



BIBt.lOGtlÀraiF. 103 

lîédeniiïient signalées et arrive presque à formuler une théorie poli- 
tique, qui est, du reste, la conséquence naturelle des idées de ses 
devanciers, c'est lorsqu'il demande que tout ce qui parle un idiome 
roman iie relève que de lui-même et ne soit soumis à aucune do- 
mination étrangère, en d'autres termes, que les Latins restent seu- 
lement des Latins : 

Sabem pioi neutres, lous felibres, 
Qu'aqueles poples soun pas libres, 
Au mens fossa : lous uns, TAnglez; 
Lous autres, lou Turc ou rHoungrez. 
( Es pas bezoun que mai m'alargue), 
Lous fan, couma de chis dç pargue, 
Jangoular et cridar mersi ! 
Youlem que tout aquo d'aqni 
A grand jamai pogue pas estre ; 
Voulem et voulem, santa^di ! 
Que tout Latin siegue soun mestre. 

Aux doutes que Ton peut élever contre la réalisation future de 
ridée latine, M. Gr. répond, et par les traités d'extradition judi- 
ciaire, et par L'exemple des unions postale, télégraphique et moné- 
taire, récemment conclues avec la plupart des pays européens : 

Belèu diras que se pot pas, 
Qu'aquô's un sounge, una sourneta 
Bona à countar après soupar, 
Lou vespre en fumant la pipeta. 
Et pamens, quand un maufatou 
S'enf iigiz dins quauque cantou, 
Maugrat sa ruza et sa malissia, ' 

Quante que siegue Ion païs 
Ounlo es anat faire soun ni s, 
Tant ben lou pesqua la justissia. 
Regarda embe quant de nassiouns 
Avem pas, hioi, las uniouns 
Telegraphiqua amai poustala, 
Mounetaria amai coumersiaia. 
Perquenous metriam pasd'acord 
Sus la defensa dau terraire, 
L'hounou de Rouma, nostra maire, 
Et seriam pas à vida, à mort, 
Pransa, Brazil et Boulevia, 
Pourtugal, Hespanha, Italia, 
Pérou, Suissa et Macedounia^, 
Units d'un soûl et même cor t 

^ Il existe sur les deux versants du Pinde, en pire, en Thessalie et 



104 CHRONIQUE 

Il nous a paru que la meilleure manière de féliciter M . O. était 
de mettre sous les yeux de nos* lecteurs des extraits qui permis- 
sent d'apprécier d'une maniôre complète le talent facile et natu- 
rel, et surtotuA le boa sens populaire, que Ton rencontre dans ses 
diverses poésies. 

A. R -F 



CHRONIQUE 



La Société pour V étude des langues romanes doit à VAihénée de 
Forcalquier une médaille de vermeil, qqi, selon le vœu de cette 
association, sera décernée en 1878, lors des fêtes du concours du 
Chant du Latin» 

C'est pour le bureau de la Société des langues romanes un devoir 
d'exprimer ici, à l'égard de V Athénée de Forcalquier et de son pré- 
sident, M. Léon de Berluc-Perussis, ses remerciements les meil- 
leurs. 

* 

M. le docteur Adelphe Espagne, membre résidant de la Société, 
vient de publier un travail important qui a pour titre: Études pra- 
tiques sur la réforme du système pénitentiaire (Paris, Marescq;.in-8®, 
92 pag.). Bien que cette œiûvre soit étrangère à la compétence de 
la Revue, nous n'en sommes pas> moins heureux de la signaler à nos 
lecteurs. 



« 



Société des Félibres db là Mer, Société dus Félibres du Gar- 
don. — Pressée par l'abondance des matières, \dL Revue des langues 
romanes ne peut accorder toute l'attention qu'elle voudrait aux réu- 
nions par lesquelles les diverses fractions du Félibrige affirment 
et développent leurs tendances. Il est pourtant deux « félibrées » 
qu'elle ne saurait se dispenser de mentionner: 

La première, celle de Marseille, a été tenue le 22 juillet dernier, 
au bord de la mer, et nrésidée par M. T. Aubanel. Avec le syndic 
de la maintenance de rrovence se trouvaient MM.Gaut, Frizet, de 
Villeneuve et Maurel, arrivés d'Aix et de Forcalquier, et la plu- 
Dart des membres de la Société marseillaise des félibres de- la Mer, 
be nombreuses pièces en vers et en prose ont été communiquées 



en Macédoine, un ensemble de populations de langue roumaine qu'un 
manuel de géographie imprimé à Bucharest, en 1873, va jusqu'à évaluer 
au chiffre de 1,500,000 âmes. Voyez, à ce sujet, l'ouvrage de M. Picot : 
lês Roumains de la Macédoine ; Paris, Leroux, 1875, in-8« 



CHRONIQUE 105 

par MM. Ta van, Aslruc, Huot, Gaut, Boyer. Rochebrun, etc. 
M. AiibaneJ a donné lecture d*nn sonnet sur ÏOuliviéy écrit, comme 
toutes ses œuvres, avec une rare perfection de poésie. Il est dédié 
au Capiscol de Pécole de Marseille, M. Ghailan, que des devoirs cie 
famille avaient momentanément éloigné dé ses collègues. 

La deuxième réunion a été celle de la Société deê félibres du 
Gardon, qui a son siège à Alais. Elle a eu lieu le 15 août, jour de 
TAssomption. au château de Baint-Ohristol, gracieusement misa 
la disposition des organisateurs de la fête par Ni. Léonce Dextremx, 
ancien député de T Ardèche et en même temps poète languedocien 
des plus remarquables, ainsi que Ta prouvé une pièce de lui com- 
muniquée par M. Roumieux. Les beaux vers, du reste, n'ont pas 
manqué à la félibrée d'Alais.La présence de plusieurs dames, parmi 
lesquelles M™** Arnavielle et Soubeyran, M**®» Goirand et Rou- 
mieux, l'a marquée d'un caractère particulièrement poétique. 

Les membres présents ont entendu tour à tour un discours* 
brinde de M . Charvet, des vers de M"® Goirand, de MM. Roumieux, 
Aubanel, Rettner, etc.; un loastde M. Arnavielle rappelalnt, entre 
autres choses, la nécessité de fortifier les études locales dans char 
que école du félibrige et d'incliner celles-ci vers la culture de leur 
dialecte propre, et enfin un brinde de M. deVilleneuve-Esclapon. 

Ge discours, aussi juste qu'éloquent, est consacré à exposer 
cette idée, que le félibrige a pour ooj et essentiel le développement 
de Toriginalité propre du midi de la France, tant dans J'a poésie et 
la littérature que dans les arts, au profit du relèvement moral des 
nations de race latine. 

Les paroles de M. de Villeneuve, rapprochées du brinde suivant, 
prononcé à Carpentras, le 22 juillet dernier, par M.Roumanille, et 
suivi d'unanimes applaudissements, ne laissent rien subsister des 
accusations articulées quelquefois à rencontre du félibrige : 

^ c Felibre crestian, bon Fraooés et Prouvençau fidèu, iéu porte un 
brinde i très causo agusto qu'an fa e faran longo-mai lou salut, la glori 
e lou ben-èstre de la maire-patrio : briude à la Crous, à TEspaso e à 
l'Araire I » 

LÉ FLORèGB. — 11 décernera, au mois de septembre prochain, 
des récompenses aux meilleures traductions françaises de deux 
sujets donnés, l'un en vers et l'autre en prose. Les textes choisis 
sont : la Lengo^ par Frédéric Mistral, passîige du discours pro- 
noncé à Avignon le 2t mai 1877, et Camp- Cabèu, poésie proven- 
çale d' Alph. Tavan (Amour e Plour) . 

Des prix particuliers ont été mis à la disposition du Florège par 
le préfet de Vaucluse, le maire d'Avignon et M. Granier, séna- 
teur. 

Gomme ce concours est destiné à répandre l'enseignement du 
français, par le moyen du provençal, les organisateurs ont décidé 
qu'il fallait avoir moins de seize ans pour y être admis. 

Les traductions devaient être adressées à M. Th. Aubanel, place 
Saint-Pierre, à Avignon, avant le 15 août courant. 

La Giqale. — Le recueil de la Ggale paraîtra avant la fin de 
l'année, à la librairie Sandoz et Fishbacher, de Paris. La part faite 
à la langue d'oc y sera des plus larges et des plus honorables, 

8 



106 CHMRRIIIK 

MM. Arnavielle^ Aubanel, Foorèe» Giron, Félix dras, Anselme 

Mathieu, Mistral, Achille Mir et L. Roumieux, ayant, parmi les 
DOëtes. réiK)ndu à Tappel des deux secrétaires de la Cigakf 
MM. Baudouin et Maurice Fanre. 

Jeux floraux ds Bargblonb . — Le Consistoire des Jeux /hraux 
lient de faire paraître en un volume grand în-8^ de 239 pages 
(Barcelona. estampa de la Renaixensa ) le recueil des pièces 
de poésie couronnées en 1877. Ce volume contient, en outre, les 
discours du gouverneur de la province de Barcelone et du prési- 
dent du consistoire, le mémoire du secrétaire D. Joaquim Riera 
y Bertran et le discours de «grâces » de D. Vicens Boix. 

VAUainHda de Tabbé Verdaguer occupe les pages 125 à 229 du 
recueil. 

Ce nous est là une occasion naturelle d'annoncer que la Beime 
publiera bientôt une pièce du célèbre poëte catalan. 

Société arghéolooiqub db Bèzibrs. — Elle décernera, le jeudi de 
r Ascension, 30 mai 1878, un rameau d*olivier en argent à la 
meilleure poésie néo-romane. Les auteurs devront suivre l'ortho- 
graphe des troubadours et joindre un glossaire à leurs œuvres. 

Les pièces doivent être adressées au secrétariat de la Société ar^ 
ehêologique avant le !«' avril 1878. 

Association littèraibb De Girons (Espagne). — Nous relevons 
dans le programme de son prochain concours les prix suivants: 

Un exemplaire des Œkmres de sainte Thérèse^ don de Tévéque de 
Girone, D.Isidore Valls. à l'auteur de la meilleure poésie sur un des 
actes du pontificat du pape Pie IX ; 

Un rameau de chêne en or, offert par la députa tion provinciale, 
à la meilleure pièce sur un point quelconque de Thistoire de la 

Srovince de Girone avant le règne de Ferdinand et d'Isabelle la 
tatholi(}ue. 
Le prix offert en 1876 — mais non décerné — à un mémoire en 

S rose catalane touchant l'irruption des Arabes en Gerdagne, et la 
élivrance de ce petit pays par les chrétiens, a été maintenu sur le 
programme de l'année 1877. 

Les envois doivent être faits au secrétaire deV Association, D. Ar- 
turo Vinardell y Roig,avant le 15 octobre. La séance solennelle est 
fixée au 14 novembre. 

GoNGouRs DB BÊziBBs.—Les fètcs du concours institué à Bézier& 
pour la création d'un conservatoire de musiaue ont eu lieu ces 
jours-ci. Les lauréats du concours en langue u oc sont: M. Ernest 
Chalamel ( 1" prix), Martelly (2"), Marins Bourrelly (3«). 

Publications philologiques, textes et poésies en langue d*og 
ou en catalan. -« Archives mtmicipaîes d'Agen, Chartes. Première 
«ër»e( 1189-1328), publiées aux frais du Conseil général de Lot-et- 
Garonne, par MM. A. Magen etTholin. Villeneuve-sur-Lot, Duteis, 
in-4*, xvnT-355 pag.; contient un certain nombre de chartes en 
langue d'oc— A. Luchaire, de Lingua aquitamca, Paris, Hachette, 



CHRONIQUE 107 

in-8'', 65 pages. — Ghabraad et de Rochas d'Aigluar Patois dtê 
Alpes Cottiennes ( Briançonnais tt vcUlées vatidoises), ôt enparticuliar 
du Queyras. Grenoble, Maison ville, in-S*», 228 pages.— G. Charvet, 
Un épisode cPhisloire locale sous le règne de Charles VI» Nimes, Ga- 
telan, in-8®, 54 pages. Publication d'une enquête faite en 1397. à la 
suite de divers actes de rébellion commis à Castillon. Elle renferme 
diverses dépositions transcrites en langue vulgaire. — Société ar^ 
^hêologiqvs de Béziers . Compte rendu de la séance tenue le 10 mai 1 877 . 
Béziérs, Granié, Fuzier et Malinas; in-8®, 84 pages, contenant des 
poésies de MM. Ghalamel et Bourrelly, ainsi que des extraits 
d'autres poésies, également en langue d'oc, dues à MM. l'abbé 
Joseph Roux, Martelly. Astrue. Verdot, Vidal (de Quarante ); le 
frère Théobald, Vidal (d'Aix}, Pierre Vidal et Emile Négrin. — 
AUnanach du Sormet, 4« année^ 1877. Aix-en-Provence, Remondet- 
Aubin, in-i6, vii-192 pages.; les sonnets en langue d'oc sont, 
cette année-ci, au nombre de vingt-deux. — Agna de Yalldaura, 
Tradicionsreligiosas de GaUxiwnya, premiaâas ahjoya en h certamen 
de lajoventut catolica, Vaaiy 1877. Barcelona, Roca y Bros, in-i6, 
156 pag. — Balaguer y Merino. de las Costums nupcials cataUmas 
en lo segle XIV. Barcelona, Imprenta de la Henaixensa; in -8^, 
20 pages. — T. Aubanel, VOuUmé, Eemembranço de la felibr^ado 
dau 22 de juliet de 1877. Avignoun, Aubanel, in-8^, 4 pages. 






Poésies et textes en langue d*og insérés en divers journaux. — 
Fragments de deux poésies languedociennes de M. Vidal, de Qua- 
rante, et Vidal, d*Alignan-le-Vent ( V Hérault, de Béziers. limai ). 
— La Momdna, poésie languedocienne par M . Gh. Gros {Petit Midi^ 
de Montpellier, 24 juin ). — LouFermié, louReynard et l'Aze, fable 
languedocienne, par le même ( même journal, 1** juillet).— Brinde 
dm manteneire G. Hipp, , gracieuse poésie en langue d'Avignon, par 
M. Guillibert (Journal de Forcalquier, 8 juillet). — Sonnet, signé 
Allouhro; il est, croyons-nous, écrit dans le dialecte dauphinois du 
canton de Roussillon (Isère ). ( Echo de la Bourgognejàe Dijon, 12 
juillet) . -» Lou Cournbat das mouyssaous de Lattas, poésie languedo- 
cienne, par M. Ch. Gros (Petit MîdijXbimllei). — Lou Mariage astra^ 
reproduction de la poésie de M. Verdot, insérée dans la Revue du 
15 juin ; A Madamisello Adeh Souchier, sonnet en provençal d*Aix, 
signé M. A. felihresso de la Travesso ; VAcamp des Latins ^ assauhre^ 
traduction, en langage des environs de Lure, du programme parti- 
culier du Chant du LatinàiesQiL}! par une heureuse inndélité la Réu- 
nion des Latins. Le dialecte de Lure est unde ceux qui, en Provence, 
ont conservé la finale féminine en a ( Journal de Forcalquier, 22 
juillet). -^ L*Unioun de laraça laUna, poésie languedocienne, par 
M. Gros (Petit Midi, 5 août). G'est la pièce dont il a été rendu 
compte à la Bibliographie. — Crramiaci à M. de Ghbgnaud, pèr lou man- 
dadis de soun hèu cant di Fourcauquieren à N.-D, de Prouvènço, 

Îoésie provençale par M. Bosse; noundèu^ signé lou Felihre de la 
Tousello (Journal de Forcalquier, 19 août). 



¥ ¥ 



Sous le titre: Una voues dai vUage, M. le docteur Gh. Goste, de 



108 CHUONIQUË 

à 

Saint- André-de-Saiigonis, va publier prochainement ( Martel, à 
Montpellier) un recueil de poésies en dialecte lodévois . 
. Un second recueil, celui-ci en langage de Quarante, par M. G.' 
Laforgue, est à Timpression ( Hamelin frères, Imprimerie centrale 
du Midi). 






La destination toute spéciale de la Revue ne nous permet pa«i tle 
signaler à sa partie bibliographique les ouvrages de poésie fran- 
çaise parus dans le midi de la France ; nous ne saurions cependant 
laisser passer sans en faire mention le poëme qu'un membre de la 
Société, M. Jules Gaussinel, vient de publier sous le titre d^Ahdcma 

t Paris, Blériot ; Montpellier, Séguin; in-l2, ix-472 pag., 3 fr. 50). 
.e thème grandiose de cette œuvre et les beaux vers de l'auteur 
font vivement regretter qu'il n'ait pas songé à consacrer à la langue 
d'oc, au moins partiellement, un nom que le souvenir de son homo- 
nyme, Benoit-Marie Gaussinel — connu par des pièces langue 
dociennes encore populaires à Montpellier, bien que leur com- 
position, remonte déjà à plus d'un demi siècle — semblait pré- 
destiner aux lettres romanes, et au sous-dialecte de Montpellier en 
particulier.. 



RECTIFICATION 

RÉCITS d'histoire SAINTE EN BEARNAIS 

(Revue, II" série, t. III, p 208). 



Note sur la p. 38, 1. 22. — Le rapprochement indiqué dans cette 
note; et que la traduction de MM. Lespy et Raymond (firent les 
méchantes langues) m'avait suggéré, est à repousser absolument. 
J'aurais dû me rappeler que/er lenguahosse est une expression qui 
se retrouve en provençal, sous une forme qui ne permet pas d'en 
méconnaître l'étymologie toute romane • far de lengua (ou de sa 
lengua) bossi. Voy. le glossaire de Flamenca et Raynouard, au mot 
bossi. Il est possible que le dernier élément de la locution ne soit 
pas identique dans les deux idiomes ; mais bosse ou morceau^ cela 
revient, pour le sens, toujours au même: faire la grimace, se mo- 
quer, regarder avec mépris. Et c'est précisément ce que dit la Vulgate 
(I Rois, X, 27) : Et despexerunt eum. 

G. C. 



i-'WV 



Le Gérant : Ernest Hamelin 



DIALECTES ANCIENS 



ETUDES HISTORIQUES 

sur quelques parlicularités de là langue catalane 



I 

DiphthongaisoD de la seconde personne du pluriel des verbes 

Le catalan, comme tous les autres idiomes romans, a des 
caractères distinctifs qu'il n'y a pas lieu d'exposer ici; mais il 
offre, en outre, certaines particularités, dont une des plus 
remarquables est, assurément, la diphthongaison de la seconde 
personne du pluriel, terminée en àUy eu, iu, au lieu des finales 
€Us, etSy its, que l'on trouve plus ou moins marquées dans toutes 
les autres langues romanes . 

La mutation d'atis, etis, itis, otis, ou de la tonique suivie de c 
(palacium, decem, dic.it, vocem), en ad, at, az, — ed, et, ez, •— id, 
it, iz, — od, ot, oz, est déjà indiquée au IX* siècle dans les 
documents Mins de la Catalogne et duRoussillon^; mais l'effet 
produit par le d, t, s, z, sur la tonique précédente, ou la réduc- 
tion de ces consonnes à la vojelle Uy j est complètement in- 
connue avant le milieu du XIP siècle, C'est, en effet, vers l'an 
1150 seulement que Ton trouve, surtout dans le corps des 
mots, atz, etz, itz, transformés en diphthongues. Après cette 
époque, les exemples s'étendent et se multiplient de plus en 
plus, à l'intérieur ou à la fin des mots, jusqu'à l'an 1220 envi- 
ron; à cette dernière date, la transformation était sans doute 
opérée à peu près partout, mais on ne peut guère la considérer 



1 Cette mutation n^existe pas seulement en catalan; elle est commune 
à toutes les langues romanes dès le X« siècle au moins. A.u XI*, on trouve 
dans le poëme de Boôce (v- 79) faz (je fais), iaz Ci\ gix, v.l58), m io palat 
(palais, V. 162); mais la diphthongaison s'est très-rarement produite dans 
les dialectes provençaux. 



110 DIALBCTB8 ANCIENS 

comme complète et définitive qu'après Tan 1240 environ. La 
mutation était donc devenue générale, au milieu du XIII* siècle, 
dans la langue catalane parlée comme dans la langue écrite ; 
mais celle-ci conserva longtemps encore des traces des an- 
ciennes formes atx, etz, ùz, otz, surtout dans les noms pro- 
pres, concurremment avec les formes du, eu, iu, ou, et ces 
traces, encore fort nombreuses dans la seconde moitié du 
XIIP siècle, diminuèrent sensiblement dès le siècle suivant 
mais ne disparurent complètement que dans le cours du 
XVI« siècle *. 

Il n'y a donc rien d'étrange à trouver aujourd'hui, à la se- 
conde personne du pluriel catalan (mirâu, veyéu, veniu), une 
diphthongaison qui s'était produite dans l'ensemble de la lan- 
gue catalane, dès le milieu du XIIP siècle, dans toute espèce 
de vocables, même dans les verbes à la 3'^'' personne du sin- 
gulier {placet = plàUy videt = véu, didt = diz = rftw, pluit = 
pldu) . Mais il est vraiment singulier que cette mutation, établie 
et devenue générale depuis plus de deux cents ans, ne se soit 
produite ou manifestée à la seconde personne du pluriel que 
dans les dernières années du XIV' siècle, non-seulement dans 
la langue classique ou littéraire et dans le catalan officiel des 
chartes et documents administratifs, mais encore, c'est du 
moins ma conviction, dans le langage populaire ou des gens 
qui parfois savaient tout juste tracer les lettres de leur nom. 
Il existe, en effet, pour toute la seconde moitié du XIV siè- 
cle, un très-grand nombre de notes, billets, comptes de dé- 
penses communales et autres, émanés de personnes dénuées 
de toute culture grammaticale, et reproduisant l'expression 
vivante du parler et de la prononciation vulgaires, avec toute 
la rudesse et l'incorrection que l'on peut imaginer. On j re- 
connaît, de même que dans la langue littéraire, l'application 
constante de la mutation à'atz, etz, itz, otz, en au, eu, iu, ùu, au 
milieu et à la fin des mots, excepté à la seconde personne du 
pluriel où les finales en atz, etz, itz, persistent bien au delà de 



^ Quelques-unes persistent encore de nos Jours : facto (je fais) a donné, 
dès le XIII* siècle, faz et fàu, qui existent encore. En Roussillon, on 
dit aujourd'hui indifféremment fàu etfatg {fatsch corresponde foM). 



ÉTUDES SUR LA LàNGUB GATâLANB III 

l'an 1400. Cependant Texistence, sinon Tusage, des formes en 
auy eu, tu, à la seconde personne du pluriel, s'était déjà mani- 
festée à Barcelone dès Tan 1380, et je ne pense pas que cette 
mutation se soit opérée par suite de quelque convention ou 
réforme purement littéraire. Elle s'explique naturellement par 
cette considération que la langue usuelle devait tendre à sou- 
mettre les finales de la 2*^ personne du pluriel à la même 
règle que les autres finales en ats, ets, its, avaient déjà subie 
depuis longtemps; mais cette explication ne nous dit pas 
pourquoi ces anciennes finales s'étaient maintenues par ex- 
ception, et uniquement à la 2® personne du plurie], plus d'un 
siècle et demi après que la mutation avait été adoptée partout 
ailleurs. Quoi qu'il en soit, la langue littéraire ou classique 
semble avoir résisté le plus longtemps possible à cette inno- 
vation, et, à TexceptioA d'un exemple qui se trouve en 1396 
dans une lettre du roi Martin d'Aragon, je n'en connais aucun 
autre cas authentique dans les écrits officiels avant 1424 ; tous 
les autres exemples, à partir de 1380, se trouvent dans des 
lettres ou autres écritures privées. Aussi, tout en acceptant 
la forme nouvelle le plus tard possible, la langue officielle n'en 
persista pas moins à employer longtemps les formes primi- 
tives, dont elle conservait encore des traces jusqu'aux vingt 
premières années du XVI® siècle . 

C'est donc pour cette période seulement, de 1424 à 1520 
environ, que l'on peut dire, avec M. A. de Bofarull, que « la 
» forme au, eu, tu, de la seconde personne du pluriel, se ren- 
» contre dans les textes anciens concurremment avec la 
» forme presque provençale ats, ets, its^. » Pareille concur- 
rence s'était déjà produite pour les autres formes analogues, 
autres que celles des verbes, puisqu'on trouve jusqu'à l'an 
1300 et au delà des formes en ad, at, az, ed, et, ez, id, it, iz, 
dans des mots qui étaient déjà écrits en aw, eu, iu, vers 1220, 
et quelques-uns dès 1150. 

Je vais justifier par des preuves cet exposé historique des 
diverses opérations qui, dans la langue catalane, ont amené 

^ Las terminaciones au y eu suelen encontrarse alternadas en lo 

antiguo con las de ats y ets, {Estudios, sistema grammatical y crestc- 
matia de la lengua cataUma; Barcelona, 1864, p. 95.) 



112 DIALBCTBS ANCIBN8 

les formes atis, etis, itù, otis, aux diphthongues au, eu, tu, au' 
en choisissant une série d'exemples parmi le grand nombre 
de mots dont j'ai relevé les transformations historiques à 
partir du IX* siècle. Les exemples seront pris, autant que 
possible, dans les actes originaux contemporains écrits en 
Catalogne ou en Roussillon, ou, à leur défaut, dans les publi- 
cations de Baluze, dom Vaissète, Villanueva, etc. ^ Il est vrai 
que les documents originaux qui purent être écrits en catalan 
avant 1250 me sont à peu près complètement inconnus ; mais 
on peut s'en passer pour la question présente, et les docu- 
ments latins suffisent largement, non-seulement pour les for- 
mes vulgaires des noms communs, mais surtout pour celles 
des noms propres d'hommes ou de lieux, dont les scribes 
ignoraient le plus souvent l'étymologie et le sens, et dont ils 
donnaient seulement la forme d'après la prononciation vul- 
gaire. 

II 
De la Formation 'des diphthongues au, eu, iu, ou, en catalan 

Les diphthongues catalanes sont : 

dy, au, — éy, eu, — iu, — 6u, — uà, ué, ûy . 

M. Milâ j Fontanals* en compte encore d'autres qui peu- 
vent, en effet, exister à Barcelone pour des mots castillans, 
italiens et français, mais qu'il faut considérer comme étran- 
gères à la langue catalane., Il n'y a, d'ailleurs, à s'occuper 
ici que des diphthongues au, eu, m, ou, les seules qui existent 
comme finales de la seconde personne du pluriel ; 6u n'existe 
même dans les verbes, à ma connaissance, que dans l'imper- 
sonnel plôu (il pleut), dans cléu et ses composés ; cependant, sa 
formation étant absolument semblable à celle des trois au- 
tres, il ne faut pas négliger les exemples qui peuvent s'y rap- 
porter. 

Ces quatre diphthongues proviennent de trois sources prin- 
cipales : 

1 Sauf indication contraire, toutes mes citations se rapportent aux 
documents des archives départementales des Pyi;énées-Orien laies 
^ E studios de lengua catalana^ p. 5, 



ETUDES SUR LA LANGUE CATALANE 113 

1* De la diphthongue du mot latin avec Yu déjà existant, 
ou bien formé par radoucissement du v, du b, du, g et du p. 
Exemples, pour au : 

Nicolaum = Nicholàu. navis = nâu. 

aviceUum = àuceli. paràbola = parâula. 

suave = suàu. habuero = auré 

Pour eu : 

Deum = Déu . hihere = béure. 

meura = méu. débet = déu. 

nivem = néu . Matheum = Mathéu. 

Pour tu : 

vivum = viu. rivtmi = riu. 

Ubra = lliura. sihilare = xiiilar. 

* oliuwm = oliu. * senioriuum = senyoriu. 

Pour ou , 

jugum = jôu. novum = nôu. 

ovum = ou. novem = nôu. 

^touum = t(')u (creux). bovem = bôu. 

Dans tous ces cas, la diphthongue catalane s'est trouvée 
naturellement formée par la chute de la terminaison ou par 
radoucissement du v, b, çr. Il y en a des exemples dès le 
X® siècle, en 976, teneas a feu. . . .sperà'n deu. . . . senoviu^; ils 
existent^nsuite à profusion, et il serait inutile d'en citer d'au- 
tres, cette formation n'ayant aucun rapport avec la diphthon- 
gue finale delà seconde personne du pluriel, qui dérive unique- 
ment de la source suivante . 

2** Des consonnes rf, t, c, qui, précédées d^une tonique, pas- 
sent à dZj tz, ç, Sy z, et se réduisent finalement à u. 

Exemples, pour au : 
vadwm = wadj gad = gâu. Dalmadum = Dalmad, Dalmaz, 

= Dalmàu. 

* Revue des langues romanes y t. III, p. 271. Pour féu (fief), on trouve, 
il est vrai, feudum à toutes les époques ; mais, dès le X* siècle, feuum 
est aussi très-commun, ce qui indique que le d s'était déjà adouci ou avait 
même disparu dans la prononciation catalane. La diphthongue existait 
donc ici toute formée, indépendamment du d existant ou non dans la 
prononciation . 



114 DIALECTES ANCIENS 

fado ^^faz =s fàu. cadere «s caser , ss càure. 

pacem = pctz = pàu . placet = plaz = plàu . 

Pour eu : 

decem 3=s dee = déu heredêm ss (hères) as heréu . 

videre = veser = véure. pedem, pez = peu. 

v»C6m = uea = véu. crédit «= ctmZs; = créa. 

Pour iu : 

dicit =sdiz =ss diu . ridet = ri» 3== riu . 

nidum = ni» = niu. gelidum = {gelid) = geliu . 

Beatricem = Biatriz == Biatriu. tamariz = tamariu. 

Pour du; 
cZttder«= cfo«er =: clôure, rocem =t?o«s= vôu (aujourd'hui 

crucem = crote = crôu (aujourd. ahdem = oferf = alôu. 

cr^tt) 
nucem = wote = nôu * . ncxiwTw = no« ^= nôu. 

3** Aux deux sources précédentes, qui ont formé à peu près 
la généralité des diphthongues catalanes, il faut ajouter celle 
de la liquide /, qui, suivie ou non d'une consonne, s'est le plus 
souvent transformée en u dans le provençal. Cette mutation, 
très -fréquente aux XIIP et XIV* siècles, est cependant au- 
jourd'hui assez rare en catalan. Elle ne s'est guère maintenue 
que dans quelques noms propres, tels que Ermengây, ou Er- 
mengôu, Girâu et autres, et même les deux formes existent 
encore concurremment, puisqu'on dit aussi Armengol et GiraL 
Mais, le plus souvent, c'est la forme primitive qui a prévalu, 
comme dans ait au lieu de dut, quoique ces deux formes aient 
été employées simultanément dans les temps anciens. 

Les diphthongues catalanes dérivées de ait ou ald peuvent 
très-bien s'expliquer par ce qui s'est passé dans le provençal 
et dans les autres langues romanes. Il paraît bien évident que, 
dans ce cas, la diphthongue au de l'ancien catalan s'était pro- 
duite par des influences étrangères, et ce qui le prouve, c'est 
que, dès le XIV® siècle, on peut remarquer une tendance con- 



* Nôu (noix) n'existe que dans les anciens textes, et le Roussillon ne con- 
naît aujourd'hui que la forme purement latine nuga^qjàx n'avait peut-être 
jamais disparu delà langue usuelle. 



f 



ETUDES SUR LA LANGUE CATALANE 115 

stante à maintenir ou à rétablir la finale en / au lieu de \u^ 
non-seulement dans les exemples cités oi-dessus, mais encore, 
ce qui est fort étrange, pour introduire, contrairement à Téty- 
mologie, la lettre / dans un certain nombre de mots cata- ' 
lans où elle a remplacé Xu^ produit par radoucissement du d 
ou du t. Ainsi : 

Decimam (dîme) avait produit régulièrement, d'abord detme, 
dezme et déume au XIII* siècle. Dès Tan 1270 (traité de Tunis), 
c'est tantôt déume, tantôt delme; mais aujourd'hui, et depuis 
longtemps en Roussillon, on ne dit plus que delme, delmer^ dei- 
mar, dehnari. 

Opol, village du Roussillon, provient à'' oppidum^ transformé 
en Oped (XIP siècle), Opôu (en 1316), et Opol dans la suite et 
de nos jours. 

Vingrâu, lieu voisin d'Opol, s'est formé régulièrement avec 
la finale gadus fvadus) ou gradus : Evingad en 1020, Vino gradu 
en 1206, Vingrau en 1242 et jusqu'à ce jour. Cependant on 
trouve Vingraldo en 1211 (ce qui prouverait que la diphthon- 
gue s'était déjà produite à cette époque), Vingraldus en 1290 
et dans d'autres exemples du siècle suivant. Il est évident que 
la langue populaire n'a jamais pu se préoccuper des faits éty- 
mologiques, et, dès l'instant où la diphthongue s'est trouvée 
formée dans Opow,,rm^ratt et Palauda (devenu aujourd'hui 
Palalda ^), elle a été traitée, par fausse analogie, comme dans 



1 Palalda dérive, comme on le verra plus loin, de paladum Dani ou 
Dâ. Le sens précis de Dd est inconnu, mais je suis porté à y voir un nom 
d'homme. Je trouve, en eflet, un mansus de Da et mansus de Sel en 
Gerdagne (dans une charte originale du roi Alphonse, de 1173 : Arch. des 
Pyr.'Or., B. 7). On le voit aussi dans le nom du village de Rigardà en 
Gonflent, dont le sens me parait être rigalw Dan (arrosage de Dan). 
Rigalw a déjà la forme Rigat en 965 {usqtêe ad Rigal d*Àlu, aujourd'hui 
coU del Rigat de Lié, —Marca, 105). La forme rigalz ou rigaz se retrouve 
d'ailleurs dans le nom de ce village en 1009 : tn Rigasdano et en 1011, m 
Rigesdano {Marca, 160 et 164). Mais, tandis que dans Palad Dà, ad ou az 
s'est transformé régulièrement en au ou en ai, dans Rigas Da, Vs s'est 
changée en r {Rigarda en 1182, CarttU. du Temple, f 99). On trouve les 
trois formes ad, ar^ nu, dans un acte de vente du 4 des nones de juillet 
1248, écrit à Ule-en-Roussillon : m campo Ermengaudi de Insula,.. salvo 
jure domini, sciUcelde N. Ermengardi de Insula... signum domini Ermen- 



116 DIÂLBCTB8 ANCIENS 

les mots ErmengaUt, Gfrald, Rotbald et autres. C'est par la 
même erreur que divers scribes du XIII* siècle ont souvent 
écrit Nicolady comme si ce nom n'eût pas eu la diphthongue 
' au à Forigine, en le traitant comme les noms Dalmady Dalmaz, 
Felidf Feliz, où la diphthongue provient, au contraire, du / ou 
c changé en u. 

Dans tous les cas, ces anomalies, assez rares d'ailleurs, ne 
sauraient infirmer le principe constamment suivi dans la lan- 
gue catalane et appliqué en dernier lieu à la finale de la se- 
conde personne du pluriel, en vertu duquel aiz,etz,ttz, se sont 
transformés en au, eu, iu, vers Tan 1150, à l'intérieur des mots 
vers 1200, à la finale, et vers 1380, seulement, à la seconde 
personne du pluriel. C'est ce que je vais établir par des 
exemples. 

III 

Exemples de la formation de la diphthongue ati, dérivant de als^ 

as, a% 

Palâu (palatium, palais), très-commun comme nom de lieu 
en Roussillon, en Cerdagne et en Catalogne, fournit les plus 
anciens exemples connus de la diphthongaison catalane, dans 
le nom composé de Palau-Dd, village du Vallespir (aujour- 
d'hui écrit et prononcé Palaldà^). 

833 . villam vocitatam Paladdanum (Marca, 8). 

881. usque in Palatiotani (Archives des Pyr.-Or. B, 3). 

967 . de Palacio Dano (cartulaire d'Elne, f» 137). 

993 et 1090. de Palacio Dan (Marca, 142 et 304). 

101 1 . alaudem de Palan dani (Marca, 168). 

1017. in Palaldano (Marca, 175). 

1158. de Palan dano (Marca, 428) : même forme en 1199 



gadi (Arch. de l'hdp. d*Ille, parch. G, n* 27). Il n'y manque que la forme 
al pour compléter la série, el le scribe l'aurait aussi sans doute employée 
s'il avait eu à écrire le nom Ermengaldi une quatrième fois. 

* Je néglige, pour ce nom, comme pour les autres, les formes purement 
latines fournies par les documents de toutes ces époques entre les diverses 
dates. Mon regretté ami François Gambouliù, un des fondateurs de la 
Société pour Vétude des langues romanes, était né à Palaldà. 



ETUDES SUR LA LANGUE CATALANE 117 

(cartulaire du Temple, f> 175), en 1230 (Hop. d'ille, I, 28) et 
dans les siècles suivants. 

Il est certain que Palad ou Palazdan de 833 fait déjà pres- 
sentir la diphthongue de Palanda.n de 1011 (qui peut être une 
erreur de lecture pour Palau) et surtout celle que trahit visi- 
blement la leçon Palaldano de 1017 ; on pourrait donc en con- 
clure que la diphthongaison était déjà opérée en catalan, dans 
le corps des mots, en Fan 1000, au lieu de 1150 que j'ai cru de- 
voir admettre comme suffisamment justifiée. Je n'en connais 
pas, en effet, d'autres exemples avant cette dernière date, et, 
comme les documents publiés par Baluze nVxistent plus au- 
jourd'hui, la leçon de 1011 n'a pas peut-être un caractère de 
certitude absolue. On ne s'explique pas, en effet, comment la 
diphthongue se serait formée dans îe composé Palau-Da autre- 
ment que dans le mot Palàu isolé, où elle ne se manifeste que 
beaucoup plus tard. 

980. villa que dicitur Palaz, en Empordà (Villanueva, 
t. XIII, p. 251). 

993 alaudes de Palaz Frugello (Marca, 141, et Bofarull, 
C ondes, etc.). 

1100. villa sce Marie de Palad, en Roussillon (cartul. d'Elne, 
f° 60). 

1155 et 1172. villa Palaz, qh Roussillon (cartul. du Temple, 
f«» 95 et 70). 

1179. Pétri deç Palad, en Cerdagne {Liber feudor. A, P 91). 

1199. Pétri de Palac, en Cerdagne (parch. de l'abbaye de 
Canigo). 

1229. G. capellanus de Palad, en Cerdagne (parch. archiv. 
de Puigcerda). 

1240. 11 kal. aug. campum quivocatur des Palau, en Rous- 
sillon (testament du troubadour Pons d'Ortafa, copie de mars 
1246). 

1251 .P,de Palau, en Catalogne (Villanueva, t. XVII, p. 253), 

1265. apud Palad, en Cerdagne {Liber feudor, A? f*^ 32). 

Talàu village* du Confient (Pyrénées-Orientales). 



* C'est à ce misérable hameau, dont l'importance n'a certainement 
jamais été plus considérable qu'aujourd'hui, que M. de Loagpérier {Notice 



118 0IALECTB8 ÀNGIBN8 

875. m villa Talatio (Maroa, 40). 

958. Talaio cum finibm (d'Acher. Spicil., to. VIII, p. 357). 

985. Ma%unculas et Talax (Marca, 135). 

1265. Talaz {Lib. feud. A, f» 32), et Talâu à partir de 1275. 

Gâu et Grâu, dérivés, le premier, de vadum = wad, gad 
(gué) ; le second, de gradum, s'appliquent, Fun aux gués ou 
passages d'un coUrs d'eau, l'autre aux montées ou passages de 
l'intérieur et aux ouvertures qui font communiquer les étangs 
de la côte avec la mer. Les anciens actes du Roussillon les 
confondent à tout instant l'un avec l'autre et pour le même 
lieu, mais la formation de la diphthongue est la même pour 
ces deux mots. Ainsi^ pour le gàu d'Ares, en Vallespir (com- 
mune de Serrallonga): 

878. usque ad Grad Aras (Marca, 36). 

881 . ad Gadu Aras (Arch. des Py.-Or., B 3). 

988. ad Gad que vocant, . .(cartul. de Cuxa). 

1267. de Gad amont, et plus loin, de Grau amon^ (testament 
de Guillem-Hug de Serrallonga). 

La même confusion existe dans les mentions du nom de 
Vingràu, village du Roussillon, dont l'étymologie se rapporte 
à gradus et non pas à vadus. 

1021. Evingad (Marca, 191). 

1119. de Vigrado{ Gallia. christ,, t. VI, p. 434), de Vinogradu 
(même docum. dansl'^îs/. de Languedoc, preuves, et aux ar- 
chives des Pjr-Or.). 

1203 et 1206. de Vinogradu (Ai^chiv. des Pjr.-Or. — Grange 
de Canomals ). 

1211. de Vingraldo ( Cartul. du Temple, f. 16). 

1242. de Vingrau (Parch. de Canomals). 

1249. de Vingraudo (Arch. des Pjr.-Or., B 49). 



des monnaies françaises de la collection de M, J. Rousseau^ p. 162) a paru 
disposé à donner un denier carolingien portant le monogramme incomplet 
de Garolus avec la légende + GRATIA. DI RBX, et à l'avers + TALAV 
MONETA. Je ne saurais admettre que le nom de ce village se soit pré- 
senté avec la forme Tàlau dès le IX* siècle, et, pour ma part, je ne vois 
que la désignation du monetarius dans cette légende, et, dans Talav, le 
nom plus ou moins abrégé d*un monétaire qui ne se rapporte en rien au 
village de Tal&u. 



ETUDES SUR LA LANGUE CATALANE 119 

IV 
Formation de la diphthongue eu dériTant de etz, eds, ez 

Ralléuy village du Confient ( Pyrénées- Orientales ). 
1232. décimas de Araled (Arch. des Pjr.-Or., B 86 ). 
1260. Ferrarius de Araleu ( Arch. de l'hôp. d'Ille, C 10). 
1272. Jacobm de Areleu ( Lib, feuâor. A, f* 14 ). 

Fréuol, nom d'homme, dont la forme primitive est Fridelo, 
Fredelo. 

1217. filiaJohannis Freuuùl [kvobÎY , dePhôp. de Perpignan, 
liasse XXVII, 68.). 

1240 et 1241. f rater Freol (Arch. des Pjr.-Or., parchemins 
du Temple ). 

La diphthongue s'est formée ici et dans l'exemple suivant 
par la chute du rf à l'intérieur du mot ; ce nom est d'ailleurs 
encore assez commun en Roussillon, mais sans diphthongue 
et sous la forme Frezol on Frezul^. 

Déumer, dérivé de decimarins, collecteur de la dîme. C'est le 
nom d'un commandeur de l'hôpital d'IUe, appelé tantôt />ec«- 
marius, tantôt: , 

1231. fratri Petro Deumerio ( Arch. de l'hôp. d'Ille,B39); 

1236. Petro Dumario ( ibid., C 28), et Petro Detmerti (ibid. , 
G 42). 

1238 et 1241. Petro Detmer (ibid., B 88 et B5). 

1241. Petrus Deumer (ibid., D55). 

On a déjà vu que, dès le XIV® siècle, ce mot se trouve sous 
la forme delmer, la seule qui se conserve aujourd'hui ; mais 
cette mutation, contraire à l'étymologie, ne s'est pas intro- 
duite dans le catalan déu (dix), qui s'est formé régulièrement 
de decem, detz, dez. C'est même la forme intermédiaire dez qui 
existe encore en catalan dans dez e set, dez e vuyt et dez e nôu 
(dix-sept, dix- huit, dix-neuf) et, à l'intérieur, dans desena et 
desener (dizaine, dizenier). 

^ C'est ce motif qui méfait attribuer à oe mot rétymologie de Fredelon, 
quoique le mot freuol (frôle, frivole) existe aussi en catalan avec un autre 
sens et une autre origine. 



KO DIALECTES ANCIENS 

Je ne suis pas bien assuré de Tétymologie du nom d'un ha- 
bitant de Brulhà, en Roussillon, mentionné dans un acte de 
1202 : terram fferengarti Correu (Archives du prieuré de Font- 
clara). Corréu signifie « courrier» en catalan, et ce mot existe 
avec la même forme et le même sens dans un texte de 1283; 
mais sa formation me paraît difficile à expliquer, et ia forme 
corser existait dès la même époque avec le même sens. Je 
pense que le correu de 1202 avait une autre signification et 
une autre origine, et qu'il s'est formé de condirectum, qui a 
donné condirect, condret, condred, coudrez et conréu ou corréu, 
dès les temps les plus reculés. Ce mot n'existe aujourd'hui 
qu'avec la forme conréu, « culture »; conrear, « cultiver, tenir 
en bon état. » Reste à expliquer la chute de l'w ; or je trouve, 
en 1363, laurar e coresar la vinya ; en 1377, laurar, cultivar e 
conresar les terres; en 1397, privacio de correar lurs possessions 
e terres, et, même en 1535, les dites terres que' s corresaven, ara 
son quasi enboscades. Par conséquent, si mon opinion estfondée 
quant à l'étjmologie, le mot conred, correz, aurait déjà formé 
sa finale en diphthongue avant 1202. J'ajouterai que le nom 
de Corréu, comme nom de famille, est encore très-commun 
dans les communes rurales du Roussillon, et qu'il paraît se 
rattacher originairement à celui qui c travaille ou cultive la 
terre » bien mieux qu'à un a courrier. » 

Eus, village du Gonûent {ilex, ilicis, chêne vert). 

1035. villa Elz (Marca 214). 

1095. cûw^rwm </^ F/ece (Marca, 311). 

1212. villa Elz (parch. de canigo). 

1213. Guillemus de Belz (cartul. du Temple, p. 46.) 
1218. Guillemus de Heutz (hôp. de Perpignan, lias. 33, 

n* 104). 
1243 . castrum de Eucio (prieuré de Cornella de Confient). 

Alaséu ( Adélaïde ) se trouve, à partir du X® siècle, dans les 
documents de la Marche d'Espagne, sous les formes Adladed 
ou Aladet, Aladzez, Alazaz. On trouve à la fois l'ancienne 
forme et la forme en diphthongue dans un acte écrit à Saint- 
Hippolyte en Roussillon, en 1233. 

1233. in honore Alaseu Martela, et plus loin : m honore Alaset 
Martela ( Archiv. des Pyr.-Or., B 42). 



ETUDES SUR LA LANGUB GaTALAI^B m 

V 
Formation de la diphthongue tti, dérivée de tto, td, iz 

Beliu, lieu de la Cerdagne espagnole. 

880. viam de Belis. . m manso de Almiro de Belit (Marca, 52) . 

983. et in Beliz casas ( Villanueva, t. X, p. 263). 

1293. Petrus de Beliu {Liber feudor. A, f. 100). 

1386. Baliu ( Proc. reaL, reg. III, f. 121 ). 

Niumal ( nidum, nid, niz, niu ), village au sud de Berga, 
982. et Niz mal et Capraria (Villanueva, t. XV, p. 237). 
1347. Stagnum de Malniu, dans la Cerdagne espagnole. 

Biatriu, nom propre (de Beatricem, Biatriz). 

1282. tenencia d'En Biatriu (Arch. des Pjr.-Or.,B 18, f. 3). 

Toleriu, lieu de la Cerdagne espagnole. 
1258. mansosmeos de Tolerid, . ecclesia de Toleriuo (Testam. 
de Bernard de Berga, évêque d'Elne ). 

Tardiu, nom d'homme, vient probablement de tardivus, mais 
certains textes indiqueraient une autre étymologie. 

1234. Bemardus Tardit vireius (hôp. de Perpignan, liasse 33, 
n« 50 ). 

1240. in campo Tardiu (ibid., 31, 44). 

1245. Bemardum Tardiuum,, B. Tardiu et uxoris sue {ih , 
30, 50 ) . 

Guiu, nom d'homme, de Guido, Guid, Guiz. 
1273. f rater fi. Cerdani et Guju de Martzano * ( Notule d'Ar- 
naud Miro, notaire ). 

Feliu^ nom d'homme, de FelicetHy Feliz. 
1187. tibiJohanni Felici.. ego Felid de Barrera (Hôp. d'Ille, 
F. 71). 
1217. Vuillemi Felit (ibid. — Mentet, parch. 47 ). 
1227. in campo Jokanni Felit . . Remundi Arnaud {ibid., B. 72). 

^ Ce mot. avec le sens de c guide >, se trouve à la rime, avee la forme 
guU% ou guiZj dans une pièce de vers catalans fort ancienne, publiée par 
P. BofaruJl {Cdeccion de docum. ineditos, t. XIII, p. 153 ). 



m DIÀLBGTB8 AMCIBM8 

1241 et 1246. fratris FeUu ( parchemins du Temple ) . 

Vassaliu, quartier au territoire de Torrelles, en Roussillon. 

1070. et in Vassalid pecias m. de ^«rra (Cartul. maj. de Cuxa, 
f»74). 

1242. vocatur campus de Vassaliu (Arch. des Pyr.-Or., B 
48). 

1249. de nostro campo de VasseUs (ibid. ). 

1294. locovocato Fe««a/tM ( Terrier de Saint-Laurent). 

Tamarin, tamarin. 

974. adipsa Tamarit ( Marca, 116). 

982. ad ipsam Tamarix ( Villanueva, t. XV, p. 337 ). 

1114. pergit ad Tamarit ( Marca , 352 ) . 

1235. in illa faxia de Tamariiz (Arch. de l'église Saint Jean, 
de Perpignan ). 

1292. loco vocato Tamarin., a lesTamarius (Terrier de Millas, 
f. 3. et 36); loco vocatosa Tamarin (Terrier de CoUioure, f. 32, 
19 et 26). 

Tamariguer, a lieu planté de tamarins » (de tamariuerium ?), 
indique dans l'intérieur du mot une diphthongue formée plus 
anciennement vers la fin du XII® siècle. On trouve en effet, en 
1181, in iamariguer (Cartul. du Temple, f. 444); en 1191, ta- 
mariger (f. 112); en 1205, tamarigerio (f. 13), et tamariguerio 
en 1212 (f, 12). 

Perdiu^ perdrix (de perdix, perdicem). 

1210. loco vocato Canta perdilz, à Perpignan (archiv. de 
rhôp. S. Jean). 

1256 . ad serram de la perdiut^ à Centernac, pays de Fonol- 
let (cartul. du Temple). " 

1275. perdius ni anets (Ordinac. de Perpignan). 

1286. loco vocato Canta perdiu, à Perpignan. 

1292. a Canta perdiu j à TautahuU en Roussillon. 

Perdiguer indique à l'intérieur du mot une diphthongue for- 
mée comme celle de tamariguer. On trouve, en 1292, le coyl de 
Perdiger et de Perdiguer eh 1360, à Collioure. 



ÉTUDBS SUR LA LANGUB CATALANE 123 



VI 
Formation de la diphthongue ou, dérivaiit de ots, as. 

Pi ou, « noix», dent/cem, not, noz. 

839. sive illa Noz (Marca, 1), village du pajs de Berga, au- 
jourd'hui appelé la Nôu *. 

873, ad ipsam A^ucem(Marca, 32). 

1275. ni notz, ni avelanes {Ordinacions de Perpignan). 

1284. notz, la eymina (Réua de Perpignan). 

Je ne trouve la diphthongue qu'en 1368, una sarria de nou 
d'amenles; mais la forme ancienne persiste encore longtemps 
après, même en 1385 : miga closcha de not, 

Noheda, (NôuédaJ, « lieu planté de noyers. » 
888. usque in rio de Noseto, en Catalogne (Marca, 46). 
Nohèdes, village du Confient, s'écrit Nosedes et Nozedes de 
1181 à 1370 au moins, quoiqu'on trouve aussi, à partir de 1307, 
Noedes^ et Nohedes, avec la diphthongue dans le corps du mot, 
obtenue par la simple chute de Ts. 

Nôu (ancien catalan), « nœud », de nodum ^nod =notz^. 
transformé en nôu en 1249 et 1300 [nou d'exarck, leude de Col- 
lioure); mais on lit encore dans une lettre du 1*' septembre 
1324 : 1* balesta ap fil e am notz, adops d'adobar lès balestes. 

Crucem a donné crotz, croz, et plus tard crôu et créu, dont 
le dernier est seul en usage aujourd'hui en catalan. Ce mot 
ofire l'exemple unique, à ma connaissance, d'une diphthongue 
finale dérivée d'oti, déjà formée dans la seconde moitié du 
XII« siècle. 

1186. in colle de Creu (original, parchemin du Temple, d'ail- 
leurs exactement transcrit dans le cartulaire, fo 61). Le lieu 
ainsi désigné s'appelle encore aujourd'hui Collde Créu. 

* Est-ce le môme nom que celui de Tétang de Lanôs dans la Gerdagne 
française» déjà écrit Lanos en 1175 (archives de Llivia), ou plutôt un autre 
nom, avec le sens el l'étymologie de « lande », du breton lann ? Il n'est 
pas probable que le nom de Lanos ait jamais variô, et comment admettre 
qu'il eût déjà Tarticle tout formé comme dans iUa Noz (la Nôu) de 839? 
Il existe au territoire d'Argelès, en Roussillon, un quartier appelé Val 
de Nous depuis le XIY* aiôcle au moins. 



lU DIÀLBCTB8 ANCIBN8 

1276. ad capud de Crou, cap de Créus en Empordâ {Liber 
feudorum A, (•!). 

1381. lo loch de Crou (aujourd'hui Créu, en Capcir). 

Vox, voceniy voz (en 1285), a aussi donné vôu au XUP siècle; 
mais aujourd'hui on n'a que la forme véu. 

Alôu (alleu), quelle que soit son étjmologie, présente deux 
formes dans les anciens textes de la Marche d'Espagne : m 
cdaudo en 888, aloudem en 943, alaudium en 1000, alauds en 
1063, tuum alau en 1139; et alode en 777, alod en 976, ipse 
alods en 1036, etc. C*est probablement la seconde, semblable 
d'ailleurs à Valoc de l'ancien provençal, ([ui a produit réguliè- 
rement la forme catalane alôu (1249). Les documents du Rous- 
sillon présentent les formes alod, alot, alotz, alos, jusque» vers 
1240. 

Opol, anciennement Opôu, en Roussillon. 

1149. Opidum (Avch, d'Espira de l'Agli). 

1184. Benedictus de Costa de Opet [kvQÏi, des Pjr. -Or. — 
Grange de Vespella). 

1218. ûfe Opet%[\h\à.) 

1224. Petms Poncii de Oped (Testam. de Bérenger de Parets 
tortes). 

1246. caslar de Oped qui modo dicitur Salvaterra [Proc, real, 
reg. 1, f» 36). 

1286 ecclesia de Opulo * (Gallia christ,, t. VI, Instrurn. eccles, 
Elnen. 17). 

1306. Lo Roue d'Opol (Ordinactons de Perp., 1, f»36). 

1313. lo render de Opou {Prqcuracio real, reg. xviii, f° 23; . 

1310. 0/>ew*(ibid.,-f°79). 

La conclusion que l'on peut tirer de tout ce qui précède, 

' Opulo est très-probable ea 1285, car la diphlhongue existait déjà, et lu 
avait pu se changer en {; cependant cette leçon est fort douteuse (pour 
Opido?)j ce nom de lieu étant toujours écrit Opidum dans les actes latins 
de cette époque. 

* C'est le seul exemple que je connaisse de cette forme, la seule régu- 
lièrement formée de opidum, oped, etc. Mais, contrairement à ce qui est 
arrivé dans crôu et vou, qui sont devenus créu et véa^ opéu est devenu 
opou, que l'on trouve uncore dans le xvii* registre de la Procurado real; 
en 1317, amdos d'Opou (fo 91) et castOan d*Opùu{fo 37); en 1318, de Opou 



vjjL^yj ^Mwmum ■i ^atVM w^Bgaiii^a 



ETUDES 8Qlt UL hAXaVMi, CATALANE 1S5 

c*e8t qu», daas: la laag^oe catalane, la diphtboi&gaisoii des fi- 
nales oto, e4it^ Hz, ot%, se manifeste seulement après Fan 1150, 
et par des exemples extrêmement rares, jusque vers 1220 ou 
1240, du moins dans la langue éerite ; maifi ces exemples, 
quelque rares qu'ils* soient, prouvent q.iiû la tendance ou 
même un mouvement très-marqué vers la diphtlxongaison de- 
vaient déjà exister, à cette époque, dans la pratique de la lan- 
gue parlée. La mutation était-elle dès lors devenue générale 
et appliquée dans, tous les cas ? Je ne le pense pas ; et, d'après 
les preuves données, elle ne fut généralisée que vers Tan 1220 
environ, quoique, dans la langue écrite, beaucoup de formes 
primitives ou intermédiaires aient encore persisté pendant 
plus d'un siècle, surtout pour les noms de^ lieu. 

Quoi qu'il en soit, la mutation était générale et complète 
dans la langue de Jacques le Conquérant et de tous les docu- 
ments écrits après l'an 1250^, soit dans le corps, soit à la fin 
des mots, excepté pour la terminaison de la seconde per- 
sonne du pluriel dans les verbes. Ici, qu'elle qu'en fût la rai- 
son, la forme ancienne a persisté jusqu'à la fin du règne du roi 
Pierre III, non-seulement pour la langue écrite, littéraire, 
officielle ou administrative, mais encore dans la langue usuelle 

(57 fo). et en 1323, lo castel de Opou. . . la vUa vêla d'Opou (fo 79). Après 
cette date ei jusqu'à nos jours, on ne trouve çlus que la forme Opol ou 
Opul (prononcé Ojfoul). 

' On peut cependant admettre que les formes anciennes ont dû se con- 
server plus longtemps dans les noms de lieu, bien qu'ils aient, en géné- 
ral, subi la mutation d'après la même règle et à peu près & la même époque 
que les noms communs. Quant à ceux- ci, on trouve la diphthongaison 
déjà opérée au complet lians les écrits du roi Jacques. deR. Lull, do 
Des Clôt, et daus tous les textes catalans postérieurs à 1250: par exemple, 
dans diiz (diu)^ plds (piâu), patz ipàu), podz {pou), sotitz [soliu), pedz 
{peu) et autres déjà cités. On lit cependant dans les fragments des mé- 
moires du roi Jac(|ues, publiés par M. de,TourloulDD ( Revue des ianguea 
romanes^ t. II ), lo prêts, lo bon prêts ( pag.. 153^ 154 ), el lo preu (p. 160), 
variantes qui peavent provenir, soit d'une erreur du premier éditeur» soit 
du plus ancien mns. de ces mémoires, qui est du XI.V« siècle. On lit, 
d'ailleurs, dans la l\eua do Perpignan (1284), tota bestia quisia de preu. 
et dans B. Des Ciot (cap. V) lo rey hao lo preu de la batalta- Dans tous 
les cas, en admettant que prêts noït la bonne leçon, il y a encore l'exem- 
ple de fwtz (noix) qui se présente aussi avec la forme primitive jusqu'à 
la lin du XiV siècle. 

10 



m DIA.LEGTBS AN0IBN8 

et vulgaire, puisque les écrits et notes d'origine populaire, 
émanés de gens dénués de toute notion grammaticale et or- 
thographique, observent toujours à cet égard la même règle 
que les personnes lettrées. 

La diphthongaison de la seconde personne du pluriel n'était 
pas une innovation grammaticale eu catalan, puisque ce fait 
s'était déjà produit depuis plus d'un siècle, dans cette langue, 
pour tous les autres mots et dans des cas absolument sembla- 
bles. On ne ât qu'appliquer au pluriel des . verbes ce qui se 
faisait pour tous les autres vocables, et il est bien probable 
que dans la pratique, par erreur où par simple imitation, bien 
des gens usèrent, dans leur langage, des formes au. eu, tu, 
pour la seconde personne du pluriel, avant l'époque où l'on 
en trouve des traces dans les documents écrits. 

Voici, dans tous les cas, les plus anciens exemples que j'en 
ai pu découvrir, après un examen attentif de tous les do- 
cuments originaux du XIV® siècle qui se trouvent à ma por- 
tée*. 

i Les conclusions de ce mémoire sont uniquement fondées sur les ma- 
nuscrits contemporains originaux, les seuls qu'il y ait à admettre en pa- 
reille matière, et non pas sur les anciennes éditions ou môme sur les ma- 
nuscrits d'œuvres des XII1« et XIV ' siècles, écrits après Tan 1400. Les 
exemples que Ton pourrait opposer à ma thèse, en les prenant dans des 
documents de ce genre, ne pourraient guère prouver autre chose que des 
erreurs ou des fautes de copistes et d'éditeurs, ou l'habitude de remanier 
les anciens textes et de les mettre au goût du jour. G*est ainsi que Ton 
trouve des secondes personnes du pluriel en au, eu, tu, dans les éditions 
de Ramon LuU, de Bernard des Glot et de presque tous les auteurs cata- 
lans du XIV« siècle. Jérôme Rossellô attribue à R . LuU, d'après le doc- 
teur Heine et d'après un manuscrit « de la fin du XILL" siècle », qui se- 
rait aujourd'hui à Berlin, un fragment où on lit : . 

MiraUy senyor, las nafres cançerai^as, 

avec d'autres pluriels en au l Obras rimadas de R. Lull ; Palma, 1850, 
p. 176), ce qui me paraît absolument impossible. Lull ayant toujours em- 
ployé les formes anciennes dans ses rimes, par exemple ( VArt de la a^ 
quimia. pag. 307 ) : 

Vosaltres ab li ens concrets 
Fer fantastiga criatara, 
Si lo genus aver volets 
Dels ens realb haurets meBura; 

et dans d Desconori (pag. 350), où les secondes personnes destrata, siats. 



BTLîDPîS SUR LA LANGUE CATALANE I«7 



Vil 

Exemples de secondes personnes da pluriel catalan formées en 

diphthongue 

Les plus anciens exemples se trouvent, à ma connaissance, 
dans une lettre écrite de Barcelone, le 23 ou 26 janvier 1380, 
par le prieur de Catalogne, de Tordre de Saint-Jean de Jéru- 
salem, au bailli de sa seigneurie de Bonpas, en Roussillon, et 
transcrite par un notaire de Perpignan, le 1®' février suivant. 
Elle est ainsi conçue : 

Al amat lo batle de Bon pas. 
— lo PriordeCathalunya. 

procurats, etc., riment avec le participe honrcUs et le substantif damp- 
nitats. 

De môme, dans l'hymne à la Vierge publiée par Prosper de Bofarull 
{Coleccion de documentos ineditos, t. XIIL; Barceloaa, 1857, p. 152-154), 
d'après un mns. < de la fin du XI Ve siècle », on lit ( p. 153) : 

Dolçe regina, ogau, sias plats, ' 

Per la uinilitat qui an vos es. . . 

Comment admettre ogau^ a écoutez s, dans une pièce ( que je crois d'ail- 
leurs fort ancienne) où toutes les autres secondes personnes du pluriel 
sont en ats, ets, its, finales exigées parles rimes? Ainsi agets rime avec 
aguest; vis ( pour vists ), avec Christ (p. 152 et 153). Il y a môme deux 
vers corrompus qui ne peuvent guère rimer qu'au moyen d'une rime en 
ets: 

A] quart f o dolçti regina 

Cant los tree reys ab goy rraseves {sic) , 

vers inintelligibles, que je rétablirais ainsi : 

Al quart, fo dolçs request (ou aquest ? ), 
Cnnt los très reys ab goy rase vests. 

J'ai relevé encore un assez grand nombre de finales de verbes en au 
^ eu, iu, dans les documents inédits, publiés par Pr. Bofarull (tome XIII), 
d'après des manuscrits de la fin du XI V- siècle ou du XV«, et môme dans 
l'édition des mémoires du roi Pierre d'Aragon ; mais il serait fastidieux 
de les citer i.^.i. Je crois cependant devoir signaler deux passages de la 
traduction catalane de la Doctrina de ben parlar, publiée dans les Mémo- 
fias de la Açademia de buenas letras de Barcelona (tome II), d'après un 
manuscrit al parecer, del siglo Xiil page 529j. On y lit (p. 599j : per tal 
quesapiau com degau respondre ; et plus loin, même page: no siau 
eîiganyatz [nolite seduci) , leçons qui paraissent absolument inadmissibles 
au XIII" siècle, et môme au suivant. 



128 DIALECTES ANCIENS 

Batle, 
Ja'us havem scrit altra vegadaque donassetz un capbreuque 
vos teniu en forma publioa a frare Bn Blanch, per ço com nos 
volem que'l dit capbreu estiga a Bajoles *; e vos aco no havetz 
volgutfer, menys presant lo nostre manament e la pena dels 
D.s que' us havem posada, e par que no conexeu senjor. Per ço 
a vos dehim e manam sotz pena de cinchcents sol. guanja- 
dors a nos, e encara sotz lo sagrament e homenatge de la 
feeltat que a nos sotz tengut e obligat, que de continent, vista 
la présent, donetz al dit frare Bernât Blanc lo capbreu que 
ja' us. havem fejt saber, lo quai ell vos dira: certificant-vos 
que si aço no fetz de continent, que nos vos farem levar les 
pênes e la batlia, o, si rahons justes havetz que aço no deiats 
fer, que dins spay de viii. dies, comptadors après que la pré- 
sent vos sera presentada, les haiatz presentades davantuos. 
Scrita en Barchna sotz nostre sagell secret a xx[ii]j de giner 

[mccc lxxx] . ( Archives des Pyr.-Or. — Notule de Jacques Salvet, 

notaire de Perpignan, ann. 1380i ("6). 

A côté des deux formes diphthonguées teniu (vous tenez) 
et conexeu ( vous connaissez ), se trouvent les formes ancien- 
nes donassetz, havetz, sotz, donetz, fetz, deiatz et hàiatz ; il en 
est de même dans les autres documents catalans jusqu'à Tan 
1440 ou 1450 environ . 

Il y a un second exemple de la forme au dans une lettre 
écrite de Cervera, le 8 novembre 1385, par Pierre de FonoUet, 
fils d'André de FonoUet, vicomte d'Ille et de Canet, à qui son 
père avait fait don de la ville d'Ille lors de son mariage avec 
(Constance de Proxida : 

Al molt honrat senyer e car amich En Brg d'Ardena. 

Senyer e car amich, sapiats que jo teramet la carta que'l 
bescomte me a fêta per la possesio del loch d'Ila. Per que jo 
vul que vos prengats possecio del loch d'Ila e homenatge* de 
tots los homens, e prech vos que-u fasau ^ be e deligentment, 

* Bajoles, coramanderie de l'ordre de l'Hôpital, en HoussiJlon, à 3 kii. à 
l'est de Perpignan, en face du lieu de Boiipas, situé de l'autre côté de la 
rivière de la Tet. 

2 Je n'ai pas aujourd'hui sou«^ ies yeux île registre du notaire où j'ai 
trouvé la lettre originale do P. de FonoUet, mais je suis sûr de la fidélité 



ETUDES SUR La LAÏS'GUE CATALANE 129 

è prech Vos que, vistà la présent, vos e (sic) donets bon re- 
capte. Si degunes coses volets que jo fer puxa, som ha vostro 
plaer. Surita ha Servera ha Viii. de noembre, sotzscrita de 
ma mea e segellada ab mon segell. 

_ « 

P. de FONOLLRT. 

{Notule de Bernard Borgua, notaire à Ille, ann. 1385.) 

Les exemples sont plus nombreux en 1390; et d'abord, dans 
une lettre écrite d'Avignon le 31 janvier, par un«Catalan pro- 
bablement Barcelonais ^ à propos d'un procès du clerc Pierre 
de Camos contre Bernard Catala, chanoine d'Elne, sur la 
perception des revenus de l'église rurale de Saint-Michel 
de Furques, située près de Canet, enRoussillon. L'original de 
cette lettre est joint, dans le registre d'un notaire, à la trans- 
action faite à ce sujet le 25 mars 1390, et la copie du notaire 
est exactement conforme à l'original. Pour les 13 verbes à la 
seconde personne du pluriel que l'auteur a employés, il y en 
a 4 avec la forme diphthonguée et 9 avec la forme ancienne 
ou provençale. 

HonaràbiU viro domino Bemardo CtUhcUani catwnico Elnensi. 

Mossenyer En Bernât, 

Sapiats que jo he près a dens lo vostre fet ab En Càmos, 
vostre adversari, et promet- vos en fe que jo he haut prou 
affer a medurar-lo, que sapiau que ades deya que ho faria, 
ades deya que no. Pero, jo he tant fet, axi que lo pletde Sent 
Miquel, et lo plet del auditor de la cambra sobre la citacio, et 
lo plet de la canongia vostre sien finits, et que de qui avant 
no s'en parle plus ; e vos, que de présent li agats desemperar 



de ma copie, faite il est vrai aune époque où la question de la mutation 
d'otz en au ne me préoccupait guère. La leçon famu (pour fassau), en 
1385, ne saurait être douteuse après les exemples de 1380. La lettre est 
d'ailleurs écrite avec assez de négligence, et il faut lire tramei ( au lieu 
deteraniet ; plus loin, vos hi donets (au lieu de e), vostre plaer (au 1. de 
vostro), son (au 1. de som). — [J'ai revu depuis l'original de ce docu- 
ment; dont le texte est exactement celui donné ci-dessus]. 

i Cette supposition est suggérée par certaines formes, telles que vostro, 
presos, las despeses, déjà assez communes à cette époque en Catalogne, 
mais beaucoup plus rares en Roussillon. La forme et au lieu de e esi 
d'ailleurs extrêmement rare en catalan après le XIII" siècle. 



130 DIALBGTB8 ANCIENS 

liberalment lo dit benifet de Sent Miquel, et que'l li kxets pos- 
seir pacîôcament. Ëncare mes, que li agiats a donar de présent 
XXV. florins d'Arago, per les messions de les scriptares que 
ha haudes a ffer en lo dit plet, e lo dit Camos vos remet tots 
los fvuyts que vos aveu presos del dit benifet de Sent Miquel, 
e totes les despeses, que-y ha fêtes ; empero, que vos sta^^ten- 
jf ut de pagar la vagant del dit benifet, si no's es pagade, e los 
altres carrechs qui-y son venguts en lo temps que vos reAeôtW^ 
los fruyts, e aço es rahonable assats^ a mon semblant. Per que, 
si lo cor vos hi va he si vos plan, trametets decontinent los 
dits XXV. florins, e, con hic sien, si lo dit Camos vol fer e 
fermar les coses demunt dites, abans que n'age diner ne 
mala, el ho fermara, si no, james no'n haura mala, e promet 
vos que jo-y sere be cautelos. En aquest pas, die vos, senyer, 
en bona fe, segons que diu lo dit Camos, ja havia fêta la exe- 
cutoria sobre la sentencia per vos fer pagar tots los fruyts de 
.1111. ho .V. ayns e mes, que aveu presos, e las despeses del plet 
del benifici, e puys del plet de la citacio, e que are ne scapeu 
per .XXV. florins. Gran gracia es aquesta, a mon semblant, e 
axi no'us hi trigets^ car per aventura penedir s'en poria si 
guayre trigavets. Deus, senyer, sia en vos. Scrita en Avinyo 
a XXXI. dejaner. 

G. BoRRULL, vostre procurador, 

licenciât en décrets. 

(Archives des Pyr.-Or.) Nottde de Jean Missô, notaire d'Blne, 
aun. 1390.) 

Cette même année 1390 fournit deux autres exemples dans 
des textes 'déjà publiés dans la Revue des langues romanes 
(tom. VI), Tun dans une lettre d'Arnau d'Éryll, écrite de Bar- 
celone le 9 mai 1390 : e que ereu en volentat de acordar 
(pag. 363);rautre, du même personnage, datée du î:^5 juin sui- 
vant : no ESMAGiNAU sino a esvairlo temps (pag. 373). 

Il en existe un dernier exemple dans une lettre du roi Mar- 
tin d'Aragon écrite au procureur royal de Roussillon et Cer- 
dagne, en date de Çaragoça a xiiii. dies de juliol del any 
M.ccc.xoviiii, et dont Toriginal existe aux archives des Pyré- 
nées-Orientales (B 205). On y lit, à propos de rapquisition 
d'un certain local : 



BTUDBS SUR hk LANGUB CATALANS 



131 



E no font informats que la dit alberch valgues tant com vos nos 
HAVEU fet saber 

D'après ces citations, il est évident qu'à partir de Tan 1400, 
la forme diphthonguée étant devenue à peu près générale 
dans la langue parlée, on pourra découvrir dans les textes 
catalans beaucoup de cas de la 2^ personne du pluriel en au, 
*m, iu; mais je les ai vainement cherchés * et je n'en ai pu re- 
lever aucun autre exemple avant Tannée 1420, où Ton trouve, 
dans une lettre écrite de Cervera, la forme haveu au milieu d'au- 
tres formes en ats, ets, its, et dans une autre de la même année, 
écrite de Barcelone par un Sicilien, avec la 2® pers. toujours 
en diphthongue : vullau ( deux fois ), gordeu, scriviu, estogeu 
(Revue des langues romanes, t.V, p. 282, 283). 

Ce dernier exemple de l'emploi exclusif de la forme en 
diphthongue est fort remarquable; et, quoique les finales en au, 
eu, iu, deviennent ensuite de plus en plus fréquentes, on ne 
pourrait guère citer d'autres exemples de leur emploi ex- 
clusif et sans mélange dans un même document, jusqu'à l'an 
1435 environ. A partir de cette époque, la forme nouvelle 
de la 2« pers. du pluriel entre en plein dans la langue litté- 
raire ou classique comme dans la langue parlée, on peut le 
reconnaître par les rimes d'Ausias March ; mais les exemples 
de la forme primitive se rencontrent encore à tout instant dans 
les manuscrits originaux pendant tout le XV* siècle, et même 
dans les vingt premières années du XVP . 

A quelle région faut-il attribuer l'origine de la mutation que 
je viens d'étudier ? En ce qui concerne la diphthongaison des 
finales ats, ets, its, ots, les documents prouvent "qu'elle 8*est 
produite simultanément dans la Catalogne et dans le Rous- 
sillon, et qu'elle existait déjà dans la langue catalane à l'épo- 
que où elle fut introduite dans les îles Baléares et dans le 
royaume de Valence. Quant à la diphthongaison de la seconde 
personne du pluriel, elle est, dans mon opinion, originaire de 
Barcelone, et l'on a pu remarquer que presque tous les exem- 



1 J*en ai relevé d'autres exemples isolés, dans des écritures privées : 
fahieu en 1396, et en 1399, que' s veia vos^ si sou fret^ a si avets^ etc. Us 
deviennent plus fréquents à partir de 1406 dans des écrits de môme genre, 
mais ils toni toujours mêlés aux formes anciennes. 



m DIALBGW» Af<CIB!N6 

pies cités de 1380 à 1420 ^novienttent de documents éerits dans 
cette ville ou en divers lieux de Catalogne. Le Rottssillon Vnio- 
cepta par Tinfluence naturelle qu'exerçait la capitale de ees 
souverains; mais ce ne fut pas sans quelque opposition, car on 
n'en trouve que de rares exemples de 1400 à 1460, et, jusqu'à 
cette dernière date, la majeure partie des textes roussillonnais 
ou cerdans n'emploient que des formes en ats, ets, its. Ce fait 
est surtout sensible dans les écrits d'origine purement popu- 
laire, dont la langue fut, en ce point et sous beaucoup d'autres 
rapports, tout à fait en retard sur la langue des notaires et des 
documents administratifs.Le Roussillon a d'ailleurs conservé, 
plus longtemps et beaucoup mieux que la Catalogne, la langue 
du XIV siècle, par le simple usage, et sans doute aussi parce 
qu'il subit à un moindre degré l'influence de la vie intellec- 
tuelle et des réformes littéraires. C'est ce qui me paraît dé- 
montré par les faits et les preuves cités pour le point particu- 
lier que je viens d'étudier. 

Alart. 

(A $uivre.). 



DIALECTES MODERNES 



A L'AURO 



Lou fueiage nais e trémolo ; 
Auro, tu que vas ounte vos, 
Vers moun amigo volo, volo : 
Porto-ie lou murmur di bos. 

Dins lis erbo qu'escarrabiho, 
La font cour en riban d'argent : 
Porto-ie la fresco babiho 
Ë lou rire di clar sourgènt. 

Conme uno mar, verdo es la prado ; 
Fk pas un nivo dins lou cèu ; 
L'auceloun canto : à radoiirado 
Porto la eansoun dis aucèu . 

De taco d'or dins Toumbro fousco 
Jogon coume de parpaioun : 



A LA BRISE 

Le fétiillagé ndit et tremble ; — brise, toi qui va? où tu veux,— 
vers mon amie vole, vole: — porte-lui le murmure des bois. 

Dans les herbes qu'elle réjoui l, — la fontaine court en ruban 
d argent: — porte-lui le frais tabil — et le rire des claires sources. 

Gomme une mer la prairie est verte; — il n'y a pas un nuage 
dans le ciel; — l'oisillon chante: à Tadorée — porte la chanson des 
oiseaux. 

Des taches d'or dans l'ombre profonde — jouent comme des 



fS4 DIALB0TB8 M0DBRNB6 

Porto-ie Talenado tousoo 

Dis oumbrun mescla de raioun. 

Sus li draiôu vène d'entendre 
Un galant brut de pichot pas : 
Porto-ie lou parauli tendre 
Di paréu que se parlon bas. 

D'abriéu Taubo suavo arroso 
Li flour presse d'un dous fremin : 
Porto-ie lou perfum di rose 
Ë Tamo di blanc jaussemin . 

Duerbe sa porto, intro tout-d'uno ; 
Yai d'aise, que n'ague pas p6u ! 
Garesso si trenello bruno 
Ë fai un poutoun sus soun c6u ! 

Teodor Aubankl. 
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.) 

papillons : — porte-lui la tiède baleinée — des ombrages mêlés 
de rayons. 

Sur les sentiers, je viens d'entendre — un bruit charmant de 
petits pas : — porte-lui les tendres paroles — des couples qui se 
parlent bas. 

D*avnl l*aube suave arrose — les fleurs prises d'un doux frisson: 
— porte-lui le parfum des roses — et l'âme des blancs jasmins. 

Ouvre sa porte, entre d'un élan ; — va doucement, qu'elle n'ait 
pas peur! — Caresse ses tresses brunes — et fais un baiser sur 
son cou ! 

Théodore Aubanel. 



LA FIGUEIRA 



Quand tourna lou cel se fai d'or 
E que, vermelha, enramelada, 
La jouina Prima, capelada 
De flous e de flous sus soun cor, 
Escabarta barbasta e tor 
Emb una caudeta alenada, 
A la premieira bresilhada 
Que canta que Tlver es mort, 
La Figîieira, gloria de Tort, 
Belament s'es derevelhada. 

Desengrepesits, sous chimels, 
Couma de brasses de droulletas. 
Que cargoun sas plenas dournetas, 
S'enauroun lisses, blanquinels, 
As poutous das raisses nouvels. 
Fresinantas, freulas aletas. 
Pioi espelissoun las ôolhetas : • 
Diriàs pas de poulits aucels , 
D'issams joucats e j ou gare 1 s 
De capignousas parruchetas? 

LE FIGUIER 



Quand à nouveau le ciel se fait d'or — et que, vermeil, enra- 
melé, — le jeune Printemps, coiffé — de fleurs et dos fleurs sur 
son cœur, — chasse givre et gelée blanche — avec une tiède haleine, 
— au premier gazouillis — qui chante que THiver est mort, — le 
Figuier, gloire du jardin, — s'est doucement réveillé. 

Dégourdis, ses rameaux, — comme des bras de fillettes — qui 
chargent [sur leur tète] leurs cruchettes pleines, — s'élèvent lisses, 
blanchâtres, — aux baisers des rayons nouveaux. — Frémissantes, 
frôles petites ailes, — éclosent ensuiteJes jeunes feuilles: — nediriez- 
vous pas de jolis oiseaux, — des essaims juchés et joueurs, — de 
querelleuses perruches ? 



136 DIALBCTBS MODBRNBS 

La qu'empimpara lou flolhun, 
L^avivada Sasou«fadieirk, 
! couma vestis la Figueira 
Emb un clar, satinous trenun 
De sourel e de nouvelun, 
— Poumpousa rauba sens parieirà ! - 
Es per ac6 que, festadieira, 
Coufla de joia e de perfum, 
Vôu s'escarcalhà 'u libre lum 
L'ufanousa reina vergieira I 

Quand vesès lou blat canelà, 
Long de las brancas imourousas 
Las flous carnudas e courousas 
Acoumencoun de boudenflà : 
Se res ven las despecoulà, 
N'i 'aura de Figas! — audourousas, 
Gentas poupetas melicousas, 
Qu'un lach ambrenc vai ne coula 
A dégoûts, per assadoulà 
Las bestioletas tetadousas. 

• 

E pauc à pauc, de rescoundous, 
Jout lou grelhage que roundela 



Celle qui atourne la feuillaison, — l'active Saison-fée, — oh 1 
comme elle vêt le Figuier — d'un clair et satiné tissu — de so- 
leil et de sève, — pompeuse robe sans pareille ! — C'est pour cela 
que, festoyante, — pleine de joie et de parfum, — elle veut s'étaler 
à la libre lumière, la superbe reine ^ du verger .' 

Quand on voit canneler ^ le blé, — le long des branches flexibles 

— les fleurs charnues et fraîches — commencent à gonfler: — si 
rien ne vient les détacher. — il y en aura des Figues I odorantes, 

— gentilles maitielles mielleuses — dont un lait ambré va cou- 
ler — gontto à goutte, pour gorger — les mignonnes bestioles té- 
tetfses. 

Et peu à peu, en cachette, — sous le feuillage qui arrondit — 



1 Figuier est féminin en languedocien. — 2 8t; former en tuyau. 



LA FIGUËiRA m 

» 

L'esmerauda de sa dentela 
En de ventalhs amagadous, 
Vairoun en boudenflant las flous : 
NTa que soun de seda roussela ; 
N'i'a d'una tencha paliiiela; 
[Vautras passoun, emb soun blau dous, 
La nioch, quand tremuda en velous 
Soun azur priound que s'estela. 

Ara, Juliet oauma lou cel, 
Lou mes aurîn, lou mes segaire ! 
E trioumflant, TAubre à Tesclaire 
Luseja que fai parpantel! . . . 
L'envertoulhoun d'un laugè yel 
BrounzinareHi e varalhaire, 
Vouletous venguts de tout caire; 
Tant, que lou que s'acosta d'el 
Tes avis, qu'emprés, quauqu'abel 
Estuba e fai zounzounà Taire ; 

Car s'apound à-n-aquel cascal 
L'alenada mola e sucrada 
De cada Figa amadurada, 
Qu'entredoubris au gai dardai 



rémeraude de sa dc^ntelie — en éventails protecteurs, — elles vi- 
rent (se colorent) en se gonflant, les fleurs: — il y en a qui sont de 
soie rousse; — il y en a qui sont d'une teinte pâle, — d'autres sur- 
passent en bleu doux — la nuit, quand elle change en velours — son 
azur profond qui s'éloile. 

Maintenant, juillet chauffe le ciçl, — le moia doré, le mois fau-r 
cheur ! — et, triomphant, l'Arbre au rayonnement — reluit à 
éblouir!. ... — Ils l'enveloppent d'un léger voile — bruissaqt et 
mobile, — les petits vols venus de tout côté; — si bien, qu'à celui 
qui s'en approche — il semble que, près de là, quelque ruche — 
parfume el fait bourdonner l'air ; 

Car se joint à ce murmure — l'haleine molle et sucrée, — de 
chaque Figue mûrie, — qui entr'ouvre au gai dardoiement — son 



198 DIALBCTR8 MODBRNBS 

Soun rire goustous e poulpraU 

— Zou ! mousca, abelha aûrouiada! 
Zou ! dau valat e de la prada, 

De la garriga e dau trucal, 
Acouitàs-vous ! d'amount, d'aval : 

— Es Toura de la buscalhada ! . • . . 

MANDADIS 

A Madoumaisela Leonntina Goirand 

Tus que verdeges en Aies, 
Tus que taredoulenta oumbriaa 
Noste grand lassige embelina, 
Voudras lou graciousà, s'adés, 
Per bêla Figueira agent près 
La felibressa Leountina, 
A soun entour guincha e roundina, 
Lou Foussoulou dau bord dau Les ?. 



— Mas de la Lauseta ; — bèu mes 
De nises e de sega aurina. 

Mount-peliè, juliet 1877, 

Lydia de Ricard. 
(Languedocien, environs de Montpellier.) 

rire savoureux et purpurin. — Sus I mouche, abeille alerte! — 
Susî du fossé et de la prée, — de la garrigue et de la hauteur, — 
h&tez-vous I d'amont, d'aval : - c'est l'heure de la butinée 1 . . . 

ENVOI 

A MADEMOISELLE LÊONTINE GOIRAND 

Toi qui verdoies en Alais, — toi dont l'ombre embaumée — 
charme notre grande lassitude, — voudras-tu bien l'accueillir — si 
maintenant, — pour beau Figuier ayant pris la — félibresseLéontine, 
— autour d'elle il guigne et bourdonne, — le Frelon du bord du 
Lez ? . . . 

— Mas de l'Alouette ; beau mois —des nids et de la moisson 
dorée. 

Montpellier, 1877. 

Lydie de Ricard 



CANSOUN*, 

AU BAROUN CARLES DE TOURTOULON 



Mai, din soun alenada, 

Ver lou Ciel 
Manda la rampelada 
De Taucel. 
Lous jours se soun grandits, 
Lou bèu sourel s'espandis, 
E dins Terba que flouris 
L'aucel fai soun nis. 

La natura es en festa ; 

Oh! bèu jour ! 
1er era la tempesta, 

,Ioi l'amour. 
Lou bramaire ventàs 
Fouita pas pus lou bartàs, 
Buta pas lou nivoulàs ! . . . . 
Es foundut lou glas. 

Vese sus la branqueta, 
Sus lou grel, 

CHANSON 

AU BARON CH. DE TOURTOULON 

Dans le souffle de son haleine, mai, — vers le ciel — fait monter 
le murmure de l'oiseau. — Les jours croissent, — le beau soleil 
étale ses rayons, — et dans Theibe qui s'émaille de fleurs — 
l'oiseau bâtit son n îd. 

La nature est en fête. — Ohl beau jour I — Hier, soufflait encore 
la tempête; — aujourd'hui [tout respire] l'amour. — Le vent, 
qui mugit et souffle [ du nord ], — ne fouette plus la ronce, — ne 
pousse plus le gros nuage — Les glaçons sont fondus. 

J'aperçois sur la branche, — sur le rameau, — s'épanouir la 

i Er dau Port(Hiiga de Mistral 



MO 0IALEGTB8 M0DBKNB8 

S'espandi la floureta 

Au sourel; 
D'amount^ dau ciel d'azur, 
Davala dins au rai pur 
Lou clar que tapa Tescur. 
Oh ! tems de bonur ! 

Lou roussignôu bresiiha 

Soun pieu -pieu ; 
Un councert d'armounia 

Vola à Dieu. 
De Tauba au calabrun. 
Couma de Tencens lou funj. 
Amount, vers Teterne lum. 
Monta un dous prefum. 

Oh ! sasoun benesida ! 

Lou printems 
Reviscoula la vida, 

Rend countents ; 
Pertout s'entend cantà, 
L'aire es remplit de clartat^ 
E lou felibre espantat 
Raiva de bèutat. 

Couma un issam d'abelhas 

Brounzinant, 
Entende à mas aurelhas 

fleurette — aux rayons du soleil. — De là-haut du ciel blçu — 
descend, dans un rayon 11 cupide, — la lumière qui chaise, les té- 
nèbres. — Oh ! temps heureux ! 

Le rossignol gazouille — son chant; — un concert harmonieux 
— monte à Dieu . — De l'aube au crépuscule, — comme la fumée 
de l'encens, — là-haut, vers l'éternelle lumière, — s'élève un doux 
parfum • 

Oh I saison bénie! — Le printemps — ranime la vie, -r- rend 
joyeux. — Partout s'entendent des chansQna ; — l'air étincelle de 
lumière, — et le félibre enchanté — rêve de beauté. 

Gomme une ruche d'abeilles — qui bou^dpm^z^ «rr.j'eQit^nds 



CAMSOUN 141 

Voste cant ; 
Pelibre majourau, 
Voste cantà magistrau, 
Qu'en res a pas soun egau, 
Sèmpre me fai gau. 

Ce qu^au jour d'ici m'agrada 

Jout lou ciel, 
Es pas la bresilhada 

De Faucel; 
Ni Tastre qu'a lusit* ; 
Ce que me porta plesi 
Es voste cant benesit 

Qu'aime tant d'ausi. 

Aquel cant es la joia, 

Es l'amour ! 
Zou dounc, troupa galoia ! 
Zou ! toujour. 

Cantàs voste panW 

Es vengut lou mes de mai, 
Roussignolets toujour gais, 
Cantàs sempre mai. 

A. Roux. 

Lunel-Viel. 10 d'nbriou 1877. 

(Languedocien, Lunel-Viel et ses environs) 

— vos chansons, — félibre majoural; — votre chant magistral, — 
que rien n'égale, — sans cesse me fait plaisir. 

Ce qui m'agrée le plus aujourd'hui — sous le ciel, — ce n'est 
ni le gazouillement — de l'oiseau, — ni l'astre resplendissant de 
lumière ; — mais ce qui me porte le plus de plaisir, — ce sont 
vos chansons, — que j'aime d'entendre. 

Ce chant est la joie; — il est l'amour. — Allez! troupe gaie; 

allez toujours ! — Chantez votre rêve. — Le mois de mai 

est venu; — rossignols, toujours contents, chantez sans cesse. 

A. Houx. 

^ Le t final des substantifs : claHat, bountat^ ^tc; ainsi que celui du 
participe passé : lusit, benesit, aimai, ne se fait pas sentir à Lunel-VieU 

11 



A UNA ROSA MdSTIQA 



Riereta avall baixava una. rosa, 
Riereta amunt volava un aucell : 

— Hont vas, .del jardi la flor mes hermosa, 

Mon amor mes bell ? 

— Abuy al umplirmon got de rosada, 

Lo torrent me deja tôt besantme '1 front : 
Vinat en ab mi, y en son doll bressada 
Vaig à seguir mon. 

Ignocenta flor que del tronch t' esqueixas 
Aj! aqueixos marges be Ms anyoraràs, 
Buscaràs les ditxes del edem que deixas 
Y dol trobarâs. 

Ella entre les ones auava y \ enia, 
Vestida d'escumes, de perles y d'or, 
Per un bes que dava cent besos rebia 
Cent besos d'amor. 

Mes ja d'una à una li cauhen les fulles, 
Y migra son cor neulia mortal. 

A UNE ROSE FANÉE 

Ruisseau en aval descendait une rose. — Ruisseau en amont vo- 
lait un oiseau : — Où vas-lu, du jardin la fleur la jilus belle, — mon 
amour le plus beau ? 

— Aujourd'hui, en rempliisani mon vase de rosée, — le torrent 
me disait, tout en baisant mon front;— Viens-t'en avue moi et, en 
èon sein bercée,— je vais voir le monde. 

Innocente fleur qui du tronc te sépares. — Ah ! ces bords, tu 
les regretteras bien. — ïu chercheias les joies du ciel que tu laisses, 
— et tu rencontreras le deuil. 

Elle, entre les ondes, allait et venait, — vêtue d*écume, de perles 
et d'or ; — pour un baiser qu'elle donnait, elle recevait cent baisers 
d*amour. 

Mais déjà, une à une, elles tombent, ses feuilles, — et son cœur 



LOO TAIS JS LOC RifiINAHB 143 

Y Taygua/ rebuju ses seqaes daspciltos 
Avorâi un sorral. 

Riereta avall moria una rosa, 
Riereta amunt sospira un àucell: 
« Aui H haurà cuUit, ô lior amorosa, 
De mon cor novell ? » 

Jo so Taucellet, pagesa aixerida, 
Que 't deya : No ni vajas à viure à ciutat, 
La rosa ay î ets tu, la rosa florida , 
Que '1 mon ha esfuUat î 

J. VERDAGUEli (p'®) 

(Catalan.) 

est déchiré d'un ennui mortel, — et l'onde repousse se* sèches dé- 
pouilles — au bord des sables. 

Ruisseau en aval mourait une rose. — ^ Ruisseau en amont sou- 
pirait un oiseau : — Qui t'aura cueillie, ô fleur amoureuse — ^de mon 
cœur nouveau ? 

Je suis l'oiselet, paysanne gentille, — ne va pas vivre à la cité. 
— La rose, c'est toi, — la rose fleurie, — que le monde a effeuillée 1 

H. Verdaquer, prêtre 



LOU TAIS E LOU REINARD 

FABLO 

Lou Tais e lou Reinard vivou souvent en guerro : 
Lou prumier, qu'a d'arpiots pounchuts coumo de crocs, 
Sens trop trima, se croso dins la terro 

LE BLAIREAU ET LE RENARD 

FABLE 

Le Blaireau et le Renard sont souvent ea guerre :-^l& p^'omer, 
qui a des griffes pointues comme des crocs, — sans trop s'escrimer 



-«•'" 



144 DULBCTIBS ICODESIiNlâS 

Un trauc loung e priound entremitant des rocs. 
Lou Beinard, qu'es pas tant cavaire, . . 

Sens respeta lou drech de la proùprietat, 
Sens paga cap d'endemnitat, 
Se rend mestre de soun repaire. 

D'aqui la brego nais, e sus sous amalucs 

Lou qu'a drech, s'es pus flac, arrecasso lous trucs. 

Un Tais amb un Reinard, après uno batalho 

Dount s'eô pas counescut lou sort, 

Faguerou' ntr'eles un acord. 
Lou prumier al segound cedet soun escoundalho, 
E l'autre ambé serment proumetet en retour 
D'estre soun defensou, la neit coumo lou jour. 
Lou Tais a bouno dent, mais sa cambo es menudo ; 
Aqueste sentissiô qu'aviô besoun d'ajudo : 
N'ero pas pla galhard, éro vielh. . . Lou Reinard, 
Qu'ero metge, i diguet : « Vous farai per moun art 
Viéure encaro loung tems : quand aurés la coulico, 
Anarai dins lou bosc cerca de broutounico 

De mel,se s'es enraumassat ; 

De trescalan, se ses blassat ; 

E pei sabi sus là mountagno 



se creuse dans la terre — un trou long et profond, au milieu des 
rocs. — Le Renard, qui n'est pas aussi bon mineur, — sans respec- 
ter les droits de la propriété, — sans payer nulle indemnité, — se 
rend maître de son repaire : — de là la guerre naît, et, sur ses 
hanches, — celui qui a droit, s'il est faible, reçoit les coups. 
Un Blaireau et un Renard, après une bataille — dont on n'a pas 
connu le sort, — firent entre eux un accord : — le premier au se- 
cond céda sa cachette, — et l'autre, avec serment, lui promit en re- 
tour — d'être son défenseur, la nuit comme le jour. — Le Blaireau a 
bonne dent, mais sa jambe est petite. — Celui-ci sentait qu'il avait 
besoin d'aide ; — il n'était pas bien portant, il était vieux. . . Le 
Renard, — qui était médecin, lui dit : « Je vous ferai, par mon art. 
— vivre encore longtemps : quand vous aurez la colique, — j'irai 
dans le bois chercher de la véronique; — du miel, si vous êtes en- 
rhumé ; — du millepertuis, si vous êtes blessé ; — et puis, je con- 



LOU TÂIS E LOU REINARD 145 

Uno ai go que guéris subran touto magagno ; 
N'aurés, cado luati, qu'à ne heure un boun gloup 
Per tourna prouvesit d'un apetis de loup. 

Ou sabès, ai la cambo lesto, 

Sempre à vous servi sera presto. 

Dins lou trauc pourrés dourmi tard ; 

Anarai cerca la pitanso 

E n'aurés la milhouno part. 

Sinnou lou patte d'amistanso. 
Lou Reinard qu'es, se sap, traite coumo Judas, 
Lou tenguet, ^quel cop, per counserva la pas. 
Visquerou, desempei, coumo dous camarados; 

Ensem passabou las vesprados. 

Assetats sul pus naut truquel, 

Soulets, joust la capo del ciel, 

Parlabou souvent de mouralo : 

Vouliôu la pas universalo. 

Lou Tais abiô pla méditât 
Dins soun trau d'ount sourtis pas gaire ; 
E lou Reinard, grand barrulaire 
E boun oubservatou, abiô tout visitât. 

Erou dous proufounds mouralistos, 

Rettes coumo de jansenistos. 

nais sur la montagne ~ une eau qui guérit sur-le-champ toute ma- 
ladie : — vous n'aurez, chaque matin, qu'à en boire une bonne 
gorgée — pour revenir pourvu d'un appétit de loup. — Vous le sa- 
vez, j'ai la jambe leste; — toujours à vous servir elle sera prête. — 
Dans le trou, vous pourrez dormir tard; — j'irai chercher la pitance, 

— et vous en aurez la meilleure part. 

Ils signent le traité d'alliance. — Le Renard, qui, on le sait, est 
traître comme Judas, — le tint, cette fois, pour conserver la paix. 

— Ils vécurent depuis comme deux camarades; — ensemble ils 
passaient les veillées. — Assis sur le plus haut sommet, — seuls, 
sous la voûte du ciel, — ils parlaient souvent de morale. — Ils 
voulaient la paix universelle. — Le Blaireau avait beaucoup mé- 
dité — dans son trou, — dont il ne sort guère ; et le Renard, grand 
rôdeur — et bon observateur. •— avait visité tous les pays. — 
C'étaient deux profonds moralistes, — roides comme des jansé- 



146 DTAL^TfiS MOE^HRI^IBS 

Tout, à aouD sens, anabo mal, 
E vouliôu del pople animal 
Refourma lous marrits usages. 
« Las bestios, disièu lous dous sages, 
Pf udriôu vieure dins lou repaus, 
Se, coumo Thome, à tout prepau», 
Las vesiam pas se fa la guerre. » 
a — Se la pas regnabo sus terro 
Coumo entre nautres. dis lou Tais: 
Mai n'aurôu jamai a quel biais 
E serôu tôujour envejousos, 
Crudelos, pertant malurousos, 
Tant qu'escoutarôu pas las soulidos lessous 
D'un mestre filosofo e sabent coumo vous, w 
« — Las vostros pulèu », — al coumpaire, 
Dis lou Reinard per lou flata. 
E pei se met à li counta 
D'un paure cabrol lou desaire. 
Qu'a vist per un loup empourta, 
E lou desesper de sa maire. 
Lous crimes atabé li dis 
D'uno moustelo e d'un pudis ; 
Dins uno cour aquesto intrado 
A sannat toute uno cloucado ; 



nfstes. — Tout, à leur avis, allait mal, — et ils voulaient du peuple 
animal—- réformer les mauvais usages. — « Les botes, disaient 
les deux sages, — pourraient vivre dans le repos, — si, comme 
rhomme, à tout propos, — nous ne les voyions pas se faire la 
guerre. » — « Si la paix régnait sur la terre — comme entre nous, 
dit le Blaireau; mais elles n'auront jamais ce savoir-faire, — et 
elles seront toujours envieuses, — cruelles et partant malheu- 
reuses, — tant qu'elles n'écouteront pas les solides leçons — d'un 
maitre philosophe et savant comme vous. » — « Les vôtres plutôt», 
au compère — dit le Renard pour le flatter. — Et puis il se met à 
lui conter •— d'un pauvre chevreuil le n^aiheur, — qu'il a vu par un 
loup emporter, -^ et le désespoir de sa mèfe ; -^ il lui dit aussi les 
crimes — d'une belette et 4'un putois : -^ dans une cour celle^ei 
entrée — a saigné toute une couvée ; — dans un clapier» PâArtre 



LOU TAIS m LOfJ RëINA^RD 147 

Dins un clapas, Tautre catién. 

N'a pas laissât un counil viéu. 

« — Meno sauvajo, aloubatido », 

Dis lou Tais tout enfurounat, 

« Diéus pot prene so qu*a donnât; 

Mais tus n'as pas donnât la vide, 

Per la prene al paure bestial 

Qu'estrifo tonn caissal brutal. 

As bosques e sus las mountagnôs, 

Per t'apastura, quand as fam, 

Sens prene à la maire Tefant, • 

Mancou pas aglands e castagnos, 

Arboussos, sorgos, racinun, 

Jaissos e tout autre legun ; 

Lou rasim te fa jamai faute. » 

« — Quand la trelho n'es pas trop nauto », 

Am soun cap bas, dislou Reinard, 

Qu'asseguro, al noum d'Hipoucrato, 

Que, per Testoumac e la rato, 

Lou legun val mai que la carn. 

Un vespre, qu'à Taccustumado 
Charrabou dejoust uno oumado, 
Vesou dins Taire un aucelas 



scélérat — n'a pas laissé un lapin vivant. — « Race sauvage, aux 
instincts de loup, — dit le Blaireau tout on fureur ; Dieu peut pren- 
dre ce qu'il a donné ; — mais toi, tu n'as pas donné la vie, — 
pour avoir le droit de la leur prendre, aux pauvres animaux — 
que déchire ta dent brutale. — Au bois et sur les montagnes, — 
pour te repaître, quand tu as faim. — sans prendre à la tnère son 
enfant, — ne manquent pas ?^lands et châtaignes, — arbouses, 
cormes, racines, — gesses et toute autre espèce de légumes; — le 
raisin ne te fait jamais faute. » — « Quand la treille n'est pas trop 
haute *), — avec la tête basse, dit le Renard, — qui assure, au nom 
d'Hippocrate, — qtie, pour l'estomac et la rate, — les légumes va- 
lent mieux que la viande. 

Un soir que, suivant l'habitude, — ils jasaient sous un ormeau,— 
ils voient dans Tair un gros oiseau — qui, avec sa grande aile dé- 
ployée, — parla cherchait aventure: — c'était un grand-duc, un 



148 DIÂLBCTËS ICODBRNBS 

Qu'ambé sa grand o alo espandido 
Per aqui courrissiô bourricio : 
Ëro un grand-duc, un marrias 
De lous que de carn fôu sa vido. 
Tre lou veire, Tais e Reinard 

De Tescridassa Sens retard, 

El que piano dessus sa testo, 
Sus Toumado tombo d'aploumb. 
S'ausis lou bruch d'uno batesto ; 

Mais aquel bruch n'es gaire loung 

Lou grand-duc reprend sa voulado 
Amb uno paloumbo estrifado. 

En Tagantant, Taucel despietadous 
A fach del nis toumba sous dous pichous... 
Lou Tais e lou Reinard delembrou sa mouralo 
En vejent joust soun nas aquel manja goustous : 
Cadunpren soun aucel, lou plumo e s'en regalo. 

Nostro mouralo res noun val 
S'en pla parlant agissem mal, 
E subre tout se fasem, nautres, 

So que blasmam acô des autres. 

Gabriel Azaïs. 
(Languedocien, BézierS et ses environs.) 

scélérat de ceux qui de chair font leur vie. — Aussitôt qu'ils le 
voient, Blaireau et Renard — se mettent à le huer Sans re- 
tard, — lui, qui plane au-dessus de leur tète, — sur l'ormeau tombe 
d'aplomb. — On entend un bruit de batterie, — mais ce bruit ne 
dure pas longtemps. — Le grand-duc reprend sa volée — avec une 
palombe éventrée. 

En la saisissant, Toiseau sans pitié . — a fait du nid tomber ses 
deux petits. — Le Blaireau et le Renard oublient leur morale — 
en voyant sous leur nez ce manger ragoûtant : — chacun prend 
son oiseau, le plume et s'en régale. 

Notre morale rien ne vaut — si, en parlant bien, nous agissons 
mal, — et surtout si nous faisons nous-mème — ce que nous blâ- 
mons chez les autres. Gabriel Azaïs. 

Lamalou. 20 août 1877. 



BIBLIOGRAPHIE 



ArchivoB manicipaleB d'Agen. —Chartes (1*^* série, 11S9-1328) publiées 
aux frais du Conseil général de Lot-et-Garonne, par A. Magkn, secré- 
taire perpétuel de la Société d'agriculture, sciences et arts d*Âgen, et 
G. Tholin, archiviste du département — Villeneuve-sur-Lot, imprimerie 
de Xavier Duteis. 1876, in-i». 

Ce beau volume, qui témoigne de la libéralité éclairée du Conseil 
général de Lot-et-Garonne et fait grand honneur aux presses de 
M. Xavier Duteis, renferme 160 chartes, dont 39 seulement en 
langue vulgaire. Ces dernières sont les seules dont je veux ici 
m' occuper, et ce sera seulement au point de vue philologique. 

La correction du texte, en général, laisse à désirer, et il est trop 
visible que c'est par la faute des éditeurs. Ils déclarent, dans leur 
préface, s'être inspirés des conseils de M. Meyer, notamment pour 
la transcription des mots agglutinés ; mais ce n'est certainement 
pas M. Meyer qui a pu leur conseiller d'écrire entr^ eh hahitanSj 
entr* eh dutadas (p. 61), de Vau cap tro a l autre (p. 45), quel aldet, 
pout que lai det(^. 98), arc (ibid.) pour are (rien); ou, inversement, 
du (deux fois dans la même ligne) pour d'u (^p. 45), la donadas 
(p. 45) pour Va (= li a) donadas, etc. D'autres fautes plus graves, 
et qui ne sont pas toutes de simples négligences, ont été rele- 
vées par ce savant lui-même, dans un article justement sévère de 
la Revue critique (2 juin 1877). Il aurait pu facilement en allonger la 
liste; ainsi dans la pièce IX, à laquelle s'appliquent plusieurs de 
ses remarques, on lit trois fois ni, qui ne donne aucun sens, au 
lieu de vi. Au lieu de meis de voluntat {ibid., p . 11,1. 16), il faut 
certainement meins de v., c'est-à-dire sans la volonté. La ligne 10 de 
la môme page doit être terminée par une virgule, et non par un 
point. Dans la pièce XIX, la substitution fautive de» à w, dont je 
viens de signaler trois exemples, se remarque encore deux fois : 
entrens (lig. 1 et 2) pour entreus = entrels (la charte est gasconne). 
De même encore probablement, dans la pièce LXIX. où à la der- 
nière ligne de la page 107, au lieu de sangin, je pense qu'il faut 
lire saugin, considérant ce mot comme un dérivé do sauc (sureau), 
ou peut-être de sauze. Il s'agit d'un fagot de bois. 

P. 50 et 51, on a deux fois, sans nécessité, bien que sans dom- 
mage pour le sens, prolongé en participe passé un indicatif pré- 
sent très-correct: qu'es conten[gud]j au lieu de qurcs oonten. P. 98, 



ISO BIBLIOGRAPHIE 

on a, 1.15, pris un s pour un f(fert au lieu de sert), et 1.2 du bas, 
un fi pour un y (brugeys au lieu de bnugens). A la dernière ligne 
de la même page, erames, qui n'a aucun sens, doit être corrigé tra- 
mes. Plus haut. 1.13, au lieu de .. luy, e tio melhs es, il faut, sans 
aucun doute, ponctuer et corriger., luy o no,melhs es. 

Parmi ces 39 chartes, il s'en trouve quelques-unes de purement 
gasconnes, ce qui s'explique le plus souvent ( mais non pas toù- 
joursXpar leur origine. Tel est le cas delà 19®. datée de la Réole. 
Mais le dialecte du plus grand nombre est le languedocien, langue- 
docien assez pur dans les premières, mais qui se montre, dans les 
suivantes, plus ou moins imprégné de gascon. Ce niélange des deux 
idiomes est naturellement plus sensible dans les actes oii intervien- 
nent, comme parties contractantes, des localités situées sur la rive 
gauche de la Garonne. 

Un glossaire des mots nouveaux — je veux dire manquant au 
Lexique roman — aurait utilement complété la publication de 
MM. Magen et Tholin. J'en signalerai trois ou quatre que je n'ai 
pas remarqués ailleurs : 

Autar (p. 5, 1. 5 de la charte III ), verbe neutre, simple de azau- 
tofr. On le trouve en catalan sous la forme altar {l = uju =p). 

Boyga (p. 315, 1. 6). Substantif que le limousin moderne connaît 
sous les formes boueijo, houijo. Il signifie terre en friche, pâtis. 

Deutre (p. 20, 46 ) et deuter (25, 68 ) = débitor, dont c'est la dé- 
rivation régulière. Raynouard n'a que c?ewtor^ forme du cas régime, 
et à côté deuteirey qui est une création indépendante, formée sur le 
patron des autres noms en eire. 

Nautre ( p. 68)..^utre substantif dont Raynouard n'a non plus 
que le cas oblique nautor, 

Mezalhal (68, 10 du bas). Ce mot, qui se trouve plus haut (42, 7) 
sous la forme moins pleine mealhau, désigne une mesure de capa- 
cité. Il se rattache à metalle ou metallum^ qui, dans le latin du 
moyen âge, a signifié, par synecdoque, bassin ou marmite. Voyez 
du Gange ( édition H**nschel ). 

i2a«(p. 178, 1.10 du bas; 179, 1. 13 et 14 du bas), sans doute 
radeau. C'est le latin ratis. 

Je noterai, pour terminer, trois particularités concernant la pho- 
nétique ou la flexion: 

P. 40, 1. 13, dans une charte de 1234, la forme solso=solvunt. Cf. 
Gramm limousine ^ p. 360 {Revue, XI^20). 

P. 2-3, dans la charte n*» 2 (1196) de nombreux exemples de 
3e pcrs. du pluriel imparfait ou conditionnel en iu =io(ian). Je 
n'en avais vu nulle part d'aussi anciens. Les chartes suivantes, si 
j'y ai bien pris garde, n'en présentent pas. 



BIBLUKHC4PH4E 951 

£nfiii,:]). 64 (1.4 du bas), et 107,1. «rant-dernière, le •reioubié'» 
ment d'« QDal devant 17, pFonom ou artiole affîxé: Sohre els sans 
tvcmgelû ; -** dis que be el vendet( =>= he U), C'est un phénomène fré«- 
quent en catalan, mais dont les exemples sont très-clairsemés dans 
les textes provençaux^ . Il est très-analogue à celui que j'ai éladié 
récemment {Mevue, Xil, 98), etqui consiste à redoubler, non comtne 
ici, une voyelle finale, mais au contraire une voyelle initiale .iiies 
deux peut-être ont une même cause 2, et il se pourrait que cette 
cause fût aussi la même que celles des nombreux redoublements 
de consonnes, soit finales, eoit surtout initiales, que nos anciens 
textes nous offrent : je veux dire l'intention d'indiquer à la fois et 
la présence de deux mots et leur liaison en un seui dans ia pronon- 
ciation. 

G. Ghabaneau. 

La Reine Esther, tragédie provençale. Reproduction de l'édition unique 
de 1774, avec introduction et notes par Ernest Sabatibb. Nimes, 1877. 

La « tragédie provençale» dont nous annonçons ici la réimpres- 
sion fut composée vers la fin du XVII* siècle, parle rabbin Mardo- 
chée Astruc. M. Ernest Sabatier, dans nne introduction qui n'est 
pas la partie la moins intéressante de sa publication, donne des dé- 
tails précieux sur la situation des Juifs dans le comtat Venaissin, au 
commencement du XYIII® siècle, et sur la célébration de la fête 
d'Esther, durant laquelle cette tragédie était représentée. 

L'édition originale, devenue introuvable ( on n'en connaît qu'un 
exemplaire, qui se trouve à la bibliothèque de Garpentras), fut, 
comme le rappelle le titre delà réimpression, publiée seulement en 
1774, sous le titre de «la Reine Esthèr, tragediou en vers et en cinq 
actes, a la lenguou vulgari, coumpousadou a la maniera dei Juifs de 
Garpentras. A la Haye, chez les associés.» L'œuvre en elle-même 
est digne de l'oubli dans lequel elle était tombée. Dénuée de tout 
mérite poétique, elle emprunte son seul intérêt « aux circonstances 
et au milieu qui l'ont vue naître», pour me servir des expressions 
mêmes de l'éditeur. Au point de vue philologique, elle n'apprend rien 
de plus sur le provençal des XVII» et XVIIIe siècles que ce que 
Ton en sait par les autres productions, assez nombreuses, et en 
général meilleures, de ce dialecto, que la même époque nous a lais- 

1 En voici un, tiré des RéeiU d'histoire sainte ( partie provençale, t. II. 
p. 218) publiés par MM. Lespy et Raymond : Non vols que el beva =: que 
io(que je le boive). 

^ Gf. pottiitadt l'insertion de Ye ( ou o ) laprèd ?', dans «tet/p. êx., pour si 
(0, etc., et voy. oe cfUi est dit là-^deMUs dans la nevUe. X> St3/et KII, 9». 



15t PERIODIQUE» 

sées. Je ne trouverais d'ailleurs rien à ajouter, si je voulais l'exa- 
miner ace point de vue, aux justes observations de M. Sabatier, 
dans les pages xxxvt-xl de sa préface. Il y aurait seulement à éta- 
blir une distinction, relativement à «t remplaçant a» (p. xxxvii), en- 
tre ut protonique qui, en effet, devient ei (et ceci n*est pas parti- 
culier au provençal ) et ai tonique, qui reste ai. Je signalerai encore, 
puisque j'en suis aux rectifications, un autre passage de la préface 
qui n'est pas certainement tout à fait exact. M . Sabatier, parlant de 
l'œuvre qu'il réimprime, dit « qu'elle n'a rien de commun avec la 
tragédie de Racine qui porte le même nom . « L'imitation du poète 
français est pourtant manifeste en quelques endroits, et notam- 
ment dans les vers suivants (p. 54 ) : 

Plouren et gemissen, meis fidèles coumpagnes, 
A nosteis larmes dounen un libre cours: 
L(=^ven les yeux ver leis santés mountagnes, 

Vonnte leis innoucens esperoun soun secours; 

qui sont la traduction littérale de ceux-ci : 

Pleurons et gémissons, mes fidèles compagnes, 
A nos sanglots donnons ua libre cours. 
Levons les yeux vers les saintes montagnes, 
D*où l'innocence attend tout son se; ours. 

( Acte I, scène V.) 

t>Q" XTïÇV^O^ — — - 

PÉRIODIQUES 



Bulletin de la Société des études littéraires, scientifi- 
ques et artistiques du Lot, t. I et II, 1873-1876. — Des tra- 
vaux nombreux et variés remplissent ces deux volumes. Négli- 
geant à dessein, malgré le prix qu'ils ont d'ailleurs, ceux qui 
n'intéressent pas directement nos études, nous signalerons par- 
ticulièrement, dans le tome premier, un recueil assez copieux 
de proverbes patois, et dans le second, outre une réimpression de 
lou8 Gourmons motats*, des fables de M. l'abbé Hérétié, qui à un 
réel mérite» littéraire joignent l'avantage de nous renseigner très- 
suCûsamment sur la phonétique quercinoise, grâce à l'orthographe 



t Sur cet amusant petit poème et sur son auteur, l'abbé Brugié, 
voy. NoulH. HiH. littéraire des patois (Revue, VI, 237). 



PSRlODIQUSS 153 

adoptée par l'auteur, et sur laquelle il y aurait, à d^autres égards, 
plusieurs réserves à faire. 

L'ancienne langue est représentée par des documents intéres- 
sants à divers titres, mais dont la transcription et l'interprétation 
lais^sent trop souvent à désirera Ce sont, en premier lieu, les Cbtf- 
tûmes de Luzech, et ensuite une série d'actes tirés d'un vieux re- 
gistre conservé aux archives de Gahors et désigné sous le nom de 
^Te igitur. Les plus anciens de ces actes ne remontent pas au delà 
du dernier tiers du Xlll* siècle. 

La Société des îtudes du Lot ne se borne pas à publier les travaux 
de ses membres et des documents inédits, elle ouvre aussi des 
concours littéraires où des prix sont offerts aux auteurs des meil- 
leurs ouvrages sur les questions qu'elle a proposées. Une juste 
part y est faite aux poésies en langue d'oc. Trois de ces concours 
ont déjà eu lieu et ont produit de bons résultats. 

C. G. 



Revue de TAgenais (novembre 1876). 493- 502. Fiston. CW- 
mence Isavre et l Académie des Jeux floraux. 

Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et- Garonne, 

tora. IV, p.73-§8, 137-146. Recueil des proverbes patois usités dans le 
d^artement de Tarn- et Garonne, et réunis par M. L. Buscon. En 
voici quelques-uns: 

Cal jamay bouta lou det 
Dinsuc anal trop estrei. 

Une fenno que ben del riou 
MaDjbaio un borné tout biou. 

Y a res de tan hanlit quo ia camiso d'un mouliDié : 
Cado inali, prend un boulur al coulet. 

Aprcp la soupe, un cop de bi ; 
Pan' uu escut al médéci. 

Can beïras lou gorp béni, 
Pren toun araïre e baï curbi ; 



1 Entre gran$ épaves (t. L 229). qu'on a traduit par « en trois grandes 
épaves B,doit certainemoni se lire entre grans e paucs, c'est-à-dire tant 
grands que petits.— AsosoU {i. II, p. 102), rendu par « pour lui seul », 
ne peut être qu'une mauvaise lecture de a sas obs. On pourrait relever 
d'autres fautes. Je me borne à ces deux, qui sont, d'ailleurs, celles qui 
m'ont le plus frappé . 



151 CHRONIQUE 

B ù^n lou béiraB s*en tourna, 
PrttQ la saoucleto é bai saoupl^ . 

Caft las agassoft bastissoun naou, sinné de bal ; 
Can bastissoua bas, fa ben tout l'an. 

(^d travail est intéressant; mais il va san« dire que la plupart 
des proverbes publiés par M. B. figurent déjà dans d'autre» fa* 
cueils. A. R.-F. 



CHRONIQUE 



L*approche de Tannée 1878 nous engage à reproduire en tête d-e 
cette chronique le progr§,mme complet du deuxième Concours 
de la Société : 

Le mardi de Pftques de 1878, — année qui coïncide avec le se- 
cond millénaire de la fondation d'Aix en Provence, — la Société des 
langues romanes décernera à Montpellier, dans la séance solennelle 
du deuxième de ses Concours triennaux, des prix aux meilleurs 
travaux philologiques sur les idiomes néo-latins, ainsi qu'aux meil- 
leures pièces de poésie (poëme. drame, comédie, ode, sonnet, tra- 
ductions, recueil de pièces diverses, etc.) et de prose (histoire, ro- 
man, nouvelle, recueil de contes et de narrations, etc.). en langue 
d'oc, ancienne ou moderne. 

Tous les dialectes du midi de la France, le catalan, le valencien 
et le mayorquin, sont admis à concourir* 

Parmi les prix de philologie plus spécialement indiqués aux 
concurrents : 

Le premier, consistant eu une somme de cinq cents francs, sera 
décerné à l'auteur du meilleur travail sur les dialectes anciens de 
la lani^ue d'oc ( le catalan compris), comparés aux dialectes po- 
pulaires qui leur ont succédé dans le midi de la France ou en 
Catalogne ; 

Le second, un rameau de chêne en argent, offert par la Société 
archéologique^ scientifique et littéraire de Béziers, sera décerné en 
son nom à l'auteur du meilleur mémoire qui, en promut pour hase 
Vorihographe des troubadours, relèvera les principales altéiations 
introduites, depuis le XVI« siècle», dans les idiomes des pays de 
langue d'oc, et proposera un système d'orthographe et d'accen- 
tuation applicable à ces divers idiomes, en laissant à chacun d'eux 
les formes qui le caractérisent. 

Cinq médailles en vermeil seront, en outre, attribuées par la So^ 
ciété des languies romanes, aux meilleures monographies de sous- 
dialectes actuels du midi de la France ; ou bien aux meilleurs 
glossaires en langue d'oc moderne, le catalan compris, des accep- 
tions spéciales (substantifs, adjectifs, verbes, locutions particu- 
lières, etc.) à une ou à plusieurs branches, soit de l'agriculture, 
soit de rindustrie, soit des sciences ; tel que serait, par exemple, 
un vocabulaire des termes propres au labourage, au jardinage et 
à la culture de la vigne, ou même encore une liste complète des 



CHRONIQUE l&S 

superstitions médicales, ou celle des homs vulgaires des étoiles 
dans les diverses régions du Midi. 

Parmi les prix de poésie : 

Le premier, donné par M. A. de Quintana y Combis, député 
aux Oortè^, et qui consiste eu une cigale en or. sera attribue au 
meilleur poëme écrit dans un des dialectes du midi de la France, 
sur un sujet tiré de l'histoire des peuples de race latine : 

Le second, une pervenche en argent, donnée par le Félibrige, à 
la meilleure poésie, — poëme, drame, ode, etc., — en catalan ou 
en langue d'oc, sur Jacme le Conquérant, roi d* Aragon et seigneur 
de Montpellier au XIII» siècle * ; 

Le troisième, un bouquet de violettes en argent ( prix Fortuné 
Pin ), donné par la Société scientifique et littéraire d'Apt, à la meil- 
leure œuvre aramatique, en provençal, sur un sujet tiré de l'his- 
toire de la Provence ou de celle de la ville d'Apt ; 

i-ie quatrième, une médaille en or, donnée par VAcadémie du 
Sormet, d'Aix, au meilleur sonnet en langue d'oc, le catalan com- 
pris, sur la Méditerranée, considérée comme la mer autour de 
laquelle se soni groupés les différents peuples d'origine romane, 
ou sur tout autre sujet laissé au choix des concurrents ; 

La cinquième, une reproduction de V Amazone du musée Pio- 
Clémentin, au meilleur poëme en languedocien ou en catalan, sur 
une légende ou un fait de l'histoire des pays de langue d'Oc au 
moyen âge. L'auteur devra adopter, soit les formes métriques de 
la poésie populaire du Midi, celle des chants de ÏEscriveta ou delà 
Pourcairouna, ^av exemple; soit celles qui sont particulières à la 
Catalogne ; soit enfin celles du roman de Fierabras ou de la vie de 
saint Amant de Rodez, c'est-à-dire le vers de douze syllabes divisé 
en tirades uionorimes, plus ou moins longues; 

Le sixième, une médaille en argent, donnée par la Société VAuhe 
provençale, à Marseille, à une série de poésies militaires en vers 
provençaux (avec la notation musicale, si les concurrents le ju- 
gent à propos). Le sujet de ces poésies est à prendre, soit dans 
rhistoire, soit dans la légende ; toutefois, Tune d'entre elles devra 
nécessairement être une marche ^ ; 

Le septième, une médaille en or. à une suite de récits en vers 
( tous les dialectes de la langue d'oc et le catalan admis ) embras- 
sant les diverses traditions légendaires qui ont cours sur les ori- 
gines du christianisme dans la Gaule méridionale. Ainsi les trois 
Maries abordant en Provence, le martyre de Simon le Lépreux à 
Maguelone, la mort de la Magdeleine à la Sainte Baume, la prédi- 
cation des Saintes Maries dans les Alpines et leurs effigies sur le 
rocher t'es Baux, le voyage de Joseph d'Arimathie en Angleterre, 
le séjour de Pilato sur les bords du Rhône, etc., etc. 

Parmi les prix de prose : 

Le premier, consistant en une somme de mille francs, sera dé^ 



^ Les pièces de poésie sur Jacme le Conquérant pourront être adres- 
sées aussi au chancelier du Félibrige^ à Nîmes. 

^ Les manuscrits de ces poésies pouvront être adressés au Secrétaire 
de VAuhe 'provençale j à Marseille. 



156 OHKOMIQUU 

cerné au meilleur travail relatif à l'état du Midi pendant le trei- 
zième siècle 

Dans cet ordre d'idées, les concurrents choisiront à leur gré le 
sujet «Je leur ouvrage. Toutelbis, la Société préférerait que leurs 
tra\ aux eussent pour objet une des transformations que subirent 
les pays de lansfue d'oc par suite de leur réunion à la France. 

Ainsi il est généralement admis que, par l'effet de la conquête, 
les idiomes du Midi subirent de profondes modifications; que la 

Soésie indigène perdit son caractère propre; que les sénéctiaussées 
e la couronne administrèrent le Mini dans des vues entièrement 
différentes de celles qui avaient inspiré l'administration de la féo- 
dalité méridionale; que les grandes fîimilles du Midi furent sur' 
bien des points supplantées par la noblesse du Nord ; que l'archi- 
tecture romane fit place à Tarchitecture ogivale, etc., etc. 

On pourrait ainsi étudier, soit séparément, soit d'ensemble, ces 
diverses transformations, en recherchant, au sujet de chacune 
d'elles, quelle était la situation du Midi avant la conquête et ce 
qu'elle est devenue ensuite. 

Dans le cas où les travaux présentés paraîtraient insuffisants, la 
Société se réserve de renvoyer au prochain Concours l'attribution 
de son prix, et do n'accorder que des médailles d'or à titre d'encou- 
ragement. 

Le second, une médaille en vermeil, donnée par VAube proven- 
çale, à l'auteur du meilleur travail provençal * sur rinvasion de 
Charles-Quint en Provence (juillet, août et septembre 1536). En 
étudiant principalement tout ce qui se rapporte aux épisodes de la 
"Tour du Muy, du siège de Marseille et du moulin d'Auriol, les con- 
currents devront réunir en appendice les extraits des mémoires de 
répoque, imprimés ou inédits, et s'attacher à tracer, aussi exacte- 
ment que possible, Titinéraire de Charles-Quint pendant l'invasion. 
Il leur est recommandé de dépouiller soigneusement les archives 
des localités traversées par l'armée espagnole, et d'indiquer, quelle 
que soil leur importance, tous les documents qui pourraient faire 
mieux connaître, en même temps que cet itinéraire, l'état de la 
Provence en 1535. 

Le troisième, une médaille en or donnée par M. Laforgue (de 
Quarante), à l'auteur de la meilleure monographie historique, en 
languedocien, d'un chàteau-fort, d'une abbaye ou d'une ville du 
Languedoc. 

Le quatrième, une médaille en or, sera décerné à la meilleure 
étude en français sur la littérature latine (ouvrages d'imagination, de 
philosophie, d'histoire, etc.) dans le midi de la France, jusqu'à la 
lin du XVIlle siècle. 

Enfin, à l'occasion de ce Concours, un grand prix, qui est encore 
dû à M. de Qiiintana y Combis et qui consiste en une coupe sym- 
bolique en argent, sera décerné à l'auteur de la meilleure pièce de 
poésie sur le thème suivant : le Chant du Latin, ou autrement dit 
de la race latine. 

Les concurrents devront considérer cette pièce, dont la longueur 



^ L*^8 manuscrits pourront être adressés au Secrétaire de VAube pro- 
vençal^', à Marseille 



I 



CHRONIQUE 157 

ne doit pas être bien considérable, et pour laquelle le catalan, la 
langue d'oc, le français et toutes les langues néo-latines sans 
exception, sont admis à concourir, comme une sorte de chant.de 
racc^ pouvant, au moyen de traductions sur le même rhythme, de- 
venir commun à tous les peuples qui parlent actuellement un 
idiome dérivé de l'ancienne langue de Rome. 

Ils auront, en outre, à indiquer d'une manière précise la langue 
ou le dialecte employés dans leurs compositions. 

La forme légendaire, telle qu'elle a été mise en œuvre dans 
VEscriveta (version sprovençale, catalane et languedocienne), toJlfor- 
che cT Arthur, le Roi Chrétien^ d'Ewald; lou Baile Sufren ei la Coum- 
tessOj de Mistral, est admise pour le concours du Chant du Latin. 

Les manuscrits du Chant du Latin (avec la notation musicale 
des paroles, si les auteurs le jugent à propos; devront être adressés 
/m»co^ avant le l*»* janvier 1878, terme de rigueur, au Secrétaire de 
la Société des langues romanes, k Montpellier. Pour les autres prix, 
le délai d'envoi est fixé au l*'mars de la même année. Chaque 
copie portera une épigraphe, qui sera répétée sur l'enveloppe du 
billet cacheté, contenant le nom et l'indication du domicile de l'au- 
teur. 

Les travaux inédits seront seuls admis à concourir; toutefois 
les prix de la section de philologie pourront être attribués à des 
ouvrages imprimés du i«' janvier 1^75 au t^rmars 1878. 

La Société se réserve de faire traduire dans toutes les langues 
romanes le Chant du Latin qui aura été couronné, et de modifier ou 
même de changer la notation musicale des paroles. 

Les manuscrits envoyés seront acquis aux archives de la So- 
ciété, qui aura, pendant un an, le droit de publier, soit dans la 
Revue des langues romanes, soit à part, tout ou partie des pièces cou- 
ronnées. 

La langue française est admise en principe pour tous les prix 
du Concours, sauf pour ceux sur lesquels il y a disposition con- 
traire. 

L'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain 
fascicule la relation des jeux floraux célébrés à Apt les 9 et 10 sep- 
tembre courant. 

La Société des langues remîmes a décidé de comprendre parmi ses 
publications spéciales une traduction de Mirèio en dialecte de Saint- 
Maurice-de-rÈxil, canton de Roussillon (Isère), par M. Rivière- 
Bertrand, et un petit poème religieux en provençal, Histoiro dàu 
pichoun Jouséy renfermant la narration de la captivité de Joseph en 
Egypte. Ce poëme sera édité par M. Maurice Faure, d'après un 
manuscrit du XVIII« siècle, dont il a bien voulu faire hommage à 
la Bibliothèque de la Société . 



* • 



Le Félibrige. — Presque au moment où s'achevait la composi- 
tion du dernier fascicule de la Revue, la Cigalo d'or et ensuite le 

12 



. 



158 CHRONIQUE 

Prûuvmçazt d'Aix ( il^ da2 septembre) ont publié une décision du 
bureau général du FéKbriffê, aux termes de laquelle une mainte- 
nance d^Aquitaine est créée sur le domaine de la maintenance de 
Languedoc. 

Les départements de la Haute-Garonne, du Tarn, du Tarn-et- 
Garonne, du Lot, du Lot-et-Garonne, du Gers, des Hautes-Pyré- 
nées, des Basses-Pyrénées, des Landes, delà Gironde, delaOor- 
dogne, de la Haute-Vienne, de la Creuse et de TAriége, composent 
la circonscription (roundctge), partie limousine, partie languedo- 
cienne et nartie gasconne, de cette maintenance. M. Paul ôarbe en 
est le synoic provisoire ; M. Deloncle, le secrétaire . 

Le même numéro du Prouvençau contient encore la décision par 
laquelle les premiers grands Jeux floraux du Félibrige aiàront lieu 
à Montpellier en 1878, lors des fêtes du concours du Chant du 
Latin. 

Le prix du Félibrige est, comme on le sait, une pervenche en 
argent, qui sera décernée à la meilleure pièce de poésie sur Jacme 
Je Conquérant. 

Société des B'élibres de Lar. — Dans une de ses séances, 
M. Mistral a exposé le plan du Dictionnaire de la langue parlée dans 
le midi de la France, œuvre immense à laquelle il travaille depuis 
vingt ans. Chaque mot, dit le Prouvençau, est inscrit d'abord sous 
sa forme la plus pure; puis viennent les modifications qu'il éprouve 
dans les divers dialectes méridionaux, ses synonymes, et enfin les 
proverbes où il entre comme partie principale. L'étymoïogie est 
toujours donnée, ainsi que la conjugaison des verbes irréguliers. 

Société des Félibres de la Grenade, à Nirties. -^ Son journal 
hebdomadaire, la Cigalo d'or, a cessé de paraître le 16 septembre. 
Il sera remplacé, au commencement de l'aiinéelSlS, par ÏArmana 
(mensuel) de la Cigalo d'or, 

La Cigale. — Nous avions dit ici même (n* du 14 juin) qu'Arles 
avait été choisie, cette année, comme le point de réunion des mem- 
bres de la Cigale. Une Commission s'est formée dans ceCte ville, 
afin d'organiser une réception et des fêtes provençales qui auront 
lieu les 22, 23 et 24 septembre. 

La Société la Pomme a offert, pour le Concours poétique de la 
Cigale^ un prix destiné à l'auteur de la meilleure poésie sur la mort 
de Brizeux, dont le nom, fort heureusement choisi, est comme le 
trait d'union de la Provence et de la Bretagne modernes. 

Nous donnerons dans le n° d'octobre les noms des lauréats du 
Concours en langue d'oc. 

Société des études littéraires, scientifiques et artistiques du 
Lot ( séance publique du 26 août). — La Société des études du Lot 
avait proposé, comme sujet de son concours poétique en dialecte 
quercinois, le monument qui sera prochainement érigé sur une des 
places de Cahors à la mémoire des enfants du Lot morts pour la pairie 
dans la guerre de 1870-1871 . M. l'abbé Justin Gary a obtenu la mé- 
daille de vermeil, pour sa pièce tou Mounumen deissouldats del Lot ; 
M. Pabbé Hérétié, une médaille d'argent, et M. Làcombe, une men- 
tion honorable . 



' CtiR*)fNIiJltfe m 

La Société a déceroé à M. Dayïtiàfd une médaille d'argent jpioùr 
une collection manuscrite de Vieilles Chansons au Qttercy, Ce re- 
cueil, felâtîveihètit considérable, renferme, en chansons entière- 
ment tjuèrcinoises, dit-sept pièces ;'en chants en qtercinois et en 
français, quatre, et en chants entièrement français, neuf; lescom- 
pluinte^ sont au nombre de cinq, et les chants militaires de deul. 

Ptîblicatioiis concernant rhistoire, la littérature et 
Tarchéologle des provinces du midi de la France 

Espitalier (l'abbé)^ Saint-Tropez, officier de l'empereur Néron, sa vie, 
son martyre, ses reliques et son culte. Saint-Tropez, Bianchet, in- 12, 
xii-142 pages. 

Zotenberg. Invasions des Wisigoths et des Arabes en France, suivi 
d'une Etude sur les invasions des Sarrazins en Languedoc, d'aprèà les 
manuscrits musulmans. Toulouse, Privât. in-4<>, 47 pages. 

Hauréau, Bernard Délicieux et l'Inquisition albigeoise (1300-1320). 
Paris, Hacïiette, in-12, 223 pages. 

Couture (Léon), Trois Poètes condomois du XVP siècle. Etndèi Mo- 
gtaphiques et littéraires sur Jean du Cheritin, Jean- Paul de L(if^)f^, 
Gérard-Marie Imbert. Bordeaux, Lefebvre. in-S», 111 paires. 

Janvier (l'abbé), Panégyrique de saint Vincent de Paul. Tèors, 
Bouserez, in-.8', 05 pages. 

Germain, Etude historique sur l'Ecole de droit de Montpellier {W&O- 
1793}. Montpellier, Bœhm, in-4». 

André (l'abbé), Notes sur V histoire, la statistique, la féodalité, le 
clergé, la noblesse, etc., dans le département de Vaucluse, de Van 1500 à 
1789. Vaucluse^ Coursant, m-16, 215 pa^ges. 

Boschach, Etude historique sur la province de Languedoc y depuis la 
régence d'Anne d'Autriche jusqu'à la création des départements (1643^ 
1790). Paris, 2 vol. in-4«. 

Masson (Frédéric), la Récolte de Toulon en prairial an III. Paris, 
Jouaust, 1875, in-8®. 

Jallifier, l'Auvergne, histoire^ numuments, Paris, Delagrave, in-8®, 
107 pages. 

Bastié, le Languedoc ({^* partie). Description complète du Tarn. 
Albi, Nouguiès, in-4'* à 2 colonnes. 

Jules Courtet, Dictionnaire géographique, géologique, historique, ar- 
chéologique et biographique des communes de Vaucluse, nouvelle édition . 
AVignort, Seguin, itï-8<>, xxxvi-400 pages. 

Beynard-Lespinasse, Armoriai historique du diocèse et de l'Etal 
d'Avignon. Avignon in-4^. 

Maignien, Notes historiques sur Févêché de Grenoble, de 1237 à 
1338. Grenoble, Allier, in-8^ 28 pages. 

Bolland.^ZJy pendant la guerre de Cent Ans. Alby, Desrue,in-8**, 
36 pages. 

lissexand, Histoire d'Antibes. Antibes, Marchand, in-8**, xii- 
536 pages. 

Terris, les Évêques d'Apte leurs blasons et leurs familles. Avignon, 
Seguin, petit in-4**, 138 pages. 

Donnadieu, Études historiques sur la ville de Florensac. Paris, 
Jouaust, in-8o, 38 pages. 

Paris (Ë.), Un apôtre de là révolution religieuse. Pellissier , pas- 



m 0HROMQUB 

leur à Bordeaux, sa vie, son caractère, ses travaux» Paris, Sandoz. 
in-8*, 374 pages. 

Guinodie. Histoire de Lïhoume et des autres villes et jbourgs de son 
arrondissement ( tom. II). Libourne, Malleville. in-8^, 564 pages. 

Roque (do la). Biographie montpelliéraine . Professeurs et agrégés à 
la Faculté de rfroi< (1160-1791 ). Montpellier, Imprimerie centrale 
du Midi, in-8», 96 pages. 

Roque (de la), Biographie montpelliéraine. Peintres, sculpteurs et ar- 
chitectes. Montpellier. Imprimerie centrale du Midi, in-8°,135 pages. 

Albin Michel. Nimes et ses rues (lom. !•»•). Nimes, Catelan. in-12, 
324 pages. 

Canron, la Confrérie des pénitents gris d Avignon, Notice histo- 
rique. Avignon, Séguin, in-12, 108 pages. 

Poulbrière ( l'abbé )^ /Servt«r6« «^ son petit séminaire. Notice histo- 
rîgtM. Tulle, Bouillaguet. in-t2, 180 pages. 

Serret, le Pont de Villeneuve- sur-Lot, son origine et ses restaurations. 
Agen. in -8*^. 

Cartulaire municipal de la ville de Lyon, privilèges, franchises, li- 
bertés et autres titres de la commune . Recueil formé au XIV^ siècle par 
Etienne de Villeneuve, publié d'après le manuscrit original avec des do- 
cuments inédits du Xll^au XV* siècle, par M. Guigue. Lyon, Brun, 
in-4*'. LXix-526 pages. 

Cartulaire de Rem^mlins, recueilli, classé et anno^ par M. Charvet, 
2« livraison. Remoiîlins, in-8°, 65-195 paires. 

Etude archéologique sur le manuscrit bilingue de Montpellier, désigné 
sous le nom d* Antiphonaire de saint Grégoire, par un Supérieur de 
séminaire. Paris, l^ecoHre, 1870,111-8**. 48 pages. 

Devais. Inventaire sommmre des Archives communales antérieures à 
1 7 90 de Verdun-sur- Garonne ( Tarn-et Garonne ). Montauban, Fo- 
restié, in-4^ à 2 col., 82 pages. 



-vîVTJV^^- 



Errata du ii<> d'août 1877. 

VAuho. — P. 88, l. 12, lanieu^ lisez: li nieu; 1. 17, nuées, lis.: bru- 
mes; 1. 28, les brouillards, lis,: les nuées. 

Le Gérant : Ernest Hamelin. 



. «^Né»g^ ^av ■ ^- 



Montpellier, Imprimerie centrale du Midi 
(Uamelin f(ôres) 



DIALECTES ANCIENS 



UN DOCUMENT INÉDIT 

relatif à la Chronique catalane du roi Jacme I^ d'Aragon 



En parcourant dernièrement les feuillets d'un protocole 
original du notaire de Barcelone Francisco Ladernosa, qui 
vivait dans la seconde moitié du XIV® siècle, nous avons ren- 
contré l'intéressant document qui fait le sujet de cet article: 

De nos jours, l'attention a été appelée sur la vie du roi 
Jacme P*" d'Aragon, grâce k la traduction castillane de la 
Chronique royale, donnée en 1848 par MM. Manuel Flotats 
et Antonio de Bofarull ; à l'édition en cours de publication 
. du texte catalan qui paraît dans Texcellente collection diri- 
gée par M. Mariano Aguilô, et enfin à l'œuvre détaillée de 
M. de Tourtoulon, traduite depuis peu en castillan (1874). 
Nous n'avons cru pouvoir mieux témoigner notre sympathie 
à une Revue qui se publie dans la ville natale du roi con- 
quérant qu'en fournissant dans ses colonnes une nouvelle 
preuve en faveur de l'authenticité de l'autobiographie de ce 
monarque. 

Telle est, croyons-nous, la portée de notre document (1371); 
en effet, non-seulement il vient confirnwîr l'assertion du domi- 
nicain Pedro de Marsilio,' chroniqueur du roi Jacme II avant 
1314, relativement à l'existence, dans les archives du palais de 
Barcelone, du manuscrit royal (que nous supposons être le ma- 
nuscrit original ou primitif), lorsqu'il dit dans sa préface : « Y// 
victoriosissimi avi sut { Illustrissimi Domini Jacobi i^egis Arogo- 
num) gesta pristinis temporibus veraci stylo sed vulgari coUecta, 
ac in archivis domus regiœ ad perpetuam suœ feiicitatis mémo- 
riam reposùa, reducerentur, etc. *, mais encore le titre qu'il 

* Le manuscrit original de l'œuvre latine de Marsilio, terminée en 

13 



162 DIALECTES Al^CIËNS 

V 

mentionne dit explicitement, comme celui de la rare édition 
princeps de 1557, que c'est « le livre que fit le roi en Jacme » , 
lo Libre que feu el rey en Jo/cme. . . 

Avant de transcrire ce document, résumons ce que Ton 
sait de Toriginal et des copies de Tœuvre qui nous occupe. 

Quant au premier, malheureusement perdu aujourd'hui, nous 
pouvons nous référer à des témoignages autorisés, qui vien- 
nent en môme temps confirmer et Texistence et Tauthenticité 
de la Chronique royale. 

Le célèbre écrivain Ramon Muntaner, qui commença sa 
Chronique vers 1330, donne les indications suivantes : 

Au chapitre VII : a En après per ço que cascu entena les grans 
gracies que Deus feu al senyor Rey en Jacme d'Aragô en sa vida, 
vos en vull dir partida sumariamenl : que no ho vull tôt comptar 
per ordre e per ço men stick com y a se son feyts molts libres de la 
sua vida e de les sues conquestes e de la sua bonesa de cavalleries 
e asaygs e proeses *.» ¥ « segons que porets entendre en lo libre 
quis feu de la preso de Mallorques. » — Et au chapitre IX : nE 
molts daltres lochs, los quais yo no vull scriure per ço com ja 



1314, est conservé dans la bibliothèque provinciale et universitairede Bar- 
celone, appelée Bibliothèque de San-Juan. D'après la copie du XV* siè- 
cle qui existe dans les Archives royales de Mayorque, accompagnée de 
la traduction catalane faite par un auteur anonyme^du XIV* siècle, 
le savant historien D. José-Maria Quadrado a publié à Palma, en 1850 
( Historia de la conquista de Mallorca)^ la partie de cette œuvre qui cor- 
respond à la conquête des Baléares.Le passage transcrit ci-dessus est tiré 
d'un paragraphe de la préface latine originale, publiée par M. Quadrado 
dans son excellent ouvrage. 

* Un des nombreux ouvrages qui, d'après Montaner, furent écrits sur 
la vie de D. Jacme nous est sans doute signalé en ces termes par la do- 
nation que le roi D. Pedro IV fit de sa bibliothèque, le 20 août 1380, au 
monastère de Poblet: « Item libervitœ' sancti Régis Jacobi, in latine, in 
voiwnine uno, » (Ribera, Real Patronato de la Merced, 1725, p. 72, § 9, 
n^ 20 ; Serra y Postius, Prodigios y finezas de los Santos Angeles, 1726, 
pag. 292, n' 417. ) Plus tard, en lUO, nous constatons l'existence de deux 
manuscrits du môme ouvrage, tous deux de l'an 1313, l'un sur parchemin, 
l'autre sur papier, parmi les livres que laisse après sa mort le roi Martin. 
Le premier est ainsi désigné : « Item un cUtre libre appellat vida del sant 
Rey en Jacme en lati scrit en per gamins ab posts de fusts cubert de cuyro 
vermeil emprempat sens tancadors, laquai comença en la rubrica de ver- 
mello incipiunt capitula E en lo nègre de conjunccione domus imperatoris 



DOCUMENT INEDIT 163 

damuntvos he dit, quen lo libre qui es feyt de la conques ta (de Va- 
lencia) ho trobarets, » 

Le roi Pierre IV, dans sa Chronique terminée en 1380, se 
reportant à Tannée 1344, déclare (chap. III, p. 233 de Tédit. 
de 1850) qu'il lisait Toeuvre de son aïeul (peut-être l'original 
ou le manuscrit authentique conservé dans ses archives) lors- 
qu'il dit : « E legint lo libre o cronica del senyor Rey en Jaume 
tresavi nostre, » 

Enfin une des notes dont l'éminent historien D. Antonio de 
BofaruU a enrichi la traduction castillane de la Chronique 
de Pierre IV (ibidem) nous signale la mention faite, dans une 
des lettres lues aux certes de Barcelone en 1413, du « Ubre del 

* 

dit senyor Rey en Jacme de gloriosa memoria. » 

D'un autre côté, d'après D. Pedro Serra y Postius, dans ses 
Prodigios y finezas de los santos Angeles (1726), pag. 291, 318 
et 329, Fr. Baltasar Sayol, abbé de Poblet de 1716 à 1720, 
aurait dit, dans son histoire manuscrite des Grandeurs de Po- 
blet [Historia de las Grandezas de Poblet), terminée lorsque 
l'auteur était déjà moine de ce royal monastère, en 1694, 
.que l'original de la Chronique y était conservé ; et, comme 
preuve, D. Pedro Serra transcrit une note qui se trouvait 
en tête de la copie de Poblet, dont nous parlerons bientôt, à 
l'époque où la possédait le chanoine Besora^ mais qui n'y 
figure plus aujourd'hui et qui se terminait par Vex-libris du 
chanoine. « Esta son onginal recôndit en lo Monesjti de Santa 
Maria de Poblet, del ordre Cisteî^ciense, de el quai se es copiât 
aquest exemplar en lo mateix Monesti, situât en aquest Principat 
de Catalunya, en lo any al fi del présent Libre curiosament per 
lo copista notât » (1343). a Ex Bibliotheca Doctoris José, Hieron. 
Besora.n 

Si l'original se trouvait dans le monastère de Poblet, il n'a 
pu être emporté en France par le savant archevêque Marca, 
intendant ou commissaire de cette province pour le Roi Très- 
Chrétien (de 1644 à 1651). 

B faneixM" CGC* tercio decimo, quarto nonas aprilis. (Archives générales 
de la couronne d'Aragon, reg. 2326, fol. 8, v% et 34, V; et aussi Ribera ibi- 
dem ; Milâ, de los Trovadores en Espaha (1861), note 22 ^e la pag. 487, 
n" 56 et 235 de l'extrait de la bibliothèque du roi Martin.) 



164 DlÂLflSGTBS A^CIBNS 

Cette soustraction imputée à Marca est encore plus claire- 
ment réfutée par ce fait, que la copie dont nous venons de par- 
ler, c'est-à-dire celle qui fut faite par ordre de Tabbé Pons de 
Copons, par Célestin Destorrens, le 17 septembre 1343 (sui- 
vant une note ajoutée à la fin du manuscrit par quelque bon 
moine, en 1585), fut vue dans ce monastère par le roi Phi- 
lippe U, et que peu d'années après, en 1619, elle se trouvait 
appartenir (sans que nous puissions expliquer le fait) à un noble 
de Barcelone appelé Joaquin-Lâzaro Bolet. Elle avait déjà été 
en la possession de son père, Pedro-Pablo Bolet, ainsi que le 
rapporte D. Jaime-Ramon Vila (mort en 1638) dans Tintroduc- 
tion de la copie qu'ilôt faire, en 1619, par un de ses domesti- 
ques. Serra y Postius ne comprend pas comment la copie de 
Poblet arriva aux mains du savant chanoine de Lérida, José- 
Gerônimo Besora (1641-1665); mais, d'après ce qui vient d'être 
dit, il est probable que le chanoine acquit ce manuscrit de la fa- 
mille Bolet. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'à sa mort il le 
légua à la bibliothèque du couvent des Carmes déchaussés de 
Barcelone, où un écrivain distingué, contemporain de Ribera 
et de Serra, D. Antonio Bastero, premier sacriste de l'église^ 
de Girone (mort en 1737, âgé de soixante-deux ans), put l'ad- 
mirer au commencement du siècle dernier. Cela résulte, du 
moins, des phrases suivantes, que nous copions du t. IV de ses 
Miscelâneas, manuscrit conservé dans les archives de la Bi- 
bliothèque (}c la royale Académie des belles-lettres de cette 
ville, qui sont confiées à notre garde : « F en effecte àsst en 
Barcelona tots los dias descobro y recullo novas y preciosas noti- 
ciaSy y per ço he fet ja coneixensa ab lo P, }P Ribera y ab lo 
Sr. Père Serra, qui tenen tnolla intelligencia de Ifis cosas anti- 
guas; y en las Llibrerias de S, Iph. y Dalmases he trobat cosas 
molt bonas, particularment en la de S^ Iph, la Istoria, que tant 
desitjava, fêta per lo mateix Rey en Jacme lo Conqui^ador que es 
Ms. en pergami de lletra molt antiga y ab bellas figuras d pin- 
turas iUuminadas,)) (Fol. 69: Resposta à las observacions sobre 
la Crusca provensal, n° 9 et dernier.) 

On peut voir aujourd'hui ce manuscrit dans la Bibliothèque 
provinciale et universitaire de Barcelone . 

Il existe aussi dans les archives de la couronne d'Aragon 



DOCUMENT INEDIT 165 

une copie du XVII* siècle, provenant, du couvent de la Merci. 
C'est le texte du manuscrit conservé dans la bibliothèque de 
San- Juan, qui a été traduit par MM. Flotats et de Bofarull, et 
que publie aujourd'hui M. Aguilô. Le titre qu'il porte ne con- 
corde pas parfaitement avec celui de l'exemplaire que nous 
fait connaître le document ci-dessous, maisbien avec celui qui 
a servi pour l'édition prmceps (1557), et aussi (sauf la légère 
variante qui consiste dans l'addition de l'adjectif glorios au 
Substantif Rey) avec la copie conservée à Madrid dans la bi- 
bliothèque du duc de Osuna (voyez Amador de los Rios, Histo- 
ria de la literatura espanola, t. III, p. 611, not. 2). 

Il y avait une autre copie à Valence, dans les archives du 
magistrat appelé el Magnifico Racionai ; elle servit pour l'édi- 
tion princeps. C'est peut-être sur la même que le notaire Luis 
Alanya a publié la partie relative à la conquête de Valence, 
en tête de son œuvre : c Aweum op'us regalium privilegiorum 
civitatis et regni Valentiœ cum historia cristianissimi régis Jacobi 
ipsiusprimi conquistatorts » , imprimée dans cette ville le 30 oc- 
tobre 1515. On dit que le manuscrit de Valence fut porté par 
Philippe II à l'Escurial ; mais cette assertion me semble dé- 
nuée de fondement, si l'on en juge par ce que dit M. Amador 
de los Rios {Histona de la lit. esp., t. III, p. 609, note), qui 
assure que la Chronique conservée à l'Escurial est de Desclot 
et non de D. Jacme. 

Il existe à Mayorque, dans la bibliothèque du comte d'Aya- 
mans et provenant de celle du prévôt D. Guillem Terrasa 
(mort en 1778), une copie faite, d'après la mention finale, à 
Barcelone, en 1380, par Juan de Barbastro, par l'ordre du roi 
D. Pedro IV. (Quadrado, Hist, de la conq . de Mallorca, 1850, 
p. 13, et Bover, Riblioteca de escritores bnleares, t. I, p. 354.) 
Cette copie a servi à Vilarroya pour attaquer l'authenticité de 
l'original dans ses vingt-six C ar tas kislôrico-criticas [1800], 

Nous espérons que M. Aguilô, le savant bibliographe, dans 
la préface de l'édition qu'il publie, nous fera connaître d'autres 
manuscrits encore ignorés et aussi de nouveaux [faits qui 
pourront éclaircir les précédents. Ainsi se fera encore plus 
de lumière sur une question tant débattue, bien que tous ceux 
qui ont combattu les malencontreuses opinions de Vilarroya, 
depuis Quadrado jusqu'à Tourtoulon,les'î aient toujours atta- 



166 D1ALBGTB8 ANCIENS 

quées avec des arguments solides. A ces arguments nous pou - 
vons aujourd'hui ajouter la preuve qui suit, tirée d'un docu 
ment manuscrit. 

« Dieveneris xxxi die mensis octobris anno a nativitate do- 
mini M" CGC" LXXI. 

» Ego Saurina uxor venerabilis Bartholomei de bonany civis 
Barchinone nunc absentis, expensoris incliti domini infantis 
Martini serenissimi domini Aragonum Régis nati, et procu- 
ratrix generalis eiusdem viri mei de qua procuratione constat 
per instrumentum publicum xv die Marcii anno a nativitate 
domini M* ccc* lx° nono confectum et clausum per notarium 
infrascriptum, confiteor et recognosco vobis Petro palacii 
Civi dicte Civitatis tenenti claves archivi Barchinone armorum 
dicti domini Régis, Quod de mandato eiusdem domini Régis 
vobis facto cum quadam littera sua clausa sub suo secreto si- 
gillé data Dertuse quarta die presentis mensis octobris vobis 
de hiis directa, tradidistis michi nomine dicti mariti mei reci- 
pienti Quendam librum pergameneum cum postibus coho- 
pertis de corio virmilio scriptum in Romancio et incipit in 
rubro Aquest es lo comensament del prolech sobrel libre que feu 
el Rey en Jacme per la gracia de Deu Rey d'Arago e de Mal- 
lorcha e de Valencia, comte de Barcelona e Durgell e senyor de 
Montpeller de tots los feyts e de les gracies que nostre Senyor li 
feu en la sua vida. Et postea in nigro incipit Recompte Mos- 
senyer sent Jacme que fe senes obra morta es et cetera. Que- 
quidem librum dictus dominas Rex in dicta littera sua man- 
dat tradi per vos dicto Bartholomeo de bonanj portandum 
seu tradendum per eum dicto domino Infanti, prout continet 
in dicta littera quam vobis restituo cum presenti. Et ideo re- 
nunciando predicto nomine exoepcioni dicti libri non habiti et 
non recepti et dolo ffacio predicto nomine vobis de predicto 
libre presens apocham instrumentum. Quod est actum Bar- 
chinone. 

» Testes Bernardus alegre sartor dicti domini infantis Mar- 
tini et Arnaldus morera Rector Capelle palacii Regii Barchi- 
none. )) 

André Balaouer t Merino. 
Barcelone, le 25 juillet 1877. 



DIALECTES MODERNES 



NOTICE SUR AUGUSTE GUIRAUD 



Les auteurs en langue d'oc sont bien plus nombreux qu'on 
ne pourrait le croire, si Ton se bornait à consulter les docu- 
ments bibliographiques arrivés jusqu'à nous.Dansla première 
moitié de ce siècle, les deux Rigaud, Tandon, Martin, Hippo- 
lyte Roch, Vianès, sont, si je ne me trompe, les seuls écrivains 
dans l'idiome de Montpellier dont les œuvres aient été impri- 
mées. La librairie ne nous a conservé à peu près rien de Gaus- 
sinel, de Bertrand, de Jourdan, de Renaud, de Sébastien Coste, 
de Rouvière, de César Brun. La perte des poésies de César 
Brun* est particulièrement regrettable. ZaiVietra, lou Recensa- 
ment, la Soucietat (C agncultura, sont, sans contredit, ce que 
l'Ecole de Montpellier a produit de mieux depuis le Siège de 
Caderousse et V Odyssée travestie. On y retrouve la verve, la 
gaieté franche et communicative, le fonds inépuisable de sail- 
lies qui daractérisent la manière de l'abbé Favre . Malheureuse- 
ment l'indifférence du poète et les scrupules de ses héritiers 
ont laissé disparaître ces petits chefs-d'œuvre, et il nous a été, 
malgré tous nos efforts, impossible de recueillir des fragments 



1 Les chansons deGaussinel ont été imprimées séparément. 11 en a été 
fait, à ma connaissance, deux recueils : Tun est entre les mains de M. Gau- 
din, réminent bibliothécaire de notre ville, l'autre appartenait à M. Gaus- 
sinel, Fauteur d^Ahdana, à qui il a été distrait — On a gardé également 
un certain nombre de romances de Bertrand. — Jourdan, pour la plus 
grande partie de ses œuvres, etle libraire Renaud, pour la totalité, n'ont 
écrit que pour des amis intimes ou des sociétés privées. Coste était le 
chansonnier ordinaire du Caveau vers 1820; sa chanson la Grisetta e VEs- 
tudtant est restée longtemps populaire. On peut en dire autant de la 
romance de Bouvière : Ai ! moun Dieu! s'ou sahiè. Il ne reste de César 
Brun que des articles en vers publiés par le BabiUard, journal littéraire 
de notre ville. 



168 DIALECTES MODERNES 

assez longs pour permettre d'apprécier César Brun comme il 
mérite de Fêtre. 

Nous avons ^té, grâce à de bienveillantes communications, 
plus heureux pour Auguste Guiraud. Sans avoir les qualités 
poétiques des Rigaud ou de César Brun, Auguste Guiraud 
n'est pas moins digne d'être lu et étudié par tous ceux qui 
voudront connaître l'histoire du dialecte de Montpellier au 
XIX- siècle. 

Né à Saint- Chinian en 1778, le Jean Guiraud, négociant, et 
de dame Françoise Février ; mort à Montpellier en 1849, à 
rage de quatre-vingt-deux ans, il a connu la plupart des au- 
teurs dont nous avons plus hautbité le nom, et s'est mêlé ac- 
tivement au mouvement littéraire qui se déroule depuis la mort 
de l'abbé Favre jusqu'à la naissance de l'Ecole des félibres. 
Il nous laisse ainsi des spécimens de ce qu'a été notre idiome 
durant les cinquante premières années de ce siècle. 

L'œuvre de Guiraud ofïre d'autant plus d'intérêt, qu'il ne 
s'est pas exclusivement renfermé dans l'étude du dialecte de 
Montpellier. 11 appartenait, comme Cyrille Rigaud, au corps 
enseignant : il a été principal du collège «le Narbonne et du 
collège d'Arles, et a dirigé à Montpellier, durant de longues 
années, une institution renommée. Dans ses fonctions diverses, 
il développa son goût naturel pour les lettres, et manifesta 
des préoccupations littéraires rares chez ses émules * langue- 
dociens et des aspirations philologiques bien vagues encore, 
mais dont il est bon de signaler la première apparition. 

Sa préface de la traduction des Fables de Lafontaine con- 
tient des réflexions fort justes, qui luisent inspirées par les 
essais qu'il avait faits dans les dialectes de Montpellier, d'Arles 
et de Béziers. — Malheureusement, ces remarques ne semblent 
pas avoir fait grande impression sur son esprit. « Le patois 
de Montpellier, dît-il, se rapproche du français chaque jour 
davantage et perd ainsi de sa beauté naturelle ; il en devient 
seulement plus intelligible aux étrangers. » Observation bien 
juste, et dont les ouvrages de Guiraud offrent trop souvent la 
preuve. Il a manqué à notre auteur ( puisqu'il sentait si bien 
le travail de corruption dont son idiome était la victime) la 
force, le courage et la netteté de vue nécessaires pour réagir 



NOTICE SUR OUIRAUD W 

contre une funeste tendance. — S'il avait écrit sous Tinspiration 
des idées que révèle cette préface, et qui peuvent se résumer 
en deux mots : fusion progressive possible des différents dia- 
lectes, épuration et surveillance exacte du vocabulaire , Gui- 
raud aurait mérité d'occuper dans l'histoire de notre langue 
un tout autre rôle que le rôle effacé que sa facilité singulière, 
la souplesse de ses aptitudes et la variété de ses goûts litté- 
raires lui permettent de revendiquer. 

Plus sage que la plupart de ses contemporains, Guiraud a 
eu soin de recueillir ses manuscrits, et nous pouvons en dres- 
ser une liste à peu près complète. Elle sera utilement consultée 
par ceux qui voudront entreprendre Tétude ues variations de 
notre idiome durant une longue période de] plus de cinquante 
ans. 

P Relation d'un petit voyage y ou Lettre à mon ami,. 

Lettre à Jourdan, en prose française, mêlée ;'de vers fran- 
çais et de vers patois. — On y trouve la chanson du Petàs, at- 
tribuée à Gaussinel (?), et la réponse à la romance que Florian 
a mise dans la bouche d'Estelle. 

2° La Font Putanela, publiée'^ par la Revue (année 1873). 

3° Lous Plesis de Boutounet, ou le Carnaval à Montpellier, 
divertissement en un acte, en patois, mêlé de vaudevilles, 
terminé par la danse vulgairement dite : la Dansa das Bufets, 

(Pièce à tiroirs, qui dénote une ^grande inexpérience de la 
scène. — On y retrouve, avec quelques variantes, la chanson 
d'Augustç Rigaud intitulée lou Hossignou, composée en Thon- 
nour d'une célèbre actrice du temps, la Saint-James. Ce ma- 
nuscrit offre une lacune entre la scène xv et la scène xvi.) 

4° Pepezuc, ou le Triomphe de Béziers, pièce héroï-comique 
en trois actes, en vers français et Igjxguedociens, mêlés de 
chants et de danses du pays. 

(Avec un argument contenant de singulières notions histo- 
riques, extraites de la préface d'un divertissement donné à 
Béziers, le 16 mai 1616.) 

Cette pièce est inspirée par de nombreuses comédies sur le 
même sujet, représentées à Béziers pour les fêtes de Caritach, 
dont Pepezuc était le héros ordinaire. (Voir les Mémoires de 
la Société archéologique de Béziers , 2*" livraison, 1837, p. 343, 
et les livraisons ix, x, xi et xn.) 



170 DI\LBCTB8 MODBRNBS 

5*" La Pepinaday pouema en quatre cants . 

(Poëme héroï-comique sur Pépin le Bref, écrit probable- 
ment au début de la Restauration.) 

6* A Pythagore. 

(Cette pièce, imitée, d'après les indications de Tauteur, des 
Métamorphoses d'Ovide, devait faire partie d'un recueil dout 
le reste est perdu. Elle a dix pages. La première page porte le 
n* 103. C'est une des meilleures pièces de Guiraud. La tirade 
sur la cuisine à Montpellier, au temps de l'auteur, ne manque 
pas d'intérêt.) 

Ah t sepondiés d*amoun veïre nostre régal ! 

De que dise, d'amonn I f au dire d'aïçabal ^ , 

Car despioï dotis mille ans habités su la terra, 

Ou din lou corps d'un homme exerçât à la guerra, 

Ou tantos din lou corps d'un pei ou d'un grapaôu, 

Din lou corps d'una fenna ou de quaouque animaou, 

Saïque d'un passerou. Lou fusil pot t'attegné 

Lou corps péris, se sap ; Tama a pa res à crégné, 

En caousiguen de suita una aoutra habitatioun. 

Es tus que nou l'as dich ; ^abe pa s'as raisoun . 

En tout cas, faï te mousqua, et vénî su la taôula 

Ounte f estinejan : veïras, su ma paraôula, 

Se la car que manjan vaou pa lou rafatun 

Et l'efEet que produis l'agland et lou légun. 

Veïras un loup de mar quioch embe de taperas , 

Un gigot de moutou sus un liech de tufféras , 

Un canard as navés^ un lard as fabaroôus , 

Un piot accoumpagnat d'una founduda d'ioôus ; 

Lou filet de sanglié voôu la saouça piquànta 

Et lou thoun marinât aou bon oli s'aganta; 

La poula àl'aïgua-saou, lou lapin aou civet, 

La f ouqua à la timbàla, aou blu lou carrelet ; 

La fina cousteletta es bona à la pureïa , 

La mdla daou budel aou fricandeou d'oseïa , 

Un parel de perdris din lou cur d'un caoulet , 

Un beou quartié d'agnel à la saouça aou poulet, 

Una blanca merlussa à la benedictina 

Et de pijouns patus quiochs à la crapaoudina. . . . 

Quaou pourrie racounta lou détal daou boulit ? 

* Allusion à la métenpsyoose. 



NOTICE SUR GUIRATJD 171 

Et pioï louB entre-mès ! . . . Pasaen doun aou rouBtit. 
Quante plaisi non donna una dînda trufEàda 
Et de tendres poules dins un nis de salada ! 
Un jouïne et gras lébraou boutounat de lardons, 
Que figura entre miech de dous grasses capous ! 
Et pioï lou plu vies, lou tourdre, la bécassa, 
Anfin tant de gibié que lou récit m^allassa ! 

Arriven aou dessert. Es aqui, grand doctou, 

Qu'à ta bella douctrina aïman de rendre hounou : 

Daou méou f asen la tourta et daou lach una crêma, 

Et, per nous régala de toun poulit systêma, 

Lous fruits soun e&tallas après nostre fricot : 

Al or vénou s'ouflEri la péra, l'aoubricot, 

La pécha, lou rasin et las fîgas maduras, 

Que per nostre ragous an mes en counfitùras. 

Beniesen Fart hurous que lous a préparas . 

Lou café, la liquou terminou lou repas . 

Ainsin laïssan en pés tous aglans, tous calossés ! 

Mais nou priva de car ! oh ! sen pa tan talossés ! 

Saben despioï lonten que la car faï la car, 

Et contra toun avis nou tenen en despar . 

Se t'avien, din tous jours, servit nostre ourdinari, 

Toun libre et toun esprit nou dirien lou countrari. 

7^ Fablas caousidas de Lafontaina, en couplets languedo- • 
ciens, patois de Mountpeiè. 

Avec traduction en couplets français et préface. 

Suivies de : Fablas caousidas de Flourian et de six fables iné- 
dites de divers auteurs. — On ne^donne pasjle.nom de ceux-ci. 

S*» Recueil dé compliments, dialogues et autres pièces de vers à 
l'usage des demoiselles du pensionnat de Sainte- Ursule, à Mont- 
pellier, n® 2, commencé à Tépoque de l'arrivée à Montpellier 
de Monseigneur Charles -Thomas Thibault, évêque, le 15 sep- 
tembre 1835. 

Dans ce recueil sont insérées quelques pièces de vers qui 
ont été faites en divers temps pour d'autres motifs, ainsi que 
des épîtres languedociennes. 

Ce cahier, de 242 pages, contenant 117 pièces diverses, fai- 
sait suite à un premier recueil qui a été égaré. — C'est de là 
qu'a été extrait le dialogue Que €a de nou ? publié par la Revue. 

A. Glaizb. 



^ 



ÉNIGMES POPULAIRFS 

DU LIMOUSIN 



Qu'est-ce qu'une énigme? Une question et une image. 

L'énigme fut toujours chère aux enfants et aux vieillards. Aussi 
bien, le vieillard sait, et Tenfant veut savoir. 

Le Limousin, cette contrée à la fois antique et nouvelle, encore 
à présent presque partout naïve comme au temps jadis, le Limou- 
sin ne manque pas de ces comparaisons, de ces images, de ces 
problèmes si pleins, au fond, de sagesse et de grâce, c*est-à-dire 
de poésie. L'hiver autour du foyer. Tété à l'ombre des arbres, le 
< sourcelage» triomphe. On se ressouvient à qui mieux mieux. Le 
moule traditionnel reçoit, il est vrai, plus d'une coulée inatten- 
due. Mais qu'y faire? et qu'importe? L'invention est de tous les 
temps; et un sourcelage, pour être bienvenu, n'a pas besoin de 
montrer son acte de naissance. On ne lui demande qu'une chose : 
intéresser. 

Le mot « sourcelage » est. si je ne me trompe, particulier au Li- 
mousin. Ailleurs on dit devinha, deinjialha, etc. Nous disons sour- 
celage, comme s'il fallait être quelque peu sorcier pour deviner ce 
petit mystère qui s'appelle une énigme. 

On remarquera que plusieurs de ces sourcelages affectent la 
forme rimée. Nos troubadours et nos jongleurs ont peut-être passé 
par là. L'énigme est un jeu de société par excellence; et à ce compte 
elle dut être choyée, dans un temps où l'esprit prenait volontiers 
tous les tons, revêtait volontiers toutes les formes*. 

Avant de clore cet avant-propos et pour répondre à une de- 
mande amie, je signalerai quelques singularités dialectales, fami- 
lières au bas-limousin. 

Tulle donne à la finale un son indécis, malaisément saisissable. 
Est ce un of Est-ce un af Béronie a prodigué la première de ces 
voyelles au commencement, au milieu et à la fin des vocables. Il 
s'efforçait d'être exact; à la vérité dire, il a trahi sa langue. Quoi 
qu'il en soit, l'accent tpnique se fait, à Tulle, grandement sentir. 

^ Quelques-uns des sourcelages qui suivent ont été déjà compris par 
M. Alph. Roque-Ferrier dans ses Énigmes populaires en langue d^oe. 
Monipetlie", 1876, in-^». 



ENI0MBS POPULAIRES 173 

La pénultième importe surtout ; la finale est ce qu'on la veut : 
pounuiypeira, ama, . . Le pluriel est toujours en * cw». Va cette fois 
très-distinct: ii.poumas,peiras, amas.,.» 

En outre, quantité de mots sonnent très-clairement a. Exem- 
ples : ja, d^a, quoura, apueija, enquera, etc. 

J'ajoute qu'assez souvent le môme mot, prononcé par les mômes 
lèvres, sonne tantôt a, et tantôt o. 

Argentat (29 kilom. de Tulle ) a conservé l'a initial et final : 
terra, germa, amava. . . Fief de Ventadour, entouré partout de fiefs 
étrangers, il dut sans doute à un long isolement cette fidélité, 
hélas I trop rare, à Va classique. 

Beaulieu, en aval d' Argentat, sur les bords delà Dordogne, pro- 
nonce c dur comme au meilleur temps de la littérature limousine. 
Une phrase proverbiale fait bien connaître cette façon de parler : 
« La cata a catownat joue l'escalier» n Tulle, Brive, Ussel... di- 
raient : « La chata a chatov/natjous Veschalier, » 

Saint Sylvain , peu distant de Tulle et d' Argentat, ne laisse pas 
que d'avoir une prononciation assez indépendante. Ainsi : !• il 
transporte l'accent tonique sur la syllabe terminale, principalement 
dans l'impartait des verbes: amavàs, parlavàm , . . 2° il substitue Te 
à Ta, à la première personne de l'imparfait des verbes en ar : 
am^ve, pensave . . . 5» il introduit un t, au présent, dans la deuxième 
personne plurielle de ces mêmes ^serh^^ -. *t Chmte anaitzf A qui 
parlaitzf. » 

Enfin Saint-Hilaire-Peyroux, sis entre Tulle et Brive, sur la rive 
droite de la Corrèzo, semble avoir gardé, mieux que pas un autre 
lieu, la ^ure parladura classique. Ici, en effet : 1*> la première per- 
sonne du présent, dans toutes les conjugaisons, est en i: ami, senti, 
rodi, vezi, . . ; 2° l'a terminal sonne franchement dans les noms et 
dans les verbes : causa, Briva, Tula, amava, amarià; 3° Ve se dé- 
tache vif et bref dans une foule de mots: Deus^ ben, etc.; 4*» Vu épar- 
gne, à l'occasion, tel vocable encore écrit et prononcé comme on 
l'aurait fait jadis, lo pour hu, com^ô pour courage, etc. 

Personne, je l'espère, ne se formalisera des régies orthographi- 
ques appliquées à la transcription des sourcelages qui suivent. En 
tenant compte des modifications apportées par le temps, ce sont 
celles de la tradition, les seules, à mon avis, naturelles et consa- 
crées. J'ai été encouragé à y revenir par l'exemple de deux de nos 
maîtres en philologie, MM. Gabriel Azaïs et G. Chabaneau*, qui, 

^ Dans le Dictionnaire des idiomes du midi de la France et la Gram- 
maire fimoustne- 



174 DIALECTES MODERJSB:S 

sur des points nombreux et divers, ont récemment remis en hon- 
neur l'orthographe ancienne, parles conseils de Mistral, enfin qui 
m'écrivait en 1874 (lettre du 21 septembre): « Revenons au sys- 
tème de nos pores, au génie du pays... » 

Limousin de naissance, je me suis cru le droit de suivre les rè- 
gles orthographiques des troubadours limousins du moyen âge; 
petit-neveu de Nicolas Béronie, j'ai pensé que je devais chercher 
à réparer le mal fait à notre langue par le Dictionnaire du patois du 
bcuf Limousin. 

Joseph Roux (de Tulle), 

Cnré à Saint Hilaire-Peyrouz (Corrèze) 



Sourcelages 

I. — Qu'es aco, qu'es aco : 

Chaufa sens bois, esclaira sens chalel ? 

— Lou soulel. 

IL — Found la cera e durzis la brouda ? 

— Lou soulel. 

III. — Fai quatre quarts, e noun es estât pesât? 

— La luna. 

IV. — Petassat, 

Bourdassat (aliàs: dourdassat). 
Jamais Tegulha i a passât? 
— Un cial ni vous. 
V. — Monta Taiga al cial sens selhou? 

— Las nivouls. 

Enigmes 

I. — Qu*est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est: — chauffe sans 
bois, éclaire sans lampe ? — Le soleil. 
IL — Fond la cire et durcit la boue ? — Le soleil. 

III. — Fait quatre quarts et n'a pas été pesé? — La lune. 

IV. — Rapiécé, rapetassé, jamais l'aiguille n'y a passé? — Un 
ciel nuageux • 

V. — Monte l'eau au ciel sans seau? — Les nuages. 



ËKlGlffiS POPULAIRES 175 

VI. — N'a ni peds ni mas, e darraja souven lous bos? 

— Lou vent. 

VII . — Parla sens boucha, cour sens chambas, tusta 
sens mas, passa sens pareisser? 

— Lou vent. 
VIII • — Bel couma una fava, 

RumplJs touta una cava? 

— Un esclaire. 

IX. — Bel couma un fenier, 

Despassa pas un denier? {Alite7\' ne val pas.) 

— Loufum. 

X. — Marcha lou mati em quatre chambas; 

A miejour, em douas; lou ser, em très? 
— L'ome (efan, madur e vielh). 

XI. — Que qu'ei, que qu'ei : 

Nous autres lou vezem touts lous jours ; un rei, 
quaucus cops; Dieus, jamais? 

— Nostre parier. 

Xli. — Se pausa, touts trabalhon; trabalha, touts se 
pauson ? 

— Un curât. 

XIII. — Doun mais el chanta, doun mais lous autres 
puron? 

VI. — N*a ni pieds, ni mains, et souvent arrache les forêts? — 
Le vent. 

VII. — Parle sans bouche, court sans jambes, frappe sans 
mains, passe sans paraître? — Le vent. 

VIII. — Grand comme une fève, il remplit une cave? — Un 
éclair. 

IX. — Grand comme une grange à foin, ne vaut pas au delà 
d'un denier ? — La fumée . 

X. — Marche le matin avec quatre jambes; à midi, avec 
deux ; le soir, avec trois ' — L'homme, enfant, mûr, vieillard. 

XI. — Qu'est-ce, qu'est-ce: nous le voyons tous les jours; un 
roi, quelquefois ; Dieu, jamais? — Notre semblable. 

XII. —8e repose-t-il, tons travaillent ; travaille* t-il, tous se 
reposent? — Un curé. 

XIII. ~ Plus il chante, plus les autres pleurent? — Un curé 
qui enterre. 



175 DlALBCreS MODBRUBS 

— Un carat qu'enterra. 

XIV. — Un mieg-mort se leva, fai levar un autre mieg- 
mort, entra dins lou sen de sa maire e minja &oun paire? 

— Un pestre que sona lou meirelher, vai à Tegleija e 

dis sa messa. 

XV. — Nègre lou jour e blanch la nueg ? 

— Un curât. 

XVI. — Quania diferensa i a 

Entre un curât et una goga ? 
— La goga es estachada de naut e de bas; le curât, pel mieg. 

XVII. — Entre un abat ( vicari) et un pressedier? 

— Lou pressedier ne vol esser curât; lou vicari, sibe. 
XVIIL — Entre un juge de pats et un eschalier ? 
— L'eschalier fai levar lou ped ; lou juge fai levar la ma 
XIX. — Qu'es aco, qu'es aco: 

Ve d'à chaval e s'entorna d'à ped? 

— Lou mal, 

XX — Lou vezem pas, e nous apauta? 

— L'âge. 

XXI. — Un champ, doun mais es trabalhat, doun mais 

dona de mauvasa semensa ? 
— La maudîsensa. 



XIV. — Un mi-mort se lève, fait lever un autre mi-mort, 
entre dans le sein de sa mère et mange son père? — Un prêtre qui 

appolle le marguillier, va à Téglise ef dit sa messe . 

XV. — Noir le jour et blanc la nuit? — Un prêtre. 

XVI. — Quelle différence y a-t-il entre un curé et un boudin? 
— Un boudin est attaché aux deux bouts; le curé, à mi-corps. 

XVII. — Entre un vicaire et un pécher? — Le pécher ne veut 
pas Ltre curé (émondé) ; le vicaire, si. 

XVIII. — Entre un juge de paix et un escalier? — I /escalier 
fait lever le pied; le juge fait lever la main. 

XIX. — Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est: arrive à che- 
val, et s'en retourne à pied ? — Le mal. 

XX. — Nous ne le voyons pas, et il nous renverse? — L'âge. 

XXI. — Un champ qui, plus on le travaille, plus il produit de 
mauvaises herbes? — La médisance. 



ENIGMES POPUXiA,lî<.BS 177 

XXII. — Que qu'oi, que qu'oi : 

» Torta, 

» Redorta, 
» D'oun venes-tu ? 

— » Toundut, 

)) Reboundut, 
» De pus loun que tu? » 
— Un prat, un riu. 

XXIII. — Jamais aco ne vol requiular? 

— L'aiga. 

XXIV. — Se fai far plassa 

Sens leissar trassa ! 

— Un batel. 

XXV. — Quatre uels, quatre aurelhas, sieis chambas et 

una coua? 
— Un home à cbaval. 
XXVI . — Petiot home renfoursat, 

Brajas courtas, quioul tranchât*? 

— Un drpuUou. 
XXVII. — Bois de naut, bois de bas, 

Bois dessai, bois de lai, 

Char pel mieg? 
— Un efant al bres {Alias: un garda-minjar). 

XXII. — Qu'est-ce, qu'est-ce: torte, — tortue, — d'oiî viens- 
tu? — Tondu, — caché, — de plus loin que toi? — Un pré, un 
ruisseau. 

A XIII. — Qui ne veut reculer jamais? — L'eau. 

XXIV. — Se fait faire place, sans laisser de trace? — Un 
navire. 

XXV. — Quatre yeux, quatre oreilles, six jambes et une 
queue? — Un homme achevai. 

XXVJ . — Petit homme renforcé. — braies courtes, cul percé? 
— Un petit garçon. 

XXVII. — Bois dessus, bois en bas, bois d*ici, bois do là, 
chair a« milieu? — Un enfant au berceau (ou un garde-manger). 

1 Allusion aux braies fendues au derrière que portent les enfants en 
bas &ge. 

14 



178 D1ALSM3TBÔ MODBKliiES 

XXVIII. — Qu*68 aco, qu'es aco: 

Ëscaleta, 
Mountaleta, 
Auve-Ia, 
Devina-la ? 
— La lenga. 

XXIX. — Passa una bêla aiga 

Sens batel ni pount? 
— Lou soun. 

XXX. *- Champ blanch, semenalha negra, 

Cinq biôus à la relha? 

— Del papiol, de Tencra, lous dets que tenon 
la pluma. 
XXXI. — Moun paire es petiot; ieu, soui gran; 

Déclare la guerra, anounce la patz ? 

— Lou papiol. 

XXXII. — Zou gitariatz countre unroch,aco se cassarià 

pas; gitatz-zou dins Taiga, aco se cassa ! 

— Del papiol. 

XXXIII. — Meijura d'un cop Faussada del cial? 

— L'uel. 

XXXIV. — Poussa, e noun es planta; sagna, e noun es 

char ; copa, e noun es coutel ? 
— L'oungla. 

XXVIil. — Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est : échelette 
— montelette, — entends-la,— devine-la ? — La langue. 

XXIX. — Traverse une grande eau, — sans bateau ni pont? 
~ Le son. 

XXX. — Champ blanc, semence noire, cinq bœufs à la char- 
rue? — Du papier, de l'encre, les doigts qui tiennent la plume. 

XXXI. — Mon père est petit, je suis grand; je déclare la guerre, 
j'annonce la paix? — Du papier. 

XXXII. — Vous le jetteriez contre un roc sans le briser ; ietez- 
le dans Peau, cela se brise? — Le papier. 

XXXIII. — Mesure d'un seul coup la hauteur du ciel ? — L'œil. 

XXXIV. — 11 pousse, et n'est pas plante; il saigne et n'est pas 
chair ; il coupe et n'est pas couteau? — L'ongle. 



ENIGMES POPULAIRES ^9 

XXXV. =— Quai, quala: 

Ne chai imitar per marchar ben ? 
— Una escarabissa. 
XXXVI. — A-n-un corps sens os? 

— Un verme. 

XXX VU . — Descoumpassa un chastel, e ne pot descoum- 

passar una levada? 

— Una firmis. 
XXXVII r. — Bâton viu, bâton mort? 

— Un ase. (De sa pel se fai dels tambours). 
XXXIX, — Se despolha per nous vestir? 

— L'oulha. 

XL. — Qu'es aco, qu'es aco : 

Gorja dins gorja, set chambas et una coua? 

— Un chat que leca una oula. 

XLI. — Douas pias, douas lias, quatre bezinguas et un 
tapa-quioul ? 

— Una chabra, 
XLII. — Char dessai, char délai, bois pelmieg? 

— De làs vachas al labour. 
XLIII. — Tan que plueva, jamais aco se molha? 

— Un pieis de vacha 

XXXV. — Lequel, laquelle, îl ne faut pas imiter, si l'on veut 
marcher bien ? — L'écrevisse. 

XXX VI. — A un corps sans os? — Un vermisseau. . 
XXXVII.— Dépasse un château, et ne peut dépasser une rigole 

de pré t — Une fourmi. 

XXXVIIL— On bat vivant, on bat mort? — L*âne. (Sa peau sert 
pour les tambours.) 

XXXIX. — Se dépouille pour nous vêtir? — La brebis. 

XL. — Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est: une gorge 
dans une autre, sept jambes et une queue ? — Un chat qui lèche 
une marmite. 

XLI. — Deux cornes, deux fanons, quatre jambes et un tape- 
cul? — Une chèvre. 

XLII. — Chair deçà, chair de là, bois au milieu? — Des va- 
ches à la charrue. 

XLIll. — Tant pleuve-t-il, cela ne se mouille pas? — Un pis 
de vache. 



180 i>lAL£CTKS MOD£RM£S 

XLIV. - Que qu'ei, que qu'ei : 

Tounelou, 

Bounelou, 

Pie de vi, 

Barra sens cecle? 

— Un gru de rasim. 

XLV. — Quatre doumaiseleias 

An quatre chambretas? 
— Una caca. 
XLVI. — Verd couma un pourrat, 

Loung couma un âal, 
Dous couma del mial ? 
— Lou cacal (quan s'en fai de Toli). 
XLVII. — Verd couma prat, 

Dur couma bois, 
Blanch couma lat? 
— Una caca frescha. 
XL VIII. — Gru, gruneta, 

Tout cuech, tout salât, 
Dins sa toupineta ? 

— Una aulana. 

XLIX. — A cinq os, cinq patetas, una coua ? 

— La nespla. 

L. — A cinq aias, una coua e ne pot mountar un bos ? 

— La nespla. 

XLIV. — Qu'est-ce, qu'est-ce: tonnelet, bonnelet, plein de 
vin, est clos sans cerceau? — Un grain de raisin. 

XLV. — Quatre demoiselettes ont quatre chambrettes *? — Une 
îioix. 

XLVI. — Vert comme un poireau, long comme un fil, doux 
comme du miel? — La noix (quand on en fait de Phuile). 

XLVII. — Vert comme prairie, dur comme bois, blanc comme 
lait? — Une noix fraîche. 

XLVIII. — Grain, grainette, tout cuit, tout salé, dans son petit 
toupin? — Une noisette. 

XLIX. — A cinq os (noyaux), cinq pattes, une queue. î* — La nèfle. 

L. — A cinq ailes, une queue et ne peut s'élever vers le bois. 
— La nèfle. 



BKIGMBS POPULAIRES T81 

LI. — A bel paire, ruda maire, 

Chaminja negra, blancha efant? 

— Un a chastanha. 
LU. — Pendaulhou pendaalhava , 

Pendaulhou toumbet ; 
Grouun venguet 
E lou minget? 

— L'aglan. 

LUI. — Pendaulhou pendaulhava , 

Roundelhou roundelhava ; 

Pendaulhou toumbet , 

Roundelhou Tamasset? 
— Un aglan et un tessou. 
LIV. — Pendaulhou, pendaulhoun, 

Mounta bilhou, mounta bilhoun, 

Bourrut dejous lou charcha? 

— L'aglan. 
LV. — Court brajat, 

Naut mountat, 
Bourrut lou charcha ? 

— Un aglan. 

LVI. — Al mieg d'un bos, n'a mas una chambrota et un 

chapelou ? 

— Un poutarel. 

\jl. — A haut père, rude mère, chemise noire, blanche enfant? 
— Une bogue de châtaigne. 

LU. — Pendillon pendillait, pendillon tomba ;« grouin*» vint et 
le mangea? — Le gland. 

LUI. — Pendillon pendillait, grognon grognonnait, rodillon ro- 
dillait, pendillon tomba, rodillon le ramassa? — Le ^land et le jeune 
pourceau . 

LIV. — Pendillot pendillon, monte billot, monte billon, bourru 
dessous le cherche? — Le gland. 

LV.-^ Court vêtu, haut monté, bourru le cherche? — Un gland. 

LVL — Au milieu d'un bois, il n'a qu'une charabrette et un 
chaperon ? — Un champignon . 

1 Onomatopée pour signifier le porc. 



182 DIALBCTBS MODERNE» 

LVII. — Qu'es aco, qu'es aco : 

Fai centlegas e mais, se chai, 
Sens sourtir de soun boujal ? 

— Un ueu. 

LVIII. — Auguessas-tu dech-nau claus, 

Zou drubiràs pas sens far n pan ! pan ! » ? 

— Un ueu. 

LIX. — Tan mais Tan z'estira, tan mais co brama ? 

— Las clochas. 

LX. - - Doun maisn'an z'estira, doun mais co fug? 

— Un eschautou de fiai. 
LXI. — Quatre doumeiseletas toujour se galop on, e 
podon jamais s'acoutar? 

— Un eschavel. 

LXII. — Madama Negra mounta en chadena, 

Moussu de Bilhous 
Bufa dejous ? 
— Un oula sus lou fueg. 
LXni. — Bois de naut, bois de bas, 
Bois dessai, bois de lai, 
Bonna pel mieg? 
— Una mast plena de pasta. 
LXIV. — A la pouncha d'un puechou, 
Pissa couma un truejou ? 

IjVII. — Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que cVst : îl fait cent 
lieues, et davantacçe s'il faut, sans sortir de son trou ? — Un œuf. 

LVIII. — Eusses-tu dix-neuf clés, tu ne l'ouvrirais pas sans 
faire pan I pan ? — Un œuf (pour le casser). 

LIX. — Plus on le tire, plus ça brame*? — Les cloches. 

LX. — Plus on le tire, plus cela s'enfuit? — Un écheveau de 
fil. 

LXI. — Quatre petites demoiselles se poursuivent toujours et 
ne peuvent jamais s'atteindre? — Un rouet. 

LXII. — Madame Noire monte à la chaîne. Monsieur de Billot 
souffle dessous? — Une marmite sur le feu. 

LXIII. — Bois en haut, bois en bas, bois en deçà, bois au delà, 
marécage au milieu? — Un pétrin plein de pâte. 

LXIV. — A la pointe d'un monticule pisse comme un porcelet ? 
— Une cruche. 



ÉNIOMES POPULAIRES 183 

— Un broc. 

LXV. — A la testa boujalada e toujour es dins Taiga? 

— Un esparsou, 

LXVï. — N'an lou tua, n*an lou reviuda quan n'an vol ? 

— Un chalel. 

LXVII. — Beu soun sang e minja sous budels? 

— Lou chalel. 
LXVIII. — Ben poulit, un pauc loung, 

Tout redound, 
S'usa malgrat soun mestre ? 

— Una chandiala. 

LXIX — Val negra à Testable e blancha n'en torna ? 

— La selha del lat. 
LXX. — Ris en davalan, pura en mountan ? 

— Lou selhou d'un pouts. 
LXXL — Que qu'oi, que qu'oi : 

Val e ve sens chanhar de plassa ? 

— Una port^. 
LXXIL — Round couma un crubel, 

Loung couma un courdel? {Aliàs budel.) 
— Un pouts. 



LXV. — A la tête criblée de trous, et toujours est dans l'eau ? 
— Un goupillon . 

LXVI. — On le tue, on le ranime quand on veut?— Une 
lampe. 

LXVII. — Boit son propre sang et mange ses entrailles? — 
Une lampe» 

LXVIII. — Bien poli, un peu long, — tout rond, — s'use mal- 
gré son maître? — Une chandelle. 

LXIX. — Va noir à Tétable et en revient blanc? — Le seau 
(du lait) pour traire. 

LXX. — Rit en descendant et pleure en montant?— Le seau 
d'un puits. 

LXXI. — Qu'est-ce, qu'est-ce: va et vient sans changer de 
place? — Une porte. 

LXXII.' — Rond comme un crible, — long comme un cordeau 
{aUàa: boyau)? — Un puits. 



T84 DIALECTES MODERNES 

LXXIII. — Sauta d'una boueha per intrar Jins una autra? 

— Lou pa. 
LXXIV. — Es sus una sola rouja, e crida ! « Ventre 

cuech » ? 

— Una tourta al four. 
LXXV. — De las vachas roujas al mieg'd*un prat, 
Un bergier negre'las vai virar ? 
— La biolas d'un four e lou relh. 
LXXVI. -• Pie loujour, bouidela nueg? 

— - Dels souchs. 
LXXVIL — Pie la nueg, bouide lou jour. 

— Un liet. 
LXXVIII. — Neja la testa per sauvar la coua? 

— Una couada 

LXXÏX . — Beu per Teschina e pissa pel ventre ? 

— Una barrica. 

LXXX. — Minja pel ventre efai perTeschina? 

— Una garlopa. 

LXXXI. — Bouida soun ventre per anar à Taiga? 

— La soulha. 

LXXXTL — Druebe la gorja entrusca tan que soun mestre 

es aqui ? 



LXXIII. — Sort d'une bouche pour entrer dans une autre? 

— Le pain. 

LXXIV. — Est sur uno saule rouge et crie: «Ventre cuit! » 

— Une tourte au four. 

LXXV. —Des vaches rouges au milieu d'un pré, — unbergernoir 
les va tourner? — Les charbons ardents et le fourgon d'un four. 

LXXVI. — Plein le jour, vide la nuit? — Des sabots. 

LXXVll. — Plein la nuit, vide le jour?— Un lit. 

LXXVIII. — Noie sa tête pour sauver sa queue?— Un godet. 

LXXIX. — Boit par l'échiné et urine par le ventre*? — Une 
barrique. 

LXXX. — Mange parle ventre et rend par l'échiné? — Une 
varlope. 

LXXXI. — Vide son ventre pour aller à Peau ? — La paiUasse du lit. 

LXXXII. — Ouvre la gorge jusqu'à ce que son mattre se trouve 
là? — Un sabot. 



ÉNIGMRS POPULAIRES 1^5 

— Un souch. 
LXXXIII. -Cinq traachs, una boucha, una coua*? 

Un chaufa-liet. 
LXXXIV.— Que, que: 

A lous os sus la pel ? 

— Un ueu. (Allas un cacal sech.) 

LXXXV. — Bouida soun ventre per remplir lou àe «oun 

mestre ? 
^-Unaescuela de soupa. 
LXXXVI. - Marcha de testa ? 

— Lous clavels del souch. 
LXXXVII. — Mais Tan n'in bota, mens co pesa? 

— Una plancha trauchada. 
LXXXVIII. — A la lenga à lapouncha de la testa? 

— Una eguJhada. 

LXXXIX. — Zou troubatz à vostra porta, e vous Jotmenar 

perdre ? 

— Un chami. 

XC. — Z'ai vist viu, z'ai vist mort, 

Z'ai vist courre après sa mort ? 

— Las fuelhas. 



LXXXIII*. — Cinq trous, une bouche et une queue? — Une 
bassinoire. 

LXXXIV. — Qui, qui: a les os sur la peau? — Un œuf 
(aliàa: une noix sèche). 

LXXXV. — Vide son ventre pour remplir celui de son maî- 
tre ? — Une écuelle de soupe. 

LXXXVI. — Marche de tête?— Les clous d'un sabot. 

LXXXVII. — Plus on y en met, moins ça pèse? — Une plan- 
che que l'on troue. 

LXXXVIII . — La langue à la pointe de la tête ? — Un aiguil- 
lon à bœufs. 

LXXXIX. — Vous le trouvez à votre porte, et il peut vous me- 
ner perdre? — Un chemin. 

XC. — Je l'ai vu vivanl, je Tai vu mort, je l'ai vu courir après 
sa mort? — Les feuilles des arbres. 

* Les bassinoires anciennes avaient toujouri: cinq trous. 



183 DIALECTES MODERNES 

XCI. — N'anipedni talou, 

Galopa couma un diablatou ? 

— Una boula. 

m 

XCII. — Qu'es aco, qu'es aco : 

Ârcarià 'n chastel, n'arcarià pas dous ? 

— Un ueu. 
XCIII. — Calica, calicot: 

La maire de Calicot a dels os, 

Calicot n'a pas ? 
— La poula e soun ueu. 
XCIV. — Corps de terra, ventre d'aiga, testa de bois ? 

— Una boutelha. 
XC. — Que ia, que i a: 

Al mieg de Paris ? 

— Una r. 

XCVI . — Al dessus de Dieus ? 

— Un pount. 



XCL — N'a ni pied, ni talon, et court comme un diablotin ? — 
Une boule. 

XGII. ^ Qa*est-ce que cela, qu'est-ce que cela: passerait 
par-delà un château, non par-delà un second? — Un œuf. 

XCIII. — Galique, Calicot: la mère de Calicot a des os, Calicot 
n'en a point? — La poule et son œuf. 

XCIV. — Corps de terre, ventre d'eau, tête de bois? — Une 
bouteille et son bouchon . 

XCV. — Qu'y a-t-11 *î qu'y a-t-il au milieu de Paris ? — Une r. 

XCVI. — Au-dessus de Dieu ? — Un point. 



A CARLE DE TOURTOULOUN 



I 



Pèr assoula toun cor que noun fai que gémi, 
De toun castèu en dôu trevant lî grandi salo, 
Destrihes, souloumbrous, Tistôri prouvençalo ; 
Mai Tamaro doulour, rèn la pôu endourmi. 

A pichot pas, vers tu, l'entendes plus veni 
Te rire à tis estùdi, e lou làjigui te jalo, 
Dempièi que toun amigo, un ange, a près dos alo 
Ë que s'es entournado au cèu, ai ! paure ami ! 

Alor, en pantaiant la douço jouino femo, 

Lou libre qu'as dubert, lou bagnes de lagremo ; 

Auses plus soulamen lou poulit bru que fan, 

Jougaire e risoulet, toun fiéu e ti chatouno. 

Mai éli t'escalant, emé milo poutouno : 

< Paire, sies pas soulet, » te dison tis enfant. 

Teodor Aubanel. 
Âvignoun, 28 de setembre 1873 

(Prcvençai, Avignon et les bords du Rhône.) 

A CHARLES DE TOURTOULON 



Pour apaiser ton cœur qui ne fait que se plaindre,— de ton châ- 
teau en deuil parcourant les grandes salles, — tu déchiffres, som- 
bre, l'histoire de Provence ; — mais l'amère douleur, rien ne peut 
l'endormir. 

A petits pas, vers toi, tu ne l'entends plus venir — sourire à tes 
études ; et la mélancolie te glace,— depuis que ton amie, un ange, 
a pris deux ailes — et qu'elle est retournée au ciel, hélas I pauvre 
ami 1 

Alors, en songeant à la douce jeune femme, — le livre que tu 
as ouvert, tu le mouilles de tes larmes : — tu n'entends même plus 
le bruit charmant que font. 

Enjoués et rieurs, ton fils et tes fillettes. ^ Mais eux t'escala- 
dant, avec mille baisers : — Père, tu n'es pas seul, te disent tes 
enfants. Théodore Aubanel. 

Avignon, 28 septembre 1873. 

sAA/VO* 



UN PARELH PER VENDEMIOS 

A L. Saviâ de Rigard ^ 

Le bel parelh castanh s^en ven de las Masquieiros, 
A Tantic carrlot à-n-un timou, cargat 
De yendemio mountant junquo sus las telieiros; 
Ja s'ausls tinda Tolze e crida Ttresegat ! 

Porto, sens espefort, dex semais carretieiros, 
E, dins sa vertut sano e la sieu magestat, 
Passo, mouscalh sus uels, al miei de las carrieiros, 
Dambe Tbouiè davant, toucadour adreitat. 

Le colh fort, le petralb large e Tesquino espesso, 
roumiaires gi gants e plenis de grand esso ! 
Anats coumo del tems des pagans magnifies, 

E semblats passeja gravoment, en cadancio, 
Qualque dieus pondérons qu'a balbat Taboundancio, 
— O biôus ! ô biôus vivents ! trioumfles pacifies ! 

A. FOURÊS. 

UNE PAIRE (DE BCBUK6) PENDANT LES VENDANGES 

A L. Xavier de Ricard 

La belle paire châtaine s'en vient des Masquières. — à Tan tique 
chariot à un timon, chargé — de vendanges s^élevant jusque sur 
les ridelles ; — certes, on ouït tinter la clavette ( de Tessieu ) et 
crier Tanneau de fer ( qui supporte la flèche ). 

Elle porte, sans effort, dix comportes charretières, — et, dans sa 
vigueur saine et samajesté, — elle passe, émouchette sur les yeux, 
au milieu des rues, — avec le bouvier devant, aiguillon dressé. 

Le cou fort, le poitrail large et l'échiné épaisse, — ô ruminants 
gigantesques et pleins de grandeur ! — vous allez comme au temps 
des païens magnifiques, 

Et vous semblez promener gravement, en cadence, — quelque 
dieu puissant qui a donné l'abondance. — boeufs I ô bœufs vi- 
vants 1 triomphes pacifiques ! A. Fourès. 



LOU PAISAN E LAS DOS OULOS 



Un pacan, en rôumpent Faurieiro d'un toural, 

Troubet dos oulos entarrado& 

E joust de lausoB recatados: 

L'uno ero novo, en bel métal, 

E lusissiô coumo un mirai ; 
De tacos de roubil prefoundoment gravados 

E de partidos descroustados^ 
Sus Fautro se vesiôu 

Tant sarrados que ne fasiôu 
Un moble de rebut. Atabé lou foucbaire, 

D'ac6 macat, en Fespiant de caire: 
— « Per d' oulos coumo tu, n'ei pla prou dins Toustal ; 
Sariôs qu'un embarras e n'ei mai que noun cal. 
Auriè pamens gagnât uno belo joumado 

Se, coumo Tautro counservado, 

Valbès dous escuts de cinq francs. 
Mais, petas, as servit belèu mai de cent ans, 

E, de pertoutescascalbado. 



LE PAYSAN ET LES DEUX MARMITES 



Un paysan, en défonçant les bords d'un tertre, — trouva deux 
marmites enterrées— et sous des dalles bien cachées : — l'une était 
neuve, en beau métal, — et brillait comme un miroir ; — des taches 
de rouille profondément gravées — et des parties écaillées, — sur 
l'autre se voyaient — si serrées, qu'elles en faisaient — un meuble de 
rebut. Aussi le piocheur, — fâché de cela, en la regardant de tra- 
vers : — « Pour des marmites comme toi, j'en ai bien assez dans la 
maison ; — tu ne serais qu'un embarras, et j'en ai plus qu'il n'en 
faut. — J'aurais pourtant gagné une belle journée — si, comme 
l'autre conservée, — tu valais deux écus de cinq francs. — Mais, 
pécore, tu as peut-être servi plus de cent ans, — et aujourd'hui, de 



190 DIALECTES MODBRKBS 

Ta panso tendiô pas souloment de civado. » 

Lou pacan, en diguent acôs, 

D*un cop de doulho de bigôs 
La crebo pel milan. Grand Dieal qunt espetacle ! 

Lou mal-veitit crido miracle. 

E miech-bauch s'aloungo à plen cors 

Sas un gros moalou de louidors : 

L'oulo de rebut n'ero pleno. 

Poudès TOUS âgura sens peno 

La grimasso que deviô fa, 
Pousant à plenos mas, se pressant d'empouchà 

So que fa cantà lous avugles ; 

A pas lésé de res tria : 
Ensaco en même tems terro, fenouls, rabuscles ; 
Autant que de plasé, de peu devariat, 

Yiro sous els de tout constat, 

Orentant que quauque partajaire 
Sourtigue d'en dacon per lou fica d'un caire. 

Urousoment que sioguet pas aital : 
Mudo coumo un désert ero adounc la countrado ; 
Tabès ajet lou tems d' amassa coumo cal 

La mounedo esparrabissado. 

Quand ajet fait, tournet tapa 



partout crevassée, ^ tu n'es pas seulement bonne à contenir de 
l'avoine. » — Le paysan, disant cela, — d'un coup de revers de son 
outil — fait voler la marmite en éclats. Grand Dieu ! quel spectacle ! 

— le mal vêtu crie: Miracle I — et, moitié fou, s'allonge à plein 
corps — sur un gros monceau de louis d'or: — la marmite" de rebut 
en était pleine.— Sans peine, vous pouvez vous figurer — la grimace 
qu'il devait faire, — puisant à pleines mains, se pressant d'em- 
pocher — ce qui fait chanter les aveugles ; — il n'a loisir de rien 
trier — et ramasse en même temps terre, fenouils, ravenelles ; — 
tourmenté en même temps autant par le plaisir que par la peur, — 
il tourne ses yeux de tout côté, — craignant que quelque partageur 

— ne sorte de par là pour réclamer sa part. — Heureusement il n'en 
fut pas ainsi : — silencieuse comme un désert était alors la contrée; 

— aussi eut-il lo temps de ramasser comme il faut — la monnaie 
éparpillée. — Quand il eut fini, il remit dans la terre— marmites et 



LUI) pâIsan fi} Las Dos oulos 191 

Oulos e lauso dins la terro, 

— « fam, guso de fam, diguet amé coulero, 

Tracas, soucit et, cœtera, 

Que, sens jamai vous alassa, 
Roasegas, carcagnas lous paures misérables. 
Adieu, n'ei prou perieu, e tu, vai-fenal diables, 

Bigôs que m'as fait taut trima! 

Te vau cambia per uno cano. » 

E coumo un ase sens catsano. 

Sautant, bramant, cap àToustal 
S'entorno cargatd'or. Quand d'un parel rambal 

Sa testo sioguet repausado. 

Que repasset dins sa pensado 
So qu'i ero arribat: — « Ah ! sou dis, qunt bounur 
De m'estre trouvât soûl ! Acô's mai que segur 
Que, se quauqu'un m'abiô foursat à lacausido, 

Preferabi, per moun malur, 
L'oulo poulido 
Mais vido, 
A la laido, que d'or ero toute farsido. » 

So que me fa vous dire aici: 

Cal couneisse, avant de causi. 
Ah! quantesn'i a que dins lou mariage, 



dalles : — faim I gueuse de faim, dit-il avec colère, tracas, sou- 
cis, et cetera, — qui, sans vous lasser jamais, — rongez, persécutez 
les pauvres misérables. — Maintenant, j'en ai assez pour moi; — 
et toi va- t'en au diable, — pioche qui m'as fait tant trimer ; — je 
vais, dit-il, te changer pour une canne. » — Et, tel qu'un âne qui a 
rompu son licol, — sautant, criant, vers sa maison — il s'en revient 
chargé d'or. Quand, après une telle émotion, — sa tète fut rede- 
venue calme; — que, dans sa pensée, il repassa ce qui lui était 
arrivé : — « Ah I dit-il, quel bonheur — que je me sois trouvé seul. 
C'est plus que sur — que, si quelqu'un m'avait forcé au choix, — 
j'aurais préféré, pour mon malheur, — la marmite jolie — mais 
vide, — à la laide, qui d'or était toute farcie. » — Ce qui me fait vous 
dire ici : — il faut connaître avant de choisir I — Ah ! combien n'y 
en a-t-il pas qui, dans le mariage,— ignorant la valeur d'un si rare 



192 DiAUfiCTJDS MODBKM£S 

I^nourantla vaload'un tant rare trésor, 
E sens pensa que tout so que brilho es pas d'or, 
Festejou la qu'a bel visage 
E delembrou la qu'a boun cor ! 

P. Vidal. 

(Languedocien, Quarante et ses environs) 



trésor, — et, sans songer que tout ce qui brille n*est pas de Tor. — 
font fête à celle qui a beau visage — et laissent de côté celle qui a 
bon cœur. 

F. Vidal 



Ll TRES FLOUR 

A la l'èsto de Dieu, la grand fèsto di flour, 
Quand tôuti li carrièro, e li glèiso à Tentour, 
Soun de tapis aurin e de vas de sentour, 

Très chato d'Avignoun, très gènti vierginello, 
Se disièn Tuno à Tautro: — a Aubaren, cantarello, 
» Chascuno, talo flour que trouvan la mai belle ! » 

a — Pèr ma part )),souspirè la bloundeto Anaïs, 
« La flour de ma coungousto es Tlle blanc e lis, 
D Que lis anjoun alu porton au Paradis I ... » 

LES TROIS FLEURS 

A la Fête-Dieu, la grande fête des fleurs, — quand toutes les 
rues et les églises à Tentour — sont des tapis d'or et des vases de 
parfum, 

Trois filles d' Avignon, trois vierges gentilettes, — se disaient 
l'une à Tautre: — « Arborons, en chantant, — chacune la fleur 
» que nous trouvons la plus belle I » 

« — ' Quant à moi», soupira la blonde Anaïs, — «la fleur de mes 
» délices, c'est le Lis blanc et lisse — que les petits anges ailés por- 
» tent au Paradis 1 » 



LI TRES PLOim 193 

« — Dounas-me dounc la Roso, autièro.souleiouso; 
» Te, la Roso es la rèino, embeimado, coureuse » 
S'escridè Jano, « e siéu de la Rèino amourouso I..» 

La tresenco cantè ( qu'èro ma Madeloun), 

Levant sa douce caro à Testello eilamount 

( Oh ! que voudriéu, ma fe, la cubri de poutoun ! ) 

« — Noun vole dlle blanc, noun de Roso pourpalo. 
» Ma floureto d'elèi, qu'âme, iéu, sens egalo, 
» Sara tu, sara tu, m^ pauro Prouvençalo !» 

MANDADIS 
A Madone M . 

Pregue Dieu bèn souvent, mouié de moun ami ! 
Que la flour qu'a chausido, e lou sôu qu'as chausi, 
Siegue pèr vautri dous mai que mai benesi ! 

William-C. Bonaparte-Wyse. 
Provençal, Avignon et les bords du Rhône) 



« — Donnez-moi donc la Rose, altière, ensoleillée; — tiens, la Rose 
» est la reine, embaumée, éclatante, — s'écriait Jeanne, « et moi, 
» je suis amoureuse de la reine ! » 

La troisième chanta (qui était ma petite Madelaine), — levant 
sa douce figure à l'étoile, en haut — (Oh ! que je voudrais bien la 
couvrir de baisers l) 

« — Je ne veux point de Lis blanc, — point de Rose purpurine. 
» —Ma fleurette choisie, que j'aime sans égale, — sera toi, sera toi, 
» ma pauvre Pervenche I» 

ENVO^ 
A Madame M. 

Je prie Dieu bien souvent, ô femme de mon ami ! — que la fleur 
qu'il a choisie et que le sol que tu as choisi —soient pour vous deux 
de plus en plus bénis ! 

Guillaume-G. Bonaparte-Wysk 



15 



BIBLIOGRAPHIE 



Recueil de noêli TellaTei, par l'abbé Nataiis Cordât (1631-1648), publiés 
avec introduction et notes par Tabbé J.-B. Payrard. *~ Le Puy-ea- 
Velay, J.-M. Freydier, imprimeur-libraire, 1876, petit in 8*. 

Ces noëis, qui paraissent être restés inédits jusqu'à présent, 
sont au nombre de dix-neuf. Cinq sont en français ; les autres 
sont écrits dans le patois du Velay, dont ils nous fournissent, pour 
la première moitié du XVI1« siècle, un échanlillon fort intéressant. 
L'éditeur les a fait précéder d'une introduction dans laquelle, après 
avoir donné les renseignements qu'il a pu recueillir sur l'auteur et 
sur son œuvre, il consacre au dialecte vellave une quinzaine de 
pages, plus remplies malheureusement, de vagues généralités (sans 
compter les erreurs) que de notions précises. 

Un passage de cette introduction nous avertit que le manuscrit 
de Cordât a été reproduit tel quel, c'est-à-dire qu'on en a respecté 
non-seulement l'orthographe, mais encore « la ponctuation, l'accen- 
tuation, les fautes mêmes. « Quant à l'orthographe, on ne peut que 
louer cetle fidélité ; mais il y aurait eu, croyons-nous, plus d'avan- 
tages que d'inconvénients à introduire dans le texte une ponctuation 
correcte (il n'y en a souvent d'aucune sorte), et surtout à faire dis* 
paraître nombre d'apostrophes abusives; par exemple, dans «'«n^= 
sent {mmus), qu'on = quando, qu*onos = quelles, qu^eycon = quelqv^ 
chose, eyssos au lieu de eyssos, Viffronsaro pour liffr,, où Vf initiale 
de fronsar se redouble, comme il arrive souvent dans les anciens 
mss. On aurait pu aussi corriger sans scrupule quelques fautes 
évllentes, comme, p. 41, dernier vers, l'omission de few»; p 92, 
mayro pour mayre, en rime avec^ayre. 

Chaque noël est suivi d'un petit commentaire où les mots les 
plus difficiles sont expliqués. La traduction n'est pas toujours exacte 
et elle fait défaut en plus d'un endroit. P. 6. ben adut char courre 
parait mal rendu par « a bien eu char court. » Ce doit être « a bien 
eu cher courir, >». c'est-à-dire: «il lui a coûté cher de courir.» — 
P. 19, note 6. Je soupçonne que gages signifie ici. non "Çi^^ salaires, 
7'6vewws^ mais meuWes^ spécialement vaisseaux. Ce mot a ce sens en 
d'autres provinces. — 29. En desperit sie lou mengayre ne saurait 
signifier, comme le veut la note 5, « et mort fut le gourmand. » Le 
vers étant trop long d'une syllabe, il faut sans doute corriger en 
despit ou en despiet^ et traduire maudit soit le gourmand (litt. en dépit 



BIBLIOGRAPHIE 195 

soit...) — 49, note 6. La rime estiavas réclame ^our cliandias la 
correction cJiandiavas, et alors il s'agirait de chcmdelles et non de 
chanvre, — 68. Non poudrié signifie il ne pourrait et non pas je ne 
pourrais. Le contexte l'indique avec évidence. — 83. Marcié est noté 
comme un mot inconnu. C'est simplement le français merder. On 
connaît le proverbe : « Petit mercier, petit panier. » — 91, note 10. 
Le sens est clair si l'on corrige Vaunouoro, comme la rime le de- 
mande ; le dentau est le cep de la charrue. Mais trois vers plus haut, 
je ne sais ce que peut signifier d^auapparoucha. Au n'y serait-il pas 
l'ancien aul (avol) =: mauvais ? — 9*2. En quauquo traço de brez. 
Gela veut dire avec un berceau et non avec du son. L'éditeur a pris 
brez pour bren. Quant à traço, voy. le Dict. languedocien sous trasso^ 
— 97. Fouoire, objet de la note 29, est l'ancien /orre (fr. foirre ou 
feurre)y et doit, je pense, être rendu .par paillasse. Barghos (même 
page, note 25) est l'instrument qui sert à broyer le chanvre. 

Je ne sais si l'on trouvera, dans le pays de Cordât, un bien grand 
mérite à ses noëls. M. l'abbé Peyrard me semble, je l'avoue, les 
avoir beaucoup surfaits. Voir, dans l'auteur de ces chants rustiques, 
« un érudit, un penseur, un critique et un philosophe » , sans comp - 
1er sans doute le poëte, devra paraître à plusieurs une illusion un 
peu forte. Je n'en considère pas moins )a publication des noëls de 
Cordât comme très-utile, et M. l'abbé Payrard a droit, pour l'avoir 
faite, à toute notre reconnaissance. ÏjCs monuments du- dialecte 
vellave ne sont pas communs, et c'est une bonne fortune pour les 
amis de notre langue d'oc d'en pouvoir étudier un du temps de 
Louis XIIL J'ai fait cette étude, pour mon compte, avec plaisir et 
profit ; peut-être les lecteurs de la Revue ne me sauront-ils pas 
mauvais gré de leur en communiquer Les principaux résultats. 

1 . A tonique, précédant m ou n, même, dans ce dernier cas, si 
une voyelle suit, devient toujours o. Ceci est commun ou à peu près 
à toute la région septentrionale et centrale de la langue d'oc ( Au- 
vergne, Rouergue, Quercy, partie du Limousin, etc. ). Ex.: ow( an- 
nus), song (sanguis ),/ow (famés), mo (manus), campono (campana). 
Même mutation dans o (habet)^ sa {sap), dejo, et à la 3® pers. sing. 
dur futur : troubaro, etc. 

2. E tonique devient i et attire a devant l, qui se vocalise : ciau, 
giau, angiau. Ceci s'étend, à travers l'Auvergne, jusqu'à la lisière 
orientale du Limousin et pénètre {ciau du moins) un peu au delà. 

3. /passe à Ve dans reyre (ridere ), aussi bien que dans veyre, 
qui est de la langue commune. — Cette voyelle s'introduit, comme 
en Auvergne, pour mouiller 1'/, dans liou, liour, lieu, belieu. 

4. tonique, bref ou en position se dip'nthongueen io dansée 



196 BIBLIOGRAPHIE 

et lioc, et en ouo partout ailleurs : bovon-bovos, jyouot, sotiôv ( solum ), 
damouoro, mouort etc. — Le groupe orr, au lieu de devenir simple- 
ment ouoTTy donne oiwir^ par vocalisation de la première r ( cf. 
ailleurs aybre = arbre, eymari = ermari, etc. ). Ex.: souoire ( 8orre = 
êoror ), ouoire ( orre ^ horridiis ),fouoire (forress* fr. feurre). Dans ce 
dernier exemple, Ti peut provenir dur/ primitif non assimilé. 

5. La voyelle ott n'était pas, comme on sait*, distinguée de o dans 
l'ancienne écriture. L'une et l'autre étaient notées par o. Cette 
ûguration sert encore dans nos noëls, mais non pas exclusivement 
pour Vou nasal, même dans le cas où cet ou provientde u latin, bref 
ou en position, c'est-à-dire où aucun doute n'est possible sur sa 
vraie prononciation. Ex.: vont, monde (k côté de mounde), fonde, son/ 
rompt, songeât, commo, non. 

La même chose se remarque dans des textes de provenances di- 
verses, à la même époque. Ainsi, en Limousin, on trouve également 
le son own figuré encore on comme autrefois, longtemps après que 
Vou pur eut cessé d'être représenté par. un simple o. 

6. La diphthongue ai, perdant l'accent, devient ei, phénomène 
commun à beaucoup d'autres dialectes ^ : beylat, meysou,ùic.~~^o\xs 
rintluencedelanasale(cf. ci-dessiisl,awdevennow). cette diphthon- 
gue passe à Voi dans soint = sanctum. 

7 . Au, protonique ou monosyllabe proclitique, devient ou; phéno- 
mène analogue au précédent et pareillement commun à la plupart 
des dialectes: sauva {salvare ), ôusy {audire ), aôuput (anc. sauput ), 
vôu (vado), ÔW8 (datif plur. de l'article). — Notons comme remar- 
quable la modification subie par/awc {facto ), qui se présente dans 
notre texte sous la forme fouoc, comme si la diphthongue s'y était 
d'abord réduite à un o bref. 

8. lu primitif est resté — ou redevenu — iu (iou) à^us vioure, 
riou, niou {neige), bioure { bibere ) . Pareillement dsu {débet) est ici 
diou, 

9. L'ancienne diphthongue oi, dontl'o provientde o bref uu en po- 
sition, se modifie différemment selon qu'elle est finale ou pénultième. 
•Finale, elle se présente, comme dans la basse Auvergne, sous la 
forme eu : laneut. queut'-^ { coctwn ), heu {hodie), cogneu { conois), peus^ 



1 Voy. le mémoire de M. Meyer sur \o provençal. [Mémoires de la So^ 
ciétéde linguistique, tom. I.) 

* pans quelques-uns ( Bouergue. Quercy), c'est en ai que ai. dans 
cette position, s'affaiblit. 

3 On trouve aussi queit, forme de la langue commune (p. 23), maison 
rime avec neu^ 



BIBLIOGRAPHIE 197 

et peu (pois =post). Un exemple de cette mutation, remontant au 
XlIIe s. (del Peu= du Puy [podium ), se trouve dans la préface 
(p. XX)*. Pénultième, elle garde l'î, etl'o précédent sediphthongue 
en ouo^ comme lorsqu'il est isolé (cf. ci-dessus 4}. Ex : couoyre 
(p . 84)= coire {coquere) . 

tO. La diphtiîongue ou ayant changé, comme en d'autres dialec- 
tes, son u en i, est traitée par suite comme Voi originaire: de là 
eymouoire ( esmoure ) , jouoyne (juvenis) . 

11. La gutturale dure se change constamment, devant les voyel- 
les, en la dentale de même degré. Ex.: c devient t: chastu, nasiut, 
destuberto, ati (= aqui), etc.; g devient d: adut ( agut), vendut (ven- 
gut)j sedur {segur), tendut ( tengut), Dilien ( Guilhem), sediat {se- 
guiatz), etc. 

12. Les gutturales chuintantes sont ordinairement figurées cÀ et 
j, selon l'orthographe ordinaire ; mais on trouve aussi th pour ch 
(prononcé tch), et^Apour^: estathas, petharas (p. 8) ; nwngho (93), 
barghos (98). 

13. Le z (tz) se réduit toujours à ^ à la 2« pers.du pluriel des 
verbes. Même réduction, et aussi constante, dans lestextes du Vi- 
varais de la même époque. C'est, du reste, un phénomène qu'on re- 
trouve, plus ou moins fréquent, de divers côtés, et dont les exem- 
ples ne sont pas rares dans nos anciens mss. 

14. Zf finale, réduction de II, se vocalise en i après e ey {ille)\ ey 
{enlo),pey (per lo), aquey, bey (fr. beau). Mais au pluriel des mêmes 
mots, comme pour Z simple d'origine après a elo, la vocalisation se 
fait en u: aqueus, espitau, oustau, dau, angiau, vôu, souôu (solum), 
Unçouôu . 

A l'intérieur des mots, entre deux voyelles, Z, et c'est là le trait 
le plus caractéristique de notre texte, ne se maintient pas non plus ; 
elle passe, non pas à l'w, comme devant une consonne, mais au t?, 
qui n'en est qu'un durcissement: tavou (talon), giavo, giavado 
(gèle, gelée), souvament (seulement), aouveil (so\e\\),e8tiava8 (étoiles), 
angiavou (petit ange). L'n. dont la parenté avec 17 est connue, est 
pareillement remplacée par v dans bouvas = bounas (fr. bornes), d'où 
bouveina, qui se dit aussi, en substituantinvoisement Ikv, bouleina» 
L'auteur de la Statistique de la Haute-Loire, où je trouve ces der- 
nières formes, mentionne aussi» à côté de bouvas, bougas. Cf. souguel 
= soulel, à Marvéjols (Eevue IV, 526 ). 

• EUf d'ailleurs, s'explique très-bien moyennant les formes intermé- 
diaires uei et ûe: noctem. noit, nueit, nuet, neut. — Des exemples isolés 
de la môme mutation se rencontrent dans des textes, même très-anciens, 
d'autre provenance 



198 BIBLIOGRAPHIE 

15. J'ai signalé plus haut (4) la vocalisation de IV en i dans 
touoyre, ouayre et probablement ausî»i fouoyre. En finale, cette li- 
quide passe à Vu dans quau (24, 78) ^^qitare. Cf. aubre, maubre, ceu- 
de, etc., qu'offrent des dialectes voisins et peut-être également 
celui-ci . 

16. Le w, qu'ona vu tout à l'heure supplantant 17 dans tavou, etc., 
reprend dans pavou [pavorem) la place dont l'ancienne langue l'avait 
exclu {pour) et s'introduit dans avouro (= aorà), forme commune 
à plusieurs dialectes. La même consonne est prosthétique, comme 
en Provence, dans vou (hoc et aut), vont {unde), vounio (ungat). 

17. Les prépositions din, dedin et son {sine) se font suivre par 
euphonie, devant les voyelles, les premières d'un c, la dernière 
d*un t, ce que l'on observe aussi ailleurs. Un h s'adjoint, pour le 
même motif (en limousin c'est un (f), à la préposition en : enh un Hoc 
(p. 59). —Notons encore la nasalisation de l'a et de Ve dans kanlas, 

ansi et dendu {degu) . 

Après ces remarques sur la phonétique de notre texte, il resterait 
à relever les particularités qu'il peut offrir au point de vue de la 
grammaire proprement dite et du vocabulaire ; mais cela nous can- 
nerait trop loin, et il y aurait d'ailleurs de ce côté peu d'observations 
neuves ou intéressantes à faire. Je noterai pourtant, avant de finir, 
la forme yeusses^^els (en Languedoc elses dès le X7«'« s. au moins), le 
participe îori j>let (plicitum), p. 73, dont je ne connais aucun autre 
exemple, l'emploi del'infinitif pour le gérondif (en fa de ses restos, 
en veni de la velhado), qui, du reste, se retrouve ailleurs et dont il 
y a quelques exemples dans les anciens textes; celui du verbe 
mérita dans la signification passive de deberi [aqu>o H mérita 6e, pour 
il mérite bien cela), et enfin un substantif qui paraît devoir être 
rangé dans la nombreuse famille des dérivés de minimus: c'est m^ar- 
bioucho (petite fille), p. 84, qui renverrait à un type latin *minimi- 
cultty par les intermédiaires *merbilca, *m,ermilca, *mermicla . 

C. Ghabaneau. 

P. S.— J*ai trouvé, depuis que cet article est écrit, deux exemples auver- 
gnats, l'un de V— l, l'autre de gu = i (voir ci-dessus, 14) dans les Patois 
de la basse Auvergne et leur littérature, par M. Doniol. Ce sont vouv^nt 
= voulant (p. 77) et agueino = haleine (p. 96). Le premier est dans un 
texte de l'an 1477. 

De la Création actuelle de mots nouveaux dans la langue française 
et des lois qui la régissent, par Â. Darmbstetbr. -^ Paris, B. Vie- 
weg, libr.-éditeur, 67, rue Richelieu; Paris, 1877. — Prix: 10 fr. 

« Quels sont les procédés que met en œuvre la langue moderne 



BIBLIOGRAPHIE 199 

pour enrichir ou renouveler son matériel? Quelle en est l'origine, 
le cercle d'action, la force relative? Quels sont les changements 
généraux que leur action a produits ou est en voie de produire 
dans le caractère de la langue française? Tel est l'objet de notre 
étude. Elle comprend trois parties : dans la première, nous parlons 
de la formation française; dans la seconde, de la'formation latine 
et grecque; dans la troisième, des emprunts faits aux langues 
étrangères et modernes. » Cet exposé, que nous empruntons à 
l'auteur lui-même (p. 38) suffit, en môme temps qu'il fait con- 
naître le plan de M. A. Darmesteter, à donner une idée de.Timpor- 
tauce de l'œuvre qu'il a entreprise; œuvre toute d'actualité, ce 
qui en augmente l'intérêt et la rend propre à une utilisation immé- 
diate, mais qui se rattache de très-près à l'étude approfondie de 
notre ancienne langue. Nous y retrouvons les qualités habituelles 
de M. A. D. Peut-être entrevoit-on parfois la trace d'une prépa- 
ration un peu rapide; mais ce n'est qu'une impression passagère, 
qui disparaît vite devant l'abondance et le bon choix des exemples, 
devant la justesse des exphcations, la finesse et la nouveauté des 
aperçus. Dans l'introduction, M. A. D. énumère et discute som- 
mairement les tentatives individuelles ou collectives (Ronsard, 
Malherbe, hôtel de Rambouillet, etc.) qui se sont produites à dif- 
férentes époques pour défendre ou pour combattre le néologisme. 
Il y déclare laisser de côté l'argot, langue de convention, produit 
rarement spontané de certaines relations sociales, pour n'étu- 
dier que la langue courante et naturelle, telle qu'elle sort de la 
bouche du peuple ou de la plume des écrivains. Voici quelques 
observations de détail que je soumets au jugement de l'auteur. 
— P. 51. Bov^ de sucre. L'explication de M. A. D. est exacte. On 
peut citer à l'appui le singulier houil, qui existe dans le dialecte 
saintongeais « je lui ai fait prendre un houil », pour « je l'ai fait 
bouillir un peu. » — P. 76. Le sarde n'est pas la seule langue néo- 
latine qui assimile le participe présent de la première conjugaison 
à ceux des autres conjugaisons. On remarque la même tendance 
dans le languedocien actuel, et notamment dans le dialecte de 
Montpellier et des localités rurales les plus rapprochées. —P. 87 
et p. 205. M. A. D. mentionne quelques formes nouvelles en el 
et en if. Il aurait été bon de mettre en regard celles qui ont une 
dérivation commune, telles que constitutif, constitutionnel — cor- 
rectif, correctionnel, elc . y et de préciser la valeur de chacune, la 
forme en if se tenant plus près du verbe, d'où elle dérive directe- 
ment par l'intermédiaire du participe passé latin, et ayant une 
signification plus étendue que la forme en el. Celle-ci est habi- 
tuellement d'un emploi plus spécial, plus technique. La distinc- 



200 BIBLIOGRAPHIE 

lion que je signale et que je soumets à l'appréciation de M. A . D. . 
est pour moi d*un intérêt immédiat et en quelque sorte person- 
nel, en ce que. bien constatée, elle peut mettre fin aux hésitations 
de certains lecteurs, du reste fort compétents, qui, à l'expression 
« locution prépositionnelle » c'est-à-dire « locution ayant la valeur 
d'une préposition », hasardée par moi dans un compte rendu des 
Eéciis cPvn trouvère de Reims ( de M. N. de Wailly), voudraient 
substituer celle de • locution prépositive. » Prépositif , \\ est vrai, a 
par devers lui plusieurs années d'existence, tandis que préposi- 
tionnel est un néologisme encore au berceau. Mais le premier 
se rattache étroitement à priser, dont il partage la signification 
générale, tandis que le second offre un sens plus restreint et in- 
dique plus particulièrement ce qui a rapport à la préposition. On 
pourra dire « une locution prépositive » en parlant d'une locution 
qui se place (se prépose) d'habitude avant une autre; mais on doit 
dire une « locution prépositionnelle ». quand il s'agit d'une locu- 
tion qui équivaut à une préposition. — P. 90. « Pochard, ivrogne 
qui se poche, se remplit. » Je ne sais si c'est bien là l'explication 
véritable, mais je dois en faire connaitre une autre que j'ai entendue 
présenter. « Pochard, ivrogne dont les yeux sont pochés (battus, fa- 
tigués) le lendemain d'un jour de débauche. » — P. 110. « L'ex- 
pression {race) bovine a amené {race)asine. » La forme awne est plus 
ancienne ; je l'ai rencontrée dans un Livre de raison tenu par un 
curé de campagne contemporain de ce qu'il appelait « V émeute de 
1790»; « Gejourd'huy acheté (tant de livres) la bête asine avec sa* 
suite », c'est-à-dire l'ânesse avec son petit. — P. 115. « La déri- 
vation verbale se fait à l'aide du suffixe er, qui s'ajoute à Y adjectif 
ou au substantif dont on veut tirer un verbe. » En ce q li concerne 
l'adjectif, cette dérivation par er aboutissant à la première conju- 
gaison {actif j activer) est tout à fait exceptionnelle. M . Ghabaneau 
a, le premier, dans son Histoire et Théorie de la conjugaison fran^ 
çaise, très-nettement constaté ce phénomène des deux dérivations 
verbales en ir et en er, entées, celle-ci sur des noms, celle-là sur 
des adjectifs. Cette règle de notre ancienne langue, observée en- 
core par nos patois, ne saurait être trop fermement maintenue 
et défendue contre les envahissements d'une inintelligente uni- 
formité. Les paysans de la Sain ton ge ne disent pas exempter, 
mais exemptir (témoignage de M. Ghabaneau); troubler, mais trou- 
bîir; parce qu'ils dérivent ces verbes des adjectifs exempt, trouble. 
Ajoutons que la langue sait parfois se défendre elle-même con- 
tre les tentatives inconsidérées de certains écrivains. C'est ainsi 
qu'elle a formé ralentir, qui est très-bon, contrairement à l'autorité 
de Ronsard, qui se sert de alenter: — Tant plus je veux alenter son 



BIBLIOGRAPHIB SOI 

ardeur (Franciade, ch. iv). — P. 120. On dit aussi familièrement 
lavocher, d'où l'expression « des lavocheries »; buvocher, au moins 
dans nos campagnes de laSaintonge et du Poitou. «A quoi, ser- 
vent toutes ces lavocheries? disait une bonne femme de Poitiers à 
qui Ton parlait hydrothérapie, est-ce que ça fait vivre plus long- 
temps?» — P. 161,162. A propos des composés verbaux, M. A. D. 
reproduit en note un résumé de la théorie que j'oppose à celle 
qu'il a empruntée à Diez et défendue dans un ouvrage dont j*ai 
rendu compte {Revue des long, romanes, 1876, novembre, p. 267 et 
suiv.). Il maintient ses premières conclusions, de même que je 
maintiens les miennes. 11 me fait, de plus, quelques objections 
auxquelles je dois et vais répondre le plus brièvement possible. Je 
n'ai dit nulle part que « le thème préexiste aux parties du dis- 
cours qui le renferment », et je suis d'avance de son avis quand il 
ajoute que« ce n'est qu'après coup que la comparaison des divers 
membres de la famille (de mots à racine commune) amène à con- 
cevoir, par abstraction, l'idée générale de thème.» Mais cela ne 
prouve nullement que le veibe soit, comme il semble le prétendre, 
antérieur aux autres mots de même racine, par exemple quand il 
dit que de ^aro^^r viennent gardeur, garde, gardien. Le thème coexiste 
avec les flexions qui le font vivre, et qu'il fait vivre à son tour ; 
mais il ne préexiste pas àTéiat d'isolement, pas plus que la flexion 
séparée du thème. Le verbe est comme un arbre où l'on distingue 
l'écorce et le bois proprement dit , sans pour cela supposer qu'ils 
ont jamais pu vivre séparément. Je m'étais suffisamment expliqué 
sur le sens que j'attribuais au mot thème, je suis donc forcé de ren- 
voyer le lecteur à mon premier article, car je n'aurais à pré- 
senter que les mêmes raisons. Quant aux nouveaux exemples 
«le composés d'impératif que cite mon savant contradicteur, un 
seul est certain, c'est fac-malum. Mais j*ai eu soin de dire, ce que 
M. A. D. semble a,voir perdu de vue, que je rangeais dans une ca- 
tégorie à part les composés d'origine impérative certaine. Monte- 
« reau- Faut' Yonne est un composé d'indicatif présent tout aussi cer- 
tain. Doit-on en conclure que les composés verbaux ont la même 
origine indicative? Quant aux formes comme Pelavicinum, Garda- 
roham,on peut les considérer comme une simple transcription ortho- 
graphique latine des équivalents populaires Pèle-voisin, garde-robe, 
où r« muet final du verbe composant a été suppléé par son équi- 
valent habituel latin a. — P. 163. Il faut ajouter qu